Kenji Miyazawa

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Kenji Miyazawa

alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Kenji Miyazawa (Musée des archives de littérature de Kamakura)

Activités écrivain
poète
Naissance 27 août 1896
Hanamaki, Drapeau du Japon Japon
Décès 21 septembre 1933 (à 37 ans)
Drapeau du Japon Japon
Langue d'écriture Japonais
Genres poésie
roman
conte

Kenji Miyazawa (宮沢 賢治, Miyazawa Kenji?), né le 27 août 1896 à Hanamaki dans la préfecture d'Iwate et mort le 21 septembre 1933, est un poète japonais et un auteur de contes. Il fut également connu pour sa ferveur bouddhique et son militantisme social.

Biographie[modifier | modifier le code]

Kenji Miyazawa naît le 27 août 1896 à Hanamaki, ville située dans la région plutôt pauvre d'Iwate, dans une famille aisée de commerçants de vêtements.

L'année de sa naissance est marquée par des catastrophes naturelles sans précédent. Le 5 mai 1896, durant la soirée de célébration du Buyô, un tsunami dévastateur touche la région, engloutissant des villages et causant la disparition de 20 000 personnes. Le tremblement de terre de Rikuu a aussi lieu la même année, le 31 août.

En cette ère Meiji, qui marque la modernisation du Japon, le pays fait face aux difficultés nombreuses qu'il connaît (fragilité face à la mer, problèmes sanitaires graves en raison de fortes précipitations, faiblesse de rendement des sols et famine) et se lance notamment dans des projets d'endiguement.

Un poète agronome[modifier | modifier le code]

Très jeune, Kenji Miyazawa est ému par le sort de la paysannerie et tout particulièrement les problèmes liés au faible rendement des sols pauvres de la région. À cette époque, de fortes pluies sont à l'origine d'une succession de mauvaises récoltes, causant des problèmes sanitaires nombreux, malnutrition, dysenterie.

Enfant, à l'âge de six ans, il est hospitalité en raison de la dysenterie bacillaire, une épidémie qui touche régulièrement et durement le Japon de l'époque, et dont le bacille (la Shigella dysenteriae) est découverte en 1896 par le docteur japonais Kiyoshi Shiga.

A l'âge de 13 ans, il entre en pension pour suivre des études au collège. C'est durant cette période qu'il écrit ses premiers poèmes, sous la forme de tankas, poèmes traditionnels japonais composés de trente-et-une mores. Il débute également une collection de minéraux.

Il s'intéresse fortement à la géologie et se lance dans des études d'agronomie afin de pouvoir aider un jour la communauté agricole.

Son intérêt et son engagement pour le monde rural sont une source de désaccord avec son père qui souhaite que son fils aîné reprenne l'affaire familiale.

Étudiant doué, il intègre l’École supérieure d'agronomie de Morioka (devenue depuis lors le département d'agriculture de l'université d'Iwate), de renommée nationale, où il suit des études de géologie. Il est major de la promotion 1915. Sa passion pour la géologie, les mathématiques, l'astronomie transparaît dans ses œuvres. Il finit ses études avec mention.

Durant quelques années, il travaille en tant que chercheur pour cette école et porte ses études sur l'amélioration de la fertilité des sols et les engrais avant de démissionner pour partir pour Tokyo.

Il passera quelques mois dans l'effervescence de la grande ville, se consacrant à l'écriture et s'intéressant au milieu culturel.

C'est la grave maladie de sa sœur cadette, Toshiko (avec qui, au sein d'une famille avec laquelle les rapports sont souvent houleux, il a tissé des liens très forts), qui le conduira à revenir à Hanamaki. La jeune femme a contracté une grave maladie et meurt le 22 novembre 1922. Il demeurera profondément marqué par cette perte.

Kenji Miyazawa exerce de 1921 à 1933 la fonction de professeur à l'école agricole de Hanamaki. Les étudiants gardent de lui l'image d'un professeur passionné et un brin excentrique, préférant parfois donner cours en extérieur et s'impliquant dans la vie associative de l'école en permettant aux élèves d'interpréter des pièces de théâtres qu'ils auront écrites.

Il contribue activement à la vie associative de sa région. Il crée une association réunissant des agriculteurs, délivrant des cours d'agronomie, développant des activités culturelles (théâtre, musique, littérature).

L'influence du Sûtra du Lotus[modifier | modifier le code]

À 18 ans, il découvre le Sûtra du Lotus, une œuvre majeure du bouddhisme qui ne le quittera plus, et il devient un fervent adepte de la secte bouddhique Nichiren. Cette « radicalisation » de sa foi sera mal perçue par sa famille, pratiquant une forme de bouddhisme plus modérée.

