Atticus

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Marcus Tullius Cicero.
« De tous les correspondants de Cicéron, aucun n’entretint avec lui un commerce plus long et plus régulier qu’Atticus. Leurs relations durèrent, sans interruption et sans nuage, jusqu’à leur mort. À la moindre absence ils s’écrivaient, et, quand c’était possible, plus d’une fois par jour. Ces lettres tantôt courtes, pour échanger un souvenir rapide, tantôt longues et raisonnées, quand les événements étaient plus graves, folâtres ou sérieuses, selon les circonstances, qu’on écrivait en toute hâte, où l’on se trouvait, ces lettres contenaient toute la vie des deux amis[1] ».

Le nom de Titus Pomponius Atticus (10932 av. J.-C.) reste attaché à la correspondance de Cicéron, dont il fut l’ami fidèle et le confident. « Plus que de tous les autres, Atticus a été aimé de Cicéron qui n’eut pas même pour son frère Quintus une affection plus vive et plus étroite » dit Cornélius Népos, son collaborateur et biographe[2]. De cette amitié quotidienne, il reste 454 lettres à Atticus (sur les 813 lettres de Cicéron qui nous sont parvenues) qui tiennent du journal intime et agitent les questions les plus diverses.

Féru de langue et de littérature grecques, Atticus est épicurien, comme Lucrèce, et a contribué à la diffusion de la philosophie d'Épicure à Rome.

Premier éditeur de Rome, il prépare la publication des lettres de son ami. Nous ne possédons aucune des très nombreuses lettres adressées par Atticus à Cicéron. Sans doute, en bon épicurien[3], a-t-il fait le nécessaire pour empêcher une divulgation qui aurait pu compromettre sa tranquillité.

Biographie[modifier | modifier le code]

Pomponius Atticus, de famille équestre, fils et neveu de banquiers, reçoit une éducation raffinée. La mort prématurée de son père en 89 av. J.-C. le place à la tête d’une grosse fortune. Érudit, fin lettré, capable d’écrire aussi bien en latin qu’en grec, Atticus est épicurien. Il refuse les premiers rôles et l’action politique. Il n’entre pas dans la carrière des honneurs, préfère vivre caché et afficher une neutralité systématique.

      « Suave mari magno turbantibus aequora ventis
        E terra magnum alterius spectare laborem…[4]»
       ( Il est doux, quand, sur la mer immense, les vents en soulèvent les houles,
         de suivre, de la terre ferme, le spectacle de la dure épreuve qu’elles infligent aux autres )

Sa sagesse lui permit de traverser sans dommages les tempêtes de la fin de la République romaine. En 88 av. J.-C., lors de la crise qui oppose Sylla et Caius Marius, le tribun de la plèbe Publius Sulpicius Rufus, qui a épousé sa cousine, est tué. Dans ce climat d'insécurité et de troubles civils, Atticus décide de se retirer de la vie publique[5] et quitte Rome pour Athènes « emportant ses biens avec lui » comme l’écrit Cornelius Nepos. Son séjour en Attique qui dura plus de vingt ans lui valut le surnom d’Atticus.

Avant son départ, il avait aidé son camarade d'école, le fils de Caius Marius, à fuir, en lui fournissant de l'argent, lorsqu'il avait été déclaré ennemi public. Mais en 84-83, il devint l'ami de Sylla qui séjourna plus d'un an à Athènes avant de revenir prendre le pouvoir en Italie. Ce dernier aurait bien voulu l'emmener avec lui à Rome mais Atticus répondit qu'il ne fallait pas lui demander de suivre Sylla pour servir son parti contre ses adversaires alors que précisément il avait quitté l'Italie pour n'être pas leur partisan contre lui. « Aucun Romain ne s’est attaché autant d’amis[6] » . Il s’acquit les bonnes grâces de tous les chefs de parti, sans distinction d’opinion ce qui lui permet de tirer son épingle du jeu dans les convulsions des guerres civiles de la fin de la République, où ses amis succombent les uns après les autres (Pompée, César, Brutus, Cicéron, Marc Antoine). Prudent, maître de soi, calculateur, il ne ménage pas ses conseils pour aider Cicéron.

À la banque et à l’exploitation rurale (il possède de vastes domaines en Épire, dans la région de Buthrote, où se pratique l'élevage à grande échelle[7]), il ajoute d’autres activités : troupes de gladiateurs pour flatter le goût de ses concitoyens les plus influents, courtage en livres et en œuvres d’art pour ses amis. Mais surtout, à son retour à Rome en 65 av. J.-C., ramenant la collection d’ouvrages qu’il a réunie en Grèce et la troupe d’esclaves formée à la reproduction des manuscrits, il conçoit le dessein de devenir éditeur[8]. Avant lui, les auteurs devaient faire reproduire leurs œuvres par des copistes puis s’adresser à des boutiquiers (librarii) pour les répandre. Atticus se charge de tout, leur garantit une exécution matérielle de meilleure qualité et une diffusion plus ample et bien conduite. Le mouvement de ses affaires s'accélérant, il s’associe son futur biographe Cornélius Népos. Cicéron, son meilleur ami, est son auteur préféré. Il lui fournit de la documentation ou des précisions historiques, relit et discute les premières rédactions et édite les ouvrages. En 52, Cicéron en fait un protagoniste de son traité sur les Lois (De Legibus). En 44 et à la demande d'Atticus[9], Cicéron rédige deux petits traités qu'il lui dédie, sur la vieillesse (Cato Maior de Senectute) et sur l'amitié (Laelius de Amicitia)[10], deux choses qu'ils partagent.

