Toyen

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Toyen
Toyen1930.jpg
Toyen in 1930.
Naissance
Décès
(à 78 ans)
Paris 7e (France)
Sépulture
Nom de naissance
Marie Čermínová
Pseudonyme
ToyenVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalités
Activité
Formation
Lieu de travail
Mouvement

Marie Čermínová, dite « Toyen », née à Prague le et morte à Paris le , est une artiste peintre tchèque surréaliste.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jindřich Štyrský et Toyen à Paris[1].

Après des études à l'École des arts appliqués de Prague, Marie Čermínová cofonde avec l'écrivain Karel Teige le groupe anarchiste Devětsil en 1920.

En 1922, elle rencontre le peintre Jindřich Štyrský. Ensemble, ils participent à une exposition collective organisée par Devětsil et intitulée « Bazart d'art moderne ». Elle adopte le nom Toyen, d'après « citoyen » en français (1923)[2].

Dans ses premières œuvres, Toyen s'inspire d'un cubisme « puriste » qu'elle abandonne pour une série de tableaux naïfs aux sujets exotiques[3].

En 1925, elle s'installe à Paris avec Štyrský. Ils créent un nouveau style qu'ils appellent « artificialisme », par lequel ils anticipent de nombreux éléments de l'abstraction lyrique ultérieure. Cependant, les fragiles champs arachnéens baignant dans un demi-jour tamisé et enfumé sont remplacés par des pâtes crues et lourdes réparties irrégulièrement en surfaces structurales[3]. Il s'agit pour eux de faire coïncider l'aventure plastique avec une pratique existentielle de la poésie, le tableau artificialiste provoquant des émotions qui ne sont pas seulement optiques, mais aussi poétiques, de sorte que « miroir sans image, l'artificialisme est l'identification du peintre et du poète[4] ».

Ils rencontrent le groupe surréaliste. Leur première exposition commune est organisée à la galerie Vavin. Philippe Soupault écrit la préface du catalogue.

De retour à Prague en 1929, Toyen fait paraître des dessins érotico-humoristique dans la Revue érotique créée par Štyrský. En 1932, elle illustre Justine de Sade.

En 1934, le poète Vítězslav Nezval et Teige, Toyen et Štyrský fondent le groupe surréaliste de Prague qui accueille chaleureusement André Breton et Paul Éluard en [5]. Cette même année, en mai, elle participe à l'Exposition internationale du surréalisme à Tenerife (Îles Canaries).

En 1938, à l'occasion d'une exposition commune de Štyrský et Toyen paraît une double monographie dont les textes sont signés Nezval, Teige et Vitèzslau. La même année Štyrský prononce une conférence dans laquelle il souligne à quel point Toyen a acquis le privilège d'être au cœur du « temps qui abolit l'époque », en étant seulement préoccupée de la conquête des espaces intérieurs, car pour elle, « regarder signifie aussi être dans une certaine mesure aveugle, car il y a des paysages visibles et des paysages invisibles.[6] »

En 1939, l'invasion de la Tchécoslovaquie par l'Allemagne lui interdit toute expression publique. Dans la clandestinité, elle réalise un cycle de dessins intitulé Tir (Střelnice, 1940)[7], des illustrations érotiques pour l'ouvrage du poète Jindřich Heisler intitulé Seules les crécerelles pissent sur le décalogue (1940) et Cache-toi, guerre ! (Schovej se valko), une série de dessins accompagnant des poèmes du même Heisler (1944). Durant cette période, de 1939 à 1942, elle abandonne pratiquement la peinture pour se consacrer au dessin.

Jindřich Štyrský meurt en 1942.

