Sérgio Moro

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Sérgio Moro
Illustration.
Sergio Moro en 2015.
Fonctions
Ministre de la Justice et de la Sécurité publique
(désigné)
En attente d'investiture –
Président Jair Bolsonaro (élu)
Gouvernement Bolsonaro
Prédécesseur Torquato Jardim (Justice)
Raul Jungmann (Sécurité publique)
Biographie
Date de naissance (46 ans)
Lieu de naissance Ponta Grossa (Paraná)
Profession magistrat

Sérgio Fernando Moro, né le 1er août 1972 à Ponta Grossa, dans l'État du Paraná, est un magistrat brésilien spécialisé dans la lutte contre la corruption et homme politique.

Juge fédéral, il accède à la célébrité internationale lors de l'éclatement de l'opération Lava Jato (aussi appelée « scandale Petrobras »), dont il conduit l'enquête. Dans ce cadre, il condamne notamment Lula da Silva. Il jouit d'une certaine popularité pour son engagement contre la corruption de la classe dirigeante mais est parfois contesté pour la virulence supposée de ses méthodes.

Il accepte le poste de ministre de la Justice proposé par le président élu en 2018, Jair Bolsonaro.

Biographie[modifier | modifier le code]

Formation[modifier | modifier le code]

Sérgio Moro obtient ses diplômes en droit en 1995 et devient juge fédéral l'année suivante. Grâce à un programme d'échange, il part étudier à la Harvard Law School, pendant 30 jours[1], en 1998. Il obtient un doctorat en droit de l'université fédérale du Paraná en 2002. Il y est ensuite professeur de droit assistant[2].

En 2007, il bénéficie du statut de visiteur international octroyé par le Département d'État des États-Unis et visite les agences gouvernementales américaines chargées de la lutte contre le blanchiment d'argent.

Carrière professionnelle[modifier | modifier le code]

Débuts[modifier | modifier le code]

Moro a dirigé les enquêtes de plusieurs affaires de grande ampleur : il coordonna les investigations de l'affaire Banestado, qui aboutit à la mise en accusation de 97 personnes, ainsi que celles de l'opération Farol da Colina, dans laquelle il mit 103 personnes accusées de blanchiment d'argent et d'évasion fiscale en détention provisoire. Il intervint également dans l'affaire dite du Scandale des mensualités[3].

Affaire Petrobras[modifier | modifier le code]

Sérgio Moro en 2017.

À partir d'une petite enquête sur une affaire de blanchiment d'argent à Curitiba, Sérgio Moro met au jour un vaste système de corruption touchant une grande partie de la classe politique brésilienne[4]. Cette affaire politico-financière implique les sociétés Petrobras et Odebrecht et mêle de nombreuses personnalités politiques, dont l'ancien président Luiz Inácio Lula da Silva[5]. Le 4 mars 2016, il ordonne l'arrestation et l'interrogatoire de Lula de Silva[6].

Il devient une figure populaire, notamment auprès des opposants au gouvernement. Alors que l'opération Lava Jato est mise en parallèle avec l'opération Mains propres en Italie, il se voit comparé à l'Américain Eliot Ness[7]. Afin d'obtenir des informations, il exploite les dispositions législatives permettant aux malfrats qui collaborent avec la justice de voir leur peine réduite[6]. Il révèle également des informations protégées par le secret de l'instruction[8].

Le 16 mars 2016, il fait diffuser plus de cinquante enregistrements téléphoniques révélant que la nomination de Lula da Silva à un poste ministériel a pour but de lui éviter des poursuites judiciaires[4]. Il est critiqué pour ses méthodes jugées partiales par les soutiens du Parti des travailleurs[6],[9]. Le 31 mars 2016, Sergio Moro est dessaisi de l'affaire du poste ministériel de Lula par le Tribunal suprême fédéral (STF)[10]. L’avocat anglais Geoffrey Robertson lui reproche des violations du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et dépose une plainte auprès du Comité des droits de l'homme de l'ONU en juillet 2016[11].

Le 12 juillet 2017, dans le cadre du scandale Petrobras, Sérgio Moro condamne Lula da Silva à neuf ans et six mois de prison pour corruption passive et blanchiment d'argent[12]. En appel, un tribunal de Porto Alegre porte la peine à douze ans de prison[13]. Lula da Silva est emprisonné en avril 2018[14].

