Élus Coëns

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"Traité de la réintégration des êtres" de Martinez de Pasqually

L'Ordre des Chevaliers Maçons Élus Coëns de l'Univers est un rite initiatique plus souvent connu sous le nom d'Élus Coëns. Ce rite apparut en France dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle et appartient au mouvement illuministe.

Historique[modifier | modifier le code]

Fondation en 1767[modifier | modifier le code]

L'Ordre des Élus Coëns recourt à une symbolique tout à fait particulière fondée sur la doctrine rendue publique par Martines de Pasqually, son dirigeant en France.

La doctrine de Martines de Pasqually relève d'une tendance ésotérique chrétienne de la franc-maçonnerie, qualifiée d'illuministe. Cette tendance entend se rattacher à une Église invisible, indépendante de toute structure terrestre, pour retrouver la voie qui conduit à la connaissance des sources cachées de la nature en prévision de la destruction prochaine de l'Église matérielle. Il s'agit d'obtenir, par une initiation progressive, une connaissance directe de Dieu, unité primordiale, perdue depuis la faute d'Adam. Dans cette optique, le système maçonnique procure une structure adéquate pour ce parcours emprunté à l'aide des méthodes occultistes[1].

Cette doctrine se présente elle-même comme la clef de toute cosmogonie eschatologique : Dieu, l'Unité primordiale, donna une volonté propre à des êtres « émanés » de lui, mais Lucifer, ayant voulu exercer lui-même la puissance créatrice, tomba victime de sa faute en entraînant certains esprits dans sa chute ; il se trouva enfermé avec eux dans une matière destinée par Dieu à leur servir de prison. Puis la Divinité envoya l'Homme, androgyne au corps glorieux et doué de pouvoirs immenses, pour garder ces rebelles et travailler à leur résipiscence ; c'est même à cette fin qu'il fut créé. Adam prévariqua à son tour et entraîna la matière dans sa chute ; il s'y trouve maintenant enfermé ; devenu physiquement mortel, il n’a plus qu’à essayer de sauver la matière et lui-même. Il peut y parvenir, avec l’aide du Christ, par la perfection intérieure, mais aussi par les opérations théurgiques qu'enseigne Martinès aux hommes de désir qu’il estime dignes de recevoir son initiation : fondées sur un rituel minutieux, ces opérations permettent au disciple d’entrer en rapport avec des entités angéliques qui se manifestent dans la chambre théurgique sous forme de « passes » rapides, généralement lumineuses ; ces dernières représentent des caractères ou hiéroglyphes, des signes des esprits invoqués par l’opérant, auquel les manifestations prouvent qu’il se trouve sur la bonne voie de la Réintégration.

Pour diffuser cette doctrine en France, Martines de Pasqually fonde en 1767 l'« ordre des Chevalier Maçons Élus Coëns de l'Univers ». Il se dit lui-même héritier d'une longue tradition d'origine suprahumaine et inspiré lui-même[1].

Ainsi, les Élus Coëns sont des hommes conscients de la place originelle de l'homme et de sa destinée initiale. Ils sont également conscients de ce qu'il lui est advenu suite à la faute d'Adam, ou péché originel, pour avoir imité la création divine. Ils ont donc pour rôle de rétablir l'homme dans ses vertus premières, c'est-à-dire le réconcilier avec son Créateur, et par là, progressivement, réintégrer l'univers créé dans l'immensité divine.

La Révolution et ses suites[modifier | modifier le code]

Toutefois, la vie de l'Ordre « originel » sera de courte durée, car en raison des « spécificités », il ne réussira jamais à s'intégrer parmi les autres rites maçonniques. À noter cependant que les émules de Martines formeront la maçonnerie future, avec des noms comme Louis-Claude de Saint-Martin, dit le Philosophe Inconnu, Jean-Baptiste Willermoz, d'Hauterive, Lusignan, le marquis de Chefdebien, De Grainville, et bien d'autres noms illustres.

Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803), théorise les intuitions martinésistes, et propose avec succès pendant la Révolution son propre système. Pour le Philosophe Inconnu, la révolution française, « miniature du Jugement dernier », est un avertissement envoyé par la Providence pour punir la décadence des Trônes et des Autels et retrouver en Dieu la source de toute sagesse politique et sociale[2].

Une nouvelle organisation de l'Ordre est le fait du soyeux lyonnais Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824). Pour lui, la doctrine de la réintégration est à la base de maçonnerie primitive et authentique qu'il s'agit de retrouver par la réunion sur cette base de tous les « rites et systèmes », en une véritable « science de l'Homme » selon l'adepte Joseph de Maistre, qui la défend en 1821, sous l'apparence d'une controverse, dans ses Soirées de Saint-Pétersbourg[2].