Après la guerre, Toyen expose à nouveau à Prague en 1945. En 1947, elle quitte la Tchécoslovaquie pour Paris, avec Jindřich Heisler. Elle participe aux activités du groupe surréaliste et expose à la galerie Denise René. Le catalogue est préfacé par André Breton, qui parle de son visage « médaillé de noblesse », non sans y reconnaître « le frémissement profond en même temps que la résistance de roc aux assauts les plus furieux.[8] »

Dans les années 1960, elle imagine deux livres-objets pour l'éditeur François Di Dio et, dans les années 1970, collabore aux publications du collectif Maintenant fondé par Radovan Ivšić, avec Georges Goldfayn, Pierre Peuchmaurd, Annie Le Brun, qui la considère comme « le personnage le plus romantique du surréalisme[9] ». Elle illustre alors plusieurs recueils et pièces de théâtre de Radovan Ivšić, notamment Le Puits dans la tour, débris de rêves (1967), Le Roi Gordogane (1968), Tir (1973), et le premier recueil poétique d'Annie Le Brun, Sur le champ (1967)[10], puis plus tard deux autres recueils : Tout près, les nomades (1972)[11] et Annulaire de lune (1977)[12].

Annie Le Brun devient une amie très proche de Toyen, et la considère comme une des artistes majeures de son siècle, notamment pour son indépendance artistique et idéologique, son opposition aux totalitarismes de l'époque (l'hitlérisme et le stalinisme), sa révolte existentielle, son « mépris pour la peinture comme affaire esthétique et pour les peintres producteurs de peinture, ceux qu'elle appelait les “fabricants”. Comme s'il y allait pour elle de la nécessité vitale de réaffirmer jusque dans le domaine artistique son irréductible distance avec le monde dont les autres s'accommodent si bien, moyennent par exemple de séparer l'art de la vie [13] ». Selon elle, Toyen envisage l'énigme de la représentation au plus près de l'énigme de la vie, avec toute la puissance subversive d'une « insurrection lyrique » et d'une « érotique de l'analogie », que Radovan Ivšić reconnaît également comme telle, parlant d'un pouvoir de trouble qui s'effectue à travers un « mimétisme amoureux entre les règnes animal, végétal et minéral [...] dans la convergence éperdue des forces primordiales qui inaugure les plus somptueuses dérives de l'amour[14] ». Dans une de ses rares confidences, illustrant ce secret de la représentation qui consiste à figurer l'énigme pour l'affronter, Toyen déclarait en 1976 : « Dans la salle obscure de la vie, je regarde l'écran de mon cerveau.[15] »

Toyen est enterrée au cimetière des Batignolles (2e division) à Paris. Sur son faire-part de décès, il est écrit : « Je m'aperçois que ma page blanche est devenue verte.[réf. nécessaire] »

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Flore du sommeil, 1931
  • Jardin de mer, 1933
  • Le Reste de la nuit, 1935 (?)[16]
  • Spectres du désert, 1937, dessins[16]
  • La Tanière abandonnée, 1937
  • La Dormeuse, 1937
  • Objet-Fantôme, 1937
  • Le Tir, 1940, dessins
  • Relâche, 1943, huile sur toile, 109 × 52,5 cm[17]
  • Au château Lacoste, 1946[18]
  • Tous les éléments, 1950, huile sur toile, 68,2 × 104,5 cm[19]
  • L'Origine de la vérité, 1954
  • L'eau de la solitude, 1955, huile sur toile
  • Coulée dans le lointain, 1962, huile sur toile, 51 × 150 cm[20]
  • Le Festin de soie, 1962, huile sur toile, 100 × 60 cm[21]
  • L'un dans l'autre, 1965
  • Le Paravent, 1966[22]

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • André Breton, Le Surréalisme et la Peinture (1928), nouvelle édition revue et corrigée, Paris, Gallimard, 1965.
  • André Breton, Jindřich Heisler, Benjamin Péret, Toyen, Paris, Sokolova, 1953.
  • Radovan Ivšić, Toyen, Paris, Filipacchi, 1974.
  • Renée Riese-Hubert, « Annie Le Brun et Toyen, l’illustrateur des livres de Annie Le Brun », La femme surréaliste. Revue Obliques, n° 14-15, 1977, p. 174.
  • Adam Biro & René Passeron, Dictionnaire général du surréalisme et de ses environs, Office du livre, Fribourg-Paris, Suisse et Presses universitaires de France, 1982, p. 405-406.
  • Catalogue de l'exposition « Štyrský Toyen Heisler », Paris, Musée national d'Art moderne - Centre Georges Pompidou, 1982.
  • Annie Le Brun, « À l'instant du silence des lois », dans À distance, Paris, Jean-Jacques Pauvert aux éditions Carrère, 1984, p. 150-160.
  • Georgiana Colvile, Scandaleusement d'elles. Trente quatre femmes surréalistes, Paris, Jean-Michel Place, 1999, p. 284-289, avec une photographie de l'artiste réalisée par Man Ray en 1935.
  • Karel Srp, Toyen, une femme surréaliste, Paris, Artha, 2003.
  • Annie Le Brun, « Toyen ou l'insurrection lyrique », dans Un espace inobjectif. Entre les mots et les images, Paris, Gallimard, coll. « Art et Artistes », 2019, p. 117-136.
  • (en) Renée Riese-Hubert, Magnifying Mirrors : Women, Surrealism and Partnership, University Nebraska Press, .

