Pierre-Victor Malouet

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Pierre-Victor Malouet

Pierre-Victor Malouet, né le à Riom et mort le , est un planteur de sucre de Saint-Domingue et un homme politique français dont l'activité s'exerce pendant la période de la Révolution. Il est, à l'Assemblée constituante, un des chefs du parti constitutionnel, puis le signataire du Traité de Whitehall en 1793 entre les grands planteurs de sucre français et l'Angleterre.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Riom (Puy-de-Dôme) le 11 février en 1740, il est issu d'un milieu d'officiers modestes. Après une scolarité exemplaire menée au sein des collèges Oratoriens de Riom puis de Juilly en région parisienne, Malouet poursuit ses études à Paris où il devient diplômé en droit. Après un rapide passage au service du compte de Merle, alors en ambassade au Portugal, il est nommé intendant de la Marine à Rochefort en 1763, poste où il apprend très rapidement à utiliser ses relations à bon escient, parfois avec opportunisme, pour obtenir de l'avancement[1]. En octobre 1763, il est nommé inspecteur des magasins des colonies, poste qu'il partage entre Rochefort et Bordeaux jusqu'en avril 1767. En mars de la même année, il est envoyé à Saint-Domingue en qualité de sous-commissaire de la Marine. Il y épouse en avril 1768 Marie-Louise Béhotte (1747-1783) et se trouve à la tête des plantations de sucre et de café appartenant à son épouse, sises à Maribaroux, faisant partie des plus riches de la partie du Nord[2] et lui permettant d'amasser une fortune confortable[3]. Il se lie d'amitié avec des personnages influents : le procureur général Legras[4], l'intendant Bongars[5] et le négociant havrais Stanislas Foäche[6]. C'est avec l'aide de Bongars que Malouet devient en 1769 ordonnateur par intérim au Cap français puis commissaire de la Marine. De retour en France en 1774, il fait valoir l'expérience acquise à Saint-Domingue et, après une suite d'événements rocambolesques durant lesquels il manque de ruiner sa carrière, il se voit nommé commissaire général de la Marine et ordonnateur en Guyane entre 1776 et 1778.

Son retour en métropole est marqué par une suite d’événements tragiques. Il perd en quelques semaines ses deux filles et son beau-frère. Ces décès l'affectent durement ; il s'éloigne du milieu ministériel et songe un temps à se retirer définitivement de la vie publique en s'installant à la campagne. Malgré tout, il trouve du réconfort dans le travail et reprend du service[7]. Il est nommé commissaire du roi pour la vente de l'arsenal de Marseille en 1780, et devient intendant de la Marine et ordonnateur à Toulon de 1781 à 1789. En 1781 il est nommé membre de l'Académie de Marseille. À la veille de la Révolution, il s'oriente vers la politique : en 1789 il est nommé, avec l’appui de Necker[8], député du Tiers état du bailliage de Riom aux États généraux. Il est l'un des principaux rédacteurs des cahiers de doléances, et intègre l'Assemblée nationale où il devient l'un des chefs les plus en vue du parti constitutionnel. L'insurrection du 10 août 1792 le contraint à la fuite. Le 2 septembre, il parvient à quitter Paris et s'exile en Angleterre où il rejoint les proscrits. Veuf depuis 1783, il fréquente Mme du Belloy, créole de Saint-Domingue. Il vit très mal cet exil qui lui coûte sa fortune et affecte passablement son moral et sa santé. Très affecté par l'arrestation de Louis XVI, il demande en vain à la Convention le droit de défendre le roi. Il est rejoint par d'autres planteurs en exil et négocie le 25 février 1793 le traité de Whitehall avec Sir Henry Dundas, par lequel il livre Saint-Domingue aux Anglais pour lui éviter de passer sous la coupe de la République et de la Convention[9].

Le coup d’État du 18 brumaire (9 novembre 1799) lui permet de revenir en France et de renouer avec le ministère de la Marine. Après la paix d'Amiens, il est nommé le 25 février 1803 commissaire général de la Marine puis devient préfet maritime à Anvers, avec pour mission de développer ce port destiné à faire pression sur la marine britannique croisant dans la Manche[10]. Son union avec Mme du Belloy est célébrée le 8 mars 1808, en présence d'un parterre de dignitaires et de proche de l'Empereur, dont Napoléon lui-même[11]. En janvier 1810, Malouet est fait baron puis maître des requêtes, ce qui lui permet d'intégrer le Conseil d'État en février. En 1812, il est mis à la retraite par l'empereur. En réalité, il tombe en disgrâce suite aux réserves qu'il émet lors d'une séance du Conseil d'État à propos du bien fondé de la campagne de Russie[12]. Malouet est à nouveau contraint à l'exil ; il se retire en Touraine. Le retour des Bourbons lui permet de devenir ministre de la Marine de Louis XVIII le 13 mai 1814, point d'orgue d'une carrière et d'une ascension sociale toutes deux patiemment et méthodiquement construites. Il décède le 6 septembre de la même année, ruiné. Ses funérailles sont prises en charge par le roi[10].

