Maria Malibran

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Maria Malibran

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Maria Malibran dans le rôle de Desdémone, Opéra Otello de Rossini en 1834.
Portrait par François Bouchot. Musée de la Vie Romantique, Paris

Surnom La Malibran
Nom de naissance María-Felicia García
Naissance 24 mars 1808
Paris, Drapeau de l'Empire français Empire français
Décès 23 septembre 1836 (à 28 ans)
Manchester, Drapeau du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande Royaume-Uni
Activité principale artiste lyrique
mezzo-soprano
Style opéra
Ascendants Manuel Garcia
Maria Joaquina Sitches, dite la Briones
Conjoint Charles-Auguste de Bériot
Descendants Charles Wilfrid de Bériot
Famille Manuel Garcia junior
Pauline Viardot

María-Felicia García, plus connue sous le nom de Maria Malibran, du nom de son premier mari, surnommée la Malibran, (24 mars 1808 à Paris - 23 septembre 1836 à Manchester) est une célèbre mezzo-soprano d'origine espagnole.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fille de Manuel Garcia, célèbre ténor de l'époque, María-Felicia a pour sœur Pauline, future Pauline Viardot, de 13 ans sa cadette. Son père lui impose un enseignement terrifiant, tant par son rythme que par son exigence : Maria ne doit manger que ce qui est bon pour sa voix, il lui interdit de se promener, de faire la grasse matinée, d'aller rire et s'amuser avec d'autres filles de son âge -elle se doit déjà corps et âme au chant-[1], et la pousse sur scène dès l'âge de six ans.

Enfance et début de carrière[modifier | modifier le code]

N° 1 et 3 de la rue de Condé, avec la plaque commémorative de la naissance de Maria Malibran.
Détail de la plaque commémorative.

María de la Felicídad García, future Maria Malibran, naquit la nuit du 24 mars 1808 à Paris, au numéro 3 de la rue de Condé. Elle était la fille du ténor espagnol Manuel Garcia, né à Séville en 1775, et de l’espagnole Maria Joaquina Sitches, née à Barcelone en 1780. Les trois premières années de Maria se déroulent paisiblement dans un foyer « uni et aisé » ; son père rayonne autant sur scène, au Théâtre des Italiens, que dans les salons mondains, tandis que Maria fait ses premiers pas au jardin du Luxembourg et qu’un peu plus tard, sa mère lui apprend à lire, écrire, et compter. En 1811, la famille Garcia déménage à Naples, où le père de Maria a été appelé par le roi Joachim Murat qui vient de le nommer maître de sa chapelle privée après l’avoir écouté au San Carlo. Avant le départ, Manuel remporte un dernier succès dans la capitale française, à l’occasion des festivités données en l’honneur de la naissance de l’Aiglon, fils de Napoléon et de Marie-Louise d’Autriche. La famille Garcia passe quatre années à Naples, « totalement rythmées par la musique » ; Manuel Garcia et sa femme Maria se produisent régulièrement au San Carlo, tandis que leurs deux premiers enfants, Manuel Garcia fils ainsi que Maria, apprennent le solfège et la musique avec le pianiste Hérold et le compositeur Panseron. Maria impressionne beaucoup Hérold qui écrit dans ses Mémoires : « Depuis Mozart, on n'a jamais vu de vocation si énergiquement prononcée pour la musique. » En 1813, Maria, alors âgée de cinq ans, fait ses premiers pas sur scène en jouant un rôle secondaire dans L’Agnese (Agnès), de Ferdinando Paër, qui consiste à apporter une lettre à son père lorsqu’il chante avec la soprano. Mais, lors d’une représentation, la chanteuse est indisposée au moment même où elle doit chanter son grand air. Maria est alors appelée pour la remplacer. Lorsqu’elle a fini sa prestation, elle annonce : « Ho cantato come un cane, non voglio cantare più ! » « J’ai chanté comme un chien, je ne veux pas chanter davantage ! »

À Naples, Manuel Garcia fait également la connaissance de personnages importants, dont le ténor âgé Giovanni Ansani, avec lequel Manuel perfectionne son chant, et Rossini, alors à ses débuts, et avec qui Manuel Garcia et Maria resteront amis à vie.

