Aphrodite de Cnide

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Aphrodite Braschi, statue du type de l'Aphrodite de Cnide, Glyptothèque de Munich (Inv. 258)

L’Aphrodite de Cnide est un type statuaire attribué au sculpteur grec Praxitèle représentant la déesse Aphrodite debout, nue, portant la main droite devant son sexe et tenant de la main gauche un vêtement. La statue figurait dans le temple de la déesse à Cnide ; elle est la première représentation connue de la nudité féminine complète dans la grande statuaire grecque.

Témoignages littéraires[modifier | modifier le code]

Le type est connu de nombreux témoignages littéraires, au premier rang desquels celui de Pline l'Ancien :

« Nous avons cité parmi les statuaires l'âge de Praxitèle qui se surpassa lui-même dans la gloire du marbre. Ses œuvres se trouvent à Athènes au Céramique, mais au-dessus de toutes les œuvres, non seulement de Praxitèle, mais de toute la terre, il y a la Vénus ; beaucoup ont fait le voyage à Cnide pour la voir[1]. »

Selon la tradition antique, le sculpteur prend pour modèle sa maîtresse, la célèbre courtisane Phryné, après qu'elle s'est baignée nue dans la mer lors des Éleusinies[2] — le peintre Apelle peignant de son côté la Vénus anadyomène. Praxitèle réalise en fait deux statues d'Aphrodite, l'une vêtue et l'autre déshabillée[3]. Les citoyens de Cos achètent la première, jugée « pudique et sévère » tandis que ceux de Cnide acquièrent la seconde qui, placée dans un temple qui permet de l'observer de face comme de dos[4], devient beaucoup plus célèbre que l'autre dès l'Antiquité. Plusieurs anecdotes fameuses racontent comment Cnide refuse ensuite une offre d'achat pourtant très généreuse[5] et comment un jeune homme, tombé amoureux de la statue, tente de s'y unir après s'être caché dans le sanctuaire[6]. Plusieurs épigrammes de l’Anthologie grecque brodent sur le même thème :

« Cypris voyant Cypris à Cnide, s'écria
Hélas, hélas ! Où Praxitèle m'a-t-il vue nue[7]! »

Variantes connues et description[modifier | modifier le code]

La Vénus de Cnide est connue par de très nombreuses répliques. On les regroupe généralement en deux grandes familles : le type « inquiet », où la déesse, surprise, cherche à se dissimuler et le « type serein », où la déesse semble plutôt désigner son sexe que le cacher. Du type inquiet, les meilleures copies sont l’Aphrodite Braschi et la Vénus du Belvédère, trouvée on ne sait où, puis achetée par un pape, et moulée en bronze à la demande du roi de France François Ier.

La déesse entre ou sort de son bain rituel, posant ou prenant son manteau. Elle fait un geste de pudeur, recouvrant son sexe de la main droite. Les épaules sont plus étroites, légèrement penchées vers l'avant, la poitrine menue, les genoux plus resserrés, les hanches plus larges, les jambes fuselées. Les chairs sont traitées avec sensualité. Le visage frappe par son ovale très allongé et entièrement régulier. Le front est défini par un triangle, les arcades sourcilières forment un arc de cercle très régulier vers le nez, les yeux sont doux, la bouche petite et sensuelle. La statue, bidimensionnelle, pouvait être observée de face ou de dos. La sensualité de la déesse devait être accentuée par la peinture, réalisée par un peintre de chevalet.

Si la sensualité est très marquée, et encore plus par sa nudité nouvelle, la statue reste néanmoins une statue religieuse, puisque la sensualité est l'attribut du rôle de la déesse.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Histoire naturelle [détail des éditions] [lire en ligne] (XXXVI, 20). Issu de la traduction de Marion Muller-Dufeu, La Sculpture grecque. Sources littéraires et épigraphiques, Paris, éditions de l'École nationale supérieure des Beaux-Arts, coll. « Beaux-Arts histoire »,‎ 2002 (ISBN 2-84056-087-9), no 1420, p. 493.
  2. Athénée, Deipnosophistes [détail des éditions] [lire en ligne] (XIII, § 590). L'apologiste chrétien Athénagoras d'Athènes se contente de citer « une hétaïre » (Leg. pro Christ., 14) ; Clément d'Alexandrie (Exhortation aux Grecs (Protreptique) [lire en ligne], 53) et Arnobe (Contre les païens, VI, 13) la mentionnent sous le nom de Cratiné.
  3. Pline, ibid.
  4. Lucien de Samosate, Amours (XIII).
  5. Pline (VI, 127 et XXXVI, 20).
  6. Pline, ibid., Valère Maxime (VIII, 11, ex. 4), Lucien, Portraits (4 et 15), Jean Tzétzès, Chiliades (VIII, 375). Une anecdote similaire concerne l'Éros de Parion, cf. Pline (XXXVI, 23).
  7. Anthologie grecque (XVI, 162). Voir aussi XVI, 160 ; XVI, 163 ; XVI, 168.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • "La Venus de Cnide, belle au bleu dormant", roman de Oktay Sönmez, éditions du Quintelaud, Paris 2010.
  • (en) Aileen Ajootian, « Praxiteles », Personal Styles in Greek Sculpture (s. dir. Olga Palagia et Jerome J. Pollitt), Cambridge University Press, 1998 (1re édition 1996) (ISBN 0-521-65738-5), p. 98-103.
  • (en) Christine Mitchell Havelock, The Aphrodite of Knidos and Her Successors: A Historical Review of the Female Nude in Greek Art, University of Michigan Press, 1995 (ISBN 978-0472105854).
  • Alain Pasquier :
    • La Vénus de Milo et les Aphrodites du Louvre, éditions de la Réunion des musées nationaux, 1985 (ISBN 2-7118-0256-6),
    • « Les Aphrodites de Praxitèle », dans Praxitèle, catalogue de l'exposition au musée du Louvre, 23 mars-18 juin 2007, éditions du Louvre & Somogy, 2007 (ISBN 978-2-35031-111-1), p. 130-201.
  • (en) Brunilde Sismondo Ridgway, Fourth-Century Styles in Greek Sculpture, Madison, University of Wisconsin Press,‎ 1997 (ISBN 0-299-15470-X), p. 263-264.

Liens externes[modifier | modifier le code]