Prise d'otages du théâtre de Moscou

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Prise d'otages du théâtre de Moscou
Image illustrative de l’article Prise d'otages du théâtre de Moscou
Les forces spéciales russes et les secours évacuent les personnes présentes dans le théâtre après l'assaut des forces spéciales russes. Les trous dans l'affiche ont été fait pour évacuer l'air dû au gaz paralysant mis précédemment.

Localisation Moscou, Russie
Cible théâtre Doubrovka
Coordonnées 55° 43′ 33″ nord, 37° 40′ 24″ est
Date -
Type Fusillades, prises d'otages
Morts 128 (et 41 terroristes)[1]
Blessés 646 [2]
Organisations Riyad-us Saliheen Brigade des Martyrs (en)

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Prise d'otages du théâtre de Moscou

La prise d'otages du théâtre de Moscou est une prise d'otages en Russie effectuée par une quarantaine de terroristes tchétchènes prenant en otage 912 spectateurs (selon les sources officielles) pendant la comédie musicale destinée à la jeunesse Nord-Ost, du 23 au au théâtre Doubrovka de Moscou, à environ quatre kilomètres au sud-est du Kremlin[3].

Au matin du quatrième jour de la prise d’otages, les forces spéciales russes donnent l'assaut et tuent les terroristes. 128 otages périssent au cours de cet événement.

Après l’événement, de nombreux doutes ont été émis sur l’utilisation du gaz paralysant utilisé lors de l’assaut. En 2010, selon un sondage, 74% des russes ne font pas confiance sur la version officielle donné par le gouvernement de l’événement.[4]

Préliminaires[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Seconde guerre de Tchétchénie.

Mi-octobre 2002, l'indépendantiste tchétchène Aslan Maskhadov donne une interview à l'AFP évoquant la radicalisation de son mouvement et l'annonce d'une opération, sans en préciser le moyen d'action.

La prise d'otage[modifier | modifier le code]

Début de la prise d’otage[modifier | modifier le code]

La prise d’otage commence le 23 octobre au théâtre Dubrovka à Moscou, construit en 1974 et accueillait initialement un palais de la culture, à environ quatre kilomètres au sud-est du Kremlin[3]. Au cours de l'acte II d'une représentation à guichets fermés Nord-Ost peu après 21 heures, 41 hommes et femmes fortement armés et masqués se sont rendus en 3 minibus jusqu'au théâtre et sont entrés dans le hall principal en tirant avec des fusils d'assaut en l’air.[5]Ils étaient arrivé en possession de plus de 100 kg d'explosifs, envrion 100 grenades à mains, 3 bombes lourdes, 18 fusils d'assaut Kalashnikov et 20 pistolets[4].

Des Tchétchènes[6] en noir et en tenus de camouflage prennent en otage entre 912 et 916 personnes, y compris des membres du public et des artistes interprètes, dont un général du Ministère de l'Intérieur russe. La réaction des spectateurs à l'intérieur du théâtre à l'annonce de l'attaque terroriste sur le théâtre n'a pas été uniforme: certaines personnes sont restées calmes, d'autres ont réagi de façon hystérique et d'autres se sont évanouies. Certains artistes qui se reposaient dans les coulisses se sont échappés par une fenêtre ouverte et ont appelé la police. Au total, quelques 90 personnes ont réussi à fuir le bâtiment ou à se cacher.

Le chef du groupe Tchétchènes a déclaré aux otages que les assaillants (qui s’étaient identifiés comme un groupe suicide de la "29ème division"[7]) n’auraient aucune rancune envers les ressortissants étrangers (environ 75 personnes originaires de 14 pays, dont l’Australie, l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Ukraine, le Royaume-Uni et les États-Unis, sur les plus de 900 otages) et aurait promis de libérer toute personne présentant un passeport étranger.

Revendication et demande[modifier | modifier le code]

Les hommes armés étaient dirigés par Movsar Barayev, neveu du commandant de la milice rebelle tchétchène assassiné l’année précédente, Arbi Barayev, et ont menacé de tuer les otages si les forces russes n'étaient pas immédiatement et inconditionnellement retirées de la Tchétchénie. Ils ont dit que le délai était d'une semaine, après quoi ils commenceraient à tuer les otages.