En 1815, c’est la chute de l’Empire français, suivie de celle des Murat. Les Bourbons reprennent possession du trône de Naples. Les Murat détrônés, l’engagement de Garcia ne tient plus. Il s’en va donc avec sa famille et Rossini à Rome. L’hiver de cette même année, à la demande du duc de Sforza-Cesarini, Rossini compose Le Barbier de Séville. Le rôle du comte Almaviva est attribué à Manuel Garcia tandis que celui de Figaro est confié à Zamboni, les deux chanteurs vont marquer leurs rôles de leur empreinte, mais Rossini fut surtout impressionné par Garcia dont il écrit : « C'est le meilleur ténor que je connaisse, je le préfère à tous les ténors italiens. » À cause d’une cabale, la première est un échec, mais les représentations suivantes deviennent vite des triomphes.

En 1816, la famille Garcia revient à Paris, où Manuel ouvre une école de chant au Palais-Royal. Sa notoriété et sa technique infaillible lui attirent de nombreux élèves qui feront de grandes carrières, tels le haute-contre Adolphe Nourrit, la soprano Méric-Lalande, Rimbault ainsi que Favelli. Il fait également la formation vocale de Maria, mais la voix de sa fille est rebelle. Le père et la fille ont tous les deux un caractère fort, aussi les leçons tournent-elles la plupart du temps au conflit.

En 1824, les Garcia partent pour Londres, où le père de Maria a été engagé pour chanter les opéras de Rossini au King’s Theater, engagement qu’il prend avec d’autant plus d’intérêt, que deux nouveaux ténors, Donzelli et Rubini, commencent à lui faire de l’ombre à Paris. Dans la capitale britannique, Garcia connait à nouveau le triomphe et brille dans les salons de l’aristocratie anglaise, dont il devient la coqueluche, et où il en profite pour introduire Maria, à laquelle, le 28 juillet 1824, il fait chanter le rondo final de Cendrillon, un duo de Mathilde de Brabant, et, aux côtés de Giuditta Pasta, Isabella Colbran, et lui-même, une cantate composée en l’honneur de Lord Byron, qui vient de décéder. Ce n’est pas un grand début, certes, mais le public est enthousiasmé par la voix, le charme, et la beauté de Maria (qui n'est pas encore Malibran).

Le grand lancement de Maria Garcia a lieu en 1825. Le 7 juin de cette année-là, Giambattista Velluti, le dernier des grands castrats, se produit au King’s Theater. Parmi les œuvres interprétées, figure le duo de Roméo et Juliette, de Zingarelli ; mais aucune soprano ne veut se mesurer à la voix et la ligne vocale sans failles du chanteur. Le directeur du théâtre, John Ebers, cherche alors une voix capable de relever le défi, et demande l’aide de Garcia, qui propose sa fille de dix-sept ans. Le directeur accepte. Le soir de la représentation arrive, et Velluti lance son fameux « canto fiorito » - art d‘enjoliver la partition en ajoutant plus de nuances, de modulations, de vocalises et d’effets de rythme que Velluti possédait à un très haut degré, et qui a fait sa célébrité. Lorsque vient le tour de Maria pour chanter, celle-ci ajoute encore plus de fioritures que le chanteur. Le public lui fait une telle ovation qu’en sortant de scène, Velluti, jaloux, lui pince le bras avec véhémence, en la traitant de briccona (« coquine »). Voyant le grand succès de Maria, John Ebers l’engage pour chanter Rosine du Barbier de Séville. Ce rôle, dans lequel elle débute à partir du 25 juin de cette même année, et qu’elle chante pendant six semaines, lui permet de connaître un grand succès qui s’amplifie au fur et à mesure des représentations. Il croît encore plus lorsque Maria chante, avec la troupe de son père, Il Crociato en Egitto (Le Croisé en Égypte) de Meyerbeer dans le rôle de Felicia à Londres, Manchester, et Liverpool.