Jérôme Carcopino lui a reproché, dévoué à Cicéron tant qu’il a vécu, de le trahir après sa mort (7 décembre 43 av. J.-C.) en devenant l’ami d’Antoine, son assassin. Puis, à la fin de sa vie, pour gagner l’amitié d’Octave, le vainqueur d’Antoine, de divulguer les lettres intimes de Cicéron à des fins de propagande, pour nuire à la réputation de ce dernier[11].

Famille[modifier | modifier le code]

Son père mourut quand il était très jeune. Sa sœur Pomponia est mariée à Quintus Tullius Cicero, frère cadet de Cicéron, et lui donna un fils Quintus.

Sa fille Pomponia Attica est la première épouse d'Agrippa, l'ami d'Octave, le futur empereur Auguste. Sa petite-fille Vipsania Agrippina est la première femme de Tibère et lui donne un fils Julius Caesar Drusus, successeur potentiel de son père, mort empoisonné par Séjan.

Décès[modifier | modifier le code]

Atticus était parvenu à l'âge de soixante-dix-sept ans lorsqu'il fut atteint d'une maladie qui devait lui être fatale. Quand il s'en aperçut, raconte Cornelius Nepos, il fit appeler son gendre et ses amis et leur dit :

« Il est inutile de vous rappeler l'attention et les soins que j'ai apportés au rétablissement de ma santé : vous en avez été les témoins. Je crois vous avoir satisfaits à cet égard et n'avoir rien négligé pour ma guérison ; il ne me reste plus qu'à me satisfaire moi-même. Je n'ai pas voulu vous laisser ignorer ma résolution : je suis décidé à ne plus nourrir mon mal ; tous les aliments que j'ai pris ces jours-ci n'ont prolongé ma vie que pour augmenter mes douleurs, sans espoir de salut. Je vous prie donc d'approuver mon dessein et de ne point vous y opposer : vos efforts seraient inutiles ».

« Il passa deux jours sans prendre de nourriture », continue Cornelius Nepos, « après quoi la fièvre le quitta. La maladie parut diminuer mais il persista dans sa résolution, et mourut cinq jours après, le trente et un mars, sous le consulat de Cn. Domitius et de Caius Sosius[12]. Son corps, porté dans une simple litière, ainsi qu’il l’avait ordonné, et sans aucune pompe, fut accompagné de tous les gens de bien et suivi d’une foule immense. Il fut enterré près de la voie Appienne, à cinq milles de Rome, dans le tombeau de son oncle Cécilius. »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Cornelius Nepos, Vies des grands capitaines, Paris, coll. « Collection des Auteurs latins (Nisard) »,‎ 1850 (lire en ligne), chap. 25
  • Cicéron (trad. Robert Combès), Laelius de Amiticia, Les Belles Lettres,‎ 1971
  • Gaston Boissier, Cicéron et ses amis, Paris, 1908.
  • Jérôme Carcopino, Les secrets de la Correspondance de Cicéron, L'artisan du livre, 1947.
  • Pierre Grimal, Les mémoires de Pomponius Atticus, Belles Lettres, 1976.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gaston Boissier, Cicéron et ses amis, Paris 1908
  2. Cornelius Nepos, Vies des grands capitaines, 25, 16
  3. Un des plus importants préceptes d’Épicure était : « Cache ta vie ».
  4. Lucrece, De Natura Rerum, II, 1-2.
  5. Combès 1971, p. XII
  6. Gaston Boissier, Cicéron et ses amis, Paris 1908, p143
  7. Élisabeth Deniaux, « Atticus et l'Épire », L'Illyrie méridionale et l'Épire dans l'Antiquité : actes du colloque international de Clermont-Ferrand (22-25 oct. 1984), réunis par Pierre Cabanes, Clermont-Ferrand, Éditions Adosa, 1987, pp. 245-254.
  8. Gaston Boissier, Atticus éditeur de Cicéron, Revue Archéologique, VII, 1863, p. 93-102
  9. Cicéron, Ad Atticum, XV, 4, 3 ; XV, 27, 2
  10. Combès 1971, p. XIII-XV
  11. Jérôme Carcopino, Les secrets de la Correspondance de Cicéron, 1947, p 218 et suivantes
  12. Consuls de l'année 32 av. J.-C.

Liens externes[modifier | modifier le code]