À la fin du XIXe siècle , divers courants occultistes se sont réclamés de Martines de Pasqually ; parmi ceux-ci, l'Ordre de la Rose-Croix catholique du Temple et du Graal, fondé en 1890 par Sâr Joséphin Mérodack (Joséphin Peladan) : celui-ci lutte contre la « décadence latine » par le retour à la religion de l'« Art-Dieu » et à une théocratie impériale[2]. Il proclame : « La suprême laideur, c'est la démocratie. » Il a attiré à lui le courant symboliste dans ses salons d'art idéaliste mystique et influencé des auteurs comme Barbey d'Aurevilly et Paul Bourget, partageant le refus de la laideur de la société moderne[3].

Au XXe siècle[modifier | modifier le code]

L'Ordre sera cependant « réveillé » par Sâr Aurifer (Robert Ambelain) dès 1942, sur la base de quelques rares documents provenant de l'Ordre « originel » qui furent retrouvés. Les rituels encore pratiqués aujourd'hui diffèrent légèrement de ceux utilisés originellement par l'Ordre de Martines de Pasqually. Le plus « célèbre » de ces documents étant le « manuscrit d'Alger », découvert tardivement par Robert Ambelain, puis remis à la Bibliothèque nationale de France[4] fut transcrit intégralement par Georges Courts, à partir de 1996 contenant une partie des instructions secrètes pour quelques degrés seulement, dont le Chevalier d'Orient.

Organisation[modifier | modifier le code]

L'Ordre fut réparti en plusieurs classes de degrés :

Maçonnerie Symbolique[2]
  • Apprenti,
  • Compagnon,
  • Maître maçon ;

Ces trois degrés souvent furent "oubliés" par les Ordres Martinistes.

Martinisme[5]
  • Associé,
  • Initié,
  • Supérieur Inconnu ;

Ces trois degrés n'existaient pas dans le système de Martinès de PASQUALLY et furent inventés par Papus dans l'Ordre Martiniste de Papus, puis repris par les différents courants martinistes.

Porche
  • Apprenti Cohen,
  • Compagnon Cohen,
  • Maître Élu Cohen ;

Le terme primitif est Coën et non Cohen, ce qui prêta à confusion dans le terme lui-même, l'un étant la partie spirituelle de l'homme et le second tiré de l'hébreu signifiant prêtre. Or, Martinès n'eut jamais l'intention de bâtir un ordre monastique ou une église de prêtres.

Ordre intérieur
  • Grand Maître Élu Cohen/Grand Architecte,
  • Grand Élu de Zorobabel/Chevalier d'Orient,
  • Commandeur d'Orient/Apprenti Réau-Croix (6e classe) Le degré de « Commandeur d'Orient/Apprenti Réau-Croix » est un grade « préparatoire » pour ceux et celles qui seront amenés à être ordonnés au degré ultime de « Réau-Croix ». Il n'y a pas de cérémonie pour ce degré, le membre devra par contre réaliser diverses hautes opérations de théurgies afin de prétendre et se préparer à recevoir le dernier degré de l'Ordre[6].
Classe secrète
  • Réau-Croix.

À l'époque de Martinès, cette classe n'a jamais été une classe secrète. Elle était le privilège des membres des tribunaux Souverains ou des Souverains Juges, tel que cela résulte des statuts promulgués en 1767.

Buts de l'Ordre[modifier | modifier le code]

L'Ordre a donc deux objectifs :

  • réconcilier chacun de ses membres avec son Créateur,
  • réconcilier l'ensemble de l'univers créé avec son Créateur, et c'est ce que l'on appelle la réintégration.

Les moyens auxquels recourent les membres de l'Ordre sont de nature cultuelle s'adressant à Dieu, Père, Fils et Saint Esprit, par l'intermédiaire de ses Anges (à l'époque de Martines uniquement par des esprits, les anges servant de protection) en leurs différentes classes. Nos contemporains qualifient ce travail de « théurgique » dans le sens où les émules de Martines cherchent à influer sur les Anges de Dieu (esprits, faudrait-il dire), à qui ils réclament assistance dans le travail de réconciliation et de réintégration.

Remarque : On nuancera ces propos car il n'est guère possible « d'influencer » un ange ou un esprit, et ce n'était pas dans l'optique de Martinès. En effet, d'une part, l'immensité céleste et divine n'est pas accessible à l'homme dans son corps mortel, d'où le besoin d'intermédiaires différents selon les classes et les opérations magiques, d'autre part, l'appel aux esprits se faisait par évocations et exorcismes pour obtenir l'assistance des esprits bons et se protéger des esprits mauvais.

