Frederick Douglass

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Frederick Douglass
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Frederick Douglass vers 1879.

Naissance Vers 1818
A Tuckahoe, prés de Hillsborough, dans le comté de Talbot (Maryland) (États-Unis)
Décès
Washington DC (États-Unis)
Nationalité Drapeau : États-Unis Américain

Frederick Douglass, né Frederick Augustus Washington Bailey en 1817 ou 1818, et mort le à Washington DC[1], est un orateur, abolitionniste, éditeur et fonctionnaire américain. Né esclave, il réussit à s'instruire et s'enfuir. Communicateur éloquent, il devient agent de la Massachusetts Anti-Slavery Society (en), et écrit son autobiographie : La Vie de Frederick Douglass, un esclave américain, écrite par lui-même. La célébrité met sa liberté illégale dans les États non-esclavagistes du Nord en danger, et il se réfugie en Europe, où ses nouveaux amis obtiennent sa manumission, et éventuellement du financement pour qu'il fonde le journal The North Star à son retour.

Il se distancie de ses premiers collaborateurs de la Société Anti-Esclavage Américaine, et de son mentor William Lloyd Garrison, après l'évolution positive de son opinion sur la valeur de la Constitution des États-Unis, pour se rallier aux abolitionnistes plus conservateurs, dont l'action était axée sur la politique plutôt qu'essentiellement sur une réforme morale de l'opinion publique. Son association avec Gerrit Smith, un important contributeur du « Parti de la Liberté » (Liberty Party (United States, 1840) (en)) fondé par James Birney, est concrétisée par la fusion de leur journal respectif.

Douglass a été le septième homme dans ce que les historiens ont appelé le groupe secret des six, en transmettant de l'argent et en recrutant des acolytes au Capitaine John Brown[2], pour un complot avec l'objectif vraiment illusoire d'un mouvement insurrectionnel généralisé contre l'esclavage. Après le déclenchement de la Guerre civile américaine, Douglass a été parmi les premiers à suggérer au gouvernement fédéral d'employer des troupes formées d'hommes de race noire. Conférencier populaire à partir de 1866, Douglass a occupé entre 1871 et 1895 diverses fonctions de nature administrative dans le gouvernement.

Frederick Douglass croyait fermement à l'égalité de tous, incluant les descendants d'africains, les femmes, les autochtones, les immigrants, et évidemment les écossais, irlandais et autres anglo-saxons américains[3]. Certains commentateurs et historiens ont dit de Douglass qu'il est tombé dans l'autopromotion, mais s'il a pu faire la promotion d'un agenda séparé pour son ethnie, par exemple dans les écoles ou à cause d'un journal éphémère à Washington en 1869, ses qualités personnelles sont indéniables pour tous: courage, persévérance, intelligence, et résilience.

Enfance et jeunesse[modifier | modifier le code]

Né Esclave et orphelin[modifier | modifier le code]

Douglass est né esclave dans le comté de Talbot (Maryland), à une date que lui-même ignore précisément, qu'il estime être 1818[4], et que d'autres situent « probablement en février 1817 »[5]. Sa mère, Harriet Bailey, est réputée avoir été d'une grande intelligence, et son père « était un blanc »[6], du moins lui-même a cru qu'il s'agissait du propriétaire de sa mère en ce temps-là[7]. Il est séparé de sa mère alors qu'il n'est encore qu'un nourrisson, une pratique courante des esclavagistes envers leurs « possessions » ; il ne la voit que quatre ou cinq fois et elle meurt quand il avait sept ans. Il aurait eu deux sœurs et un frère mais, dit-il, « la disparition prématurée de [sa] mère avait presque effacé de [leur] mémoire la réalité de [leur] parenté »[8].

Il passe ses premières années sous les soins de sa grand-mère. À six ans, il est envoyé dans la plantation nommée Wye House, géré par le Capitaine Aaron Anthony, et dont le propriétaire était le colonel Edward Lloyd[9], un des hommes les plus riches de l'État, qui possédait près de mille esclaves selon les estimations de Douglass. Il y découvre la violence des rapports entre Blancs et esclaves, et il assiste pour la première fois à une séance de châtiment corporel, qui le marque à jamais: sa tante est suspendue par les bras et fouettée à de nombreuses reprises par le régisseur, pour avoir été aperçue avec un homme dont il lui avait interdit la fréquentation.

L'Espoir naissant de la liberté[modifier | modifier le code]

Vers l'âge de douze ans, il est envoyé à Baltimore chez Hugh Auld, dont le frère Thomas avait marié la fille du Capitaine Anthony[10]. Le séjour de Douglass chez le frère du gendre de son propriétaire s'avère une bénédiction dans sa vie, sans laquelle il n'aurait peut-être jamais pu espérer devenir libre[11]. En effet Madame Auld, Sophia, est très gentille envers lui et, à l'insu de son mari[12], ainsi qu'au mépris de la loi qui lui interdisait de le faire, elle apprend au petit Frederick les rudiments de la lecture[13].

