Modafinil

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Modafinil
Modafinil
Identification
Nom UICPA (RS)-2-[(diphénylméthyl)
sulfinyl]-acétamide
No CAS 68693-11-8
Code ATC N06BA07
DrugBank DB00745
PubChem 42364236
SMILES
InChI
Apparence solide blanc
Propriétés chimiques
Formule brute C15H15NO2S  [Isomères]
Masse molaire[1] 273,35 ± 0,019 g/mol
C 65,91 %, H 5,53 %, N 5,12 %, O 11,71 %, S 11,73 %,
Propriétés physiques
fusion 164 à 166 °C [2]
Propriétés optiques
Pouvoir rotatoire + 79 ° (10 g·L-1, chloroforme, 22 °C, 589,3 nm)[3]
Précautions
Directive 67/548/EEC


Données pharmacocinétiques
Liaison protéique 60 %
Métabolisme hépatique
Demi-vie d’élim. 12-15 h
Excrétion

urine

Considérations thérapeutiques
Voie d’administration oral
Caractère psychotrope
Catégorie Stimulant éveillant
Mode de consommation

Ingestion

Risque de dépendance Faible[réf. souhaitée]
Unités du SI et CNTP, sauf indication contraire.

Le modafinil est un psychostimulant utilisé dans le traitement de la narcolepsie et de l'hypersomnie idiopathique. Il fut testé sur un millier de soldats français lors de la guerre du Golfe en 1991, sans même que le médicament ait été autorisé. Il permet aux personnes qui souffrent d'une fatigue inhabituelle de rester éveillées sans effets secondaires ou presque. La prescription habituelle est d'une pilule dès l'éveil ; ses effets durent presque toute la journée, mais n'empêchent pas la personne de dormir aux horaires normaux. Il est prescrit sous les noms de marques Provigil aux États-Unis, Modiodal en France, Alertec au Canada, et Modasomil. Sa prescription en France doit se faire sur une ordonnance spéciale, « médicaments d'exception » en raison de son caractère puissant, détourné et son prix coûteux.

Son mécanisme d'action est encore peu connu. Il est similaire aux agents sympathomimétiques, tels que les amphétamines ou le méthylphénidate, bien que son profil pharmacologique n'y soit pas identique. Son effet stimulateur central dépend de la dose et du temps. L'effet tend à être augmenté par la chloration mais réduit par la méthylation. Le modafinil bloque la recapture de la noradrénaline, de la dopamine par les terminaux noradrénergiques et dopaminergiques sur les neurones provoquant le sommeil du noyau ventrolatéral préoptique. Un tel mécanisme serait au moins partiellement responsable de l'effet provoquant l'éveil du modafinil. Il a été démontré dans une étude canadienne que ses effets sur le sommeil étaient relativement peu marqués en comparaison avec les amphétamines. Ils s'apparentent plutôt aux effets de l'administration d'un placebo[4]. Cette même équipe canadienne montre que le modafinil permet de garder un état d'éveil, d'humeur et de performances cognitives similaires à la prise d'amphétamines[5].

Le dosage varie d'une fois 100 mg par jour à deux fois 200 mg par jour (le second environ quatre heures après l'éveil). Sa demi-vie dans le corps humain est de quatre ou quinze heures (respectivement pour les énantiomères S et R)[6]. Parmi les nombreux effets indésirables répertoriés, seul le mal de tête était statistiquement significatif avec une augmentation de cinq pour cent, les autres étant d'environ un pour cent supérieurs au placebo.

Effets secondaires[7],[8][modifier | modifier le code]

Les plus fréquents[modifier | modifier le code]

  • Troubles psychiatriques : insomnie, nervosité, excitation, anxiété.
  • Maladies cardiaques : arythmie, tachycardie, palpitation.
  • Maladies vasculaires : hypertension artérielle.
  • Troubles neurologiques : hyperactivité psychomotrice.

