Quatre sergents de La Rochelle

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Les quatre sergents de La Rochelle peu avant leur exécution.

Les Quatre Sergents de La Rochelle sont des jeunes soldats français accusés sous la Restauration d'avoir voulu renverser la monarchie et guillotinés, en place de Grève, le .

Les comploteurs républicains[modifier | modifier le code]

Dès 1821, sous la Restauration, le 45e régiment d’infanterie en garnison à Paris inquiète les autorités militaires et civiles à cause de son mauvais esprit. En particulier, les soldats refusent de crier « Vive le Roi ». Aussi, afin de couper le régiment des mauvaises influences politiques (la caserne se situe en plein Quartier latin de Paris où les étudiants entretiennent la contestation), il est transféré à La Rochelle en janvier 1822.

Comme nombre de militaires hostiles à la Restauration monarchique imposée par l’ennemi vainqueur, quatre jeunes sergents nommés Jean-François Bories, Jean-Joseph Pommier, Marius-Claude Raoulx et Charles Goubin, âgés respectivement de 26, 25, 24 et 20 ans[1], ont fondé dans leur unité une vente de carbonari[2]. À La Rochelle comme dans la capitale, les conspirateurs entendent bien poursuivre leur action clandestine. Mais quelque peu imprudents par leurs propos, les quatre compagnons sont dénoncés.

Pour l’exemple[modifier | modifier le code]

Ils sont traduits en justice avec une vingtaine de complices, mais comme ils en ont fait solennellement serment lors de leur adhésion les principaux accusés refusent de dénoncer leurs chefs, malgré pressions et promesses de grâce. Ils paient donc pour ces derniers, au premier rang desquels figure le célèbre marquis de La Fayette (1757-1834)[1]. Faute de mieux, l’avocat général se contente d’évoquer par de transparentes allusions ces hauts responsables de la Charbonnerie qui, dans l’ombre, tirent les ficelles d’une insurrection dont ils espèrent bien profiter sans prendre de risques :

« Où sont-ils ces seigneurs qui, dans l’insolence de leur turbulente aristocratie, disent à leurs serviteurs : – Allez tenter pour nous les hasards d’une insurrection dont nous sommes les actionnaires ! Nous paraîtrons au signal de vos succès… Si vous succombez dans une agression tumultueuse, nous vous érigerons, à grand bruit, des tombeaux ! »

Accusés de complot, ils sont traduits devant la cour d'assises de la Seine, condamnés à mort et guillotinés le en place de Grève à Paris. Comme ils n'avaient participé à aucune rébellion, les quatre sergents ont été considérés comme des martyrs par l'opinion publique[1],[3]. La jeunesse romantique exalta le sacrifice des jeunes héros et l’opposition (républicaine, bonapartiste et orléaniste) exploita cette affaire contre le gouvernement de la Restauration[1].

Les « martyrs de la liberté »[modifier | modifier le code]

Des complaintes et des images entretiendront durablement le souvenir idéalisé des jeunes sacrifiés, dont le destin tragique et glorieux a fait des héros populaires : des saints républicains en quelque sorte. On conservera pieusement les traces (quelques gravures témoignant de leur idéal) de leur emprisonnement : à la Tour de la Lanterne de la Rochelle (qui finira par porter leur nom), à Sainte-Pélagie, puis à Bicêtre. « Aux Quatre Sergents de la Rochelle » : en se rebaptisant ainsi, des cabarets afficheront leur opinion[4]. Des mains anonymes fleuriront longtemps l’emplacement du cimetière du Montparnasse où leurs dépouilles furent transférées en 1830, puis solennellement honorées en 1848. Un monument y perpétue leur souvenir (8e division), en bordure de la voie qui porte le nom d'« Allée des Sergents de La Rochelle ».