Filmographie[modifier | modifier le code]

Archives[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir sur archiv.ucl.cas.cz.
  2. Colvile, op. cit., p. 284.
  3. a et b Biro, op. cit., p. 405.
  4. Jindřich Heisler, « L'Artificialisme » (1927), Red, n° 1, 1927-1928, repris dans le catalogue de l'exposition « Štyrský Toyen Heisler », Paris, Musée national d'Art moderne - Centre Georges Pompidou, 1982, p. 82.
  5. Du 27 au 29 mars.
  6. Jindřich Štyrský, « Conférence inédite prononcée à l'Institut d'Esthétique dirigé par Jan Mukařovský », hiver 1938, citée dans le catalogue de l'exposition « Štyrský Toyen Heisler », Paris, Musée national d'Art moderne - Centre Georges Pompidou, 1982 p. 83.
  7. Biro, op. cit., p. 406.
  8. André Breton, « Introduction à l'œuvre de Toyen », dans Toyen, par André Breton, Jindřich Heisler, Benjamin Péret, Paris, Sokolova, 1953, p. 18. Repris dans Le Surréalisme et la Peinture, Gallimard, 1965. Charles Estienne parlera en 1955 de « granit de la solitude », préface à l'exposition Toyen de 1955 à la galerie À l'Étoile scellée.
  9. Annie Le Brun, À distance, Jean-Jacques Pauvert aux éditions Carrère, 1984, p. 158.
  10. Voir Fannie Morin et Caroline Hogue, « Cerner le désir infiniment : Sur le champ d’Annie Le Brun et Toyen » [1].
  11. Voir Caroline Hogue, «  Tout près, les nomades : parcourir les corps » [2].
  12. Voir Benjamin Gagnon Chainey et Karianne Trudeau Beaunoyer, « Prendre la parole, se parer du langage : “beauté convulsive” et “insurrection lyrique” dans Annulaire de lune, d’Annie Le Brun et Toyen » [3].
  13. Annie Le Brun, « Toyen ou l'insurrection lyrique », dans Un espace inobjectif. Entre les mots et les images, Gallimard, coll. « Art et Artistes », 2019, p. 118.
  14. Radovan Ivšić, Toyen, Filipacchi, 1974, p. 64-65.
  15. Toyen, Objets d'identité, ouvrage collectif, Éditions Maintenant, 1976, cité par Annie Le Brun, « Toyen ou l'insurrection lyrique », dans Un espace inobjectif. Entre les mots et les images, Gallimard, coll. « Art et Artistes », 2019, p. 134.
  16. a et b Cité dans Biro, op. cit., p. 406.
  17. Reproduction (à l'envers) dans Colvile, op. cit., p. 286
  18. Reproduction dans Biro, op. cit., p. 406
  19. Collection particulière, Paris. Reproduction dans Colvile, op. cit., p. 288
  20. Collection particulière, Dallas. Reproduction dans Colvile, op. cit., p. 289
  21. Collection particulière. Reproduction dans Colvile, op. cit., p. 287
  22. Collection particulière. Reproduction dans Biro, op. cit., p. 406
  23. Cité dans Colvile, op. cit., p. 285
  24. Peter Hames, Czech and Slovak Cinema: Theme and Tradition, Oxford University Press, 31 mai 2009.


Liens externes[modifier | modifier le code]