Les moins fréquents[modifier | modifier le code]

  • Troubles psychiatriques : dépression, lunatisme.
  • Maladies cardiaques : angine de poitrine.
  • Troubles gastro-intestinaux : diarrhée, nausées, maux d'estomac, vomissements, sécheresse de la bouche.
  • Troubles neurologiques : vertiges, trouble des mouvements faciaux.

Utilisation comme stimulant[modifier | modifier le code]

L'utilisation non médicale du modafinil afin d'augmenter la concentration et l'éveil est controversée. Par exemple, les étudiants, chirurgiens et chauffeurs peuvent en consommer dans leur cadre professionnel pour augmenter leurs performances ou réduire les risques d'inattentions. Un article du guardian la définit comme la smart drug la plus sûre, ce qui relate de l'ampleur de l'utilisation du médicament en dehors du domaine thérapeutique[9]. Néanmoins, il s'agît d'un psychotrope puissant dont les effets à long terme sont encore méconnus.

Le modafinil, bien qu'interdit dans ce contexte, peut aussi être utilisé comme dopant sportif pour lutter contre la fatigue comme dans l'exemple du sprinter Calvin Harrison[10].

Potentiel d'addiction et dépendance[modifier | modifier le code]

Le risque d'addiction ou dépendance est très bas[11],[12]. Néanmoins, une étude sur des singes montre qu'ils s'administreront eux-mêmes le modafinil après avoir été rendu dépendants à la cocaïne[13]. Une autre sur des souris ne montre pas de dépendance aux doses équivalentes recommandées d'utilisation chez l'homme mais à des doses plus élevées.

Une dépendance psychologique a uniquement été rapportée dans certains cas incluant des surdosages quotidiens sur une période prolongée[11].

Amélioration des capacités cognitives[modifier | modifier le code]

R.M.Battelday suggère dans son article validant l'efficacité du modafinil pour augmenter les fonctions cognitives que "le modafinil mérite son titre de premier agent pharmaceutique nootropique"[14]; Une autre étude sur 6 patients en bonne santé confirme aussi ces effets positifs[15].

Il y a des désaccords sur les propriétés du modafinil sur les personnes en bonne santé. Des chercheurs s'accordent sur le fait que le modafinil améliore certains effets de la mémoire d'après des expériences telles que la rétention de nombres en mémoire, la manipulation de nombres et la reconnaissance de motifs. Les résultats relatifs à la mémoire spatiale, aux fonctions exécutives et sur l'attention sont équivoques[16],[17],[18].

Le modafinil améliore l'apprentissage chez les addictes aux méthamphétamines[19] et réduit les symptômes de personnes atteintes du trouble d'hyperactivité[20].

Des chercheurs de l'université d'Oxford et Harvard medical school ont mené 24 études reportant une amélioration des capacités de planification, prises de décisions, mémoire et apprentissage[21],[22].

Une étude allemande et suédoise du psychiatre Klaus lieb à l'université de Mainz trouve que le modafinil améliore les performances des joueurs d'échec de 15%[23],[24],[25],[26],[27].

Simple stimulant ou drogue de dopage intellectuelle ?[modifier | modifier le code]

L'utilisation détournée massive du médicament amène à se poser la question, faut-il limiter la prescription au patient atteint de narcolepsie ? Selon une étude en Grande-Bretagne, un cinquième des étudiants en aurait déjà consommé[28]. Il n'est pas rare de trouver certains étudiants cherchant à se procurer cette drogue afin d'améliorer leurs compétences scolaires comme sur ce forum consacré à l'utilisation de drogues psychoactives[29].

Le modafinil est parfois nommé "drogue de limitless" du fait que le film de ce nom raconte l'histoire d'un écrivain qui utiliserait cette drogue pour trouver de l'inspiration pour son livre et faire des chiffres à la bourse.

90% de la consommation du modafinil serait "off-label"[30], les utilisateurs s'en procureraient en consultant un médecin ou en commandant la drogue sur des sites frauduleux[30].

