Si c'est un homme

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Si c'est un homme
Image illustrative de l'article Si c'est un homme
Poème Shema sur une plaque commémorative posée sur la façade de l'hôtel de ville de Livourne le 27 janvier 2014 en hommage aux victimes de la Shoah, qui a donné son titre au livre et dont voici la traduction :

« Vous qui vivez en toute quiétude

Bien au chaud dans vos maisons,

Vous qui trouvez le soir en rentrant

La table mise et des visages amis,

Considérez si c’est un homme

Que celui qui peine dans la boue,

Qui ne connaît pas de repos,

Qui se bat pour un quignon de pain,

Qui meurt pour un oui pour un non.

Considérez si c'est une femme

Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux

Et jusqu'à la force de se souvenir,

Les yeux vides et le sein froid

Comme une grenouille en hiver.

N'oubliez pas que cela fut,

Non, ne l'oubliez pas :

Gravez ces mots dans votre cœur.

Pensez-y chez vous, dans la rue,

En vous couchant, en vous levant

Répétez-les à vos enfants.

Ou que votre maison s'écroule,

Que la maladie vous accable,

Que vos enfants se détournent de vous.

Turin, janvier 1947, Primo Levi »


Auteur Primo Levi
Pays Drapeau de l'Italie Italie
Genre Récit autobiographique
Version originale
Langue Italien
Titre Se questo è un uomo
Éditeur De Silva
Lieu de parution Turin
Date de parution 1947
Version française
Traducteur Martine Schruoffeneger
Éditeur Julliard
Date de parution 1987
Chronologie
La Trève Suivant

Si c'est un homme (italien : Se questo è un uomo) est un témoignage autobiographique de Primo Levi sur sa survie dans le camp d’extermination nazi d’Auschwitz, où il est détenu de février 1944 à la libération du camp, le .

Chimiste juif italien, il est arrêté en tant que membre de la résistance italienne au fascisme et déporté à Auschwitz en raison de la politique raciale nazie. Ayant survécu au processus de Selektion, il est transféré au camp auxiliaire de Monowitz-Buna et affecté au kommando de chimie de la Buna Werke, une filiale d’IG Farben chargée de produire un ersatz de caoutchouc pour soutenir l’effort de guerre allemand.

Écrit entre et , le manuscrit est refusé une première fois par la maison d’édition Einaudi et publié à faible tirage par un éditeur indépendant. Il demeure confidentiel jusqu’à la sortie de La Trève, second ouvrage de l’auteur paru en 1963 qui relate son retour circonvolué en Italie. Se questo è un uomo est alors vendu à près de cent mille exemplaires[1] et traduit en plusieurs langues, dont l'allemand. Le succès du livre, décrit comme « l’une des œuvres les plus importantes du vingtième siècle[2] », ne s’est plus démenti dès lors, et il est est considéré comme un pilier de la littérature de la Shoah, aux côtés de La Nuit d’Elie Wiesel et du Journal d’Anne Frank.

Le titre de l’ouvrage est extrait d’un poème de l’auteur, intitulé Shema où il s’adresse au lecteur et l’enjoint, à l’instar du passage biblique que les juifs ont pour devoir de réciter deux fois par jour, à se souvenir toujours et transmettre ce que fut le Lager.

Sujet du livre[modifier | modifier le code]

Primo Levi est issu d’une vieille famille juive libérale du Piémont. Esprit brillant, il a obtenu un doctorat en chimie mais ne peut trouver d’emploi stable en raison de sa judéité dans l’Italie de Mussolini. À la suite des évènements de 1943, Levi souhaite prendre le maquis avec quelques camarades mais leur groupe, infiltré par un milicien fasciste, est arrêté le . Interné au camp de Fossoli, Levi se déclare juif pour éviter l’exécution en tant que résistant. Cependant, il est déporté en cette qualité vers Auschwitz le  ; de son convoi de 650 personnes, seules 20 personnes dont l’auteur quitteront Auschwitz en vie.

À la libération du camp, Primo Levi et le docteur Leonardo De Benedetti (en) sont chargés par les autorités soviétiques d’en dresser un « rapport technique » sur le fonctionnement pour les Alliés. Publié dans un journal médical italien en 1946, il semble toutefois avoir été rédigé principalement par De Benedetti[3]. Ce rapport lui servira de base pour la rédaction de Si c'est un homme.