La littérature a contribué à perpétuer le souvenir de cet épisode historique. Honoré de Balzac l'évoque dans La Peau de chagrin[5], dans Les Employés ou la Femme supérieure[6], ainsi que dans La Rabouilleuse :

« …la conspiration jugée, fut, comme on sait, la dernière tentative de l'ancienne armée contre les Bourbons, car le procès des sergents de La Rochelle appartint à un autre ordre d'idées. À partir de 1822, éclairés par le sort de la conspiration du 19 août 1820, par les affaires Berton et Caron, les militaires se contentèrent d'attendre les événements. Cette dernière conspiration, la cadette de celle du 19 août, fut la même, reprise avec de meilleurs éléments. Comme l'autre, elle resta complètement inconnue au Gouvernement royal. Encore une fois découverts, les conspirateurs eurent l'esprit de réduire leur vaste entreprise aux proportions mesquines d'un complot de caserne. Cette conspiration, à laquelle adhéraient plusieurs régiments de cavalerie, d'infanterie et d'artillerie, avait le nord de la France pour foyer. On devait prendre d'un seul coup les places fortes de la frontière. En cas de succès, les traités de 1815 eussent été brisés par une fédération subite de la Belgique, enlevée à la Sainte-Alliance, grâce à un pacte militaire fait entre soldats. Deux trônes s'abîmaient en un moment dans ce rapide ouragan. Au lieu de ce formidable plan conçu par de fortes têtes, et dans lequel trempaient bien des personnages, on ne livra qu'un détail à la Cour des Pairs[7] . »

Dans Melmoth réconcilié, l'un des quatre sergents est incarné dans le personnage de Léon[8].

Le 20 août 1863, les journaux parisiens signalent la mort d’une femme de 72 ans, surnommée la vieille au bouquet car elle porte toujours quelques fleurs épinglées à son foulard. De la défunte, on sait seulement qu’elle se prénomme Françoise. Pourquoi lui accorder un article ? On dit qu’elle fut la bonne amie d’un des quatre sergents de La Rochelle. Avant de grimper sur l’échafaud, un des condamnés (Bories selon les uns, Raoulx selon les autres) aurait réussi à lui envoyer un bouquet que, toute sa vie, l’inconsolable fiancée renouvela. Chaque jour précise-t-on encore, elle ne manquait d’aller se recueillir sur la tombe du cimetière Montparnasse, voisin de son domicile[réf. nécessaire].

Un demi-siècle après la décapitation des quatre jeunes hommes, des vengeurs profiteront des troubles de la Commune pour assassiner le mouchard qui avait dénoncé ses camarades pour sauver sa propre tête : un certain Goupillon, ancien sergent, qui allait alors sur ses quatre-vingts ans[réf. nécessaire].

Enfin, en mai 1968, des étudiants honoreront la tombe de ceux qui, cent quarante six ans plus tôt, furent guillotinés pour haute trahison[réf. nécessaire].

Iconographie[modifier | modifier le code]

Au XIXe siècle, est publiée une grande quantité de gravures et d'images d’Épinal reproduisant les visages des quatre sergents et leur montée à l'échafaud.

Citons un médaillon tiré en bronze à l'effigie des quatre sergents de La Rochelle qui fut sculpté par David d'Angers en 1844. Un exemplaire en est conservé au musée Carnavalet (ND 5154).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Dictionnaire encyclopédique d'histoire de Michel Mourre, Bordas, Paris, 1986, t.VII, p. 4273 (ISBN 2-04-015387-X) (notice BnF no FRBNF37700184)
  2. petit groupe de vingt membres qui envoyait des délégués à une assemblée nationale dont Gilbert du Motier de La Fayette fut le président. Dictionnaire encyclopédique d'histoire de Michel Mourre, Paris, 1986, t.II, p. 785 (ISBN 2-04-015382-9) (notice BnF no FRBNF37700184)
  3. Dictionnaire encyclopédique en 10 volumes, Larousse, Paris, 1985, p. 9509 (ISBN 2031023098)
  4. On en comptait un fameux rue Mouffetard, à l'angle de la rue Saint-Médard, situé justement à quelques mètres de la caserne du Quartier-Latin (aujourd'hui Garde Nationale).
  5. Édition dite du Furne, vol. 14, p. 53, 57
  6. Furne, vol. 11, p. 300
  7. La Rabouilleuse édition Furne, vol.VI, p. 256
  8. Bibliothèque de la Pléiade, 1979, t. X, p. 113 (ISBN 2070108686)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Léonce Grasillier, L’aventure des quatre sergents de La Rochelle, 1929 ;
  • Pierre-Arnaud Lambert, La Charbonnerie française, 1821-1823, Presses Universitaires de Lyon, 1995 ;
  • Jean Lucas-Lebreton, Les Quatre sergents de La Rochelle, éditions Librairie De Paris - Firmin-Didot et Cie, Paris, 1929 ;
  • Bernard Morasin, Ils étaient 4 sergents de La Rochelle, éditions Bordessoules, 1998.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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