Au bord de l'eau

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur les redirections Cet article concerne le roman chinois. Pour le film de Eva Neïman réalisé en 2006, voir Au bord de l'eau (film, 2006).
Illustration du roman.

Au bord de l'eau (chinois simplifié : 水浒传 ; chinois traditionnel : 水滸傳 ; pinyin : Shuǐhǔ Zhuàn ; Wade : Shui³hu³ Zhuan⁴), littéralement « Le Récit des berges »), est un roman d'aventures tiré de la tradition orale chinoise, compilé et écrit par plusieurs auteurs, mais attribué généralement à Shi Nai'an (XIVe siècle). Il relate les exploits de cent huit bandits, révoltés contre la corruption du gouvernement et des hauts fonctionnaires de la cour de l'empereur.

Ce roman fait partie des quatre grands romans classiques de la littérature chinoise, avec l'Histoire des Trois Royaumes, La Pérégrination vers l'Ouest et le Rêve dans le Pavillon rouge. Sa notoriété est telle que de très nombreuses versions ont été rédigées. On peut comparer sa place dans la culture chinoise à celle des Trois Mousquetaires d'Alexandre Dumas en France, ou des aventures de Robin des Bois en Angleterre. L'ouvrage est la source d'innombrables expressions littéraires ou populaires, et de nombreux personnages ou passages du livre servent à symboliser des caractères ou des situations (comme Lin Chong, seul dans la neige, pour dépeindre la rectitude face à l'adversité, ou Li Kui, irascible et violent mais dévoué à sa mère impotente, pour signaler un homme dont les défauts évidents masquent des qualités cachées). On retrouve, souvent sous forme de pastiche, des scènes connues dans des publicités, des dessins animés, des clips vidéo. L'illustration de moments classiques de l'ouvrage est très fréquente en peinture.

La version la plus appréciée des Chinois (voir plus bas) a été traduite intégralement en français par Jacques Dars (publiée par Gallimard dans la Pléiade et repris en Folio 1997, deux volumes ISBN 2-07-040220-7 et ISBN 2-07-040268-1).

Le fond historique[modifier | modifier le code]

Song Jiang, le chef des bandits, est un personnage historique, chef d'une rébellion sous le règne des Song, à la fin du règne de Hui Zong. Il réussit notamment à s'emparer de la capitale orientale (Bianliang, l'actuelle Kaifeng) et de la province du Hebei. Les troupes de l'empereur mirent des années à le vaincre.

Apparition de la légende[modifier | modifier le code]

Song Jiang et ses lieutenants devinrent très populaires et leurs exploits furent repris et enjolivés par la tradition orale à partir de la dynastie des Song du Sud (XIIe et XIIIe siècle). Des traces littéraires écrites des prémices de la légende ont été retrouvés dans Propos d'un vieil ivrogne de Luo Ye, puis dans une Apologie de Song Jiang et de ses trente-cinq compagnons. Les bases du roman commencent à être constituées au début de la dynastie mongole des Yuan, avec les Faits négligés de l'ère Xuan-he. La légende se précise et s'enrichit lors de cette dynastie, notamment sous l'essor du théâtre-opéra.

Les différentes versions[modifier | modifier le code]

La légende aurait été compilée une première fois au XIVe siècle par un lettré du nom de Shi Nai'an, et édité par Luo Guanzhong. Les théories divergent sur la paternité de l'œuvre, et sur le rôle qu'aurait joué Luo Guanzhong dans la rédaction.

L'influence de la tradition orale se traduit dans la langue vulgaire utilisée dans le roman, qui tranche avec la langue littéraire habituellement utilisée, qui n'était comprise que des mandarins. La division en chapitres reprend la division en séance des conteurs publics.

Par la suite, plusieurs versions sont compilées, avec plus ou moins de bonheur. La plus longue contient cent vingt chapitres et décrit le regroupement des cent huit brigands, mais aussi leur soumission à l'empereur et leur mort pendant les guerres menées à son service.

Une version notable, revue dans sa structure et son style, est publiée par l'écrivain Li Zhi.