Le mari apprend le « complot » et sermonne sa femme sur le fait que l'apprentissage de la lecture par un esclave le porterait immanquablement à ne plus se satisfaire de sa condition; « Le savoir gâterait le meilleur nègre du monde. Si tu enseignes à ce nègre à lire, il n'y aura plus moyen de le tenir. Cela le rendra à jamais inapte à l'esclavage », se souvient d'avoir entendu dire de lui Douglass[14]. C'est pour lui comme une révélation, et dès lors il met tout en œuvre pour poursuivre son éducation. Mme Auld se soumet aux injonctions de son mari, mais Douglass obtient des leçons de la part de jeunes enfants blancs pauvres en échange de pain, et il lit en secret ce qu'il peut trouver à lire chez ses maîtres.

L'Auto-apprentissage[modifier | modifier le code]

Avec de l'argent gagné en vendant des bottes sur le marché noir, il réussi à acheter son premier livre, Columbian Orator[15]. Ce livre, paru à Boston en 1797, est un recueil de discours qui était utilisé pour l'enseignement de la rhétorique; il y trouve notamment un dialogue entre un maître et son esclave dans lequel sont démontrés tous les arguments des esclavagistes, ainsi qu'un discours de Richard Brinsley Sheridan traitant du catholicisme qui est à l'origine de sa conversion religieuse[16],[Note 1]. Il apprend aussi à écrire des laissez-passer pour les esclaves fugitifs[17]. Par sa persévérance dans ses lectures, Douglass se forge graduellement une bonne idée de ce qu'est l'institution de l'esclavage, et élabore en lui-même sa propre version de son opposition aux préjudices raciaux, et sa conception de la liberté et des droits de l'homme.

Périodes d'esclave loué[modifier | modifier le code]

À la mort du Capitaine Anthony en 1833, et à la suite d'une dispute entre les frères Hugh et Thomas à son sujet, Douglass est renvoyé chez ce dernier qui, insatisfait de son comportement, le loue pour une année au fermier Edward Covey, « qui avait la réputation de discipliner les esclaves »[18]. Douglass est régulièrement fouetté chez son nouveau maître, mais il survit sans que son esprit ne soit brisé. Une dernière confrontation avec Covey survient alors qu'il a 16 ans, et que le propriétaires cesse d'employer les châtiments sévères envers lui, - sa « chose » louée, car c'était ce statut qu'avait Douglass et tous les esclaves.

Douglass est par la suite loué à William Freeland, qui possède une grande plantation près de St-Michael, au Maryland. Ce nouveau maître le traite bien. Douglass donne alors aux autres esclaves des cours de lecture, en s'appuyant sur le Nouveau Testament. Freeland tolère cette école du dimanche, à laquelle assiste une quarantaine de personnes, mais les voisins esclavagistes s'y opposent, et l'expérience prend fin.

Fuites et début de la liberté illégale[modifier | modifier le code]

En 1836, Douglass veut s'échapper, mais son projet est révélé et il se retrouve en prison pendant une semaine. Ses juges manquent de preuves contre lui, et il est renvoyé de chez Freeland pour être retourné chez Hugh Auld. Durant ce deuxième séjour à Baltimore, qui dure une année, il apprend le métier de calfat (qui consiste à rendre les joints étanches) de navire[19].

C'est durant cette période qu'il fait la connaissance de Anna Murray, une Afro-américaine libre, qui deviendra plus tard sa femme.

Le 3 septembre 1838, déguisé en marin[20] et muni de papiers d'identité obtenus d'un marin noir libre, il s'enfuit par le train de Baltimore se rendant à Havre de Grace dans le Maryland, traverse la rivière Susquehanna à bord du traversier, continu en train jusqu'à Wilmington dans le Delaware, atteint Philadelphie par bateau, et arrive finalement à destination de New York; un très long voyage, mais qui dure en tout moins de vingt-quatre heures[21].

Pour des raisons de sécurité, il se retire à New Bedford dans le Massachusetts, et se fait appeler « Frederick Douglass » plutôt que « Frederick Augustus Washington Bailey ». (Il a choisi le nom Douglass à la suggestion d'un ami qui aimait Lady of the Lake de Scott.) Il a travaillé à cet endroit comme ouvrier agricole pendant trois années, dans la clandestinité[22].