Installation à New York et mariage avec Eugène Malibran[modifier | modifier le code]

À Liverpool, le 1er octobre 1825, la famille Garcia et sa troupe embarquent dans un brick de la Black Ball Company en partance pour New York, désirant faire découvrir l‘opéra aux Américains. Ils y arrivent le 6 novembre et s‘installent dans un hôtel qui leur a été réservé par le directeur du Park Theater, Stephen Price, qui, avec le librettiste de Mozart, Lorenzo Da Ponte, et le milliardaire Dominick Lynch, grand amateur d’opéra et importateur de vins français, est à l’origine de ce voyage. Le 29 novembre 1825, la troupe représente Le Barbier de Séville. C’est un triomphe. La troupe amasse une recette de trois mille dollars. Somme très élevée pour l’époque. Les mois suivants la troupe joue successivement à New York : Tancrède, Othello, Cendrillon et Le Turc en Italie de Rossini, Roméo et Juliette de Zingarelli, ainsi que deux opéras de Garcia, L’Amante Têtue, et La Fille de l’air, et pour finir Don Giovanni de Mozart, le 23 mai 1826. Tous furent accueillis avec enthousiasme. Ils attirent tant de monde que la municipalité de New York doit adopter la réglementation du stationnement, comme en témoigne cette information publiée dans la presse lorsque Garcia choisit le City Hotel pour ses représentations : « Toutes les voitures qui viendront au City Hotel devront se ranger avec la tête des chevaux tournées vers Broadway, et quand elles viendront chercher leurs occupants, elles devront se placer du côté de la rue opposée à l’hôtel. Il sera interdit à tout véhicule de s’approcher de la porte avant d’avoir été appelé par les personnes qui l’attendent. Une police efficace sera engagée pour respecter ces dispositions. »

La beauté de Maria séduit beaucoup à New York. Le premier homme à la courtiser est le poète Fit-Greene Halleck, qui avec son ami l’écrivain Fenimore Cooper, faisait partie du public de la première du Barbier de Séville. Mais le père de Maria ne l’apprécie pas et voyant que Maria n’est pas insensible au charme du poète, le somme d’arrêter ses avances. Puis vient Eugène Malibran. Il fait sa cour avec respect, et n’oublie jamais, à chacune de ses visites, « d’apporter des fleurs, des chocolats, et autres friandises. » Au bout de quatre mois, Maria est conquise, et veut se marier avec lui. Au début ses parents refusent, puis, après quelques disputes, son père finit par accepter. Il est d’autant plus d'accord que Malibran offre de lui verser en deux fois la somme de cent mille francs pour épouser sa fille. On ne sait si Maria eut vent de cette « transaction ». Le mariage est célébré le jeudi 26 mars 1826.

Avec son époux, Maria s’initie au sport. Il lui apprend à nager, et à monter à cheval. L’équitation va d’ailleurs devenir sa seconde passion après le chant. Le couple se promène à la campagne, ou galope au bord de l’océan. Mais très vite, cette vie commence à lasser Maria.

La scène lui manque. De plus, les affaires de son mari vont très mal, il est au bord de la faillite. Maria tente de remonter ses finances en créant une troupe qui se produit sur la scène du Bowery Theater. Cette fois, elle abandonne le répertoire italien et choisit de jouer les comédies légères françaises et anglaises, plus faciles à monter. Le succès est immense. Maria l’entretient en chantant dans les églises le dimanche. Maria est bientôt engagée à Philadelphie. Malheureusement, son mari est à nouveau en faillite. Le couple finit par se séparer, et Maria revient en Europe au début du mois de novembre. La traversée se révélera très mouvementée, une forte tempête se déchaînera et elle souffrira du mal de mer. On rapporte que le navire perdit son mât. Maria débarquera au Havre le 28 novembre.

Retour à Paris[modifier | modifier le code]

Elle fait son retour sur la scène parisienne durant l’hiver 1828, lors d’un concert de charité, à la salle du conservatoire de la rue Bleue. C'est un succès. Elle s’installe, au numéro 23 de la rue Neuve-Saint-Eustache, chez ses deux belles-sœurs, avec lesquelles elle devient amie. Mais celles-ci la surveillent pour le compte de leur frère, le mari de Maria. Le découvrant, elle écrira à son mari : « Si j’avais des dispositions à être mauvaise ou à me laisser entraîner par la séduction, tu serais là, le Père éternel y serait aussi que cela ne ferait rien ! […] Je ne veux que ce qui est bien. Quand bien même les anges du ciel viendraient me tenter, je résisterais comme saint Antoine. »

Avec l’aide du comédien Nicolas Bouilly, relation de son père grâce auquel elle a pu chanter au conservatoire de la rue Bleue, elle donne des concerts de charité qui la font connaître, et où elle connaît continuellement le succès. Par la suite, elle se produit au salon de son amie Mercedes, désormais comtesse Merlin, puisque mariée au général comte Christophe Merlin. Le salon, situé rue de Bondy, est alors un des plus renommés de Paris. Il est fréquenté par des artistes tels que George Sand, Balzac, Mérimée, ou Rossini. Elle est ensuite invitée à chanter chez la duchesse de Berry, aux Tuileries.

