Laminaria digitata

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Laminaria digitata est une espèce d'algues brunes de la famille des Laminariaceae.

Divers noms vernaculaires sont attribués à cette espèce : laminaire digitée, laminaire flexible, goémon de coupe, anguillier (Normandie), tali, tali moan, warle ou gwrac’hle et divers autres noms locaux (Bretagne), Fouet des Sorcières.

Description morphologique[modifier | modifier le code]

Aspect général[modifier | modifier le code]

Cette algue pérenne est de couleur brune, vert-olivâtre ou beige-olivâtre ; ceci est dû à la prédominance des pigments xanthophylles de type fucoxanthine, qui masquent les autres pigments : chlorophylle a et c (pas de chlorophylle b), béta-carotène et autres xanthophylles[1]. Elle mesure de 100 cm à 150 cm de long, mais peut atteindre 4 m de longueur[2],[3]. Le stipe lisse, épais (jusqu'à 4 cm de diamètre), flexible et non gluant, est fixé au substrat par un crampon ramifié. Au-dessus du stipe, l'algue s'élargit en un thalle d'abord entier, puis divisé en lanières. La surface de ce thalle est lisse au toucher et sa consistance est un peu caoutchouteuse. Toutes les parties de cette algue sont très peu couvertes d'épiphytes.

Laminaria digitata vit de 3 à 5 ans. Elle cesse de croître de la fin de l'été jusqu'à la fin de l'hiver. Lors de la reprise de croissance, la partie la plus ancienne du thalle, de couleur plus sombre, est repoussée vers l'extrémité distale de la plante. Un léger étranglement marque la limite entre les deux parties, l'ancienne et la nouvelle[3].

Espèces proches[modifier | modifier le code]

On peut confondre la laminaire digitée (Laminaria digitata) avec Laminaria ochroleuca, mais cette dernière a un stipe rigide et la zone située à la base du thalle est plus jaune.

On peut aussi la confondre avec Laminaria hyperborea, mais cette dernière a un stipe rigide et rugueux, et elle est souvent couverte d'épiphytes[3].

Reproduction[modifier | modifier le code]

Cette algue peut se présenter sous deux phases : une phase microscopique de forme filamenteuse, appelée gamétophyte, qui produit des cellules sexuelles. Ces dernières, après fécondation, donnent naissance à une forme macroscopique, le sporophyte, qui lui produira des spores ; c'est cette forme qui est ici décrite et montrée en photographie. Les zones productrices de spores sont situées sur le thalle ; elles sont visibles à maturité sous la forme de taches brunes[3].

Répartition et habitat[modifier | modifier le code]

On trouve cette algue dans l'étage infralittoral, jusqu'à 6 m de profondeur généralement. Elle pousse sur substrat rocheux, en milieu moyennement battu. On ne la voit émergée que lors des plus grandes marées[2],[3]. Elle croît en Atlantique du Nord (oriental et occidental), dans le Golfe du Saint-Laurent, en Mer du Nord, dans la Manche et dans la partie occidentale de la Mer Baltique[2],[3]. Elle semble aussi présente dans l'Atlantique Sud, notamment aux îles Canaries[4]et sur certaines côtes africaines ; elle a été observée sur la côte ouest de l'Afrique du Sud[4] et sur la côte ouest de la Namibie[5].

Rôle écologique[modifier | modifier le code]

Bien que ce soit assez rare en raison d'un mucus externe très protecteur, cette espèce peut éventuellement abriter quelques épiphytes, notamment l'algue rouge Rhodymenia palmata. Elle peut servir de support ou d'abri pour de nombreuses espèces animales[6],[7] : éponges, bryozoaires comme par ex Membranipora membranacea, comatules, ascidies comme par ex Aplidium pallidum, et divers gastéropodes, notamment Patina pellucida, Acmea virginea, Gibbula cineraria ou Gibbula umbilicalis ; Polar Biology Volume 30, Number 7, 939-943, DOI: 10.1007/s00300-007-0272-4[3].

État des populations, pressions et menaces[modifier | modifier le code]

Comme les Fucales et le kelp, les laminaires semblent en régression dans toute les eaux européennes au moins, sans explication claire à ce jour. Cette régression ou disparition localement a une cause probablement multifactorielle. Les pesticides et certains polluants, ainsi que le réchauffement climatique pourraient notamment être en cause, en affectant notamment les spores de cette espèce qui sont plus vulnérables que la plante adulte[8]. En laboratoire, l'exposition aux UV se traduit par des dommages cellulaires, enzymatiques et moléculaires. L'algue montre des capacités d'adaptation en pouvant produire des composés qui filtrent une partie des UV, mais en détournant alors une partie de l'énergie produite par la photosynthèse[9].

Systématique[modifier | modifier le code]

Appellations[modifier | modifier le code]

Autres appellations françaises[modifier | modifier le code]

Outre l'appellation Laminaire digitée, Laminaria digitata reçoit parfois le nom de Goémon de coupe, Fouet de sorcière, Laminaire flexible, ainsi que Tali moan, Tali du, bezhin siliou, warle ou gwrac’hle et divers autres noms bretons locaux sur les différentes côtes bretonnes de manche et d'atlantique ou elle se recolte, ou Anguillier en Normandie[2],[3].

