Stricte observance templière

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Observance.

La "Stricte Observance" est un système de hauts grades maçonniques fondé en Allemagne par le baron Karl Gotthelf von Hund und Altengrottkau (1722-1776).

Composé de sept grades: apprenti, compagnon, maître, écossais, novice, chevalier du Temple et chevalier Profès, la Stricte Observance connaîtra un grand succès en Allemagne et influencera le Rite Ecossais Rectifié avant de décliner après le décès de son fondateur.

La Stricte Observance en Allemagne (1751-1772)[modifier | modifier le code]

Le système de la Stricte Observance naît le 24 juin 1751 avec la création par Carl Gotthelf von Hund, Eq. ab Ense, d’une loge à Kittlitz, suivie de celle d’un Chapitre. La Guerre de Sept Ans (1756-1763) en arrête le développement qui reprend dès la fin des hostilités.

Un singulier personnage connu sous le nom de Johnson a alors une petite année de gloire. Arrivé à Jena en septembre 1763, il prétend régulariser la vingtaine de Chapitres créés depuis 1760 par le pasteur Samuel Philipp Rosa au nom de la Mère-Loge Aux Trois Globes de Berlin et, dans un premier temps, y réussit. Il est ainsi amené à entrer en rapports écrits avec von Hund mais ne fait sa connaissance qu’au mois de mai 1764, au cours du Convent d’Altenberg. Quelques jours après le début de ce Convent, traité comme l’imposteur qu’il semble avoir été, Johnson prend la fuite. Rattrapé, il est emprisonné à la Wartburg et y meurt quelques années plus tard sans avoir jamais comparu devant un tribunal, civil ou maçonnique. Après Altenberg, la Stricte Observance prend un essor extraordinaire grâce à deux jeunes collaborateurs de talent, Johann Wilhelm von Zinnendorf (1731-1782) et Johann Christian Schubart (1734-1787), que von Hund sait s’attacher mais qui ne restent que peu de temps à ses côtés. Zinnendorf, Eq. a Lapide nigro, quitte la Stricte Observance en décembre 1766 et crée en 1770 la Grande Loge Nationale (Grosse Landesloge) d’Allemagne avec les rituels d’origine inconnue que lui avait transmis le Suédois Carl Friedrich Eckleff.

Schubart, initié à Braunschweig en octobre 1762, reçu Maître Ecossais par Johann Joachim Christoph Bode à Hildesheim trois mois plus tard, nommé Député Grand Maître de la Mère-Loge de Berlin au mois de novembre 1763, rencontre von Hund à Altenberg, qui l’arme Eques a Struthione et le nomme Visiteur Général de la VIIe Province. Pendant quatre ans, Schubart parcourt l’Allemagne, ses pays limitrophes, et réussit à convaincre de nombreuses loges d’adopter le système de la Stricte Observance.

Lorsqu’en mars 1767, von Hund apprend par Johann August von Starck (1741-1816), Eq. ab Aquila fulva, l’existence de la branche cléricale des Templiers et manifeste pour elle un intérêt considérable, Schubart refuse d’être l’ambassadeur de von Hund à Wismar auprès de Starck. Ce soin sera confié à Franz von Prangen (né en 1737 à Kiel) et au très jeune Secrétaire de la Province, Carl Heinrich Ludwig Jacobi (né le 8 mai 1745, il n’a pas vingt-deux ans) qui en a écrit la relation. Ils arrivent à Wismar le 7 février 1768 et y restent plusieurs semaines. Après avoir pris connaissance de l’ensemble du ‘dossier’, Schubart rédige un rapport le 6 juin. Il y met en garde la Province contre Starck et annonce qu’il présentera sa démission de toutes ses charges au cours du prochain Convent qu’il souhaite voir convoqué dans les meilleurs délais. Il ne s’occupera plus de Franc-maçonnerie pendant les quatre années suivantes.

Pendant quatre ans, l’influence indirecte de Starck sur la Stricte Observance est prépondérante. Elle culmine avec la signature du Pactum Fundamentale, le 27 mai 1772, dont l’article X stipule que les Clercs remettraient copie de leurs rituels. Le Convent de Kohlo, premier Convent réuni en Allemagne depuis Altenberg, ratifie ce Pactum un mois plus tard.

