Stalag VIII C

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Stammlagger VIII-C
Présentation
Nom local Stalag VIII-C
Type Camp de prisonniers de guerre
Superficie 48 ha
Gestion
Date de création
Créé par Drapeau de l'Allemagne nazie Reich allemand
Date de fermeture
Fermé par Armée soviétique
Victimes
Type de détenus Prisonniers de guerre
Nombre de détenus 50 000
Géographie
Pays Drapeau de la Pologne Pologne
Région Basse-Silésie
Localité Sagan
Coordonnées 51° 35′ 51″ nord, 15° 17′ 40″ est
Géolocalisation sur la carte : Pologne
(Voir situation sur carte : Pologne)
Stammlagger VIII-C

Le Stalag VIII-C est un camp allemand de prisonniers de guerre lors de la Seconde Guerre mondiale, adjacent au Stalag Luft III.

Histoire[modifier | modifier le code]

Pendant la première guerre mondiale, le camp existait déjà. Lors de la Seconde Guerre mondiale le camp est reconstruit sur 48 ha en pour accueillir plusieurs milliers de prisonniers polonais après l'offensive de septembre 1939. En complète infraction avec la troisième Convention de Genève, la plupart d'entre eux furent en juin 1940 privés de leur statut de prisonniers de guerre et transférés dans des camps de travail[1]. Des soldats français et belges, faits prisonniers pendant la bataille de France prennent leur place, beaucoup d'entre eux venant d'Algérie, du Maroc et du Sénégal et de Madagascar.

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) visite le Stalag le [2].

En 1941 arrivent de nouveaux prisonniers après la campagne des Balkans, pour la plupart britanniques, canadiens, grecs et yougoslaves. Ils sont suivis par des prisonniers soviétiques capturés lors de l'opération Barbarossa. En fin 1941, près de 50 000 prisonniers s'entassent dans un espace conçu pour le tiers de ce nombre. Les conditions étaient épouvantables pour les prisonniers russes, la famine, les épidémies et les mauvais traitements prélevèrent un lourd tribut en vies humaines. Au début de 1942, les prisonniers soviétiques sont transférés vers d'autres camps, en particulier au Stalag VIII-E (en) à Neuhammer. Entre et , huit personnes meurent du typhus[3]. Les Allemands créent à l'occasion de cette épidémie une police russe, en plus de la police française qui existe déjà, afin de ne pas contaminer leurs sentinelles[4].

De nouveaux prisonniers arrivent, capturés pendant la Guerre du désert en Afrique du Nord, surtout après la chute de Tobrouk en . Il s'agit principalement d'Australiens, de Sud-Africains (des blancs et des noirs) et des Polonais.

Évacuation et rapatriement[modifier | modifier le code]

Au début de , presque tous les prisonniers français au stalag VIII C, et puis ceux du Luft III, de Grande-Bretagne et du Commonwealth, sont acheminés vers l'ouest devant l'offensive soviétique. Le commandement du camp allemand détruit une grande partie des documents et toutes les preuves des crimes commis contre les Soviétiques. Le l'Armée rouge entre dans le camp qu'elle utilise par la suite pour y mettre des prisonniers allemands.

Description[modifier | modifier le code]

Le camp est situé près de Sagan, en Basse-Silésie prussienne[n 1].

En 1943, les effectifs sont de 24 103 le , et 20 261 le [5].

Le camp dispose d'une police française qui a pour mission de faire respecter les ordres, de maintenir la propreté et de régler les problèmes entre prisonniers[4].

Un bureau de renseignements gère tous les documents français du Stalag, comme le courrier et les renseignements, ce qui représente 16 500 pièces uniquement pour l'année 1943[6].

Prisonniers[modifier | modifier le code]

En 1944 il y avait 10 494 prisonniers de diverses nationalités[n 2], Texte en ligne, sur Gallica :

  • Jean Billon
  • Paul Bourbon[7]
  • Marcel Chevallier
  • Jean Derriennic[7]
  • Marcel Deverge[7]
  • Alfred Devulder
  • Jacques Dupret[7]
  • Antoine Espigoulet[8]
  • Marcel Gaspard
  • Joseph Girel[7]
  • Jules Lampe[7]
  • Marcel Marty[7]
  • Nino Medelli[7]
  • Arsène Joseph Mette[7]
  • Jean-Henri Michel
  • Auguste Mouton[7]

Vie culturelle[modifier | modifier le code]

Pour rompre avec l'ennui, les prisonniers organisent leur vie et participent à activités culturelles et sportives. La vie culturelle est particulièrement développée au Stalag VIII-C (Sagan) : dessinateurs, peintres, musiciens, comédiens ... y exercent leurs talents[9]. Pour respecter l'article 17 de la convention de Genève de 1929[10] et parce que cela sert d'instrument de propagande montrant un camp modèle, ce qui est d'ailleurs relevé par les délégués du comité international de la Croix-Rouge lors de leur visite du camp le [2], les autorités allemandes mettent à disposition locaux et matériel ; la Croix Rouge également est sollicitée par les prisonniers qui expriment leurs besoins en fournitures lors des inspections du camp[11],[12].

Arts plastiques[modifier | modifier le code]

Jean-Henri Michel[modifier | modifier le code]

Jean-Henri Michel est fait prisonnier à Lille le et transféré le au stalag VIII-C. Il est rapatrié pour des raisons sanitaires le . C'est un soldat 2e classe de la 1e division marocaine 6e GAA. Il crée avec d'autres prisonniers artistes ou écrivains la revue Epreuves dont deux numéros sont parus au camp. A sa libération le troisième numéro n'est pas achevé et il essaye de poursuivre sa publication pour les prisonniers de guerre en prenant contact avec le gouvernement de Vichy. D'autre part, il demande de créer un bureau centralisateur pour rassembler et valoriser toutes les œuvres artistiques des prisonniers de guerre rapatriés[13].