La Vie publique[modifier | modifier le code]

Débuts comme orateur et abolitionniste[modifier | modifier le code]

Le jeune Frederick Douglass

Sorti des griffes de son propriétaire, Douglass fréquente des membres de la communauté noire et abolitionniste à New Bedford (Massachusetts). Sa conscience politique se développe avec la lecture du journal édité par William Lloyd Garrison, The Liberator, qui « occupait dans son cœur la seconde place, juste après la Bible »[23]. William Coffin, un libraire dans les cercles quaker, le presse de venir raconter son histoire dans une convention interraciale d'hommes et de femmes abolitionnistes sur l'île de Nantucket; c'était pour plusieurs la première fois qu'ils entendaient un esclave fugitif parler de lui-même en public. L'audience est fascinée, charmée et touchée au cœur. Il devient bientôt un agent de la Massachusetts Anti-Slavery Society (en)[24].

Lors d'un déplacement en train en septembre 1841, Douglass et John A. Collins sont victimes de ségrégation et de violence. Les abolitionnistes enquêtent sur le respect des droits humains des noirs dans les compagnies de chemin de fer, et publient leurs résultats dans le Liberator, tout en réévaluant régulièrement la situation. Confrontés aux effets de la mauvaise publicité, les quelques compagnies qui avaient des politiques ségrégationnistes se voient forcer de les retirer afin de pouvoir se présenter de manière aussi favorable que leurs concurrents[25].

En 1843, Douglass et Collins[26] font une tournée de six mois à travers l'Est et le Midwest américain, à Syracuse (New York) dans le Comté d'Onondaga, etc., dans le cadre du projet dit des « Cents conventions », organisé par la Société Anti-Esclavage Américaine.

L'Autobiographie[modifier | modifier le code]

Douglass est continuellement appelé à raconter son histoire, et certains l'accusent d'être un imposteur. En 1845, il écrit et publie sa biographie, Récit de la vie de Frederick Douglass, écrit par lui-même (Narrative of the life of Frederick Douglass, written by himself), qui est imprimée sur les presses du Liberator. Son livre se vend rapidement, d'abord à 4 500 exemplaires les premiers cinq mois, puis à 30 000 en cinq ans; il est réimprimé neuf fois dans les trois années qui suivent sa publication, et également traduit en français et en néerlandais.

L'ouvrage est malicieusement dénigré par les tenants des préjudices raciaux, sur lesquels sont fondés l'esclavage; on prétend que « l'ensemble n'est que la somme d'une falsification, du début à la fin »[27], qu'un noir n'est pas capable d'une telle éloquence, etc. Néanmoins, le récit de sa vie par Douglass a contribué de manière importante à éclairer, et donc humaniser, une partie de l'opinion publique américaine par rapport aux conditions d'existence des esclaves. Dans ce processus de conscientisation graduelle des masses, la vie de Douglass a également eu un impact considérable de manière indirecte, à partir de 1851, en fournissant à Harriet Beecher Stowe une partie des éléments factuels dont elle s'est servis pour son très célèbre roman réaliste La Case de l'oncle Tom[28].

Au cours de sa vie, Douglass aura finalement publié son autobiographie en trois versions progressivement augmentées: Le récit de 1845, le plus vendu, sera suivi de My bondage and my freedom en 1855, puis de Life and times of Frederick Douglass en 1881 (après la guerre de Sécession), qui a été légèrement révisé en 1892.

Avec le succès de son livre, Douglass est d'autant plus reconnaissable, et donc à risque d'être renvoyé en esclavage auprès de son ancien propriétaire, Hugh Auld, en vertu de la Loi sur les Esclaves fugitifs. Ses amis abolitionnistes l'encouragent alors à se rendre en Grande-Bretagne pour partager son témoignage et rencontrer les activistes et collaborateurs d'Europe.

Voyage en Europe et manumission[modifier | modifier le code]

Frederick Douglass sur le « mur de la solidarité » à Falls Road, Belfast.

Douglass se rend à destination de Liverpool le 16 août 1845 à bord du Cambria[29], et pendant les vingt mois suivant il donne des conférences dans ce pays, ainsi qu'en Irlande, - où débutait la grande famine. Ses discours ont généralement lieu dans des églises et des chapelles protestantes. Il constate avec joie qu'il est considéré comme un être humain et un égal, et ce dès son arrivée. Il est éloquent, et devient rapidement populaire. Il se lie d'amitié notamment avec une famille quaker de Newcastle, les Richardson[29], ainsi que le nationaliste irlandais Daniel O'Connell. Une réception a lieu en son honneur à Londres en mai 1846.