La Stricte Observance en Suisse (1767-1775)[modifier | modifier le code]

Le zurichois Diethelm Lavater devient Maçon en 1765 à Erlangen au cours de ses études de médecine en Allemagne. Zinnendorf l’élève au grade de Maître à Berlin en avril 1766, Schubart le reçoit Armiger à Leipzig un an plus tard. Rentré à Zurich au mois de juin 1767, Lavater entre en contact avec un jeune Ratsherr bâlois, Andreas Buxtorf (1740-1815). Celui-ci vient d’être reçu dans la Stricte Observance à la Préfecture de Francfort-sur-le-Main qui lui a remis une patente pour créer une loge rectifiée à Bâle, Libertas, ce qu’il fait avec son ami Peter Burckhardt (1742-1817). Contrairement à Lavater, Buxtorf et Burckhardt n’ont pas reçu le VIe grade de la Stricte Observance. Pendant plusieurs années, Lavater et Buxtorf échangent de nombreuses lettres.

Il n’existait alors aucune Grande Loge en Suisse. La Grande Loge de Genève — république indépendante, Genève deviendra un canton suisse en 1814 — venait d’être fondée au mois de juin 1769. Des membres de cette Grande Loge séjournant à Zurich y créent au mois d’août 1771 une loge travaillant en langue française, La Discrétion. Lavater attend un an avant de s’y rendre en visiteur, mais le premier discours qu’il y prononce, dans lequel il fait l’éloge de la Stricte Observance, a un succès immédiat. Trois semaines plus tard, le 17 juillet 1772, la loge demande à Lavater de diriger ses travaux et adhère à la Stricte Observance.

Pour von Hund et les dignitaires de la VIIe Province, le Convent de Kohlo représente la première occasion de prendre officiellement acte de la démission de Schubart et de lui adresser l’expression de leur reconnaissance pour les services qu’il a rendus à l’Ordre. Leur lettre est rédigée le 21 juin 1772, deux jours avant la fin du Convent. Le lendemain, par une coïncidence extraordinaire et alors que les deux hommes n’avaient plus de contacts depuis cinq ans, Lavater adresse une lettre à Schubart pour lui demander ses conseils au sujet de la fondation d’une Préfecture à Zurich. Schubart se déclare prêt à mettre son expérience et ses archives à la disposition de Lavater tout en le mettant en garde contre von Hund. Il lui adresse son propre exemplaire du Rotes Buch et les rituels des Ve et VIe grades pour que Lavater en prenne copie. La Commanderie de Buxtorf à Bâle reconnaît Schubart comme Visiteur Général et Lavater comme préfet. Muni d’une autorisation écrite de Schubart, le 4 avril 1773 Lavater arme Jean Näguelin, son prédécesseur à la tête de la loge de Zurich, puis Andreas Buxtorf et Burckhardt le 13 mai. Deux ans plus tard, par une lettre qu’il adresse le 3 mai 1775 à Lavater, Schubart élève la Commanderie de Bâle au rang de Préfecture et la Préfecture dirigée par Lavater à celui de Sous-Prieuré de Suisse.

La Stricte Observance en France (1772-1776)[modifier | modifier le code]

Premier contact avec la Suisse (1773)[modifier | modifier le code]

La Candeur, loge aristocratique de Strasbourg, avait été fondée par la Grande Loge de France le 7 janvier 1763. Écœurée par les péripéties maçonniques parisiennes qui avaient suivi l’interdiction royale de février 1767 et la mort du Grand Maître Clermont le 21 juin 1771, la loge se tourne vers l’Angleterre et reçoit une patente de la Grande Loge des Modernes portant le no 429, datée du 2 mai 1772. Un membre de La Candeur, François-Joseph, comte de Lützelburg, rentrait alors de Dresde où il avait été reçu dans l’Ordre Intérieur et fait la connaissance du baron Georg August von Weiler. Weiler conseille à von Hund d’utiliser la loge de Strasbourg comme tête de pont pour introduire la Stricte Observance en France. Son idée reçoit l’appui d’un ancien Vénérable Maître de la Loge Étrangère de Dresde, Henri, comte de Brühl (Eq. a Cedro), qui réside depuis un an à Strasbourg où il s’est affilié à La Candeur. Sur les conseils de Brühl, le 25 juin 1772, La Candeur adresse à Weiler une lettre demandant d’être réunie aux loges réformées d’Allemagne.

Au mois d’août, von Hund répond à La Candeur que la Ve Province, ou Province de Bourgogne, est par lui “rétablie” et fait adresser à Strasbourg la Matricule de l’Ordre avec la liste des Préfectures qui la composent. Par décret du 13 octobre 1772, il constitue le Vénérable Maître de La Candeur, Siegfried Samson, baron de Landsperg, Grand Maître Député.

