Affaire des charniers de Timișoara

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Les charniers de Timișoara est une affaire médiatique, abondamment commentée en France, qui a pour cœur la campagne de presse particulièrement exagérée des événements survenus en Roumanie lors de la révolution de 1989.

L'affaire[modifier | modifier le code]

L'affaire a lieu en décembre 1989[1], lors de la chute du régime Ceaușescu. Les médias occidentaux, et en particulier français, annoncent quelques centaines de morts, puis jusqu'à 70 000 morts quelques jours plus tard. On parle de « charniers »[2]. Les témoignages, les chiffres et les explications les plus absurdes sont avancés sans aucun contrôle:

  • TF1 : « Ceaucescu, atteint de leucémie, aurait eu besoin de changer son sang tous les mois. Des jeunes gens vidés de leur sang auraient été découverts dans la forêt des Carpates. Ceaucescu vampire ? Comment y croire ? La rumeur avait annoncé des charniers. On les a trouvés à Timisora. Et ce ne sont pas les derniers »[3].
  • Le quotidien Libération avec Serge July titre « Boucherie ». On y lit: « Timisoara libéré découvre un charnier. Des milliers de corps nus tout juste exhumés, terreux et mutilés, prix insupportable de son insurrection. »[2]
  • Le Monde félicite La Cinq d'avoir « révélé l'horrible charnier des victimes des manifestations du dimanche précédent ? »[4]

Ces mêmes allégations et graves approximations sont également reprises par les médias étrangers:

  • Le renommé journal espagnol El País avance qu'« à Timisoara, l'armée a découvert des chambres de torture où, systématiquement, on défigurait à l'acide les visages des dissidents et des leaders ouvriers pour éviter que leurs cadavres ne soient identifiés. »[2]
  • Le New York Times, tout en soulignant que ces chiffres n'ont pas été confirmées par des sources indépendantes, avance que 4.500 personnes auraient été massacrées en trois jours[5].

C'est le journal Le Figaro qui, dans son édition du 30 janvier, annonce qu'il s'agissait d'un faux, que les morts montrés à la télévision avaient été déterrés du cimetière de la ville[6].

Chronologie médiatique[modifier | modifier le code]

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  • 22 décembre 1989 :
    • « 4 632 cadavres », victimes des émeutes des 17 et 19 décembre, « soit par balles soit par baïonnette » (Tanjug), 7 614 manifestants fusillés par la Securitate. Sources : agences hongroise, est-allemande et yougoslave, repris par l'AFP à 18h54
    • « 4 630 cadavres », « bilan tristement officiel ». Sources : Guillaume Durand (La Cinq), France Inter.
  • 23 décembre 1989 : « 4 630 cadavres ». Source: Libération. Éditorial de Serge July, titré Boucherie : « Timisoara libéré découvre un charnier. Des milliers de corps nus tout juste exhumés, terreux et mutilés, prix insupportable de son insurrection. »
  • 4 janvier 1990 : « 689 morts » en Roumanie, dont 90 et 147 à Timisoara. Source : Libération.
  • 15 mars 1990 : polémique sur l'éthique journalistique. Source : L’Événement du jeudi.

Interprétation[modifier | modifier le code]

L'affaire semble essentiellement due à une compétition des médias entre eux, chacun reprenant l'information du concurrent en l'amplifiant. Le sociologue Pierre Bourdieu a appelé ce phénomène « la circulation circulaire de l'information ».

D'autres[Qui ?] mentionnent une volonté d'occulter les victimes de l'intervention américaine au Panama qui se produisit aux mêmes dates.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Marie Charon, Le journalisme, Milan,‎ 2007, 63 p. (ISBN 978-2-7459-2598-5), p. 50
  2. a, b, c, d et e Analyse du phénomène sur Acrimed
  3. Jean-Claude Guillebaud, « Roumanie : qui a menti ? », Le Nouvel Observateur, 5 avril 1990
  4. Le Monde, 24 décembre 1989
  5. UPHEAVAL IN THE EAST; Mass Graves Found in Rumania; Relatives of Missing Dig Them Up, New York Times, 23 décembre 1989
  6. Télévision nécrophile d'Ignacio Ramonet sur Le monde diplomatique

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]