Une version fut publiée en 1644, par Jin Shengtan, à partir de la version de Shi Nai'an. Le travail du lettré fut important, et il n'hésita pas à supprimer les derniers chapitres du roman. Ceci donna une version de soixante-et-onze chapitres. Dans cette version Jin Shengtan supprime tout ce qui suit la réunion des cent huit héros et fausse, selon Jacques Dars (le traducteur de l'ouvrage en français), le sens et l'éclairage de l'œuvre. Pour Dars, cette modification visait à réagir contre le culte des brigands favorisé par le roman. Dars a rétabli ving-et-un de ces chapitres dans sa traduction pour la Pléiade. Par humilité, Jin Shengtan signa du nom de Shi Nai’an, y compris la préface.

La version chinoise courante de cette édition est expurgée de plusieurs scènes de corruption et des scènes d'anthropophagie, nombreuses dans ce roman.

Les cent-huit brigands[modifier | modifier le code]

Cent-huit est un nombre important dans les croyances chinoises, et on le retrouve souvent. Le chapelet bouddhiste comptant 108 grains. On sonne les cloches cent-huit fois, certains tao comportent cent-huit mouvements, etc.

Les bandits les plus populaires de Chine ne pouvaient qu'être cent-huit.

Dans la version de Jin Sheng-Tan, les cent-huit brigands sont inspirés par les cent-huit démons libérés dans le premier chapitre par un caprice du grand maréchal Hong, officier de l'empereur Ren-Zong, de la dynastie des Song. Trente-six d'entre-eux sont liés aux astres célestes, soixante-douze autres, moins puissants, sont liés aux astres terrestres. Le premier groupe inspirera les meneurs de la rébellion, alors que le second fournira les rangs de leurs lieutenants.

Ces cent-huit hommes et femmes sont parfois des brigands professionnels, mais ce sont plus souvent d'anciens officiers de l'empereur fuyant les injustices d'un système corrompu, ou fuyant les conséquences de leur impétuosité.

Les trente-six astres célestes[modifier | modifier le code]

Édition de la première scène du roman : le maréchal libère par inadvertance les 108 démons qui se réincarneront.

Pour ne pas surcharger l'article, nous ne citerons ici que le nom chinois et la traduction de leurs surnoms, tels que notés dans le chapitre 71 de la version de la Pléiade. Pour la liste et le nom des astres, on se reportera à la traduction de Jacques Dars.

Par ordre d'importance on compte :

  • 1 - Song Jiang, le Héraut de Justice.
  • 2 - Lu Jun-Yi, la Licorne de Jade.
  • 3 - Wu Yong, L'Astre de Sapience.
  • 4 - Gong-Sun Sheng, Le Dragon-entre-les-nuages.
  • 5 - Guan Sheng, le Grand Cimeterre.
  • 6 - Lin chong, Tête de Léopard.
  • 7 - Qin Ming, la Foudre.
  • 8 - Hu-yan Zhuo, Double Fouet.
  • 9 - Hua Rong, le Petit Li Guang.
  • 10 - Chai Jin, le Petit Ouragan.
  • 11 - Li Ying, L'Aigle-fouette-ciel.
  • 12 - Zhu Tong, Belle Barbe.
  • 13 - Lu Zhi-shen, Le Bonze-Tatoué.
  • 14 - Wu Song, le Pèlerin.
  • 15 - Dong Ping, Double Vouge.
  • 16 - Zhang Qing, Flèche sans penne.
  • 17 - Yang Zhi, le Fauve-à-face-bleue.
  • 18 - Xu Ning, le Lancier d'or.
  • 19 - Suo Chao, le Téméraire.
  • 20 - Dai Zong, le Messager Magique.
  • 21 - Liu Tang, le Diable-à-poils-roux.
  • 22 - Li Kui, le Tourbillon Noir.
  • 23 - Shi Jin, le Dragon Bleu.
  • 24 - Mu Hong, l'Indomptable.
  • 25 - Lei Heng, le Tigre Volant.
  • 26 - Li Jun, le Dragon-brasse-fleuve.
  • 27 - Ruan le deuxième, Trépas Instantané.
  • 28 - Zhang Heng, le Nautonier.
  • 29 - Ruan le cinquième, Mort Prématurée.
  • 30 - Zhang Shun, l'Anguille Blanche.
  • 31 - Ruan le septième, le Yama Vivant.
  • 32 - Yang Xiong, le Guan Suo Malade.
  • 33 - Shi xiu, Brave-la-mort.
  • 34 - Xie Zhen, le Serpent-à-deux-têtes.
  • 35 - Xie Bao, le Scorpion-à-deux-queues.
  • 36 - Yan Qing, le Prodigue.

