Gille

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Gilles de Binche le jour du mardi gras avec leurs chapeaux de plumes
Gilles portant leur masque de cire

Le Gille est le personnage le plus célèbre du carnaval de Binche, en Belgique. Le jour du Mardi gras, un millier de Gilles parcourent les rues de la ville au son des tambours et des groupes de cuivres, composés de trompettes, bugles, trombones, tubas et soubassophones, ainsi que de clarinettes ou pipeaux.

Le Gille apparaît pour la première fois dans les textes en 1795 en tant que personnage se révoltant contre le régime français (Directoire) qui veut interdire le port du masque. La légende la plus populaire, imaginée par le journaliste Adolphe Delmée au XIXe siècle, est celle du Gille descendant des Incas (hommes sauvages tatoués avec des plumes sur la tête) apparus en costume dans un cortège lors des fêtes organisées par Marie de Hongrie en 1549 pour accueillir son frère Charles Quint[1].

La fonction du Gille fait l'objet de statuts édictés par l'« Association de défense du folklore » créée par le bourgmestre Charles Deliège en 1976[2].

Le costume du Gille[modifier | modifier le code]

Le costume de Gille provient d'un personnage de théâtre populaire au XVIIe siècle, les bosses en paille et la barrette s'inspirant probablement de la commedia dell'arte (un personnage de cette comédie aurait pu s'appeler Gille), puis se sont ajoutés des éléments ruraux (apertintaille, sabot) pour créer le costume actuel qui s'est embourgeoisé au XIXe siècle (masque, distribution d'oranges, produit de luxe à cette époque remplaçant le pain et les pommes)[3].

Gilles portant le fameux chapeau de plumes

La fabrication du costume et de l’apertintaille est confiée au louageur (petite entreprise de confection qui les loue)[4].

  • Le costume proprement dit se compose d'une blouse et d'un pantalon, tous deux confectionnés dans de la toile de lin. Ce costume est orné de 150 motifs (vingt lions héraldiques, blasons, couronnes, étoiles, drapeaux), de bande feutrée ainsi que d'un masque d'Arlequin. Ces ornements sont découpés dans de la feutrine de couleurs noire, jaune et rouge, couleurs du drapeau belge. Certains de ces ornements demandent jusqu'à quatre applications successives. La blouse est remplie de paille qui forme les "bosses" à l'avant et à l'arrière.
  • La collerette est portée aux épaules. Elle est confectionnée à partir d'environ 150 mètres de ruban plissé blanc, est bordée de dentelle ou de franges dorées et est agrémentée d'une cocarde blanche.
  • Les manchettes et les parements blancs du pantalon sont confectionnés de la même manière que la collerette.
  • L’apertintaille (prononciation : /a.pɛʁ.tɛ̃.taj/) est la ceinture de petites cloches (sept à neuf cloches selon les modèles) que porte chaque Gille à la taille. Il s'agit de toile rembourrée, recouverte de laine jaune et rouge. Le Gille porte également sur la poitrine un grelot, contre le plastron. Symbole populaire, ces sonnettes rappellent les sonnailles.
  • Les sabots de bois, symbole populaire, sont fabriqués dans du bois de peuplier et garnis d'accessoires en cuir (brides, plaques, courroies de renforcement et talonnettes) et de « renoms » (garniture en ruban plissé assorti à la collerette et aux parements).
  • Les chaussons sont portés pour le confort du pied. Ils sont fabriqués à partir de laine blanche et l'on veille à ne pas faire de couture, ceci afin de ne pas blesser le pied.
  • Le chapeau de plumes pèse de trois à quatre kilos. Huit à douze grandes plumes constituées de 240 à 290 petites plumes d'autruches blanches ou légèrement teintées sont nécessaires à la fabrication d'un chapeau d'un Gille. Cet ensemble de plumes est monté sur une « buse » en carton enveloppée d'une toile fixée à la colle forte et munie d'une jugulaire. Le chapeau est posé sur la barrette (bonnet de coton blanc) du Gille, elle-même serrée par un mouchoir de tête (mouchoir de cou en coton plié en carré). Le chapeau se porte l'après-midi du Mardi gras. Les Gilles sans chapeau portent uniquement la barrette et le mouchoir de tête, qui doivent normalement être portées en permanence pendant le carnaval.
  • Le masque de cire typique se porte le matin du Mardi gras. Binche a l'exclusivité de ce masque, protégé par l'Office européen des brevets (modèle déposé en 1985). Il ne peut donc être commercialisé ailleurs qu'à Binche. Le masque fabriqué dans l'atelier Pourbaix, dernier artisan binchois, est fait de toile de cire, décoré de lunettes vertes (mode au début du XXe siècle), d'une moustache, d'une barbiche et de favoris à la Napoléon III, représentation typique d'un bourgeois[4].
  • Le panier se porte l'après-midi. Panier à salade en fer, il est remplacé par le panier d'osier tressé en 1880. Rempli d'oranges sanguines, le gille en lance entre 30 et 40 kilos dans la foule. Quand le panier est vide, il se porte renversé[4].
  • Le ramon est un petit balai constitué de branches de bois assemblées avec des ligaments de rotin. Le Gille lance son ramon au passant qu'il désire saluer, puis le récupère en embrassant la personne à qui il a lancé son ramon.
  • Pour le costume du Gille, le Gille a le choix de 3 louageurs Binchois: Karl, Louis ou le Petit-Fils Kersten
  • Loca Gilles est un louageur Louvièrois.