Le 14 janvier 1828, elle chante à l’Opéra, pour le bénéfice du chanteur Galli. Elle y interprète un acte de Sémiramis, en duo avec la contralto Benedetta Pisaroni, puis un acte de Roméo et Juliette, avec Hariett Smithson, et finit avec la soprano allemande Henriette Sontag. Le public l’ovationne, et l’Opéra lui propose un autre engagement, qu’elle refuse, parce qu’elle n’aime pas le grand opéra français, et le Théâtre Italien lui fait une autre proposition qu‘elle acceptera, avec un cachet de soixante-quinze mille francs pour sa nouvelle saison. Son frère Manuel rejoint lui aussi la troupe du Théâtre Italien, ce qui leur permet de chanter ensemble. Elle débute la saison dans le rôle-titre de Sémiramis. C’est un grand succès populaire. Elle rencontre le même succès dans Othello, La Cenerentola, et Roméo et Juliette. Elle prend ensuite trois mois de vacances chez son amie, la comtesse de Sparre au château de Brizay, en Touraine. La comtesse lui conseille de ne plus loger chez ses belles-sœurs. En effet, après l’avoir bien accueillie, elles lui lancent souvent des piques. Dès son retour à Paris, elle va loger rue d’Artois, chez Madame Nardi, qui, bientôt, gère ses contrats. Maria revient au Théâtre des Italiens.

En 1829, elle fait une tournée à Londres, puis en Belgique à Bruxelles et à Chimay. C'est au château de Chimay qu'elle rencontre Charles-Auguste de Bériot, premier violoniste du roi des Pays-Bas. Immédiatement, elle éprouve pour lui un amour qui est réciproque et ils deviennent amants.

Le 2 juin 1832, le père de Maria meurt. Toute l'année, elle est en tournée à Rome et à Naples. Le 12 février 1833, à Paris, elle donne naissance à Charles-Wilfrid de Bériot. En juin, elle est en tournée à Londres, où elle se lie d’amitié avec Vincenzo Bellini. En 1834, la Malibran fait un tour de chant dans les grandes villes d'Italie : Bologne, Milan et Florence. L'année suivante, elle fait une autre tournée italienne, à Venise et Naples, où elle apprend l'annulation de son mariage avec Eugène Malibran.

Lors de cette tournée de 1835, à Venise, elle chante à la Fenice, et y apprend la faillite d'un théâtre, édifié par la famille Grimani.Elle propose alors un concert de bienfaisance pour aider au redressement de celui-ci. La recette de ce concert se révélant insuffisante, Maria y ajoute son cachet de la Fenice; depuis ce jour, ce théâtre fameux, puisque le plus grand et le plus somptueux avant l'existence de la Fenice, portera son nom. Elle poursuit sa tournée par Londres, avant de revenir à Milan.

En 1836, elle fait un séjour parisien durant lequel elle épouse le 29 mars le violoniste belge Charles-Auguste de Bériot, son amant depuis six ans qui est le père de son fils, Charles Wilfrid de Bériot qui deviendra pianiste virtuose, professeur de Maurice Ravel. Entre temps, le couple s'est fixé à Bruxelles où il réside à Ixelles et Saint-Josse, dans deux vaste hôtels de maître en forme de villa entourée de jardins[2], puis fait une tournée en Angleterre pendant l'été de 1836. À nouveau enceinte de quelques mois, elle monte à cheval chaque matin, fait une chute, mais refuse de se soigner et tente encore d'honorer son public sur scène. En septembre, après quelques jours de coma, elle meurt à Manchester des suites de cet accident, qui avait provoqué la formation d'un caillot de sang au cerveau. Bériot fait rapatrier son corps à Bruxelles et lui fait construire un imposant mausolée dans le cimetière de Laeken, nécropole sise autour de l'église Notre-Dame de Laeken qui abrite les tombeaux de la dynastie de Belgique.