Des philanthropes anglais propose à Douglass de payer pour sa libération. La plupart des leaders de la Société Anti-Esclavage Américaine craignaient que cela soit perçu comme l'admission tacite du droit des esclavagistes à obtenir une compensation en contrepartie de toute émancipation, mais William Lloyd Garrison affirme au contraire que cela ne fera que démontrer leur infernal pouvoir d'extorsion[30]. Douglass est racheté pour 150 livres (soit 700 dollars de l’époque), à la suite d'une négociation avec Hugh Auld, qui avait acquis de son frère Thomas tous les droits légaux sur la vie de Frederick pour 100 dollars. Douglass est officiellement affranchi de l'esclavage le 12 décembre 1846, après huit ans en liberté illégale[31].

Les anglais propose également à Douglass de lui verser une rente, mais il refuse pour ne pas affecter ses « sympathies issues de difficultés partagées et coopération mutuelle », dit-il. Cependant, il commença à songer à utiliser cet argent pour fonder son propre journal abolitionniste[32]. L’idée de s’installer en Grande-Bretagne avec sa famille lui effleure l'esprit un moment[33]. Il rentre à Boston le 20 avril 1847.

Tournée dans l'Ouest avec Garrison[modifier | modifier le code]

William Lloyd Garrison

À son retour aux États-Unis, Douglas était libéré grâce au succès de son livre de toujours raconter son histoire, et de fugitif exemplaire il devient une figure plus politique[34].

En août et septembre 1847, Douglas donne une série de conférences en compagnie de William Lloyd Garrison dans l'ouest du pays, juste avant la formation de la Western Anti-Slavery Society par Abby Kelley et autres abolitionnistes. À Philadelphie, qui n'avait encore jamais vu un orateur noir, ils sont d'abord victimes de chahuteurs et se font lancer toutes sortes d'objets, des œufs, etc., mais leurs réunions subséquentes dans des églises noires sont des succès, et dans l'ensemble ils sont très bien accueillis partout. Douglas témoigne de sa non-violence, et dénonce la complicité des églises avec l'esclavage, tandis que les aspects politiques sont plus directement abordés par son collègue[35].

Fondation du North Star[modifier | modifier le code]

En Grande-Bretagne, Douglass avait fait part à ses amis qu'il caressait le projet de fonder son propre journal, qui serait consacré au « témoignage de la race [noire] ». La Société Anti-Esclavage Américaine lui avait fortement déconseillé de se lancer dans une telle aventure, qui ne ferait que « perpétuer les distinctions de couleurs ». Et on lui offre à la place une colonne dans le National Anti-Slavery Standard de l'association. Douglass a cru que l'association, de même que Garrison avec son Liberator, voulait seulement éviter un compétiteur potentiel. En fait, selon l'historien Henry Mayer, Garrison pouvait craindre pour la viabilité financière d'un autre journal du genre, car cela mettrait en péril son indépendance par rapport aux pouvoirs politiques et religieux; et craindre aussi que Douglass ait déjà changé ses opinions[36].

Quoi qu'il en soit, avec l'aide de ses amis britanniques, de qui il reçoit une aide de 500 livres[37], et avec le soutien également de Gerrit Smith, Douglass fonde à Rochester (New York) The North Star, qu'il nomme ainsi en hommage au journal chartiste le Northern Star de l'irlandais Feargus O'Connor. Le premier numéro, composé de quatre pages, est publié le 3 décembre 1847, avec les devises suivantes en en-tête: « Le droit n'a pas de sexe - La vérité n'a pas de couleur - Dieu est notre père à tous et nous sommes tous frères ». Son abonnement annuel se monte à 2 dollars[38].

Pour ses nouvelles fonctions, Douglass reçoit en 1848 le soutien de l'activiste afro-américain Martin Delany, qui coédite avec lui le journal pendant un certain temps. Delany, qui a déjà dirigé son propre journal, le Mystery de Pittsburgh, et connait les presses, se charge de collecter des fonds dans le Nord et l'Ouest; et Il alimente aussi les colonnes du journal du fruit de ses tournées[39].

Douglass participe en 1848 à la Convention de Seneca Falls, la première du genre dédiée aux droits des femmes aux États-Unis.

Le Souci de l'éducation des noirs[modifier | modifier le code]

Convaincu que l'amélioration du statut social des Afro-américains ne peut passer que par leur accès à l'éducation, il se fait l'avocat précoce de la déségrégation dans les écoles. Il considère même cette revendication comme plus urgente pour les Noirs que l'obtention des droits civiques. Dans les années 1850 à New York, le rapport entre écoliers blancs et noirs est de 1 à 40 tandis que le ratio des dépenses consacrées à l'éducation pour les deux catégories de population est de 1 à 1600.

