Tour Thiers

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d’aide sur l’homonymie Pour l’article ayant un titre homophone, voir Tourtière.
Tour Thiers
140-2009-la-tour-thiers-vue-depuis-la-rue-gambette-photo-a-prevot.jpg
La tour Thiers vue depuis les balcons de la mairie, place Stanislas
Histoire
Architecte
Folliasson et Binoux
Construction
Usage
Hôtels et bureaux
Architecture
Style
International
Hauteur de lʼantenne
111
Hauteur du toit
90
Étages
28
Localisation
Adresse
Coordonnées

La tour Thiers est un immeuble de grande hauteur situé au 4-6 rue Piroux à Nancy, dans le département de Meurthe-et-Moselle et la région Lorraine. Le bâtiment marque la limite ouest du centre-ville de Nancy et est adjacent à la gare de la ville. Il se situe à l'emplacement d'anciens immeubles dont l'hôtel « Thiers » avec, en rez de chaussée, sa brasserie et son cinéma « Le Thiers ».

Histoire[modifier | modifier le code]

L'hôtel et la place Thiers en 1960

Origines[modifier | modifier le code]

Avant la construction de la tour, la place Thiers était entourée d'un ensemble de bâtiments datant des XIXe et début du XXe siècles, en partie de style Art nouveau[1]. Outre l'Excelsior, s'y trouvaient la brasserie Thiers, les Magasins-Réunis, et la gare de Nancy-Ville, elle-même décorée d'une marquise en acier riveté[2] et fermée par des grilles[3],[4] ,[2]. Parmi les autres commerces, on comptait également un cinéma, une pâtisserie et des brasseries avec leurs terrasses. L'atelier de typographie du quotidien l'Est républicain se trouvait côté sud-est de la place, à l'emplacement actuel d'une taverne irlandaise. Sur la place se trouvaient des emplacements de stationnement, de grands arbres, des pelouses[5] et une statue d'Adolphe Thiers par Ernest Guilbert[6]. Des projets de refonte de la gare et de son environnement avaient déjà été réalisés en 1931[2].

Initié par les propriétaires de l'hôtel Thiers, la famille Hanus, et porté par la municipalité Marcel Martin, le projet initial de la tour, dit projet Foliasson du nom de son architecte, prévoyait la construction d'autres immeubles neufs aux alentours, avec en perspective la démolition de l'Excelsior et du siège de la Chambre de commerce et d'industrie, deux bâtiments Art nouveau, ainsi que de la salle Poirel[7]. Devant les nombreuses et fortes oppositions, seule une version amoindrie de la tour Thiers a vu le jour.

Construction et première polémique (1973-1975)[modifier | modifier le code]

Le réaménagement de la place Thiers a débuté en 1973 avec la démolition de l'hôtel Thiers[8] puis le démontage, en 1974, de la statue. La construction de la Tour Thiers s'est achevée en 1975, avec l'inauguration officielle.

Lors du remodelage de la place et de la construction de la tour, les Nancéiens protestèrent contre ce qu'ils considéraient (et considèrent encore aujourd'hui) comme une verrue dans le paysage urbain[9], notamment à cause du fait que la tour bouche la perspective ouest de la place Stanislas, distante de 700 mètres. L'architecture en verre et béton de la tour est également anachronique au sein d'un quartier comportant majoritairement des immeubles anciens, dont certains de l'école de Nancy.

A l'époque, la ville est en train d'achever une période de grands réaménagements urbains au niveau du quartier ancien Saint Sébastien qui a été complètement rasé pour se voir remplacer progressivement par six immeubles de grandes hauteurs (un septième y sera construit en 1978), un collège et un centre commercial. Suite à cette première vague de destructions et à l'annonce de celle à venir dans la suite de la construction de la tour, un comité d'opposants décide de mettre en place une exposition intitulée "Vie ou Mort de Nancy" et visant à alerter et sensibiliser l'opinion sur le patrimoine historique déjà perdu et celui voué à disparaître. Cette exposition attirera près de 9000 personnes. Des personnalités sont également intervenues comme le commissaire-priseur, spécialiste de l'Art nouveau , Maurice Rheims. Celui-ci proposa de donner à Nancy une conférence de dissuasion pour que la municipalité renonce à son plan d'urbanisme du secteur de la gare. La Chambre de commerce et d'industrie, la salle Poirel et l'Excelsior furent ainsi sauvés alors que, dans le cas de ce dernier, les propriétaires avaient déjà négocié la destruction avec les promoteurs, moyennant l'édification d'une guinguette sur la place Thiers.

Prospectus promotionnel de l'exposition "Vie ou Mort de Nancy"


Vente aux enchères puis démolition de l'hôtel Thiers en 1972 et 1973


La tour en construction (1974-1975).

Une controverse latente qui se perpétue (1975-2014)[modifier | modifier le code]

L'inauguration du bâtiment, en 1975, ne calme pas pour autant les critiques à l'égard de la mairie. Marcel Martin, maire de l'époque, fera notamment l'objet de soupçons d'affairisme dans le projet de construction de la tour puisqu'il siégeait au conseil d'administration de cette dernière. Devant l'opinion négative, la municipalité met un frein brutal et définitif à "l'américanisation" de Nancy. La tour Stanislas, un IGH de bureaux de 120 mètres de haut qui devait sortir de terre dans le quartier St Sébastien est finalement abandonné au profit de la résidence du Trident (53 mètres). Cet immeuble est le seul bâtiment de ce genre à être édifié après la tour Thiers et le dernier dans Nancy.

