Toubou

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Toubou
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Un père et ses fils

Populations significatives par région
Autres
Langues tedaga, dazaga

Les Toubous constituent une population pratiquant le pastoralisme et le nomadisme dans le Sahara oriental. Leur territoire est centré sur le nord du Tchad mais s'étend au sud de la Libye et au nord-est du Niger.

Ethnonymie[modifier | modifier le code]

Selon les sources et le contexte, on observe de multiples formes : Tbou, Tebou, Tebu, Tibboo, Tibbou, Tibbu, Tibou, Tibu, Toubbou, Toubous, Tubu[1].

Le terme « toubou » désigne, en langue kanembou, les habitants du massif du Tibesti. Cette dénomination, adoptée durant la colonisation française, est maintenant admise et passée dans l'usage courant. Eux-mêmes se nomment Teda au nord, Daza au sud. Les deux populations se distinguent par l'usage de deux dialectes différents mais très proches, respectivement le tedaga et le dazaga.

Le terme « toubou » désigne parfois les seuls Teda (habitants du Tibesti et ses environs), ou bien comprend également leurs parents proches, les Dazas (basés principalement au Borkou), qui sont aussi appelés Goranes. Ce terme arabe peut aussi désigner l'ensemble Teda-Daza-Kreda et les castes inférieures Azza, et Tiyeni. Les Touaregs appellent cet ensemble de populations de Tibesti et ses environs les Ikaraden.

Hérodote les nommait « troglodytes éthiopiens » et les situait là où ils vivent encore, au nombre de 200 000 : entre le nord du Tchad, le Fezzan libyen et le nord-est du Niger. Le père de l'Histoire dit encore que, « de tous les peuples, ce sont les plus rapides à la course »[2].

Territoire[modifier | modifier le code]

territoire des Toubous
Territoire des Toubous

Les Toubous vivent dans le massif du Tibesti, dans les régions du Borkou, de l'Ennedi et du Tibesti au nord du Tchad, et dans le Kanem et le Bahr-el-gazelle(BEG dont le chef lieu est Moussoro), ainsi que dans l'est de la république du Niger notamment dans les départements de N'Guigmi, N'Gourti, et Bilma. À Bilma, on les retrouve en petits groupes au Djado, Seguedine, Aney, Emitchouma, Achenouma, Argui, Dirkou, Chimindour, Beza, Agueur, Bilma, Zoo Baba et Fachi, où on les appelle souvent « Guezibida » du fait de leur sédentarisation ou de leur métissage avec les Kanuris. Ils sont également présents dans les oasis du sud de la Libye et du sud-ouest de l'Égypte (jusqu'en 1920). Ils occupent donc une immense région de 1 300 000 km2.

Les Toubous étaient répartis à l'origine en 36 clans, contre environ 50 clans actuellement. Le clan toubou est un ensemble d'hommes et de femmes libres et indépendants, dispersés dans l'espace, d'origines différentes mais unis par mariage. Les signes caractéristiques du clan sont le nom, le surnom, le blason ou une marque, et une légende qui en résume l'origine ou l'histoire.

Économie et société[modifier | modifier le code]

La population toubou est une communauté dépendant de l’élevage dans de vastes espaces qui sont impropres à tout autre mode d’exploitation. Un petit nombre des teda et une grande partie des dazza sont des éleveurs de dromadaires, de bovins et de petits bétails, mais cela ne suffit pas à leur besoins surtout aux teda. Ils dépendent aussi de l'aide en nourriture provenant de la Libye. Pour une minorité des Toubous, les troupeaux sont le seul moyen de subsistance, mais la grande majorité pratique tout de même une exploitation de la terre dans les oasis les mieux dotées en ressources hydriques telles que celles du Borkou, dans le sud du Tibesti et dans les oasis de l'Ennedi.

Le leader des Teda est appelé Derdei et peut être comparé aux sultans de nombreux peuples ou à l'amenokal chez les Touaregs.

Langues[modifier | modifier le code]

Ils parlent une langue nilo-saharienne, proche du kanouri, et qui comporte deux variantes, le tedaga et le dazaga[3].

Religion[modifier | modifier le code]

Les Toubous pratiquent un islam traditionaliste, mêlé à la coutume teda. La loi teda ou toubou est une loi coutumière qui n'a rien à voir avec la charia islamique ; les Teda pratiquent le culte des saints du « Borcodi ».

Histoire[modifier | modifier le code]

Les Toubous se sont fortement opposés à la colonisation. Ce qui fait que, même après l'indépendance, l'administration militaire soient maintenus dans la région du Borkou-Ennedi-Tibesti (BET) jusqu'en 1965.