Il mène dès lors une vie entièrement dédiée au développement spirituel, une vie d'ascète se lançant dans de nombreux travaux : écriture, étude de la musique, étude des langues, dont l'espéranto qui l'intéresse tout particulièrement, enseignement, vie associative, sociale et culturelle. Il refuse de prendre la succession de son père à la tête du commerce familial et ne fondera pas de famille.

À travers des œuvres oniriques teintées parfois d'animisme, il rend hommage à la nature mais également aux qualités de travail, de sagesse, d'amour de son prochain. En éternel étudiant, il n'a de cesse de proclamer son amour du travail et de la science, sa soif de connaissance, sa curiosité et sa fascination sans cesse renouvelés face à la nature et à la condition humaine.

Un poète maudit[modifier | modifier le code]

De son vivant, seuls deux des ses textes sont publiés : Le Restaurant aux nombreuses commandes et les premiers versets de Printemps et Ashura. Il publie les textes précités à compte d'auteur. Poète de l'ombre et écrivain foisonnant, il ne sera ainsi pas connu du grand public de son vivant et ne vivra pas de son écriture.

La dureté et la pauvreté de la région dans laquelle il vit, la disparition de sa jeune sœur, auront une forte influence sur son œuvre. Le thème de la disparition précoce de l'être cher apparaît souvent dans ses nouvelles, que ce soit dans Train de nuit dans la Voie lactée ou dans l'hommage à la Malibran.

Il tombe gravement malade en raison d'une pleurésie mal soignée et retourne alors auprès de sa famille. Il succombe d'une tuberculose le 21 septembre 1933, à l'âge de 37 ans.

Œuvre[modifier | modifier le code]

La grande majorité de l'œuvre de Miyazawa a été publiée à titre posthume et il est alors reconnu par la critique pour devenir l'un des auteurs les plus lus du Japon.

Son œuvre complet en langue japonaise comprend seize tomes. Il est très diversifié, allant de la poésie sous des formes traditionnelles, classiques ou libres, aux contes, dont on compte une centaine, en passant par les essais.

Certaines de ses œuvres ont été éditées au Japon en format pour jeune public.

« Nos champs, une immense œuvre d'art à quatre dimensions »[modifier | modifier le code]

« Ne faut-il pas faire de nos champs, de toute notre vie, une immense œuvre d'art à quatre dimensions ? » s'interroge Kenji Miyazawa. Son parcours poétique en est l'ample illustration.

Il estime que « les artistes professionnels doivent disparaître tout à fait. Tout un chacun doit donner libre cours à sa sensibilité artistique. »

L'écriture de Miyazawa est notamment caractérisée par la création d'un vocabulaire poétique nouveau, mêlant à une langue simple et rythmique, onomatopées, dialecte d'Iwate ou encore termes scientifiques ou bouddhiques. Ce style folklorique se retrouve dans sa poésie comme dans ses contes en prose.

« Embrasser l'univers des étoiles »[modifier | modifier le code]

« La perception de soi du poète part de l'individu, passe par le groupe et la société et finit par embrasser l'univers des étoiles[1]. »

Son œuvre s'inscrit dans un contexte très riche au niveau international, prompt au développement intellectuel. Le monde vit le développement croissant des sciences et des innovations techniques tandis que sur le plan culturel et politique de nombreux mouvements forts naissent : marxisme, anarchisme, surréalisme… Kenji Miyazawa, pleinement conscient et curieux de ces préoccupations est à l'image de ce monde en plein changement.

Son œuvre est atypique, à l'image de son auteur et de sa vie : concentré, énigmatique, à la fois intime et universel, scientifique et mystique, optimiste et mélancolique, concis et contemplatif.

L'auteur s'est beaucoup intéressé à l'espéranto. Il n'a que peu écrit dans cette langue, mais il a intégré des mots d'espéranto dans ses œuvres. Ses œuvres ont été traduites en espéranto.

Les neiges d'Iwate[modifier | modifier le code]

L'auteur compose une œuvre contemplative de son environnement, mais sans s'étendre dans de longues descriptions. Il dépeint les plaines et les forêts du Japon, la rigueur des saisons de sa région avec un réalisme qui lui est propre, à base d'onomatopées, donnant ainsi la parole à la faune et à la flore locale.

Il est impossible d'évoquer l'œuvre de Miyazawa sans parler de la terre qui l'a vu naître, dont il s'est épris et qui l'a largement inspiré. Pour repérer Iwate, ses caractéristiques géographiques peuvent être configurées.