Il faut ajouter à cette liste Chao Gai, le Roi-céleste-porteur-de-pagode numéro un avant Song Jian, jusqu'à sa mort (Chapitre 61 dans l'édition en soixante et onze chapitres).

Les soixante-douze astres terrestres[modifier | modifier le code]

Il s'agit des lieutenants des trente-six bandits principaux. Martialement inférieurs, bien que redoutables, ils sont moins nobles d'âme et aussi moins truculents. Si tous ne sont pas non plus présentés avec autant de détails que les astres célestes, la plupart sont des personnages indispensables au récit. On compte quelques femmes dans leurs rangs.

  • 1 - Zhu Wu, le Génial Tacticien.
  • 2 - Huang Xin, le Maître des Trois Monts.
  • 3 - Sun Li, le Yu-chi Malade.
  • 4 - Xuan Zan, le Hideux.
  • 5 - Hao Si Wen, le Gémeau.
  • 6 - Han Tao, l'Invincible.
  • 7 - Peng Qi, l'Œil Céleste.
  • 8 - Shan Ting-gi, le Mage de l'Eau.
  • 9 - Wei Ding-guo, le Mage du Feu.
  • 10 - Xiao Rang, le Calligraphe à Main Surnaturelle.
  • 11 - Pei Xuan, le Masque de Fer.
  • 12 - Ou Peng, Ailes d'Or dans les Nuages.
  • 13 - Deng Fei, le Lion aux Yeux de Feu.
  • 14 - Yan Shun, le Tigre de Moire.
  • 15 - Yang Lin, le Léopard de Brocart.
  • 16 - Ling Zhen, le Tonnerre-fracassant.
  • 17 - Jiang Jing, le Dieu du calcul.
  • 18 - Lü Fang, le Petit Duc Wen.
  • 19 - Guo Sheng, le Rival de Ren-gui.
  • 20 - An Dao-quan, le Mire-Surnaturel.
  • 21 - Huang-fu Duan, Moustache pourpre.
  • 22 - Wang Ying, le Tigre nain.
  • 23 - Hu la Troisième, Vipère d'une Toise.
  • 24 - Bao Xu, le Dieu des funérailles.
  • 25 - Pan Rui, le Roi-démon bouleverseur de mondes.
  • 26 - Kong Ming, la Comète.
  • 27 - Kong Liang, le Météore.
  • 28 - Xiang Chong, le Na-Tuo à huit bras.
  • 29 - Li Gun, le Grand Saint volant.
  • 30 - Jin Da-jian, l'Artisan aux bras de jade.
  • 31 - Ma Lin, l'Immortel à la flûte de fer.
  • 32 - Tong Wei, le Crocodile hors du Trou.
  • 33 - Tong Meng, le Serpent de Mer.
  • 34 - Meng Kang, Hampe de Jade.
  • 35 - Hou Jian, le Gibbon.
  • 36 - Chen Da, le Tigre sauteur de ravin.
  • 37 - Yang Chun, Le Serpent à taches blanches.
  • 38 - Zheng Tian-shou, le Sieur-à-face-blanche.
  • 39 - Tao Zong-wang, Tortue-à-neuf-queues.
  • 40 - Song Qing, Eventail-de-fer.
  • 41 - Yue He, Sifflet-de-fer.
  • 42 - Gong Wang, le Tigre Bleu.
  • 43 - Ding De-sun, Le Tigre à Raillonnade.
  • 44 - Mu Chun, le Redoutable.
  • 45 - Cao Zheng, le Démon du Couperet.
  • 46 - Song Wan, le Vajra dans les nuages.
  • 47 - Du Qian, Touche le Ciel.
  • 48 - Xue Yong, Le Tigre malade.
  • 49 - Shi En, le Léopard aux yeux d'or.
  • 50 - Li Zhong, le Tueur de Tigres.
  • 51 - Zhou Tong, le Petit potentat.
  • 52 - Tang long, le Léopard à taches d'or.
  • 53 - Du Xing, Face de Démon.
  • 54 - Zou Yuan, le Dragon hors des bois.
  • 55 - Zou Run, le Dragon unicorne.
  • 56 - Zhu Gui, le Caïman sur le sec.
  • 57 - Zhu Fu, le Tigre Hilare.
  • 58 - Cai Fu, Bras de Fer.
  • 59 - Cai Qing, la Fleur.
  • 60 - Li Li, l'Abrégeur de jours.
  • 61 - Li Yun, le Tigre-aux-yeux-verts.
  • 62 - Jiao Ting, Connaît-personne.
  • 63 - Shi Yong, le Général-de-pierre.
  • 64 - Sun Xin, le Petit Yu-chi.
  • 65 - Grande sœur Gu, la Tigresse.
  • 66 - Zhang Qing, le Jardinier.
  • 67 - Sun-la-cadette, l'Ogresse.
  • 68 - Wang Ding le Sixième, L'Eclair.
  • 69 - Yu Bao-si, le Dieu des coupes-gorges.
  • 70 - Bai Sheng, le Rat en plein jour.
  • 71- Shi Qian, la Puce sur le tambour.
  • 72 - Duan Jing-Zhu, le Chien à poil d'or.

