Révolte des Gueux

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Emblème des gueux.

La révolte des Gueux, connue en néerlandais en tant que Nederlandse Opstand (« révolte des Pays-Bas »), est un soulèvement touchant de 1566 à 1568 les Pays-Bas espagnols, révoltés contre le roi d'Espagne Philippe II. Le chef de file de la révolte des Gueux est Guillaume d'Orange[1].

Ce soulèvement, dont les causes sont politiques (fiscales) et religieuses, est à l'origine de la guerre de Quatre-Vingts Ans (1568-1648), qui aboutira à la sécession, puis à l'indépendance des Provinces-Unies.

Contexte[modifier | modifier le code]

Les Pays-Bas espagnols en 1566[modifier | modifier le code]

En 1566, les Pays-Bas espagnols, issus de l'empire bourguignon de Charles le Téméraire, sont constitués de 17 provinces, allant de la Frise à l'Artois, dont le souverain (duc de Brabant, comte de Flandre, etc.) est, par le jeu des mariages et héritage[2], le chef de la maison des Habsbourg d'Espagne, le roi Philippe II. Depuis le règne de son père Charles Quint, ces 17 provinces constituent une entité spécifique, séparée du royaume de France[3] ou du Saint-Empire, officiellement appelée « cercle de Bourgogne ».

Philippe II est représenté dans chaque province par un gouverneur (en néerlandais stathouder), et, pour l'ensemble, par le gouverneur général, à cette date sa demi-sœur Marguerite de Parme (la « gouvernante »), qui réside à Bruxelles. Les habitants sont représentés par les états de chaque province et par les états généraux des 17 provinces. La noblesse néerlandaise est représentée par plusieurs personnalités (notamment Guillaume d'Orange) dans le conseil d'État, conseil de gouvernement qui assiste la gouvernante.

Les tensions entre Philippe II et ses sujets néerlandais (1555-1566)[modifier | modifier le code]

Ces tensions sont politiques et fiscales, mais aussi religieuses (problème du traitement de la religion protestante, qui se développe fortement aux Pays-Bas).

Ces tensions sont aggravées par des questions personnelles : alors que Charles Quint était né à Gand et parlait le français comme le néerlandais, ce n'est pas le cas de Philippe, qui est né et a été élevé en Espagne, selon des codes beaucoup plus rigoureux.

Philippe, qui se trouvait au Pays-Bas dans le cadre de la guerre contre la France (bataille de Saint-Quentin, 1557 ; traité du Cateau-Cambrésis, 1559), s'en va en 1559, exaspéré par l'opposition de la noblesse néerlandaise, ce qu'il aurait exprimé de façon dure à Guillaume d'Orange.

La révolte des Gueux[modifier | modifier le code]

La crise de mars-avril 1566[modifier | modifier le code]

En avril 1566, un groupe de nobles présente à la gouvernante une pétition mise au point en mars, le « Compromis des Nobles », cherchant des solutions pour maintenir la paix dans le pays. Ils reçoivent à cette occasion le surnom injurieux de « gueux », qu'ils reprennent à leur compte pour s'en glorifier (« banquet des Gueux », du 5 avril)[4].

Le conseil d'État se prononce pour la « modération » des activités de l'Inquisition, présente aux Pays-Bas depuis 1524.

La crise iconoclaste d'août 1566[modifier | modifier le code]

Cet épisode provoque un relâchement général de la discipline religieuse, une intensification de la prédication protestante (notamment calviniste) et, en août, cela aboutit à deux semaines de « furie iconoclaste » de la part des calvinistes les plus radicaux, marquées par des destructions d'édifices religieux catholiques ou de leur mobilier.

Les iconoclastes s'en prennent en effet aux représentations, aux images des saints (« icônes ») en particulier, très présentes dans le culte catholique, et qu'ils considèrent comme une forme d'idolâtrie.

Le premier lieu de culte saccagé est le couvent de Saint-Laurent à Steenvoorde dans le Westhoek.

La révolte s'étend ensuite aux Pays-Bas du Sud, jusqu'à Anvers et jusqu'aux abords de Lille, notamment à Armentières. Dans ce dernier cas, les habitants catholiques des villages menés par Guislain de Haynin, seigneur du Breucq à Seclin, traquent les iconoclastes dans les marais entre Seclin, Houplin et Gondecourt et en détruisent une partie.

Suite de la révolte[modifier | modifier le code]

Un épisode important est le siège de Valenciennes (fin 1566-début 1567).

Un problème important est l'attitude de la noblesse face à la révolte, notamment les principaux opposants politiques, qui ne cautionnent pas les actes des iconoclastes : Guillaume d'Orange, le comte d'Egmont, le comte de Horn, Henri de Brederode, Louis de Nassau (frère de Guillaume d'Orange).

L'arrivée du duc d'Albe (août 1567) et le nouveau cours de la répression[modifier | modifier le code]

En août 1567, Philippe II envoie le duc d'Albe avec 10 000 soldats espagnols pour reprendre le contrôle de la situation. Il institue un tribunal spécial, le conseil des troubles et fait arrêter un grand nombre de suspects, notamment le comte d'Egmont et le comte de Horn, qui sont condamnés à mort, simplement parce qu'ils n'ont pas marqué leur soutien aux autorités. La gouvernante démissionne, estimant que le duc d'Albe passe toute mesure, mais Philippe II le nomme gouverneur général (septembre 1567).

Guillaume d'Orange et beaucoup d'autres se réfugient à l'étranger. En particulier, les marins trouvent refuge dans les ports anglais ou à La Rochelle (ville protestante), où ils deviendront les « gueux de mer ».

L'échec apparent de l'insurrection (1568)[modifier | modifier le code]

En 1560, Guillaume d'Orange lance une offensive, qui échoue dans un premier temps, mais qui marque le début de la guerre de Quatre-Vingts Ans (bataille de Rheindalen en avril 1568).

Egmont et Horn sont exécutés en juin 1568. Guillaume d'Orange est vaincu à Jodoigne en octobre. La guerre est mise en veilleuse.

En 1570, l'ordre semble régner aux Pays-Bas espagnols.

Ce n'est qu'en 1572 que la guerre reprendra, à la suite de la prise du port de Brielle par les « gueux de mer » (1er avril).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Lottin 2016, p. à préciser.
  2. Après la mort de Charles le Téméraire, les Pays-Bas, dont il contrôlait la plus grande partie, reviennent à sa fille, Marie, qui épouse Maximilien d'Autriche. Les Pays-Bas passent ensuite à leur fils, puis à leur petit-fils Charles Quint. Celui-ci, qui devient roi d'Espagne, attribue, lors de son abdication en 1555, les Pays-Bas à son fils, roi d'Espagne, tandis qu'il cède l'Autriche (et ses dépendances) à son frère Ferdinand.
  3. Le comté de Flandre et le comté d'Artois étaient des fiefs français jusqu'au traité de Madrid de 1526 ; les autres provinces relevaient de l'Empire.
  4. Charles de Berlaymont, stathouder de Namur et conseiller auprès de Marguerite de Parme aurait déclaré : « Ce ne sont que des gueux », pour la rassurer. Par défi, des nobles se déguisent alors en gueux au cours d'un banquet, qui a lieu à l'hôtel de Culembourg à Bruxelles, où ils paraissent déguisés en mendiants avec la devise « pauvres jusqu'à la besace ».

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]