Le récit[modifier | modifier le code]

Si c'est un homme raconte l'expérience de son auteur dans le camp d'extermination d'Auschwitz durant la Seconde Guerre mondiale. Primo Levi explique, à partir de son quotidien dans le camp, la lutte et l'organisation pour la survie des prisonniers. Tout au long de ce récit, il montre les horreurs de la déshumanisation des camps.

Ce livre comprend de nombreuses citations et rappels de la Divine Comédie de Dante : là où Dante descend dans les neuf cercles de l'enfer avant de retrouver le paradis, Primo Levi s'enfonce dans l'horreur de ce camp d'extermination. Il est considéré comme l'un des meilleurs témoignages sur la Shoah, car contrairement à d'autres récits, Primo Levi ne raconte pas la vie des camps de manière linéaire mais l'explique sur un ton neutre et dépassionné presque à la manière d'un sociologue.

L'auteur est arrêté en , en Italie, alors qu'il débutait des activités de résistant, dans un groupe très peu organisé. Il est déporté à Auschwitz en . Ayant échappé de justesse à la sélection qui conduisait à l'élimination pure et simple, il est assigné au camp de Monowitz-Buna (Auschwitz III). De son récit se dégagent l'humiliation, la perte de dignité humaine que les nazis ont fait subir aux Hommes.

Il explique le rôle des kapos qui sont bien souvent des prisonniers de droit commun, sélectionnés pour leur violence. Il explique aussi les hiérarchies à l'intérieur du camp, le « système » de promotion interne, les « combines » et ainsi pourquoi certains prisonniers ont pu survivre à « Lager » plusieurs années alors que la plupart y moururent en quelques mois.

Son témoignage est aussi marqué par cette crainte du froid, la faim tenace, le désintérêt complet des prisonniers pour les plus faibles d'entre eux. Dans le camp, la solidarité était totalement absente. Si c'est un homme témoigne avec réalisme mais sans haine de la déshumanisation des êtres.

Heureusement, grâce à sa formation de chimiste et essentiellement à sa chance (selon Primo Levi), il va se trouver une place plus protégée. Malade de la scarlatine à l'évacuation du camp par les nazis, il échappe ainsi aux terribles marches de la mort, et organise avec deux autres camarades encore valides la survie de son « Block » à l'infirmerie, où il passe ses derniers jours avant la libération du camp par les soviétiques.

Un appendice a été ajouté à partir de 1976 à certaines éditions de Si c'est un homme, où Primo Levi essaie de répondre aux questions récurrentes posées lors de ses conférences.

Extrait[modifier | modifier le code]

Rongé par la soif, l'auteur se saisit d'un bloc de glace qu'il espère pouvoir lécher.

« [...] je n'ai pas plus tôt détaché le glaçon, qu'un grand et gros gaillard qui faisait les cent pas dehors vient à moi et me l'arrache brutalement. « Warum ? », dis-je dans mon allemand hésitant. « Hier ist kein warum » [Ici, il n'y a pas de pourquoi] »

Cette phrase est devenue, avec « Arbeit macht frei » (« le travail rend libre »), l'un des symboles de la folie concentrationnaire nazie et du désespoir des déportés.

Éditions françaises[modifier | modifier le code]

Éditions imprimées
Livre audio
  • Primo Levi (trad. de l'italien par Martine Schruoffeneger), Si c'est un homme [« Se questo è un uomo »], Paris, éd. Audiolib, (ISBN 978-2-36762-032-9, notice BnF no FRBNF44410194).
    Texte intégral ; narrateur : Raphaël Enthoven ; suivi d'une lecture par Benoît Peeters d'un entretien accordé par Primo Levi à Philip Roth et d'une interview de Raphaël Enthoven ; support : 1 disque compact audio MP3 ; durée : h 35 min environ ; référence éditeur : Audiolib 1548386.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Un merveilleux malheur, Boris Cyrulnik, p. 127 (ISBN 978-2738-111258)
  2. Socialist Review, January 1997.
  3. (en) Jonathan Beckman, « The other side of Auschwitz », sur The Guardian, (consulté le 29 décembre 2016)

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]