Fantasque mais géniale et généreuse, elle illustre un dévouement héroïque à son public, allant jusqu'au sacrifice suprême.[évasif]

Elle laisse un souvenir ébloui à tous ses admirateurs. Alfred de Musset lui a dédié des stances bouleversées dont celle-ci :

« O Ninette ! où sont-ils, belle muse adorée,
Ces accents pleins d'amour, de charme et de terreur,
Qui voltigeaient le soir sur ta lèvre inspirée,
Comme un parfum léger sur l'aubépine en fleur ?
Où vibre maintenant cette voix éplorée,
Cette harpe vivante attachée à ton cœur ? »

Sur sa tombe, on peut lire ce quatrain de Lamartine :

Beauté, génie, amour furent son nom de femme,
Écrit dans son regard, dans son cœur, dans sa voix.
Sous trois formes au ciel appartenait cette âme.
Pleurez, terre ! Et vous, cieux, accueillez-la trois fois !

Voix[modifier | modifier le code]

La voix de la Malibran est décrite à la fois « ample, avec des variations dynamiques importantes »[3], « sombre, chaude, et ronde »[4]. Castil-Blaze ajoute qu'elle est « vibrante, pleine d'éclat et de vigueur ». S'il revendique qu'elle ne perd « jamais ce timbre flatteur, ce velouté qui lui donnaient tant de séduction dans les morceaux tendres ou passionnés », d'autres ont évoqué des sons « durs » et « “effondrés” », « quelques notes creuses » dans le médium[5] et un aigu instable dans ses notes les plus hautes[6], et « un peu voilé »[3].

Sa maîtrise de la colorature est réputée « époustouflante »[4]. Elle était d'un si haut niveau qu'elle a exécuté un trille sur « la note extrême du registre de soprano »[7]. Castil-Blaze témoigne : « Vivacité, justesse, audace dans l'attaque, gammes chromatiques ascendantes, de quinzième, arpèges, traits éblouissants de force, de grâce ou de coquetterie, tout ce que l'art peut faire acquérir, elle le possédait[8]

Sa perfection technique, la cantatrice l'obtint grâce à la formation que lui prodigua son père. Parlant de sa voix au début de cette formation, sa sœur Pauline Viardot, la décrit : « faible, d'un registre étroit, dont les tons aigus étaient durs et le médium voilé ». Elle ajoute : « la lutte constante qu'elle avait à soutenir contre son organe imparfait et rebelle était tellement pénible que, parfois, le découragement l'envahissait. Et c'est ainsi qu'elle acquit le don assez rare de savoir pleurer en chantant »[9]. Elle maintenait sa voix dans les meilleures conditions possibles grâce à une volonté de fer et un travail vocal sans relâche. Ernest Legouvé, son premier biographe, raconte à ce sujet : « Je l'ai entendue, à Rome, un jour où elle devait jouer le Barbier [de Séville], travailler pendant plusieurs heures les traits de sa cavatine, et de temps en temps, elle s'interrompait pour interpeller sa voix en lui disant : “Je te forcerai bien à m'obéir !” La lutte était donc chez elle un besoin, une habitude qui [...] prêtait un caractère puissant et original à son talent »[7].

La tessiture de Maria Malibran s'étendait du sol2 au contre-mi, et son étendue extrême partait du ré2 (ce qui lui a permis d'interpréter le rôle-titre d'Othello) et monter la gamme jusqu'au fa5 en altissimo – atteint lors d'échauffements vocaux et une interprétation privée de Exsultate, Jubilate de Mozart[10],[11].