Vers la fin des années 60, après la répression du régime dictatorial de Ngarta Tombabaye, les Toubous (Goranes) se sont révoltés. Ils eurent créé un mouvement politico-militaire affilié au Front de libération nationale du Tchad (FROLINAT), dénommé Conseil de Commandement des Forces armées du Nord (CCFAN), appelé également 2ème armée du FROLINAT basée au Tibesti. Ce mouvement a pris d'ampleur dans les années 1970 contrairement à la première armée du FROLINAT qui s'affaiblit. Ce mouvement, la première Révolution du continent africain, fut dirigé par Hissein Habré secondé par Goukouni Oueddei, fils de Dirdey. Bien que les deux chefs rebelles toubous se sont séparés pour des raisons de leadership pour créer deux mouvements en l'occurrence des Forces armées populaires (FAP) de Goukouni Oueddei et des Forces armées du Nord (FAN) de Hissène Habré, les deux mouvements dirigés par les toubous soient arrivés à renverser le régime militaire de Félix Malloum en fin des années 1970, avant de se confronter entre eux pour le pouvoir. Ils ont pris en main la destinée du pays (Tchad) et le dirigé pendant onze ans (1980 à 1982 par Goukouni, 1982 à fin 1990 par Habré).

Le Mouvement pour la démocratie et la justice au Tchad (MDJT) qui fut soutenu de 1998 à 2003 par la Libye. Ce mouvement rebelle s'est affaibli lorsque le fondateur Youssouf Togoïmi fut décédé.

Le Tibesti au Tchad, le Kawar et le Manga au Niger ont également connu des rébellions. Le FDR de Issa Lamine au Niger, les Forces armées révolutionnaires du Sahara (FARS) de Barka Ouerdougou soutenues par la Libye. Ces dernières ont pris en otage en août 2006 deux touristes italiens qui faisaient partie d'un groupe de randonneurs entre Bilma et Agadem. Les FARS réclament la lumière sur la mort de leur chef Chahaye Barkaï, assassiné par l'armée nigérienne en septembre 2001 alors qu'il était partie prenante aux accords de paix de 1995, 1997 et 1998. Tous ces mouvements sont aujourd'hui inactifs même si le MDJT est en rapport avec l'ensemble des rebellions tchadiennes.

Depuis 1999, il existe une organisation indépendantiste toubou, le Conseil national toubou et une ONG TIBESTI. Ils militent pour un État toubou.

En décembre 2007, Kadhafi dépouille les Toubous libyens de leur citoyenneté[4], affirmant qu'ils ne sont pas des Libyens, mais plutôt des Tchadiens. De plus, les autorités locales empêchent aux Toubous l'accès à l'éducation et la santé. En réponse, un groupe armé appelé le Front Toubou pour le salut de la Libye (FTSL) organise une révolte en novembre 2008 qui a duré cinq jours et a causé la mort de 33 personnes avant d'être écrasé par les forces de sécurité gouvernementales. Malgré la résistance et la condamnation publique, le régime de Kadhafi a poursuivi sa persécution de la minorité Toubous en Libye. À compter de Novembre 2009, le gouvernement a lancé un programme d'expulsion forcée et la démolition d'habitations Toubous. Plusieurs dizaines de personnes sont arrêtées.

Les Toubous participent à la guerre civile libyenne de 2011 aux côtés des forces du Conseil national de transition (CNT), le FTSL est dissous peu après. En mars 2012, après la chute du régime, des affrontements sanglants éclatent entre Toubou et tribus arabes dans la ville méridionale de Sabha. En réponse, Issa Abdel Majid Mansour, le chef de la tribu des Toubous en Libye annonce la réactivation du FTSL[5].

Art[modifier | modifier le code]

  • Une part de l'œuvre du peintre africaniste Gustave Hervigo (1896-1993), qui effectua quatre séjours au Tchad à compter de 1951, est dédiée à ses « hôtes Toubous »[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Source RAMEAU, BnF [1]
  2. GEO no 400 de juin 2012 p. 117
  3. Baroin 1985, p. 21
  4. Summary prepared by the Office of the High Commissioner for Human Rights in accordance with paragraph 15 (c) of the annex to Human rights Council resolution 5/1: Libyan Arab Jamahiriya
  5. « Libya's Toubou tribal leader raises separatist bid » (consulté le 21 novembre 2014)
  6. Académie des sciences d'outre-mer, sous la direction de Philippe Bonnichon, Pierre Gény et Jean Nemo, Présences françaises outre-mer, XVIe - XXIe siècles, Éditions Asom-Karthala, 2012.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Saharâ und Sûdân, 2 volumes, Berlin 1879-81, vol. 3 édité par E. Groddeck, Leipzig 1889.
  • Catherine Baroin, Anarchie et Cohésion sociale chez les Toubou, Cambridge University Press / Éditions de la Maison des sciences de l'homme, 1985. [lire en ligne]

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Nathalie Borgers, Vents de sable, femmes de roc, film Pays Toubou (Tibesti)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]