Autres appellations latines[modifier | modifier le code]

Cette espèce a reçu d'autres noms latins, considérés comme synonymes, mais non valides[3],[10]:

  • Fucus digitatus Hudson 1762
  • Fucus bifurcatus Gunnerus
  • Laminaria apoda Postels & Ruprecht 1840
  • Laminaria brongardiana var. bifurcata (Gunnerus) Postels & Ruprecht
  • Laminaria conica Bory de Saint-Vincent 1826
  • Laminaria cucullata (Le Jolis) Foslie 1883
  • Laminaria ensifolia Kützing 1843
  • Laminaria flexicaulis Le Jolis 1855
  • Laminaria flexilis Le Jolis
  • Laminaria intermedia Foslie 1884
  • Laminaria latifolia C. Agardh 1820
  • Laminaria stenophylla (Harvey) J. Agardh 1868

Étymologie[modifier | modifier le code]

Les noms français et latin ont la même origine latine. Les termes Laminaria et « laminaire » viennent du latin Lamina, la lame, en référence aux lanières. Les termes digitata et « digitée » viennent du latin digitus, le doigt, en référence à la forme du thalle comparé à une main portant des doigts[3],[11].

Liste des variétés[modifier | modifier le code]

Laminaria digitata possède plusieurs variétés.

Selon Catalogue of Life (10 nov. 2012)[12] et World Register of Marine Species (10 nov. 2012)[13] :

  • variété Laminaria digitata var. bifida Despréaux
  • variété Laminaria digitata var. elliptica Despréaux
  • variété Laminaria digitata var. ligulata Despréaux
  • variété Laminaria digitata var. lyrata Despréaux
  • variété Laminaria digitata var. palmata (Bory de St.-Vincent) Duby
  • variété Laminaria digitata var. pseudosaccharina Despréaux

Laminaria digitata et l'homme[modifier | modifier le code]

Comme de nombreuses autres algues brunes, cette laminaire est récoltée afin d'extraire des alginates, mais aussi de l'iode, de la soude ou de la potasse[2],[3]. En France, la récolte est réglementée, elle n'est autorisée que de mai à octobre[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Van Guelpen L., Pohle G., Vanden Berghe E. et Costello M.J., « Laminaria digitata (Huds.) J.V. Lamour. », sur www.marinebiodiversity.ca, Marine Species Registers for the Northwest North Atlantic Ocean,‎ 2005 (consulté le 5 juillet 2009)
  2. a, b, c, d et e Lohmann M. (1995) Flore et faune du littoral p. 28, Chantecler, ISBN 2803427788
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l DORIS (Données d'Observations pour la Reconnaissance et l’Identification de la faune et de la flore Subaquatiques), « Laminaria digitata », sur doris.ffessm.fr, CNEBS,‎ mai 2008 (consulté le 4 juillet 2009)
  4. a et b Price J.H., John D.M. et Lawson G.W. (1978) Seaweeds of the western coast of tropical Africa and adjacent islands : a critical assessment, II Phaeophyta, Bulletin of the British Museum (Natural History) Botany 6: 87-182
  5. Rull Lluch J. (2002) Marine benthic algae of Namibia, Scientia Marina 66(Suppl.) 5-256
  6. Maria Włodarska-Kowalczuk, Piotr Kukliński, Marta Ronowicz, Joanna Legeżyńska and Sławomira Gromisz, Assessing species richness of macrofauna associated with macroalgae in Arctic kelp forests (Hornsund, Svalbard) ; Polar BiologyVolume 32, Number 6, 897-905, DOI: 10.1007/s00300-009-0590-9 (Résumé, en anglais)
  7. Svalbard Beth P. Carlsen, Geir Johnsen, Jørgen Berge et Piotr Kuklinski, Biodiversity patterns of macro-epifauna on different lamina parts of Laminaria digitata and Saccharina latissima collected during spring and summer 2004 in Kongsfjorden, Polar Biology Volume 30, Number 7, 939-943, DOI: 10.1007/s00300-007-0272-4
  8. Anja Eggert, Akira F. Peters et Frithjof C. Küpper, The Potential Impact of Climate Change on Endophyte Infections in Kelp Sporophytes ; Seaweeds and their Role in Globally Changing Environments Cellular Origin, Life in Extreme Habitats and Astrobiology, 2010, Volume 15, Part 3, 139-154, DOI: 10.1007/978-90-481-8569-6_9
  9. Michael Y. Roleda, Dieter Hanelt and Christian Wiencke, Growth and DNA damage in young Laminaria sporophytes exposed to ultraviolet radiation : implication for depth zonation of kelps on Helgoland (North Sea) ; Biomedical and Life Sciences Marine Biology Volume 148, Number 6, 1201-1211, DOI:10.1007/s00227-005-0169-0
  10. ITIS & Species 2000, « Laminaria digitata (Hudson) J.V. Lamouroux », sur www.catalogueoflife.org (consulté le 5 juillet 2009)
  11. Dubois J., Mitterand H. et Dauzat A. (2007) Dictionnaire étymologique, Larousse, ISBN 978-2-03-583710-3
  12. Catalogue of Life, consulté le 10 nov. 2012
  13. World Register of Marine Species, consulté le 10 nov. 2012

Autres média[modifier | modifier le code]

  • Galerie de photos sur lesite Calphotos, University of California, Berkeley

Liens externes[modifier | modifier le code]

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