La compositrice[modifier | modifier le code]

Sous le nom de Garcia de Bériot, elle a publié des romances

  • Hymne des matelots ; Troupenas, 1840
  • Belle, viens à moi ! Nocturne à 2 voix égales de Mme Marceline Desbordes-Valmore ; 1877, Paris
  • Chagrin d'amour. Paroles de M.-L. de Ronsière ; Hachette 1907
  • En soupirant ! Tyrolienne ; Pacini
  • Le Prisonnier, romance, paroles de Béranger ; Pacini
  • Pensées musicales de Marie-Félicité Garcia de Beriot ; Troupenas[12]

Films[modifier | modifier le code]

Spectacles et enregistrements[modifier | modifier le code]

  • La cantatrice Cécilia Bartoli lui a consacré un spectacle en 2008 pour le bicentenaire de sa naissance : Maria (cf. le DVD Maria : the Barcelona Concert ; Malibran rediscovered, the romantic revolution, Michael Sturminger, réal. - Decca, 2008).

Généalogie[modifier | modifier le code]

Manuel Garcia (Manuel del POPOLO RODRIGUEZ dit GARCIA) (1775-1832)
Chanteur - Compositeur - Chef d'orchestre
x  Maria Joachina SITCHES dit BRIONES (1780-1864)
│                           
│
├──> Manuel Garcia Junior (1805-1906)
│    Chanteur - Compositeur - Professeur de chant
│    x  Cécile Maria "Eugénie" MAYER (1814-1880)
│       dont postérité
│   
│    
│
├──> Maria Malibran (Maria Félicita GARCIA dite) (1808-1836)
│    x 1 Eugène MALIBRAN (1765- )
│    x 2 Charles-Auguste de Bériot (1802-1870)             
│    │ Compositeur - Violoniste
│    │ 
│    ├──> Charles Wilfrid de Bériot (1833-1914)
│         Pianiste - Compositeur
│         Professeur à l'école Niedermeyer
│
├──> Pauline Viardot ( Pauline Michèle Ferdinande GARCIA dite) (1821-1910)
     Cantatrice
     x Louis Viardot (1800-1883)
     │
     ├──> Louise Héritte-Viardot (1843-1918)
     │     Compositrice - Pianiste - Cantatrice
     │    x Ernest HERITTE
     │    
     │  
     ├──> Paul Viardot (1857- ) http://en.wikipedia.org/wiki/Paul_Viardot
     │    Violoniste - Musicologue
     │  
     ├──> Marianne VIARDOT (1859- )
     │    Peintre
     │    se fiance avec Gabriel Fauré
     │    x Victor Alphonse Duvernoy
     │    Pianiste - Compositeur
     │
     ├──> Claudie VIARDOT ( - )
          x Georges Chamerot
            Éditeur
            dont postérité

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • La Malibran, Albert Flament, éd. Ernest Flammarion, 286 p., 1937.
  • La Malibran et Pauline Viardot, Suzanne Desternes, éd. Fayard, 1969.
  • La Malibran, reine de l'opéra romantique, Patrick Barbier, éd. Pygmalion, 2005.
  • La Malibran, Gonzague Saint Bris, éd. Belfond, 2009.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gonzague Saint Bris, La Malibran, Belfond, Paris, 2009. p. 37.
  2. Les deux résidences de la Malibran à Bruxelles ont subsisté et sont devenues chacune hôtel communal d'Ixelles et de Saint-Josse.
  3. a et b http://www.forumopera.com/index.php?mact=News,cntnt01,detail,0&cntnt01articleid=2180&cntnt01detailtemplate=gabarit_detail_breves&cntnt01dateformat=%25d-%25m-%25Y&cntnt01lang=fr_FR&cntnt01returnid=55
  4. a et b http://www.classiquenews.com/ecouter/lire_article.aspx?article=1365&identifiant=2007919TR4ZJRZAAQQDCSSH9L75SQUAG
  5. http://www.larousse.fr/encyclopedie/musdico/Malibran/168938
  6. « The Callas Debate », Opera, septembre–octobre 1970.
  7. a et b Gonzague Saint Bris, La Malibran, Belfond, Paris, 2009. p. 92.
  8. Gonzague Saint Bris, La Malibran, Belfond, Paris, 2009. pp. 104-105.
  9. Gonzague Saint Bris, La Malibran, Belfond, Paris, 2009. pp. 35-36.
  10. Geoffrey S. Riggs, The assoluta voice in opera, ISBN 0-7864-1401-4, pp. 137-141.
  11. William Ashbrook, Donizetti and his Operas, 1983, p. 634.
  12. François-Joseph Fétis, Biographie universelle des musiciens ; page 420

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Également sur France Inter * Samedi 26 mai 2012