Les médias ont acquis une déclaration sur bande vidéo dans laquelle les hommes armés ont déclaré leur volonté de mourir pour leur cause.[8] La déclaration contenait le texte suivant:

« Chaque nation a droit à son destin. La Russie a enlevé ce droit aux Tchétchènes et nous voulons aujourd'hui récupérer ces droits, ce qu'Allah nous a donnés, de la même manière, il l'a donné à d'autres nations. Allah nous a donné le droit à la liberté et le droit de choisir notre destin. Et les occupants russes ont inondé notre pays du sang de nos enfants. Et nous aspirons à une solution juste. Les gens ignorent les innocents qui meurent en Tchétchénie: les cheikhs, les femmes, les enfants et les faibles. Et par conséquent, nous avons choisi cette approche. Cette approche concerne la liberté du peuple tchétchène et il n'y a pas de différence en ce qui concerne le lieu de notre décès et nous avons donc décidé de mourir ici, à Moscou. Et nous emmènerons avec nous la vie de centaines de pécheurs. Si nous mourons, d'autres viendront nous suivre, nos frères et sœurs prêts à sacrifier leur vie, à la manière d'Allah, pour libérer leur nation. Nos nationalistes sont morts mais des gens ont dit qu’ils étaient des terroristes et des criminels. Mais la vérité est que la Russie est le vrai criminel. »

Sergueï Iastrjembski, assistant du Kremlin, a déclaré: " Lorsqu'ils ont appris que le retrait des troupes était irréaliste dans un court laps de temps, qu'il s'agissait d'un très long processus, les terroristes ont demandé à retirer les troupes russes de n'importe où en République de Tchétchénie. Sans préciser de quel domaine il s'agissait ". Les preneurs d'otages ont exigé la cessation de l'utilisation des forces d'artillerie et des forces aériennes en Tchétchénie à partir du lendemain (les forces russes ont cessé d'utiliser des armes lourdes jusqu'au 28 septembre), un arrêt des opérations notoires de "zachistka" ("opération de nettoyage") et le président Vladimir Poutine devrait déclarer publiquement qu’il s’efforçait d’arrêter la guerre en Tchétchénie. Au moment de la prise d’otages, le conflit en Tchétchénie faisait au moins trois morts chaque jour[9].

Des conversations téléphoniques entre les otages bloqués dans le bâtiment et les membres de leur famille[10] ont révélé que les preneurs d’otages avaient des grenades, des mines et des engins explosifs improvisés attachés à leur corps et qu’ils avaient déployé davantage d’explosifs sur le théâtre. Les preneurs d'otages utilisaient des noms arabes entre eux et les femmes terroristes portaient des vêtements de niqab de style arabe, ce qui est très inhabituel dans la région du Caucase du Nord[11].

Chronologie[modifier | modifier le code]

  • 23 octobre 2002 :
    • 21 h 15 : prétendant avoir fait allégeance au mouvement séparatiste en Tchétchénie, des terroristes en tenue de camouflage font irruption dans le théâtre, exigeant le retrait des forces russes de Tchétchénie et la fin de la Seconde guerre de Tchétchénie. Le siège est officiellement dirigé par Movsar Baraïev (en), 22 ans, neveu d'Arbi Baraïev (en), qui menace de faire sauter tout le bâtiment.
  • 24 octobre :
    • h 15 : tentative officielle d'entrer en contact avec les terroristes du député du parlement de Tchétchénie, Aslambek Aslakhanov.
    • h 20 : les terroristes libèrent 17 personnes.
    • h à h : les forces spéciales russes tentent en vain d'établir le contact.
    • h : les terroristes abattent une femme qui est rentrée dans la salle et qu'ils ont cru être une espionne alors que c'était une vendeuse qui avait bu.
    • h 30 : arrivée de diplomates étrangers devant le théâtre pour tenter de négocier.
    • 11 h 30 à 12 h 20 : les terroristes demandent la présence pour les négociations de Boris Nemtsov, Irina Khakamada, Grigori Yavlinsky et Anna Politkovskaïa.
    • 13 h : au nom de la Croix-Rouge, le député de la Douma Yosif Kobzon et le médecin Leonid Rochal pénètrent dans le théâtre pour négocier. Ils en font sortir une femme et trois enfants.
    • 15 h : Yosif Kobzon et Irina Khakamada reprennent les négociations.
    • 18 h 30 : deux femmes réussissent à se sauver, elles sont blessées par les terroristes au cours de leur fuite.
    • 19 h : la chaîne qatarienne Al Jazeera présente les revendications de Movsar Baraïev écrites quelques jours auparavant.
Le président russe Vladimir Poutine rendant visite à un rescapé, le 26 octobre 2002.
  • 25 octobre :
    • h : les terroristes permettent au docteur Rochal de pénétrer dans le théâtre pour évaluer l'aide médicale aux otages.
    • h 30 à h 30 : sept personnes sont relâchées.
    • 11 h 30 à 12 h 30 : huit enfants sont relâchés.
    • 15 h : au Kremlin, le président russe Vladimir Poutine continue les discussions avec les services spéciaux et le Service fédéral de sécurité de la Fédération de Russie (FSB). Il promet la vie sauve aux terroristes s'ils relâchent les otages.
    • 20 h à 21 h : tentative d'entrer en contact avec les terroristes de la part de la chanteuse Alla Pougatcheva, de Rouslan Aouchev et de l'ancien Premier ministre Evgueni Primakov.
    • 21 h 50 : Les terroristes relâchent trois femmes et un homme.
  • 26 octobre :
    • h 30 : trois détonations se font entendre, ainsi que des tirs à l'arme automatique. Les forces spéciales prennent d'assaut le bâtiment.
    • h 45 : les terroristes, selon les informations officielles, ont tué deux otages et en ont blessé deux autres.
    • h 20 : des tirs se poursuivent, deux otages parviennent à s'enfuir.
    • h 30 à h 45 : des dizaines de véhicules de secours, d'ambulances et d'autocars entourent le bâtiment. Peu après, les otages sont évacués.
    • h 25 : le conseiller du président, Sergueï Yastrjembsky, déclare que l'opération de libération des otages est terminée.
    • h : Vladimir Vassiliev, du ministère des Affaires étrangères, déclare que 36 preneurs d'otages ont été tués, que 67 otages sont morts et que 750 ont été libérés.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Des personnes sans connaissance sont évacuées par autocars. Un des producteurs de Nord-Ost, Alexandre Tsekalo, déclare que ces personnes sont « épuisées ». En fait, après deux journées et demie de siège, les forces russes de l'OSNAZ ont introduit un agent chimique inconnu dans le système de ventilation du bâtiment et ont donné l'assaut. La presse occidentale se montre fort critique du procédé de libération des otages. La télévision russe montre les cadavres de femmes terroristes en voile intégral, ceinturées d'explosifs et le cadavre de Mosvar Baraïev. À treize heures, Vassiliev réaffirme que 67 personnes sont mortes, mais ne parle pas de la mort de cinq enfants. Finalement 119 personnes mourront dans les hôpitaux après leur libération sur les 128 morts[4].