Volte-face concernant la Constitution[modifier | modifier le code]

Frederick Douglass

Douglass crée une commotion au sein de la Société Anti-Esclavage Américaine en annonçant, lors de l'assemblée annuelle en mai 1851, que contrairement à ce qu'il avait cru jusque-là, il était désormais convaincu que la Constitution des États-Unis ne supportait pas l'institution de l'esclavage. En adoptant la conception de l'abolitionnisme soutenue par William Goodell (en), Lysander Spooner et Gerrit Smith, et défendue par le « Parti de la Liberté » (Liberty Party (United States, 1840) (en)) fondé par James G. Birney quelques années auparavant, non seulement Douglass se dissociait de l'approche de l'association anti-esclavage mais il consommait une longue rupture de nature politique avec ses leaders, dont William Lloyd Garrison et Wendell Phillips[40].

Il rejoignait le camp des adversaires de son ancien mentor, et prenait position contre ses premiers collaborateurs. En fait, il avait choisi d'installer le North Star à Rochester parce que cette ville était en plein milieu de la contrée du Liberty Party[41],[42] (D'un point de vue géographique, et dans une certaine mesure en termes de « souscripteurs », - bien que la poste était très efficace, - le North Star à Rochester (New York) se trouvait en « compétition » plus directe avec un journal d'inspiration « garrisonienne » fondé par les quakers Abby Kelley et Stephen Symonds Foster (en) à Salem (Ohio) (en), le Anti-Slavery bugle, qu'avec le Liberator de Garrison à Boston[43],[44] - Le nouvel organe non officiel du Liberty Party a été fondé dans la même région, et à peu près en même temps, que la « Western Anti-Slavery Society », qui était affiliée à l'association nationale, et ce alors que le pays se développait et se peuplait rapidement vers l'ouest.)

Ces derniers évènements coïncident avec l'épuisement de la subvention britannique pour le journal de Douglass. Dans ces circonstances, le North Star fusionne en 1851 avec un journal supporté par Gerrit Smith et exprimant les idées du « Liberty Party »[45], les deux ensemble formant alors le Frederick Douglass' Paper[46].

Un Autre schisme parmi les abolitionnistes[modifier | modifier le code]

Le cercle des abolitionnistes autour de Gerrit Smith étant plutôt restreint, Douglass a cherché du soutien parmi les abolitionnistes évangélistes qui étaient depuis longtemps inconfortables avec William Lloyd Garrison, y compris en Grande-Bretagne. C'est ainsi qu'une anglaise dont il avait la rencontre en Grande-Bretagne, Julia Griffiths (en), est devenue sa proche collaboratrice, notamment en s'occupant de questions de secrétariat et de correspondance. Mme Griffiths a vécue chez les Douglass un certain temps, mais la femme de Frederick, Ann Douglass, a par la suite exigé qu'elle aille s'installer ailleurs, bien qu'elle ne s'opposat pas à ce qu'elle continue son travail avec son mari. Cela a donné lieu à des rumeurs et des ragots[47].

La fondation par Griffiths d'une nouvelle association de femmes anti-esclavages a été perçue, du côté de l'association nationale comme « un autre schisme sectaire », après celui survenu à la suite de sa reconnaissance de l'égalité des femmes[48]. Pour sa part, Douglass « cherchait [de manière générale] à se présenter comme la victime d'une organisation riche et puissante »[49].

Harriet Beecher Stowe est intervenu en 1853 pour tenter de calmer le différend entre Douglass et Garrison, et surtout faire cesser leur acrimonie l'un envers l'autre, en disant au premier qu'il y avait « suffisamment de place pour lui sans qu'il nuise à l'action de ses anciens amis,» et au second de faire preuve de patience[50]. Ce n'est qu'en 1861, face à l'urgence de la situation, que Douglass (et Gerrit Smith) ont mis de côté leur différend avec Garrison, qui était alors rallié par un nombre encore plus grand d'abolitionnistes »[51].

Opinions sur la violence[modifier | modifier le code]

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Partisan résolu de la non-violence, Douglass change progressivement d'opinion sur la question de l'usage de la violence comme outil de libération, notamment à la suite de l'adoption par le Congrès d'une loi sur les esclaves fugitifs en 1850.

Il se rapproche de l'abolitionniste radical John Brown mais s'avère réticent concernant son projet d'armer une rébellion d'esclaves dans le sud des Appalaches. Il pense qu'une attaque contre une propriété du gouvernement fédéral ne peut qu'enrager l'opinion publique américaine. Brown lui rend visite deux mois avant de mener en 1859 un raid contre l'arsenal fédéral d'Harper's Ferry[52]. Après le déclenchement de l'attaque, Douglass se réfugie au Canada, craignant d'être arrêté en tant que conspirateur. Les faits sont que Gerrit Smith, philanthrope et associé de Douglass, avait engagé John Brown sur une propriété. Douglass était considéré comme le septième dans le « Secret Six » qui a comploté avec Brown, peut-être plus en fonction de sa réputation qu'un plan concret. Après l'attaque terroriste de Brown, une lettre retrouvée compromettait Douglass.