En octobre 2018, à quelques jours du premier tour de l'élection présidentielle brésilienne de 2018, il rend publiques des déclarations d'Antonio Palocci, ancien ministre et bras droit de Lula, impliquant ce dernier[15].

Désignation comme ministre de la Justice[modifier | modifier le code]

Jair Bolsonaro, dont il est un admirateur et dont il loue la « modération »[16], lui propose le poste de ministre de la Justice au lendemain de son élection à la présidence du Brésil, le 29 octobre 2018[17]. L'épouse de Sérgio Moro est une partisane de Bolsonaro[18]. Sérgio Moro accepte l'offre le 1er novembre[19]. Il dit avoir accepté le poste pour protéger le pays de l'impunité[20]. Il suspend dans la foulée ses travaux de juge[21]. Gabriela Hardt lui succède[22].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.gazetadopovo.com.br/vida-publica/justica-e-direito/quem-e-sergio-moro-mitos-e-verdades-sobre-o-juiz-da-lava-jato-3kozhft10zuunbh9mrtiw0q1z
  2. (en) Will Connors et Luciana Magalhaes, « Court Ruling Threatens to Hamper Brazilian Judge Sergio Moro’s Anticorruption Success », Wall Street Journal,‎ (ISSN 0099-9660, lire en ligne)
  3. (pt-br) « Moro, o juiz que pode decidir o Mensalão », sur Brasil 24/7 (consulté le 30 mars 2016)
  4. a et b « Sergio Moro, le juge qui fait trembler le Brésil », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  5. (en) David Segal, « Petrobras Oil Scandal Leaves Brazilians Lamenting a Lost Dream », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne)
  6. a b et c Claire Gatinois, « Le juge Moro, ennemi juré de Lula, idole des Brésiliens », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  7. Claire Gatinois, « Le juge Sergio Moro, l’Eliot Ness brésilien », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  8. https://www.ouest-france.fr/monde/bresil/bresil-sergio-moro-le-juge-qui-fait-trembler-rousseff-et-lula-4104613
  9. « Sergio Moro, l'icône des manifestants anti-Dilma Rousseff », sur Le Huffington Post, (consulté le 28 mars 2016)
  10. « Au Brésil, le Tribunal suprême dessaisit le juge chargé de l’enquête sur Lula da Silva », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  11. (pt-br) Brasil 24/7, « Onde foi que o Brasil se perdeu? »
  12. « Brésil : l’ancien président Lula condamné à neuf ans et demi de prison pour corruption », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  13. Rachel Knaebel, « Lula condamné : fin de partie pour la gauche brésilienne ? », Basta,‎ (lire en ligne)
  14. https://www.lemonde.fr/ameriques/article/2018/04/07/au-bresil-lula-annonce-accepter-d-aller-en-prison_5282289_3222.html
  15. « Brésil: le juge qui a fait tomber Lula sera le ministre de la Justice de Bolsonaro », sur Le Figaro (consulté le 5 novembre 2018)
  16. « Brésil : Sergio Moro adhère au programme répressif de Jair Bolsonaro », sur Le Monde.fr (consulté le 7 novembre 2018)
  17. « Au Brésil, les ambiguïtés du juge anticorruption Sergio Moro avec l’extrême droite », sur lemonde.fr, .
  18. « Brésil : le juge tombeur de Lula adoubé par Bolsonaro », sur Libération.fr (consulté le 5 novembre 2018)
  19. La-Croix.com, « Brésil: Sergio Moro, l'atout anticorruption du gouvernement Bolsonaro », sur La Croix (consulté le 1er novembre 2018)
  20. Zone Bourse, « Brésil: Le ministère de la Justice ne servira pas à persécuter des opposants, promet Moro » (consulté le 7 novembre 2018)
  21. Le Point, magazine, « Brésil: un juge anticorruption super-ministre de la Justice de Bolsonaro », sur Le Point (consulté le 1er novembre 2018)
  22. Le Point, magazine, « Brésil: Lula bientôt interrogé pour une nouvelle affaire », sur Le Point (consulté le 9 novembre 2018)