Édition ancienne[modifier | modifier le code]

Adaptations[modifier | modifier le code]

  • Ce roman a été adapté au cinéma en 1972 : La Légende du lac (Sui woo juen), un film hongkongais réalisé par Chang Cheh.
  • Il a aussi été adapté en feuilleton télévisé sino-japonais La Légende des chevaliers aux cent huit étoiles (diffusé à la télévision française en 1977).
  • Il a aussi donné naissance à la série de jeux vidéo japonais Suikoden (水滸伝?), basée sur la lecture japonaise des sinogrammes formant le titre.
  • Il a également été adapté dans les années 1980 en bande dessinée (éditions Okapi).
  • Un tao de kung fu est intitulé Wu Song brise ses menottes en l'honneur d'un personnage de ce roman.
  • Les chapitres XXIII à XXVII d'Au bord de l'eau concernant Wu Song fournissent la trame du roman classique chinois du XVIe siècle intitulé Fleur en fiole d'or (Jin Ping Mei Cihua).
  • Jean-David Morvan l'a adapté en bande dessinée aux éditions Delcourt avec Wang Peng au dessin
  • Dans la partie Hadès du manga Saint Seiya, les 108 spectres sont classés comme les rebelles de ce roman par étoile et par qualité, la seule différence étant que ce sont des personnages maléfiques.
  • Le manhua Shui Hu Chuan de Li Zhiqing est une adaptation en 16 volumes du roman.
  • Il existe une cinquantaine d'opéras de Pékin traditionnels basés sur le roman. Un spectacle mis en scène par Patrick Sommier avec la troupe de l'École d'Opéra de Pékin est un hommage au roman[1].
  • Le manga Au bord de l'eau de Mitsuteru Yokoyama sorti au Japon en 1969 comporte 8 volumes.
  • L'intégrale de l'œuvre en bande dessinée traditionnelle chinoise (30 tomes "lianhuanhua" dans un coffret), dessinée et adaptée par 50 artistes chinois entre 1955 et 1981 aux éditions des Beaux Arts du peuple de Pékin et traduit en français par Nicolas Henry et Si Mo aux Éditions Fei.

Références[modifier | modifier le code]

  1. [1]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :