Squaw

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Peinture d'une femme autochtone habillée avec des étoffes colorées.
Indian Squaw, par Charles Marion Russell, 1901.

Le mot « squaw » est un nom qui désigne en langues anglaise et française une femme ou une épouse d'origine autochtone d'Amérique. Fortement lié à l'histoire coloniale de l'Amérique du Nord, le terme est généralement perçu comme péjoratif et gagne au fil du temps une connotation raciste et sexiste.

Comme il est largement utilisé dans les toponymes aux États-Unis, ses connotations négatives entraînent à partir de la fin du XXe siècle des campagnes de renommage de ces toponymes.

Origines[modifier | modifier le code]

Étymologie[modifier | modifier le code]

Carte de l'Amérique du nord.
Le mot « femme » dans les langues algonquiennes.

Le terme « squaw » provient du mot squa (aussi écrit ussqua) qui signifie « jeune femme » en massachusett, une langue algonquienne. Ce mot est une spécialisation des mots utilisés pour décrire une femme dans les différentes langues algonquiennes, avec par exemple iskweew en cri ou oxkwéew en munsee[1].

Une étymologie populaire, rejetée par les linguistes, ignore les origines algonquiennes du mot et propose une autre explication, notamment pour souligner le caractère péjoratif du terme. Selon cette dernière le mot « squaw » proviendrait des langues iroquoiennes, et plus spécifiquement du mohawk ; ce serait une corruption par le français du mot ojiskwa' qui signifie « vagin »[2].

Intégration dans les langues européennes[modifier | modifier le code]

La plus ancienne source écrite anglaise qui utilise le mot « squaw » remonte à 1621 et est rédigée par les chroniqueurs de la colonie de Plymouth. Le mot est originellement orthographié squa ; il faut attendre 1634 pour voir apparaître l'orthographe squaw. Le terme désigne alors les femmes autochtones d'Amérique et est vraisemblablement dérivé du mot pidgin massachusett squa-sachim qui signifie « femme chef »[2].

Le mot « squaw » intègre la langue française vraisemblablement au XVIIIe siècle, mais comme la plupart des mots d'origine autochtones en français, il n'est pas directement dérivé du massachusett ou d'une autre langue algonquienne, mais est emprunté de l'anglais comme langue intermédiaire[3].

Lexicologie[modifier | modifier le code]

Usages[modifier | modifier le code]

Les premiers usages du mot « squaw » faits par les colons de Plymouth semblent innocents et neutres, et certains autochtones emploient eux-mêmes le terme dans leurs écrits[1].

Si l'usage neutre du mot perdure dans la langue[4], le terme gagne aussi une notion péjorative au fil du temps dans un contexte où les colons et leurs descendants expriment du racisme à l'égard des peuples natifs. On retrouve ainsi des usages désobligeants du terme dans les écrits du XIXe siècle comme par exemple dans le journal de l'expédition Lewis et Clark (1804-1806) ou encore la fiction Le Dernier des Mohicans (1826) de James Fenimore Cooper[5],[4].

« Squaw » apparaît fréquemment dans les noms de lieux aux États-Unis, avec au moins 938 toponymes recensés dans 27 états en 2003 ; la plupart de ces toponymes sont situés dans l'Ouest américain, en opposition à l'origine algonquienne du terme située au Nord-Est américain[6].

Champ lexical[modifier | modifier le code]

Le terme appartient à un champ lexical inhabituel en anglais pour décrire un groupe ethnique : « squaw » cohabite avec « buck » (homme autochtone) et « papoose » (enfant autochtone). Avoir un terme spécifique pour discriminer homme, femme et enfant rapproche ce champ lexical de ceux utilisés pour décrire des animaux (par exemple pour le cheval : stalion (étalon), mare (jument), colt (poulain)) plutôt que de ceux utilisés pour les groupes ethniques (par exemple pour les italiens : Italian man (homme italien), Italian woman (femme italienne) et Italian child (enfant italien))[7]. Par ailleurs les trois termes possèdent tous une connotation péjorative[3] et « buck » est aussi utilisé pour décrire des animaux mâles, notamment les cervidés[7].

Connotations[modifier | modifier le code]

« Squaw » possède une forte connotation sexuelle, notamment dans la dichotomie entre la figure de la « princesse indienne » comme peut l'être Pocahontas et celle de la squaw[4] : la princesse aide et protège les hommes blancs et les États-Unis, parfois au sacrifice de sa propre vie, et incarne l'idéal contradictoire de la maternité virginale[8], quand la squaw s'offre aux hommes blancs et est souvent représentée comme stupide, cupide ou alcoolique ; les hommes blancs avec qui elle a des relations sexuelles sont qualifiés de « squaw men » et sont eux aussi dépréciés[9].