Découvrant sur cette Matricule que le Prieuré d’Alsace comprend une Préfecture à Bâle, les Frères de Strasbourg y députent en juin 1773 l’ingénieur Artus, porteur d’une lettre annonçant la rectification de La Candeur et proposant à la loge de Bâle de les rejoindre au sein de la Ve Province. Sous les dehors d’une politesse extrême, le messager est accueilli fraîchement. La réponse rédigée en latin que Buxtorf et Burckhardt lui remettent, dut plonger les Strasbourgeois dans une profonde perplexité. Alors que ses signataires avaient été armés par Lavater un mois plus tôt, ils prétendent non sans aplomb que des Frères – dont ils se gardent bien de préciser l’identité – avaient établi leur “Conseil” en 1770, bien avant que les Strasbourgeois ne découvrissent l’étendue de la Ve Province. Ils affirment: « c’est de ces Frères que nous avons appris que nous constituions la Ve Province ». Disant ignorer si von Hund avait véritablement le droit d’établir des Provinces, ils ajoutent que bien que l’irrégularité de la constitution du Chapitre de Strasbourg en Chapitre Provincial saute aux yeux, ils ne désirent pas s’opposer à ses travaux, ni même les entraver, et lui adressent l’expression de leur amour fraternel.

Après avoir annoncé sa rectification à L’Harmonie de Bordeaux, La Candeur était entrée en rapport avec la Grande Loge de Lyon le 6 novembre 1772. Les renseignements que lui adresse Strasbourg excitent la curiosité de Willermoz et l’incitent à entrer en contact avec Dresde au mois de décembre. Weiler viendra au mois de septembre 1773 installer le Directoire de la Ve Province à Strasbourg. L’année suivante, au cours d’un second voyage, il fera de même pour la IIe Province à Lyon en juillet et pour le Grand Prieuré de Montpellier dépendant de la Province d’Occitanie en octobre.

Les rituels de la Stricte Observance apportés par Weiler sont ceux de Starck, que le Convent de Kohlo avait adoptés et qui avaient été traduits par le professeur Abraham Heinrich Bénard, Eques a Monte Stellato ou a Monte Stella, qui enseignait le français à Dresde. Le 31 mai 1776, les trois Directoires Ecossais signaient un Traité avec le Grand Orient de France. Après la mort de von Hund, survenue le 8 novembre suivant, le duc Ferdinand, nommé Magnus Superior Ordinis au Convent de Kohlo, devait conseiller aux Provinces françaises de se réunir en Convent national. Lyonnais et Strasbourgeois vont alors préparer ensemble, à l’intention des trois provinces françaises, les rituels et les textes règlementaires, ostensibles ou non, qui vont donner naissance au rite écossais rectifié.

La Stricte Observance aujourd'hui[modifier | modifier le code]

En France en 1995, une résurgence récente a vu la restauration officielle de l'ordre maçonnique appelé: stricte observance, de façon régulière (régulière car cet ordre détient une patente, brevet maçonnique légalisant l’existence d'un ordre maçonnique). Plusieurs hauts dignitaire du Régime Écossais Rectifié ont senti le besoin pressant de revenir aux sources de la chevalerie templière et ont eu également le privilège d'être reçus Chevaliers du Temple et Clercs de la Stricte Observance par un éminent dignitaire de l'Ordre en Europe Centrale.

Une première Loge fut consacrée selon les us et coutumes des Loges réunies, le 1er avril 1995, en la fête de saint Hugues, par un collège consacrant constitué de Francs-Maçons émérites ayant accédé aux plus hautes responsabilités maçonniques dans une autre Province. Le Grand Chapitre Provincial d'Occitanie, III° Province de l'Ordre, fut solennellement consacré le 11 novembre 1995 au cours d'une cérémonie qui reprenait les fastes de la Maçonnerie templière à ses débuts ; ce même jour, le Grand Prieur de l'Ordre devait également installer le Grand Maître Provincial, et ses Officiers dans la plus pure tradition templière de la Stricte Observance.

Notes et références[modifier | modifier le code]


Source[modifier | modifier le code]

  • Eques a Quæstione studiosa (Alain Bernheim), Notes à propos du Rite Écossais Rectifié dans Acta Macionica, Bruxelles, vol. 11 (2001), p. 79-145.
  • Pierre Noël, De la Stricte Observance au Rite Ecossais Rectifié, Acta Macionica vol. 5 (1995) (également consultable en ligne sur le site Franc-maçonnerie Française : [1])

Voir aussi[modifier | modifier le code]

  • du même auteur : "La Stricte Observance", http://www.freemasons-freemasonry.com/bernheimfr.html, Conférence donnée à la Chaire Théodore Verhaegen, Université Libre de Bruxelles, le 9 mai 1998, publiée dans Acta Macionica (Bruxelles) 8 (1998), pages 67–97.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sites de mouvements contemporains se présentant comme descendants de la Stricte observance templière[modifier | modifier le code]