Lépontique

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Lépontique
Période VIIe au IIe siècles av. J.-C.
Région Gaule cisalpine
Typologie supposée SVO, flexionnelle
Classification par famille
Codes de langue
ISO 639-3 xcg xlp, xcg
IETF xlp, xcg

Le lépontique est une langue celtique continentale parlée par les Lepontii dans une partie de la Gaule Cisalpine du VIIe au IIe siècles av. J.-C.. Elle est parfois appelée celtique cisalpin et considérée comme un dialecte du gaulois, et donc comme une langue celtique continentale[1]. Les Lepontii n'occupaient qu'une partie de la Rhaetia (dans la Suisse moderne et l’Italie) et des Alpes en bordure de la Gaule Cisalpine. Pourtant, le terme lépontique est souvent utilisé par certains spécialistes pour désigner tous les dialectes celtiques de l'ancienne Italie. Cet usage est controversé.

Identification du Lépontique[modifier | modifier le code]

Découvertes archéologiques[modifier | modifier le code]

La langue ne nous est connue que par de rares inscriptions gravées sur pierre et sur des objets. Ils ont été mis au jour dans une région centrée sur Lugano, y compris le lac de Côme et le lac Majeur (Lugano, Côme, Vergiate, Ornavasso), d'où le qualificatif d'« alphabet de Lugano » (ou alphabet lépontique)[2] pour décrire la nature des signes de ces gravures lapidaires ou de ces objets. On associe habituellement les inscriptions lépontiques à la culture de Golasecca[3].

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

L'alphabet de Lugano est le plus pauvre jamais utilisé pour noter une langue celtique : il ne présente que 14 signes sous sa forme classique[4]. C'est l’une des cinq principales variétés d’anciens alphabets italiques qui soit dérivé de l’alphabet étrusque, plus précisément du nord étrusque[5],[6]. Cet alphabet note une « langue celtique en P », c'est-à-dire que /kʷ/ indo-européen est passé à /p/. Une mutation analogue s'est produite en gaulois et en brittonique, mais pas en gaélique et en celtibère, où il est passé à /k/.

Controverses linguistiques[modifier | modifier le code]

Le regroupement de toutes ces inscriptions en une seule langue celtique est controversé. Certaines (y compris et surtout les plus anciennes) étaient supposées être rédigées dans une langue non celtique liée au ligure[7],[8]. Selon cette théorie, qui prévalait jusque vers 1970, le lépontique était le nom correct pour une langue non celtique du groupe italique, tandis que la langue celtique devait être appelée gaulois cisalpin.

Cependant, depuis les travaux de Michel Lejeune, un consensus a établi que le lépontique devait être classé comme une langue celtique, peut-être aussi divergente que l'est le celtibère du gaulois, et dans tous les cas, bien distincte du gaulois cisalpin. Ce n'est que dans les années récentes qu'est apparue une nouvelle tendance à amalgamer le lépontique au gaulois cisalpin[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. The linguistic position of Lepontic. J.F. Eska. Dans Proceedings of the Twenty-fourth Annual Meeting of the Berkeley Linguistics Society. Special Session on Indo-European Subgrouping and Internal Relations, Berkeley Linguistics Society, 1998, 2-11.
  2. Pierre-Yves Lambert, La langue gauloise, éditions errance 1993. p. 79.
  3. Pierre-Yves lambert, Op. cité. p. 21.
  4. Pierre-Yves Lambert, Op. cité. p. 20.
  5. P-Y. Lambert, Op. cité.
  6. Des écritures similaires furent utilisées pour écrire le rhétique et le vénète. L’alphabet runique des langues germaniques trouve probablement son origine dans l'un des alphabets de ce groupe.
  7. Whatmough, 1933.
  8. Pisani, 1964.
  9. (en) Celtiberians: Problems and Debates. Francisco Burillo Mozota, Centro de Estudios Celtibéricos de Segeda, Seminario de Arqueología y Etnología Turolense, Facultad de Humanidades y Ciencias Sociales, Teruel. Journal of interdisciplinary Celtic studies, vol. 6 : The celts in the Iberian peninsula. 2005.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Eska, J. F. (1998). « The linguistic position of Lépontique », in Proceedings of the twenty-fourth annual meeting of the Berkeley Linguistics Society, vol. 2, Special session on Indo-European subgrouping and internal relations (February 14, 1998), ed. B. K. Bergin, M. C. Plauché and A. C. Bailey, 2–11, Berkeley: Berkeley Linguistics Society.
  • Eska, J. F. and D. E. Evans (1993). « Continental Celtic », in The Celtic Languages, ed. M. J. Ball, 26–63, Londres: Routledge. (ISBN 0-415-01035-7)
  • Gambari, F. M. and G. Colonna, « Il bicchiere con iscrizione arcaica de Castelletto Ticino e l'adozione della scrittura nell'Italia nord-occidentale », Studi Etruschi, 1988, volume 54, p. 119–64.
  • Lejeune, M., « Documents gaulois et para-gaulois de Cisalpine », Études Celtiques, 1970–71, volume 12, p. 357–500.
  • Lejeune, M., Lepontica, Paris : Société d'Éditions 'Les Belles Lettres', 1971.
  • Lejeune, M., « Vues présentes sur le celtique ancien », Académie royale de Belgique, Bulletin de la Classe des Lettres et des Sciences morales et politiques, 1978, volume 64, pp. 108–121.
  • Lejeune, M., Recueil des inscriptions gauloises, II.1 Textes gallo-étrusques. Textes gallo-latins sur pierre, Paris : CNRS, 1988.
  • Pisani, V., Le lingue dell'Italia antica oltre il latino, 2e éd., Turin : Rosenberg & Sellier, 1964.
  • Tibiletti Bruno, M. G. (1978). « Ligure, leponzio e gallico », in Popoli e civiltà dell'Italia antica, VI. Lingue e dialetti, ed. A. L. Prosdocimi, pp. 129–208. Rome : Biblioteca di Storia Patria.
  • Tibiletti Bruno, M. G. (1981). « Le iscrizioni celtiche d'Italia », in I Celti d'Italia, ed. E. Campanile, pp. 157–207. Pisa : Giardini.
  • Whatmough, J., The Prae-Italic Dialects of Italy, vol. 2, The Raetic, Lepontic, Gallic, East-Italic, Messapic and Sicel Inscriptions, Cambridge : Harvard University Press, 1933.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]