Le Cavalier de bronze (statue)

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PETRO PRIMO,
CATHARINA SECUNDA, MDCCLXXXII

59° 56′ 12″ N 30° 18′ 08″ E / 59.93654, 30.302268 () Le Cavalier de bronze ou Le Cavalier d'airain est une statue équestre monumentale de Pierre le Grand qui se trouve à Saint-Pétersbourg. C'est une commande de Catherine II de Russie à laquelle le sculpteur français Étienne Maurice Falconet travailla durant douze ans. Elle est érigée sur un énorme monolithe de granite d'un volume de 450 m3 et d'une masse évaluée entre 1 200 et 1 500 tonnes, probablement la plus grosse pierre jamais déplacée par l'homme.

La statue[modifier | modifier le code]

La statue équestre de Pierre le Grand se dresse sur la place des Décembristes (autrefois place du Sénat). Elle fut inaugurée en 1782 par Catherine II, qui voulait ainsi honorer son illustre prédécesseur.

Le Cavalier de bronze, par Vassily Ivanovitch Sourikov
Le Cavalier de bronze protégé des bombardements par des sacs de sable, durant le siège de Léningrad (photo prise le 8 août 1941).
Le transport de la pierre Tonnerre en présence de la Grande Catherine. Gravure de I.F. Schley, d'après un dessin de Y.M. Felten. 1770.

Elle a été exécutée par le sculpteur Étienne Maurice Falconet (1716-1791), un ami de Diderot. Le visage de Pierre le Grand est l'œuvre de l'artiste Marie-Anne Collot, alors âgée de 18 ans, qui accompagnait Falconet, son maître, dans son voyage, en 1766. Elle modela le visage de Pierre d'après son masque mortuaire et divers portraits qu'elle trouva à Saint-Pétersbourg.

Médailles de 5 roubles en hommage à Pierre le Grand à Léningrad, 1988

La statue fut fondue en 1775 chez le fondeur Yemelyan Khaïlov, en deux fois, à cause d'un accident de coulée. Elle fut achevée en 1777.

Le monument fut inauguré le 7 août 1782 par l'impératrice, sous les acclamations du peuple, mais sans l'artiste, rentré en France quatre ans plus tôt[1].

On y voit Pierre Ier, héros tout en mouvement, le doigt dressé vers la Neva, regardant vers l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg et la forteresse Pierre-et-Paul, son cheval terrassant le serpent de la trahison. Le sculpteur a voulu saisir l'instant où le cheval se cabre en haut du rocher escarpé.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le monument était recouvert de sacs de sable. De fait, durant les neuf cents jours du siège de Léningrad, la statue eut peu à souffrir des incessants pilonnages d’artillerie.

Le mégalithe[modifier | modifier le code]

Pour le socle, on trouva à Lakhta, aux environs de Saint-Pétersbourg, une grosse roche appelée « Гром-камень », « la pierre Tonnerre ». Enfoncé dans le sol marécageux, le bloc dut être dégagé à l’aide de grues et de cabestans[2]. Puis il fut halé (6 km de déplacement terrestre) durant l’hiver sur le sol gelé, au moyen d’un traîneau métallique glissant sur des rails mobiles pourvus de sphères de 13,5 cm de diamètre, le tout en bronze. Ces travaux furent menés par l'ingénieur militaire Marin Carburi. Après un court transport maritime, le lourd monolithe arriva à destination en 1770 : l’événement fut commémoré par une médaille[2].

Ce serait « le plus gros monolithe jamais déplacé » : les sources citent des chiffres souvent très élevés, allant jusqu’à 3 000 tonnes, En 1882, à l'occasion du centenaire du monument, un article de La Nature donne les dimensions suivantes : 7 × 14 × 9 m, pour 1 500 tonnes[2]. [3]

Le bloc a été travaillé, et ses formes adoucies : « remodelé d’après un dessin de Felten, le monolithe fut considérablement réduit[4] ».

Le poème[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Le Cavalier de bronze (poème).
Portrait (huile) d'Alexandre Pouchkine, par Vasily Tropinin, 1827
Le cavalier de bronze devant la Neva, au fond la cathédrale Saint-Isaac (1840)

La statue équestre de Pierre le Grand a inspiré à Alexandre Pouchkine son célèbre poème Le Cavalier de bronze, Медный всадник (1833).

L'action du Cavalier de bronze se déroule lors d'une des terribles crues de la Neva. La rivière noyait régulièrement la nouvelle capitale de l'empire, construite au milieu des marécages.

Eugène assiste, impuissant, à la catastrophe. Lorsque les eaux se calment, il se précipite vers le quartier populaire de Pétersbourg où habite sa promise. Hélas, la maison de Paracha a été emportée par la Neva. Eugène défie alors la statue de Pierre le Grand, qu'il juge responsable du drame. Soudain, il a le sentiment que celle-ci s'est mise à bouger et qu'elle se lance à sa poursuite. Le malheureux fuit éperdument... On retrouve son cadavre dans une petite île perdue au milieu des marécages.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) The Bronze Horseman, Optima.
  2. a, b et c A. de Rochas, Transport du piédestal, La Nature, 1882.
  3. Pour évaluer sa masse, il faudrait disposer du volume du piédestal, donc de ses dimensions exactes. Il n’est pas aisé d’évaluer des dimensions uniquement avec des photos sans échelle… Connaître le volume d’objets de forme géométriques — parallélépipèdes, solide de révolutions, etc. — est relativement facile, mais s'agissant de formes complexes comme celles du socle de Saint-Petersbourg, c’est bien plus compliqué et une modélisation informatique serait souhaitable. Pour en calculer la masse, il suffit de connaître la densité du matériau, et de multiplier par le volume. La pierre de qualité servant à la construction, calcaire (pierre de taille) ou granite ont sensiblement la même densité de 2,6 à 2,7 soit une masse volumique de 2,6 à 2,7 t⋅m-3.
  4. Les Français à Saint-Pétersbourg., extrait du livre de Natalia Smirnova.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Natalia Smirnova, Saint-Pétersbourg ou l'enlèvement d'Europe, éd. Olizane, Genève, 1996 (ISBN 2880861918)
  • Christiane Dellac, Marie-Anne Collot : une sculptrice française à la cour de Catherine II, 1748-1821, L'Harmattan, (2005) (ISBN 2747588335).