La guerre de Sécession[modifier | modifier le code]

Signature de la Proclamation d'émancipation, le 31 décembre 1862

Douglass mène durant la guerre de Sécession une campagne active pour autoriser les Noirs à s'engager aux côtés des combattants de l'Union. L'enjeu de cette guerre étant, selon Douglass, de mettre un terme à l'esclavage des Noirs, il estime naturel que ces derniers puissent être autorisés à prendre part à la lutte qui doit mener à leur émancipation. Leur enrôlement dans l'armée pourrait aussi favoriser l'obtention des droits civils qui constitue nécessairement pour Douglass l'étape qui suivra leur libération. « Que le Noir parvienne seulement à porter sur sa personne les lettres de cuivres U.S., qu'il arrive à mettre un aigle sur ses boutons, un fusil sur son épaule et des balles dans sa poche, et aucun pouvoir au monde ne pourra plus nier qu'il a gagné le droit de devenir un citoyen[53]. »

Pendant la guerre, il s'oppose aussi avec véhémence à l'idée, un temps reprise par Lincoln, d'expatrier les esclaves libérés dans des colonies extérieures aux États-Unis[Note 2]. Pour Douglass, les Noirs étaient sur leurs terres aux États-Unis : le pays ne devait compter que sur ses propres ressources pour faire face à un problème dont il portait l'entière responsabilité. Il milite au contraire pour la libération immédiate des esclaves situés sur le territoire des États-Unis, qu'ils soient tenus par les sudistes ou par les unionistes.

Dans la nuit du 31 décembre 1862, Lincoln prononce la Proclamation d'émancipation, qui libère les esclaves de la Confédération, tout en les maintenant dans l'Union[Note 3]. Douglass salue cette décision historique.

Après la guerre[modifier | modifier le code]

Carrière administrative et politique[modifier | modifier le code]

Après la guerre de Sécession, Douglass occupe plusieurs positions politiques importantes. Il devient président de la Freedman's Savings Bank, un organisme gouvernemental chargé de favoriser l'intégration des anciens esclaves durant la période de reconstruction qui suit la guerre. Puis il est successivement marshal du district de Columbia ; consul-général de la République d'Haïti (1889-1891) ; et chargé d'affaires pour la République dominicaine. Au bout de deux ans, il démissionne de ses fonctions diplomatiques à cause de désaccords avec la politique du gouvernement américain. En 1872, il s'installe à Washington après l'incendie de sa maison de Rochester (New York).

Il soutient en 1868 la campagne présidentielle de Ulysses Grant. Durant ses deux présidences, Grant signe le Ku Klux Klan Act ainsi que les second et troisième Enforcement Acts. Il déclare la loi martiale dans neuf comtés de Caroline du Sud. Plus de 5 000 membres de l'organisation raciste sont arrêtés. Malgré leur libération, faute de preuve, l'organisation est démantelée[Note 4].

En 1872, Douglass devient à son insu le premier Noir à être candidat à la vice-présidence lors de l'élection présidentielle. Sans s'être porté candidat, il est en effet désigné par l’Equal Rights Party comme colistier de Victoria Woodhull, la première femme candidate pour la présidence du pays. Douglass ne participe d'ailleurs pas à la campagne présidentielle aux côtés de Woodhull.

[PARAGRAPHE Ä REVOIR] Surnommé « Le sage d'Anacostia » ou « Le lion d'Anacostia », il fut candidat (malgré lui) à la vice-présidence des États-Unis aux côtés de Victoria Woodhull, la première femme à se présenter pour le poste de président des États-Unis, pour le Parti de l'égalité des droits (Equal Rights Party).

Douglass assiste en 1876 à l'inauguration du Freedman’s Memorial, érigé en hommage à Lincoln dans le Lincoln Park de Washington. Déçu par l'hommage rendu par un avocat, le public plébiscite Douglass qui finit par accepter d'improviser un discours sur l'ancien président. Il note sa réticence à rejoindre la cause de l'émancipation et souligne que s'il était initialement opposé à l'expansion de l'esclavage, il n'était pas dès l'origine partisan de son élimination. Mais il affirme aussi que « n'importe quel homme de couleur, ou n'importe quel homme blanc éprouvant de la sympathie pour l'égalité de tous les hommes ne peut oublier la nuit qui a suivi le premier jour de janvier 1863 [celui de la Proclamation d'émancipation], quand le monde entier a vu Abraham Lincoln prouver qu'il était aussi bon que ses discours le laissait entendre »[54].