De nombreux articles de journaux non scientifiques parlent du modafinil comme d'une drogue sûre[31],[32], pourtant la substance est un psychotrope puissant et reste indisponible sans ordonnance.

Voir aussi, Les "smart-drug" pour ou contre

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Masse molaire calculée d’après « Atomic weights of the elements 2007 », sur www.chem.qmul.ac.uk.
  2. DE2809625, LAFON LABOR, L. Lafon, 5 octobre 1978
  3. (en) Horacio F. Olivoa, A. Osorio-Lozadaa et T. L. Peeplesb, « Microbial oxidation/amidation of benzhydrylsulfanyl acetic acid. Synthesis of (+)-modafinil », Tetrahedron: Asymmetry, vol. 16, no 21,‎ , p. 3507-3511 (DOI 10.1016/j.tetasy.2005.07.028)
  4. A Buguet, A Montmayeur, R Pigeau et P Naitoh, « Modafinil, d-amphetamine and placebo during 64 hours of sustained mental work. II. Effects on two nights of recovery sleep », Journal of Sleep Research, vol. 4, no 4,‎ , p. 229–241 (ISSN 1365-2869, PMID 10607162, lire en ligne)
  5. R Pigeau, P Naitoh, A Buguet et C McCann, « Modafinil, d-amphetamine and placebo during 64 hours of sustained mental work. I. Effects on mood, fatigue, cognitive performance and body temperature », Journal of Sleep Research, vol. 4, no 4,‎ , p. 212–228 (ISSN 1365-2869, PMID 10607161, lire en ligne)
  6. (en) « Nuvigil Prescribing Information », sur Nuvigil
  7. HCI Solutions SA, « Modasomil ® 100 Comprimés - compendium.ch », sur compendium.ch (consulté le 13 mai 2017)
  8. (en) « highlights of prescribing information », sur provigil, (consulté le 13 mai 2017)
  9. (en) Helen Thomson, « Narcolepsy medication modafinil is world's first safe 'smart drug' », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne)
  10. « Calvin Harrison positif au Modafinil », sport.fr,‎ (lire en ligne)
  11. a et b Raman Krishnan et Krishnan Vengadaragava Chary, « A rare case modafinil dependence », Journal of Pharmacology & Pharmacotherapeutics, vol. 6, no 1,‎ , p. 49–50 (ISSN 0976-500X, PMID 25709356, PMCID PMC4319252, DOI 10.4103/0976-500X.149149, lire en ligne)
  12. Emmanuel J. M. Mignot, « A Practical Guide to the Therapy of Narcolepsy and Hypersomnia Syndromes », Neurotherapeutics, vol. 9, no 4,‎ , p. 739–752 (ISSN 1933-7213, PMID 23065655, PMCID PMC3480574, DOI 10.1007/s13311-012-0150-9, lire en ligne)
  13. (en) « highlight of prescribing information », sur accesdata, (consulté le 27 mai 2015)
  14. (en) R. M. Battleday et A.-K. Brem, « Modafinil for cognitive neuroenhancement in healthy non-sleep-deprived subjects: A systematic review », European Neuropsychopharmacology, vol. 25, no 11,‎ , p. 1865–1881 (ISSN 0924-977X et 1873-7862, DOI 10.1016/j.euroneuro.2015.07.028, lire en ligne)
  15. Danielle C. Turner, Trevor W. Robbins, Luke Clark et Adam R. Aron, « Cognitive enhancing effects of modafinil in healthy volunteers », Psychopharmacology, vol. 165, no 3,‎ , p. 260–269 (ISSN 0033-3158, PMID 12417966, DOI 10.1007/s00213-002-1250-8, lire en ligne)
  16. Danielle C. Turner, Trevor W. Robbins, Luke Clark et Adam R. Aron, « Cognitive enhancing effects of modafinil in healthy volunteers », Psychopharmacology, vol. 165, no 3,‎ , p. 260–269 (ISSN 0033-3158, PMID 12417966, DOI 10.1007/s00213-002-1250-8, lire en ligne)
