Carnaval de Binche

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Le carnaval de Binche *
UNESCO logo.svg Patrimoine culturel immatériel
de l’humanité
Binche, « Gilles portant leur masque de cire »
Binche, « Gilles portant leur masque de cire »
Pays * Drapeau de la Belgique Belgique
Région * Europe et Amérique du Nord
Liste Liste représentative
Fiche 00033
Année d’inscription 2008
Année de proclamation 2003
* Descriptif officiel UNESCO

Le carnaval de Binche est un des plus anciens carnavals de Belgique. Il a été reconnu en 2003, par l'UNESCO comme chef-d'œuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité.

Les festivités se déroulent en deux parties : le carnaval proprement dit et l'avant-carnaval, temps des « soumonces ». Le carnaval commence 49 jours avant Pâques et les soumonces six semaines avant les trois « jours gras ».

Le carnaval « de type binchois » se célèbre dans toute la Région du Centre, mais c'est à Binche qu'il demeure le plus codifié et le plus traditionnel. Les personnages principaux en sont les Gilles, qui dansent au son des airs traditionnels du carnaval, sons qui sont joués par une petite fanfare composée de cuivres, de tambours (en général, on compte six tamboureurs par batterie) et d'une grosse caisse (parfois deux dans d'autres villes).

Contrairement à leurs homologues des villages environnants, les Gilles binchois ne sortent que le Mardi-Gras et doivent respecter certaines coutumes (ne pas se déplacer sans l'accompagnement d'au minimum un joueur de tambour, ne pas s'assoir en public, ne jamais être saoul, être obligatoirement Binchois d'origine...).

Les autres personnages, qui forment les sociétés dites « de fantaisie », sont l'Arlequin (enfants de l'Athénée royal de la ville), le Paysan (enfants du Collège Notre-Dame de Bon secours), les Pierrots (enfants du Petit-Collège). D'autres sociétés de fantaisie ont participé aux cortèges du Mardi-Gras d'antan et ont disparu (Marins, Princes d'Orient, Mousquetaires, etc).

Les premières traces écrites du carnaval remontent en 1394, les festivités correspondant alors au début du carême. Le port du masque est interdit sous le régime napoléonien, aussi voit-on apparaître pour la première fois dans les textes le Gille en 1795, personnage masqué se révoltant[1].

Journées de fêtes[modifier | modifier le code]

Le carnaval de Binche se déroule tous les ans le jour du Mardi-Gras et dure trois jours.

Départ des gilles le mardi gras après-midi
Les gilles et leurs accompagnants
Groupe de Gilles se dirigeant vers la Grand'Place.
Les Gilles portant leur chapeau de plumes d’autruche le jour du mardi gras.

Audition De Batterie[modifier | modifier le code]

Les sixième et cinquième dimanches avant le carnaval, les sociétés (groupements de Gilles ou bien des sociétés de fantaisie) se retrouvent en début de soirée et sortent, sans costume, dans les rues de Binche au son des tambours.

Soumonces en batterie[modifier | modifier le code]

Les quatrième et troisième dimanches avant le carnaval, les sociétés dansent dans les rues de Binche, toujours au son des tambours. Chaque membre de société est chaussé de sabots de bois, porte l'« apertintaille » (ceinture de grelots), le « ramon » à la main.

Soumonces en musique[modifier | modifier le code]

Les deux dimanches précédant le carnaval. Les instruments de cuivre font leur apparition et se mêlent au son des tambours pour jouer successivement les vingt-six airs traditionnels du carnaval. Les membres de sociétés de Gilles et des sociétés de fantaisie portent en cette occasion leur costume du Dimanche gras de l'année précédente.

Les bals de carnaval[modifier | modifier le code]

Les trois samedis précédant le carnaval un bal costumé est organisé. Successivement les bals de la « Jeunesse Socialiste », de la « Jeune Garde Libérale » et de la « Royale Jeunesse Catholique ». Ces bals sont des bals de gala où les participants rivalisent d'ingéniosité pour préparer leurs déguisements sur les thèmes qui seront proposés par les comités respectifs. Des prix sont remis aux plus beaux costumes. La tradition, en perdition, veut que les gens non costumés soient en smoking pour les hommes, en robe de bal pour les dames. Si jusqu'au début des années 1980 la ségrégation était réelle parmi les participants en fonction de leur appartenance politique, il n'est plus question dorénavant que d'amusement et il n'est pas rares que les binchois participent à plusieurs, voire à tous les bals de carnaval. Signe des temps, les trois « Jeunesses » se sont d'ailleurs réunies en l'association de défense du lundi gras.

Les Trouilles de Nouilles[modifier | modifier le code]

Au "Trouilles guenouilles", le lundi, six jours avant le carnaval, les habitants de Binche et de la région peuvent se promener en ville masqués. Au cours de cette mascarade, la tradition veut qu'un travesti se mette à la recherche de connaissances et les « intrigue » tant qu'elles n'ont pas deviné qui se cache sous le masque. Si elles trouvent, le malheureux devra leur payer un verre mais si elles ne parviennent pas à le « démasquer », elles s'avouent vaincues et offrent le verre de l'amitié.