La retraite à Cedar Hill[modifier | modifier le code]

Douglass eut cinq enfants au cours de sa vie dont l'un mourut à l'âge de dix ans alors qu'il se trouvait en Grande-Bretagne ; deux d'entre eux, Charles et Rossetta, l'aidaient dans la production de ses différents journaux.

En 1877, Douglass s'installe dans ce qui allait être sa dernière demeure, située dans le district de Washington, sur les bords de la rivière Anacostia, qui inspira son surnom de Lion d'Anacostia. Il nomme Cedar Hill ce domaine qu'il agrandit progressivement pour porter sa superficie à 61 000 m². La propriété accueille maintenant le site national historique Frederick Douglass.

Le 20 février 1895, il assiste au Conseil national des femmes à Washington, y recevant une ovation du public. Peu après son retour à Cedar Hill, il est victime d'une crise cardiaque. Il est enterré au cimetière du Mont Hope à Rochester.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Discours[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Columbian Orator ouvrage est considéré comme un classique du genre, et il est encore réédité de nos jours.
  2. Une colonie de ce type avait été expérimentée dans une île située au large d'Haïti et deux pays d'Amérique centrale, le Nicaragua et le Honduras avait été contactés, sans succès, pour accueillir d'éventuels expatriés. Voir sur ce point, Claude Fohlen, Histoire de l'esclavage aux États-Unis, Perrin, Paris, 2007, p. 293.
  3. Paradoxalement, les esclaves situés sur les territoires déjà libérés ou les quelques États esclavagistes restés dans l'Union (tel le Missouri) ne sont pas concernés par cette mesure. Voir Fohlen, op. cit., p. 280-289.
  4. Elle renaîtra toutefois au début du XXe siècle.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Douglass, Frederick. The Encyclopaedia Britannica. New York; The Encyclopaedia Britannica Company, 1910 (11th Ed.), Vol. VIII, p. 448.
  2. Mayer, Henry. All On Fire; William Lloyd Garrison and the abolition of slavery. New York; W. W. Norton & Company, 1998, p. 477.
  3. NOTE: Son adage favori était : « Je m'unirais avec n'importe qui pour faire le bien et avec personne pour faire le mal ». (RÉFérence?)
  4. Frederick Douglass, Mon éducation, Mille et une nuits, 2003, p. 8. Mon éducation reprend mes chapitres I à VII du Récit de la vie de Frederick Douglass par lui-même, paru initialement en 1845 aux États-Unis.
  5. Douglass, Frederick. The Encyclopaedia Britannica. New York; The Encyclopaedia Britannica Company, 1910 (11th Ed.), Vol. VIII, p. 448.
  6. Douglass, Frederick. The Encyclopaedia Britannica. New York; The Encyclopaedia Britannica Company, 1910 (11th Ed.), Vol. VIII, p. 448.
  7. Ibid, p. 8
  8. Ibid, p. 44.
  9. Douglass, Frederick. The Encyclopaedia Britannica. New York; The Encyclopaedia Britannica Company, 1910 (11th Ed.), Vol. VIII, p. 448.
  10. Douglass, Frederick. The Encyclopaedia Britannica. New York; The Encyclopaedia Britannica Company, 1910 (11th Ed.), Vol. VIII, p. 448.
  11. Ibid, p. 46-47.
  12. Douglass, Frederick. The Encyclopaedia Britannica. New York; The Encyclopaedia Britannica Company, 1910 (11th Ed.), Vol. VIII, p. 448.
  13. Ibid, p. 50.
  14. Autobiographie de Douglass. ibid, p. 50-51.
  15. Douglass, Frederick. The Encyclopaedia Britannica. New York; The Encyclopaedia Britannica Company, 1910 (11th Ed.), Vol. VIII, p. 448.
  16. Ibid, p. 59.
  17. Douglass, Frederick. The Encyclopaedia Britannica. New York; The Encyclopaedia Britannica Company, 1910 (11th Ed.), Vol. VIII, p. 448.
  18. Douglass, Frederick. The Encyclopaedia Britannica. New York; The Encyclopaedia Britannica Company, 1910 (11th Ed.), Vol. VIII, p. 448.
  19. Douglass, Frederick. The Encyclopaedia Britannica. New York; The Encyclopaedia Britannica Company, 1910 (11th Ed.), Vol. VIII, p. 448.
  20. Douglass, Frederick. The Encyclopaedia Britannica. New York; The Encyclopaedia Britannica Company, 1910 (11th Ed.), Vol. VIII, p. 448.
  21. Ibid, p. 75.
  22. Douglass, Frederick. The Encyclopaedia Britannica. New York; The Encyclopaedia Britannica Company, 1910 (11th Ed.), Vol. VIII, p. 448.