  17. Joseph V. Baranski, Ross Pigeau, Peter Dinich et Ira Jacobs, « Effects of modafinil on cognitive and meta-cognitive performance », Human Psychopharmacology, vol. 19, no 5,‎ , p. 323–332 (ISSN 0885-6222, PMID 15252824, DOI 10.1002/hup.596, lire en ligne)
  18. Delia C. Randall, Aparna Viswanath, Punam Bharania et Sarah M. Elsabagh, « Does modafinil enhance cognitive performance in young volunteers who are not sleep-deprived? », Journal of Clinical Psychopharmacology, vol. 25, no 2,‎ , p. 175–179 (ISSN 0271-0749, PMID 15738750, lire en ligne)
  19. Dara G Ghahremani, Golnaz Tabibnia, John Monterosso et Gerhard Hellemann, « Effect of Modafinil on Learning and Task-Related Brain Activity in Methamphetamine-Dependent and Healthy Individuals », Neuropsychopharmacology, vol. 36, no 5,‎ , p. 950–959 (ISSN 0893-133X, PMID 21289606, PMCID PMC3077264, DOI 10.1038/npp.2010.233, lire en ligne)
  20. Danielle Turner, « A review of the use of modafinil for attention-deficit hyperactivity disorder », Expert Review of Neurotherapeutics, vol. 6, no 4,‎ , p. 455–468 (ISSN 1744-8360, PMID 16623645, DOI 10.1586/14737175.6.4.455, lire en ligne)
  21. (en) « Review of ‘smart drug’ shows modafinil does enhance cognition | University of Oxford », sur www.ox.ac.uk (consulté le 27 mai 2017)
  22. Rob Waugh for Metro.co.uk, « ‘My brain is ninja level’: New ‘smart drug’ actually makes you cleverer », sur Metro, (consulté le 27 mai 2017)
  23. (en) « Cognitive enhancing drugs can improve chess play, scientists show », ScienceDaily, {{Article}} : paramètre « année » ou « date » manquant (lire en ligne)
  24. (de) « A new study reveals that certain drugs may make us smarter than we thought », Business Insider Deutschland, {{Article}} : paramètre « année » ou « date » manquant (lire en ligne)
  25. (en) James Hamblin, « On Cognitive Doping in Chess (and Life) », The Atlantic, {{Article}} : paramètre « année » ou « date » manquant (lire en ligne)
  26. « Special Report: New Study Finds Performance-Enhancing Drugs for Chess », sur World Chess (consulté le 27 mai 2017)
  27. (en) Andreas G. Franke, Patrik Gränsmark, Alexandra Agricola et Kai Schühle, « Methylphenidate, modafinil, and caffeine for cognitive enhancement in chess: A double-blind, randomised controlled trial », European Neuropsychopharmacology, vol. 27, no 3,‎ , p. 248–260 (ISSN 0924-977X et 1873-7862, DOI 10.1016/j.euroneuro.2017.01.006, lire en ligne)
  28. (en) Abby Young-Powell et Libby Page, « One in five students have taken the study drug modafinil », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne)
  29. « Modafinil pour étudier ? / PsychoACTIF », sur www.psychoactif.org (consulté le 28 mai 2017)
  30. a et b (en) « How to Get Modafinil Prescribed by a Doctor or Online? », Nootriment - Health Supplement Reviews and Research,‎ (lire en ligne)
  31. (en) Melinda Wenner Moyer, « A Safe Drug to Boost Brainpower », Scientific American Mind, vol. 27, no 2, {{Article}} : paramètre « année » ou « date » manquant, p. 16–17 (DOI 10.1038/scientificamericanmind0316-16, lire en ligne)
  32. « Pour avoir un « cerveau en mode ninja, » les étudiants américains prennent une nouvelle substance : la « moda » | VICE News | French », VICE News, {{Article}} : paramètre « année » ou « date » manquant (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]