Informations erronées sur le Gille[modifier | modifier le code]

  • L'édition 2006 (a fortiori, les éditions précédentes) du dictionnaire Le Petit Robert mentionne à l'article GILLE : « Les Gilles : personnages de géants du carnaval de Binche, en Belgique ». Il s'agit bien de personnages, mais ce sont des hommes costumés, pas des « géants ». Les géants sont des personnages portés, comme on peut voir à la Ducasse d'Ath, par exemple.
  • Le Gille est bossu, son costume étant rempli de paille. Il se fait que dans certains carnavals de la région, les « bosses » de Gilles sont brûlées le dernier jour du carnaval. Cela ne se fait pas à Binche, quoi qu'en dise Le Petit Larousse.

Dans un sens plus large[modifier | modifier le code]

Aux XIXe et XXe siècles, le personnage du Gille s'est largement propagé à travers les carnavals des communes de la région du Centre. Ainsi, on peut rencontrer des Gilles dans les petits carnavals de villages du Hainaut ou dans des carnavals plus connus, à La Louvière[5] (lors de la Lætare), à Nivelles[6] (lors du Dimanche des Brandons), à Morlanwelz (lors du Feureu), ou encore à Charleroi[7] (Mardi gras). Actuellement, on trouve même des sociétés de Gilles dans la province de Luxembourg (Arlon, Marche-en-Famenne) ou encore en Région flamande (Alost et Hal). Ils sont aussi présent dans l'Ommegang de Bruxelles, qui se déroule le premier mardi et le premier jeudi de juillet.

On peut donc proposer une définition plus générale du Gille, à savoir qu'il est le personnage traditionnel le plus célèbre des carnavals de la région du Centre et de certaines villes et communes belges.

Cependant, l'UNESCO a reconnu uniquement les carnavals de Binche et d'Alost comme chefs-d'œuvre du patrimoine culturel immatériel de l'humanité.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Histoire du carnaval
  2. F. Sch., « Strictes, mais normales », sur La Dernière Heure,‎ 16 février 2012
  3. Perrine Kervran et Charlotte Roux, documentaire Chasser l'hiver avec les gilles du carnaval de Binche sur France Culture, 27 mars 2012
  4. a, b et c Musée international du carnaval et du masque
  5. Site du Carnaval de La Louvière
  6. Office du tourisme de la ville de Nivelles
  7. Site de la Maison du tourisme de Charleroi

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]