Ancienne préfecture de Moriaka, Iwate se situe au nord-est de l'île de Honshû. Le climat de la région d'Iwate s'apparente au climat montagnard, assez frais, avec des neiges des mois de novembre à mars plus ou moins abondantes. Sa zone côtière, longeant le Pacifique, connaît l'emprise des brouillards. Les températures ne dépassent pas les 20 °C lors des mois de juin, juillet et septembre et c'est à cette période que les précipitations sont les plus importantes.

Miyazawa dépeint avec une sensibilité surprenante les tempêtes de neige, le vent de la région, faisant revivre des personnages de légende, comme celui de la Reine des neiges prenant les vies des gens perdus dans les tempêtes qu'elle soulève.

Œuvres traduites en français[modifier | modifier le code]

En France, les œuvres de Miyazawa ont été traduites aux éditions Le Serpent à plumes par Hélène Morita. En 1990, Hélène Morita a reçu le prix Shibusawa-Claudel pour la traduction du recueil de nouvelles portant le titre de Train de nuit dans la Voie lactée.

  • Les Fruits du ginkgo [いちょうの実], Éditions du Rocher, Collection Motifs, 204 p. (2006) (ISBN 2-268-05990-1), traduit par Hélène Morita, édité par Le Serpent à plumes
  • Le Diamant du Bouddha [十力の金剛石],traduit par Hélène Morita, éditions Le Serpent à plumes, Collection Motifs, 212 p. (2003) (ISBN 2-84261-457-7)
  • Les Astres jumeaux, traduit par Hélène Morita, Éditions du Rocher et Serpent à Plumes, Collection Fiction étrangère, (2006) (ISBN 2-268-05982-0)
  • Les Pieds nus de la lumière [ひかりの素足], Le Livre De Poche, 253 p. (2003) (ISBN 2-253-93372-4), traduit par Hélène Morita et Shizuko Bugnard, édité par Le Livre de Poche et Le Serpent à Plumes
  • Traversée de la neige [雪渡り], traduit par Hélène Morita, édité par les éditions Intertextes, Noël Blandin et Le Serpent à plumes :
  • Le coquillage de feu [貝の火] et autres contes, traduit par Françoise Lecœur, éditions L'Harmattan, collection Lettres asiatiques, 189 p. (2000) (ISBN 2-7384-2987-4)
  • Train de nuit dans la Voie lactée, Le Serpent à plumes, collection Motifs, (1995) (ISBN 2-908957-61-2), recueil composé des 3 nouvelles suivantes :
  • Le Train de la Voie lactée, traduit par Françoise Lecœur, éditions Critérion et Picquier
  • Le Bureau des chats [猫の事務所], traduit par Elisabeth Suetsugu, éditions Picquier
  • Printemps et Asura [春と修羅], traduit par Françoise Lecœur, éditions Fata Morgana adaptation de Francis COFFINET
  • La Danse du sabre au village de Haratai [原体剣舞連] (dans l’Anthologie de poésie japonaise contemporaine), traduit par Yves-Marie Allioux, éditions Gallimard
  • Coulée de lave [気のいい火山弾], traduit par René de Ceccatty et Ryōji Nakamura, édité par Revue Europe n°693-694,
  • La pilule des six dieux, traduit par Hélène Morita, éditions Grandir

Adaptations[modifier | modifier le code]

  • Goshu le violoncelliste a fait l'objet d'une adaptation particulièrement fidèle en animation par le réalisateur japonais Isao Takahata en 1981. Le film remporta le prix Ôfuji.
  • Train de nuit dans la voie lactée a aussi été adapté en animation au Japon, dans ce film animé, les héros sont de jeunes animaux.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Histoire de la littérature japonaise, Tome 3 : L'Époque moderne, Shûichi Katô (trad. E. Dale Saunders), éd. Fayard - Intertextes, 1986 (ISBN 2-213-01831-6), p. 287

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Histoire de la littérature japonaise, Tome 3 : L'Époque moderne, Shûichi Katô, Editions Fayard - Intertextes, (1986) (ISBN 2-213-01831-6) (pages 286 à 292)
  • Préface de Les Pieds nus de la lumière, Editions Le Livre De Poche, 253 p. (2003) (ISBN 2-253-93372-4), par Kô Kuriyagawa (pages 9 à 16)
  • Postface de Hélène Morita de "Traversée de la neige, Editions le Serpent à Plumes, Collection Motifs (2000), (ISBN 2-84261-245-0) (p207 à 213)

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]