Plusieurs voies initiatiques contemporaines sont issues de l'Ordre des Élus Coëns :

  • Le rite écossais rectifié fondé par Jean-Baptiste Willermoz : la doctrine de Martines de Pasqually s'est maintenue implicitement dans les différents grades de la maçonnerie rectifiée et explicitement dans sa classe secrète, dite de « la Profession »;
  • Les lecteurs et amis de Louis-Claude de Saint-Martin, également connu sous le nom de Philosophe Inconnu, qu'ils soient affiliés ou non à l'un des Ordres dits « martinistes» et tous issus de L'Ordre Martiniste de Papus qui n'a pas de lien, autre que spirituel, avec le Philosophe Inconnu ;
  • Les membres d'ordres qualifiés de néo-coëns, parfois en liaison avec la maçonnerie rectifiée et plus souvent en liaison avec les ordres martinistes, dans tous les cas non reliés à l'Ordre des Chevaliers Maçons des Élus Coëns du XVIIIe siècle si ce n'est spirituellement. Ces ordres néo-coëns se rattachent souvent, directement ou indirectement, à la résurgence coën initiée par Georges Lagrèze, Robert Ambelain et Robert Amadou dans les années 1940. Cette résurgence elle-même n'a pas de réelle filiation historique, mais se rattache néanmoins, dit-on, à une filiation spirituelle vérifiée.

Remarque : Le dit-on est en fait une vérification faite par Robert Amadou et les premiers cohens lesquels se sont adressés à l'astral pour obtenir cette vérification. La lecture du rapport de cette consultation de l'oracle (sic) publié dans les Cahiers du Cirem laisse cependant bien rêveur !

L'Ordre, de nos jours[modifier | modifier le code]

L'Ordre des Chevaliers Francs-Maçons Élus Cohens survit difficilement de nos jours, et se résume à quelques Loges ou Chapitres en France et en Belgique, non fédérés, opérant dans la plus grande discrétion et ne regroupant qu'une poignée de membres chacun. Jusqu'il y a peu, il y avait encore deux Chapitres « sédentaires » en France, fédérés et possédant un site internet, mais tombés récemment en sommeil [réf. nécessaire].

Il est aussi fréquent de rencontrer des Loges Martinistes pratiquant certains rituels opératifs des Élus Cohens, sans pour autant en pratiquer les degrés au sens propre. Ces loges sont principalement regroupées au sein du Grand Prieuré des Gaules[réf. souhaitée].

En revanche, l'Ordre jouirait encore d'une activité relativement stable au Canada, et, après de nombreuses années d'attente, la branche canadienne vient de recevoir l'autorisation de conférer l'ultime degré magistral de « Réau-Croix »[réf. nécessaire].

Il existe divers groupes se réclamant des Élus Cohens et n'ayant pourtant aucun rapport avec l'Ordre et ses pratiques [réf. nécessaire].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Sous la direction de Jean-Clément Martin, Dictionnaire de la Contre-Révolution, Jean-Pierre Chatin, « Franc-maçonnerie ésotérique », éd. Perrin, 2011, p. 262.
  2. a, b, c et d Sous la direction de Jean-Clément Martin, Dictionnaire de la Contre-Révolution, Jean-Pierre Chatin, « Franc-maçonnerie ésotérique », éd. Perrin, 2011, p. 263.
  3. Sous la direction de Jean-Clément Martin, Dictionnaire de la Contre-Révolution, Jean-Pierre Chatin, « Franc-maçonnerie ésotérique », éd. Perrin, 2011, p. 264.
  4. Conservé sous le titre Manuscrit des Élus Cohens (cote FM4 1282)
  5. Lorsqu'un profane, c'est-à-dire un « non-initié» demande son admission, on lui confère parfois les degrés de la maçonnerie symbolique, mais, de nos jours, ce sont surtout les degrés martinistes qui sont conférés, car jugés « plus efficaces » pour se préparer aux opérations théurgiques des degrés supérieurs. Il est aussi à noter que la plupart des personnes admises dans les Élus Cohens ont généralement déjà reçu l'initiation dans une Loge maçonnique ou martiniste.
  6. À l'époque de Martinès, la préparation dépendait uniquement des Maîtres Conducteurs capables d'enseigner les quelque 50 opérations nécessaires aux pratiques opératives et ce sur de nombreuses années. Alors que les Ordres actuels utilisent les pratiques opératives de Robert Ambelain, il faut malheureusement constater les nombreux échecs de cette pratique et son peu d'efficacité par rapport à la masse de travail demandé chez les émules de Martinès de Pasqually. La magie des Cohens de Robert Ambelain repose sur Abrahmelin le mage, celle de Martinès repose sur les pratiques courantes du XVIIIe siècle, ce qui est bien différent.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Georges Courts, Le Grand Manuscrit d’Alger, t. 1, Ed Arqa,‎ août 2009 (ISBN 2-7551-0042-7)
  • Georges Courts, Le Grand Manuscrit d’Alger, t. 2, Ed Arqa,‎ septembre 2013 (ISBN 2-7551-0065-6)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Ouvrages traitant des Élus Coëns[modifier | modifier le code]

  • Serge Caillet, Les Sept sceaux des élus coëns, le Mercure Dauphinois
  • Eric Kaija Guerrier, La Traversée de l'Intervalle, Éditions Yves Meillier,Balandras Éditions,‎ 2010
  • Jean-Marc Vivenza, Les élus coëns et le Régime Ecossais Rectifié : de l'influence de la doctrine de Martinès de Pasqually sur Jean-Baptiste Willermoz, Le Mercure Dauphinois,‎ 2010