Pierre-Victor Malouet laissera une Collection de mémoires sur les colonies qu'il publie en 1801, ainsi que ses mémoires, écrites en 1808 mais qui, par sa volonté testamentaire, ne devaient être publiées que vingt ans après sa mort. Elles l'ont été pour la première fois en 1868 : Mémoires de Malouet, Paris, E. Plon, 1868.

Son fils, Louis Antoine Victor Malouet (1780-1842) deviendra préfet sous le Premier Empire et poursuivra sa carrière préfectorale sous la Restauration.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Collection des mémoires et correspondances officielles sur l'administration des colonies, et notamment sur la Guiane française et hollandaise, Paris, Baudouin, Imprimeur de l’Institut national des Sciences et des Arts, rue de Grenelle, F. S. Germain , n°. 1131, 1801, 5 volumes - Tome 3 Livre en ligne - Tome 5 Livre en ligne
  • Motion de M. Malouet, contre les libellistes, proposée dans la séance du 18 juin. - [S.l.] : [s.n.], [s.d. (ca 1790)]
  • Mémoires de Malouet, Paris, E. Plon, 1868, 2 volumes.
  • Opinion de M. Malouet, sur la dénonciation des adresses des citoyens de Nîmes et d'Uzès. - [S.l.] : [s.n.], [s.d. (ca 1790)]
  • Rapport fait à l'Assemblée nationale dans la séance du 12 juin, au nom des Comités des finances, et de la marine, sur les dépenses extraordinaires qu'occasionne l'armement ordonné par le Roi. Par M. Malouet, commissaire des deux comités. Imprimé par ordre de l'Assemblée nationale. - A Paris : [s.n.], [s.d. (1790)]

Fictions[modifier | modifier le code]

  • Alexandre Dumas, Ingénue, 1853. L'auteur lui met dans la bouche par erreur en raison sans doute de son amitié avec l'abbé Raynal cité dans le roman sur une dizaine de pages un chaleureux discours antiesclavagiste qu'il aurait prononcé au Cercle Social (que Dumas appelle club social)

Sources[modifier | modifier le code]

  • Les papiers personnels de Pierre-Victor, baron de Malouet sont conservés aux Archives nationales sous la cote 372AP.
  • Pierre Victor MALOUET, Collection des mémoires et correspondances officielles sur l'administration des colonies, et notamment sur la Guiane française et hollandaise, Paris, Baudouin, Imprimeur de l’Institut national des Sciences et des Arts, rue de Grenelle, F. S. Germain , n°. 1131, 1801, 5 volumes
  • Pierre Victor MALOUET, Mémoires de Malouet, Paris, E. Plon, 1868, 2 volumes.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. René BOUSCAYROL, « Origines et prime jeunesse », in Jean EHRARD et Michel MORINEAU (dirs.), Malouet (1740-1814), Riom, Société des amis des universités de Clermont,‎
  2. Abel POITRINEAU, « L’état et l’avenir des colonies françaises de plantation à la fin de l’ancien régime, selon Pierre Victor Malouet », in Jean EHRARD et Michel MORINEAU (dirs.), Malouet (1740-1814), Riom, Société des amis des universités de Clermont,‎
  3. Pierre-Victor MALOUET, Mémoires de Malouet, Deuxième édition, volume 1, Paris, E. Plon,‎
  4. Archives Nationales d'Outre-Mer, (ANOM) série E, dossier 274
  5. ANOM E 38
  6. Gabriel DEBIEN, Plantations et esclaves à Saint-Domingue : sucrerie Foäche, Dakar, coll. « Note d’histoire coloniale », n˚ 67,‎
  7. Pierre Victor MALOUET, Mémoires de Malouet, vol. 1, op. cit.
  8. Céline RONSSERAY, Administrer Cayenne, sociabilités, fidélités et pouvoirs des fonctionnaires coloniaux en Guyane au XVIIIe siècle, Thèse de doctorat en histoire moderne, sous la direction de Guy Martinière, Université de la Rochelle, La Rochelle,‎
  9. Charles FROSTIN, « L’intervention britannique à Saint-Domingue en 1793 », Revue française d’histoire d’outre-mer, no vol. 49, no 176-177,‎
  10. a et b Jean TULARD, Dictionnaire Napoléon, op. cit
  11. Céline RONSSERAY, Administrer Cayenne au XVIIIe siècle, op. cit.
  12. Pierre Victor MALOUET, Mémoires de Malouet, vol. 1, op. cit

Liens externes[modifier | modifier le code]