Loi de Stigler
La loi de Stigler (empirique), dans sa forme la plus abrupte, affirme :
« Une découverte scientifique ne porte jamais le nom de son auteur. »
Elle a été énoncée sous ce nom par Stephen Stigler (en) en 1980 à l'occasion d'un festschrift en l'honneur du sociologue américain Robert K. Merton, lequel, d'après Stigler, est le découvreur de cette loi, puis reprise par Stigler dans son livre Statistics on the Table: The History of Statistical Concepts and Methods de 1999, tend à devenir aussi célèbre que la loi de Murphy.
Il y a de nombreux exemples où cette loi est vérifiée en mathématiques, avec plus ou moins de netteté. Par exemple le triangle de Pascal a une lointaine origine, la règle de L'Hôpital est due à Jean Bernoulli, la formule du binôme de Newton pour les entiers a une histoire ancienne, le théorème de Rolle date du XIXe siècle, le théorème de d'Alembert a été démontré par Gauss et énoncé pour la première fois par Albert Girard, etc., tandis que le déterminant de Vandermonde n'apparaît nulle part dans l'œuvre de Vandermonde[1], pionnier de la théorie des déterminants.
La notion de dimension fractale attribuée à Mandelbrot a pourtant bien été présentée par lui dès son premier ouvrage sur les fractals à Hausdorff.
Les transformations de Lorentz furent étudiées, à la suite de demandes de celui-ci, par Poincaré qui, devant leur trouver un nom, leur donna tout naturellement celui de Lorentz. Poincaré montra surtout qu'elles constituait un groupe et pouvaient donc s'interpréter comme des propriétés de l'espace lui-même et non des objets qui s'y trouvaient. Il reviendra à Einstein de transformer l'ensemble en théorie de la relativité restreinte dès l'année suivante, sans citer Poincaré dont il ignorait sans doute le rôle.
Le code nommé code Baudot aux Etats-Unis est mentionné comme ayant été établi par Murray. L'effet Fizeau de déplacement des couleurs de la lumière est souvent nommé effet Doppler alors que celui-ci ne l'avait défini que pour le son. Daguerre s'est vu longtemps attribuer l'invention de la photographie due à Nicéphore Niepce. Enfin, pour des raisons de définition floue du mot movies, c'est aux Etats-Unis Edison qui est mentionné à tort comme inventeur du cinéma et non les Frères Lumière, en dépit de leur brevet sur le système à croix de Malte des caméras et du fait qu'ils aient réalisé le premier spectacle public de ce genre au monde.
Le nom associé spontanément à la machine à coudre est plus souvent aussi Singer que Thimonnier.
En démographie, le diagramme de Lexis donne un autre exemple de l’application de la loi de Stigler. En 1865, Lexis intervient dans le débat sur la construction de ce diagramme, soit plusieurs années après les contributions décisives de Zeuner (1869) ou Brasche (1870)[2]. Par ailleurs, Verwey propose exactement la même construction que Lexis, mais en 1874…
La loi de Stigler s'applique évidemment à elle-même, ainsi Vladimir Arnold en a donné cette description[3] :
« Le professeur Berry a formulé les deux principes suivants : 1) Principe d’Arnold : Si une notion porte un nom propre, ce n’est pas celui de son créateur. 2) Principe de Berry : Le principe d’Arnold s’applique à lui-même. »
Notes et références [modifier]
- cf. Lebesgue (Conférence d'Utrecht 1937) : « La grande notoriété n'est assurée en Mathématiques qu'aux noms associés à une méthode, à un théorème, à une notation. Peu importe d'ailleurs que l'attribution soit fondée ou non, et le nom de Vandermonde serait ignoré de l'immense majorité des mathématiciens si on ne lui avait attribué ce déterminant que vous connaissez bien, et qui n'est pas de lui ! »
- The Lexis diagram, a misnomer [1]
- Sur l'éducation mathématique [2]