Ce n'est que plus tard qu'on apprend officiellement que la totalité des terroristes ont été tués par les forces russes, 123 otages, dont neuf étrangers, par le gaz et 5 otages par les terroristes[1]. C'est également ultérieurement que le gouvernement des États-Unis dénonce l'action des terroristes et refuse tout légitimité à l'action de Maskhadov. Le 31 octobre, le ministre de la santé russe révèle que le kolokol-1 utilisé sous forme de gaz lors de l'assaut serait un narcotique opiacés (le Fentanyl), un puissant analgésique opioïde 50 à 100 fois plus puissant que la morphine[12].

Réaction[modifier | modifier le code]

Vladimir Poutine, juste après la fin de l'assaut, dit "Nous avons fait l'impossible. Nous avons sauvé des centaines de vie, oui des centaines, de personnes. Nous avons montré que la Russie ne peut pas être mise à genou. Mais maintenant je veux avant tout m'addresser aux parents et aux proches de ceux qui sont morts. Nous n'avons pas pu sauver tout le monde. Nous demandons pardon."[13]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Sanglant bilan de la prise d'otages dans un théâtre de Moscou », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 3 juin 2019)
  2. « Moscou : le gaz a causé la mort de 117 otages », sur L'Obs (consulté le 3 juin 2019)
  3. a et b (en) « Moscow hostage death toll soars », BBC News.co.uk,‎ (lire en ligne, consulté le 2 février 2016).
  4. a b et c (en-GB) Artem Krechetnikov, « Moscow theatre siege: Questions remain unanswered », BBC,‎ (lire en ligne, consulté le 11 juin 2019)
  5. « CNN.com - Chechen gunmen seize Moscow theatre - Oct. 23, 2002 », sur web.archive.org, (consulté le 2 juin 2019)
  6. (en-GB) Nick Paton Walsh Jonathan Steele, « Chechen gunmen storm Moscow theatre », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le 2 juin 2019)
  7. (en-US) Michael Wines, « Chechens Seize Moscow Theater, Taking as Many as 600 Hostages », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le 2 juin 2019)
  8. « CNN.com - Gunmen release chilling video - Oct. 24, 2002 », sur edition.cnn.com (consulté le 2 juin 2019)
  9. « Hostage crisis refuels Chechnya debate », Christian Science Monitor,‎ (ISSN 0882-7729, lire en ligne, consulté le 2 juin 2019)
  10. (en-US) Sabrina Tavernise, « HOSTAGE DRAMA IN MOSCOW: HOSTAGE VOICES; Cellphones Let Families Hear Ordeal Of Captives », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le 2 juin 2019)
  11. (en-GB) « Moscow siege leaves dark memories », BBC News.co.uk,‎ (lire en ligne, consulté le 2 juin 2019)
  12. Futura, « Retour sur la prise d'otage à Moscou », sur Futura (consulté le 3 juin 2019)
  13. (en-GB) Nick Paton Walsh, « Siege rescue carnage as gas kills hostages », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le 11 juin 2019)

Articles connexes[modifier | modifier le code]