On retrouve cette connotation sexuelle dans certains toponymes, avec plusieurs lieux nommés Squaw Tit (nichon de squaw), Squaw Teat (mamelon de squaw) ou encore Squaw Humper (baiseur de squaw)[10].

Outre la connotation sexuelle, de nombreuses expressions anglophones utilisent le terme d'une manière qui suggère infériorité, faiblesse, simplicité, appauvrissement, mysticisme, opposition ou inutilité : « squaw ax » (petite hache), « squaw horse » (piètre cheval), « squaw medicine » (poudre d'amour), « squaw talk » (mensonge, ineptie), etc.[11].

Militantisme[modifier | modifier le code]

Le XXe siècle voit l'apparition de différentes formes de militantisme autour du mot « squaw » par les activistes autochtones avec notamment Britton Davis, le biographe de Geronimo, qui en 1929 déplore l'usage de ce mot[4]. L'anthropologiste C. Richard King considère qu'il existe trois principales stratégies de lutte : l'inversion, l'effacement et la récupération[12].

Inversion[modifier | modifier le code]

L'inversion consiste à montrer à quel point le terme « squaw » peut être insultant en le remplaçant dans les locutions par des équivalents plus explicites. L'inversion est une technique souvent utilisée de manière spontanée, mais elle est parfois utilisée de façon plus formelle. Par exemple la journaliste autochtone Debra Glidden publie une tribune indépendante intitulée Reflections on the word Squaw où elle appelle à renommer différents noms de lieux pour insulter l'ensemble des femmes et non-plus seulement les femmes autochtones. Elle propose ainsi de renommer la ville de Squawberry, Tennessee, en « Pussyberry », ou encore la Squaw Creek du comté de Saint Lawrence en « Twat Creek »[12].

Effacement[modifier | modifier le code]

À la suite de la décision en 1967 de l'United States Board on Geographic Names de renommer l'ensemble des toponymes qui possèdent le terme « nigger » (nègre), des militants autochtones ont cherché à renommer les toponymes possédant le terme « squaw ». Ces efforts sont localisés et rencontrent différentes issues[13]. Le mouvement commence en 1994 au Minnesota où deux adolescentes ojibwés parviennent à faire renommer l'ensemble des toponymes incriminés dans l'État[14]. Dans les années qui suivent, des actions similaires rencontrent le succès dans les États du Montana en 1999 et du Maine en 2000, mais échouent dans d'autres, comme en Arizona en 1996[14].

Récupération[modifier | modifier le code]

À rebours de la stratégie d'effacement, des militants, principalement d'origine algonquienne, appellent à la récupération du mot « squaw ». Il arguent qu'abandonner ce mot reviendrait à soumettre les langues algonquiennes à la culture coloniale et ainsi à perdre le contrôle de leurs langues. En outre chez les Abénaquis, les prénoms féminins traditionnels se terminent généralement par le morphème *skw ; accepter que le mot « squaw » soit insultant reviendrait à rendre impossible l'usage de ces prénoms traditionnels[15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Goddard 1997, p. 1.
  2. a et b Goddard 1997, p. 2.
  3. a et b Robert Vézina, « Amérindiens et franco-canadiens : Une rencontre inscrite dans la langue », Cap-aux-Diamants, no 96 « Le français au Québec : un trésor à découvrir »,‎ , p. 22 (lire en ligne, consulté le ).
  4. a b c et d Bright 2000, p. 213.
  5. James V. Fenelon et Mary-Louise Defender-Wilson, « L'expédition de la domination : L'achat comme conquête, Sakakawea comme sauvage : la représentation erronée de l'expédition Lewis et Clark et ses figures déformées », Raisons politiques, no 24,‎ , p. 48 (DOI 10.3917/rai.024.0099).
  6. King 2003, p. 5.
  7. a et b Bright 2000, p. 212.
  8. Green 1975, p. 703.
  9. Green 1975, p. 711.
  10. King 2003, p. 6.
  11. King 2003, p. 4.
  12. a et b King 2003, p. 8.
  13. Bright 2000, p. 208.
  14. a et b King 2003, p. 9.
  15. King 2003, p. 10.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Rayna Green, « The Pocahontas Perplex : The Image of Indian Women in American Culture », The Massachusetts Review, vol. 16, no 4,‎ (JSTOR 25088595).
  • (en) Ives Goddard, « The True History of the Word Squaw », News From Indian Country,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  • (en) William Bright, « The Sociolinguistics of the “S–Word” : Squaw in American Placenames », Names, vol. 48, nos 3-4,‎ (DOI 10.1179/nam.2000.48.3-4.207).
  • (en) C. Richard King, « De/Scribing Squ*w : Indigenous Women and Imperial Idioms in the United States », American Indian Culture and Research Journal, vol. 27, no 2,‎ (DOI 10.17953/aicr.27.2.97761545p7401436).