Le nouvel agencement généré par la tour a fait disparaître les brasseries et les terrasses animant ce côté de la place. En effet, toutes les ouvertures de la tour, à l'exception de sa galerie commerciale, se trouvent au niveau des rues Stanislas et Raymond Poincaré. Pour compenser au mieux cette perte d'activité, la mairie décide l'implantation de petites cellules commerciales rassemblées sur la place Thiers. L'opération s’avérera être un échec d'un point de vue esthétique et sécuritaire et ne parviendra pas à redonner à la place l'activité qui était la sienne avant la construction de la tour, devenant ainsi, malgré tout, une zone de passage.

La dégradation progressive du secteur de la gare participe grandement à l'entretien d'une rancœur populaire à l'égard de la tour, en particulier chez les habitants ayant connu l'ancienne configuration de la place. A partir des années 2000, la reconversion du site de la gare dans le cadre du projet de rénovation urbaine Nancy Grand Cœur amène le sujet de sa reconversion voire de sa démolition. Sujet qui devient par la suite récurrent, même en dehors du projet Grand Cœur.

Changement d'actionnaire et nouvelle polémique (depuis 2014)[modifier | modifier le code]

La reconfiguration de la place Thiers à partir de 2013 fait disparaître les cellules commerciales de la place et permet le retour de terrasses et de restaurants dans les bâtiments faisant face à la tour.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

L’édifice est constitué en réalité de l'addition de trois bâtiments de hauteur croissante, à savoir respectivement 45, 75 et 90 mètres, et encastrés les uns dans les autres, ce qui amène cet ensemble à se voir parfois désigner au pluriel : les tours Thiers ou plus simplement les Thiers. Elle tire son nom de la place Thiers, esplanade voisine de la tour, jadis ornée d'une statue du deuxième président de la IIIe République Adolphe Thiers, actuellement déposée[6] dans les réserves de la ville de Nancy.

Les dimensions qui sont retenues sont généralement celles de son plus grand élément qui, avec ses 28 étages, culmine à 90 mètres de hauteur. Sur le toit de ce dernier se trouve un réseau d'antennes dont la cime de la plus haute est à 111 mètres du sol. C'est le plus haut gratte-ciel de Nancy et le deuxième de l'agglomération. En effet, au premier rang se trouve la Tour Panoramique, les Aulnes à Maxéville dont la hauteur est de 96 mètres, côté aval, cette tour étant aussi coiffée d'antennes dont la pointe de la plus haute est à 108 mètres du sol.

À proximité des tours Thiers se trouvent d'autres immeubles de grande hauteur telles que les tours Joffre, Kennedy et Saint-Sébastien, créant un modeste cluster caractéristique de villes nord-américaines. La tour est visible de nombreux endroits de Nancy et de son agglomération, dont la place Stanislas.

L'usage des tours Thiers est mixte : elles abritent à la fois des bureaux et un hôtel (de la chaîne Mercure, puis Park Inn depuis 2005, puis à nouveau Mercure depuis 2015) qui profite du flux de voyageurs arrivant de la gare toute proche.

Performances artistiques[modifier | modifier le code]

Dans la nuit du 6 au 7 mai 2006, de 22 heures à 6 heures du matin, la façade de la tour Thiers a été le théâtre de 30 × 30 - Poursuite, un spectacle durant lequel l'édifice a été illuminé par un projecteur dont les mouvements étaient générés par ordinateur.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. une carte postale où l'on voit la statue de Thiers et l'entrée des Magasins-Réunis.
  2. a b et c Émile Badel, « La future gare de Nancy devant le Conseil municipal », L'immeuble et la construction dans l'Est, vol. 44e année, no 7,‎ (lire en ligne)
  3. Dulcitius, « Les places de Nancy : place Thiers », L'immeuble et la construction dans l'Est, vol. 21e année, no 5,‎ (lire en ligne)
  4. E. Badel, « Nancy, les transformations de la place Thiers », L'immeuble et la construction dans l'Est, vol. 29 e année, no 48,‎ (lire en ligne)
  5. Nancy : Place Thiers, une nouvelle ère, l'Est Républicain, 3 décembre 2015
  6. a et b Nancy, Nouveau guide complet par E. Badel,Typographie A Crepin-Leblond (1914) p. 171, ainsi que Jean Micque, « Déboulonnons la statue de Thiers », L'immeuble et la construction dans l'Est, vol. 22e année, no 35,‎ (lire en ligne)
  7. Il y a 50 ans, la folie destructrice dans Nancy, l'Est Républicain, 10 février 2013
  8. « PLACE THIERS NANCY | Emmanuelle et Laurent Beaudouin - Architectes », sur www.beaudouin-architectes.fr (consulté le 22 mai 2019)
  9. « La place Thiers », Lorraine Magazine, no 97,‎ (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur le bâtiment[modifier | modifier le code]

  • Ressource relative à l'architectureVoir et modifier les données sur Wikidata :

Sur son usage[modifier | modifier le code]