  23. Mayer, Henry. All on fire; William Lloyd Garrison ans the abolition of slavery. New York; W. W. Norton et cie, 2008, p. 248.
  24. Mayer, Henry. All on fire; William Lloyd Garrison ans the abolition of slavery. New York; W. W. Norton et cie, 2008, p. 305-306.
  25. Mayer, Henry. All on fire; William Lloyd Garrison ans the abolition of slavery. New York; W. W. Norton et cie, 2008, p. 307.
  26. John A. Collins.[1]
  27. A.C.C Thompson dans le Delaware Republican. Cité dans Ibid, appendice d'Alexandre Thibault, p. 67.
  28. Mayer, Henry. All on fire; William Lloyd Garrison ans the abolition of slavery. New York; W. W. Norton et cie, 2008, p. 422.
  29. a et b Ruffin 2008, p. 56.
  30. Mayer, Henry. All on fire; William Lloyd Garrison ans the abolition of slavery. New York; W. W. Norton et cie, 2008, p. 372.
  31. Ruffin 2008, p. 59
  32. Mayer, Henry. All on fire; William Lloyd Garrison ans the abolition of slavery. New York; W. W. Norton et cie, 2008, p. 373.
  33. Ruffin 2008, p. 58.
  34. Mayer, Henry. All on fire; William Lloyd Garrison ans the abolition of slavery. New York; W. W. Norton et cie, 2008, p. 350-351.
  35. Mayer, Henry. All on fire; William Lloyd Garrison ans the abolition of slavery. New York; W. W. Norton et cie, 2008, p. 366-367
  36. Mayer, Henry. All on fire; William Lloyd Garrison ans the abolition of slavery. New York; W. W. Norton et cie, 2008, p. 373. NOTE: Selon Mayer, l'accusation de la part de certains commentateurs à l'effet que Garrison ait fait preuve de « racisme » envers Douglass est complètement injustifiée, parce que l'éditeur du Liberator avait « déjà bien accueilli [un] effort [similaire de la part] de Van Rensealler, à New York, où un journal noir avait les meilleures chances de réussir ». Ibid. p. 374. - L'idée que Garrison ait eu peur de perdre des clients avec un nouveau journal de Douglass est quant à elle complètement contraire à son attitude, pendant ses 35 années d'édition, par rapport à son indépendance, le patronage, et la situation financière de son journal ou la sienne propre.
  37. Ruffin 2008, p. 60.
  38. Ruffin 2008, p. 62.
  39. Françoise Charras, « L'abolition française de 1848 et l'abolitionnisme noir aux États-Unis », in Marite-Christine Rochmann, Esclavage et abolitions, Karthala, 2000, p. 203-221, ici p. 206, note 9.
  40. Mayer, Henry. All on fire; William Lloyd Garrison ans the abolition of slavery. New York; W. W. Norton et cie, 2008, p. 428.
  41. The Library of Congress. About The North star (Rochester, N.Y.) 1847-1851. [2]
  42. Mayer, Henry. All on fire; William Lloyd Garrison ans the abolition of slavery. New York; W. W. Norton et cie, 2008, p. 374.
  43. Gorman, Ron.. William Lloyd Garrison and Frederick Douglass debate in Oberlin [3]
  44. The Library of Congress. About Anti-slavery bugle. volume (New-Lisbon, Ohio) 1845-1861. [4]
  45. Mayer, Henry. All on fire; William Lloyd Garrison ans the abolition of slavery. New York; W. W. Norton et cie, 2008, p. 429.
  46. The Library of Congress. About Frederick Douglass' paper. (Rochester, N.Y.) 1851-18?? [5]
  47. Ruffin 2008, p. 67.
  48. Mayer, Henry. All on fire; William Lloyd Garrison ans the abolition of slavery. New York; W. W. Norton et cie, 2008, p. 430.
  49. Mayer, Henry. All on fire; William Lloyd Garrison ans the abolition of slavery. New York; W. W. Norton et cie, 2008, p. 431.
  50. Mayer, Henry. All on fire; William Lloyd Garrison ans the abolition of slavery. New York; W. W. Norton et cie, 2008, p. 433.
  51. Mayer, Henry. All on fire; William Lloyd Garrison ans the abolition of slavery. New York; W. W. Norton et cie, 2008, p. 536.
  52. Frederick Douglass, Mon éducation, Mille et une nuits, 2003, p. 75.
  53. Cité dans James M. Mac Pherson, La Guerre de Sécession, Robert Laffont, Paris, 1991, p. 615. ISBN 978-2-221-06742-0
  54. (en) Discours en mémoire d'Abraham Lincoln, 14 avril 1876, prononcé devant le Freedmen’s Monument en mémoire d'Abraham Lincoln, Lincoln Park, Washington D.C.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]