Il crée également un atelier de peinture appelé l'atelier Ile de France auquel se joignent dessinateurs et sculpteurs[14] qui ont une formation artistique. Les délégués de la Croix-Rouge qui ont visité le camp le sont étonnés de voir que ce petit groupe d'artistes travaillait librement et dans une ambiance détendue. Un de ces peintres expliquait aux délégués : « Notre groupe est si homogène, nous travaillons si tranquillement, que quelquefois nous n'arrivons pas à réaliser que nous sommes prisonniers. »[15].

Jean Billon[modifier | modifier le code]

Jean Billon, qui a passé 27 mois prisonnier dans le Stalag, a dessiné pendant sa captivité des portraits d'autres prisonniers. Il expose 66 de ses portraits au printemps 1943 à Lyon dans l'exposition « Visages de prisonniers »[16]. Du 18 au , cette exposition a lieu au Grand Casino à Vichy, organisée sous le patronage du commissariat général aux prisonniers de guerre rapatriés et aux familles des prisonniers de guerre[17]. Le , Jean Billon rencontre à Vichy le Maréchal Petain au cours d'une audience publique et lui présente ses portraits de prisonniers[18]. Le , le chef de l'Etat visite personnellement l'exposition[19].

En 2000, l'historien du visuel et spécialiste de l'image politique Laurent Gervereau prend entre autres pour exemple ces expositions de portraits réalisés par Jean Billon pour étayer son analyse de la propagande du régime de Vichy par le biais de l'image[20].

Postérité[modifier | modifier le code]

Mémorial au Musée du martyre des prisonniers de guerre alliés à Żagań

En 1961, un monument fut érigé au cimetière en souvenir de ceux qui par milliers y étaient morts et y avaient été enterrés dans un charnier en dehors du camp. En 1971, le « Musée du martyre des prisonniers de guerre alliés (pl) » fut créé sur le site du camp pour abriter les souvenirs et les archives des deux Stalags, le Stalag VIII-C et le Stalag Luft III.

Témoignages[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Stalag VIII-C » (voir la liste des auteurs).

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Aujourd'hui Żagań en Voïvodie de Lubusz en Pologne.
  2. source : Musée des camps de prisonniers de guerre à Żagań

Références[modifier | modifier le code]

  1. Site Internet du Musée de Żagań
  2. a et b Durand 1980, p. 299.
  3. Durand 1980, p. 219.
  4. a et b Durand 1980, p. 242.
  5. Durand 1994, p. 316.
  6. Durand 1980, p. 246.
  7. a b c d e f g h i et j Prisonniers de Guerre, « Le stalag VIII C ou l’histoire du camp de Sagan », sur prisonniers-de-guerre.fr (consulté le ).
  8. Durand 1980, p. 193.
  9. Agnès et Georges Elias, « Artistes au Stalag », sur Geste éditions (consulté le ).
  10. « Convention relative au traitement des prisonniers de guerre. Genève, 27 juillet 1929. », sur ICRC
  11. Archives Agence CICR, « L'expression artistique dans les camps de prisonniers de guerre (1) »,
  12. Archives agence CICR, « ’expression artistique dans les camps de prisonniers de guerre (2) »,
  13. Jbr. Bourbon, Stalag VIII-C à Sagan, , 151 p., p. 25
  14. Archives nationales (France) Pierrefitte-sur-Seine, « Guerre de 1939-1945. Archives de Jean-Henri Michel »,
  15. Durand 1994, p. 299.
  16. La Vie Lyonnaise du 6 mars 1943.
  17. « La vie à Vichy, page 2 », sur https://gallica.bnf.fr, Le Journal des Débats Politiques et Littéraires,
  18. « Le Maréchal a reçu en audience publique de nombreuses délégations, page 2 », sur https://gallica.bnf.fr, L'Action française (Paris),
  19. « Le Maréchal visite l'exposition du peintre des prisonniers, page 1 », sur https://gallica.bnf.fr, La Dépêche (Toulouse),
  20. Laurent Gervereau, Les Images qui mentent. Histoire du visuel au XXe siècle, Paris, Editions du Seuil, , 544 p. (ISBN 978-2-02-138918-0, lire en ligne)
  21. Le Télégramme, « « Le Silence des pères », 80 ans plus tard, une parole enfin libérée », sur letelegramme.fr, (consulté le ).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Les prisonniers de guerre français, vol. 4, Centre d'histoire de la Résistance et de la Déportation, coll. « Les archives du Centre d'histoire de la Résistance et de la Déportation », , 36 p. (ISSN 1631-6126).
  • Yves Durand, Prisonniers de guerre : dans les Stalags, les Oflags et les Kommandos, 1939-1945, Paris, Hachette, coll. « La vie quotidienne », , 320 p. (ISBN 2-01-235137-9).
  • Yves Durand (préf. Armand Lanoux), La captivité : Histoire des prisonniers de guerre français 1939-1945, Fédération Nationale des Combattants Prisonniers de Guerre et Combattants d'Algérie, Tunisie, Maroc,
  • « Courrier des Arts », La Vie Lyonnaise, no 1011,‎ , p. 5.

Liens externes[modifier | modifier le code]