Le Dimanche gras[modifier | modifier le code]

Premier jour du carnaval. Les membres des sociétés de Gilles, et de fantaisies déambulent, vêtus d'un déguisement préparé en grand secret et enfin dévoilé au public, dans les rues de Binche au rythme des tambours ou de celui de la « viole » (orgue de Barbarie) ; les cuivres et tambours les rejoignent l'après-midi pour le cortège. Les costumes sont de diverses inspirations (animaux, personnages stéréotypés…). On retrouve bien souvent toute une société uniformément costumée. Vers 15h, les différentes sociétés se reconstituent aux environs de la gare où débute le cortège : au rythme des vingt-six airs du Carnaval, on peut alors danser et s'émerveiller devant l'imagination déployée pour la fabrication des costumes (préparés quelquefois un an à l'avance et tenus secret jusqu'au grand jour).

Le Lundi gras[modifier | modifier le code]

Appelé aussi « jours des enfants » ou « des jeunesses ». Les Binchois et leurs invités se retrouvent le matin dans les rues. La « Jeunesse Socialiste » accompagnée de l'harmonie « En Avant », la « Jeune Garde Libérale » avec la fanfare « Les Chasseurs » et la « Royale Jeunesse Catholique » avec la fanfare « Les Pélissiers » battent le pavé au son de la « viole » (orgue de barbarie) ou sur des airs de « pas-redoublés » et cortègent de café en café. En général, les jeunesses sont reçues chez les élus locaux qui offriront le verre de l'amitié. Tandis que, dans la plupart des cafés de la ville, les « batailles de confetti » font rage. L'après-midi, alors que certains Gilles partent se reposer pour préparer la journée du lendemain, les trois « jeunesses » accompagnées chacune d'une batterie et d'un orchestre de cuivres traditionnel prennent la direction du square de la gare où, vers 19 heures, le feu d'artifice débute sous l'œil admiratif des badauds rassemblés en nombre.

Le Mardi gras[modifier | modifier le code]

C'est l'apogée du carnaval. Pour de nombreux Binchois, cette journée est la meilleure de l'année. Tout commence dès l'aube (vers 4 heures du matin) avec le ramassage ou prise de gilles. Au son de l'Aubade matinale (air de pipeau), les Gilles se rendent les uns chez les autres pour se rassembler. Ils s'accueillent mutuellement avec une coupe de champagne. Les Gilles continuent leur route, chaque groupe de gilles se dirige vers leur local où ils se réunissent pour prendre leur petit déjeuner, composé d'huîtres et de champagne là aussi, comme le veut la tradition.

En fin de matinée, Gilles, Paysans, Pierrots et Arlequins se dirigent vers la Grand-Place pour accomplir le rondeau matinal après avoir revêtu un masque de cire unique, que seuls le Gille et le Paysan de Binche portent et qui symbolise l'égalité de tous (sauf que le masque du Paysan ne porte pas de moustache). Les Arlequins portent eux un masque adapté, issu de la commedia dell'arte. Et les Pierrots entrent dans l'Hôtel de Ville masqués d'un loup noir. Dans l'hôtel de ville, ils recevront ensuite, des mains du bourgmestre ou parfois d'un invité de marque, des médailles qui récompensent les participations au carnaval (médailles pour les 25 ans, 40 ans, voire plus). Après quelques danses sur les pavés et un passage au local attitré, le Gille rentre chez lui, toujours accompagné d'un tamboureur, afin de prendre un bon repas et du repos.

Vers 15 ou 16 heures, les sociétés se reforment. Au son des airs du carnaval, ils se réunissent pour participer au cortège qui les emmènera de la statue du « Paysan » (lieu-dit Battignies) à la Grand-Place. Pendant ce cortège, où certains Gilles portent un chapeau de plumes d'autruche, des « oranges de Gille » (petites oranges sanguines que l'on appelle aussi « oranges au vin ») sont offertes à la foule.

Les groupes continuent de déambuler dans les rues de la ville jusqu'au soir (vers 21 heures). Toutes les sociétés sont alors réunies pour le rondeau final sur la place. À la lumière des feux de Bengale, les ombres se projettent sur les murs de l'hôtel de ville, qui bientôt s'illuminera des lueurs du feu d'artifice grandiose. Les festivités s'achèvent alors avec l'embrasement de la devise de la ville, « PLVS OVLTRE ». Dans la ville, le cœur des Gilles continuera à battre au rythme des tambours mais les batteries doivent s'arrêter de jouer avant le lever du soleil, le matin du Mercredi des Cendres.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Stéphany, La Belgique en cent coups d'œil, Lannoo Uitgeverij,‎ 2006, p. 37