Pierre-Victor Malouët

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Pierre-Victor Malouet
Victor Pierre Malouet.jpg
Fonctions
Ministre de la Marine et des Colonies
-
Préfet maritime
Député aux États généraux de 1789
Titre de noblesse
Baron
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 74 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activités
Homme politique, propriétaire d'esclavesVoir et modifier les données sur Wikidata
Enfant
Autres informations
Parti politique
Membre de
Comité colonial de Saint-Domingue (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Distinctions

Pierre-Victor Malouët, né le au 2, rue de la Charité[1] à Riom et mort le , est un planteur de sucre de Saint-Domingue et un homme politique français dont l'activité s'exerce pendant la période de la Révolution.

Il est, à l'Assemblée constituante, un des chefs du parti constitutionnel, puis le signataire du Traité de Whitehall en 1793 entre les grands planteurs de sucre français et l'Angleterre.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il est né à Riom le 1740, « fils d'Antoine Malouet, bailli d'Olliergues (Puy- de-Dôme) et de Catherine Villevault dont le père était conseiller du roi et contrôleur des monnaies à Riom »[2]. Après une scolarité exemplaire menée au sein des collèges oratoriens de Riom puis de Juilly en région parisienne, Malouët poursuit ses études à Paris où il devient diplômé en droit.

Après un rapide passage au service du comte de Merle, alors en ambassade au Portugal, il est nommé intendant de la Marine à Rochefort en 1763, poste où il apprend très rapidement à utiliser ses relations à bon escient, parfois avec opportunisme, pour obtenir de l'avancement[3]. En , il est nommé inspecteur des magasins des colonies, poste qu'il partage entre Rochefort et Bordeaux jusqu'en . En mars de la même année, il est envoyé à Saint-Domingue en qualité de sous-commissaire de la Marine. Il y épouse en Marie-Louise Béhotte (1747-1783), sœur de Jeanne-Louise-Aimée Behotte qui convolera en 1770 avec Charles-Antoine Chabanon de Maugris (1736-1780). Il se trouve à la tête des plantations de sucre et de café appartenant à son épouse, sises à Maribaroux, faisant partie des plus riches de la partie du Nord[4] et lui permettant d'amasser une fortune confortable[5]. Il se lie d'amitié avec des personnages influents : le procureur général Legras[6], l'intendant Bongars[7] et le négociant havrais Stanislas Foäche[8].

C'est avec l'aide de Bongars que Malouët devient en 1769 ordonnateur par intérim au Cap français puis commissaire de la Marine. De retour en France en 1774, il fait valoir l'expérience acquise à Saint-Domingue et devient membre du comité de législation des colonies à Versailles.

En 1775- 1780, il est également secrétaire du cabinet de Madame Adélaïde[9].

Après une suite d'événements rocambolesques durant lesquels il manque de ruiner sa carrière, il est nommé ordonnateur en Guyane entre 1776 et 1778[10].

Il est ensuite durement affecté par le décès de ses proches: ses deux filles en 1779 et son beau-frère, Chabanon en 1780. Il s'éloigne du milieu ministériel et songe un temps à se retirer définitivement de la vie publique en s'installant à la campagne. Malgré tout, il trouve du réconfort dans le travail et reprend du service[11]. Il est nommé commissaire du roi pour la vente de l'arsenal de Marseille en 1780, et devient intendant de la Marine et ordonnateur à Toulon de 1781 à 1789. En 1781 il est élu membre de l'Académie de Marseille.

En 1789 il est élu, avec l’appui de Necker[12], député du tiers-état du bailliage de Riom aux états généraux. Il est l'un des principaux rédacteurs des cahiers de doléances, et intègre l'Assemblée nationale où il devient l'un des chefs les plus en vue du parti constitutionnel. L'insurrection du le contraint à la fuite. Le , il parvient à quitter Paris et s'exile en Angleterre où il rejoint les proscrits.

Veuf depuis 1783, il fréquente Henriette Picault (Saint-Domingue 1769-1838) qui épousera en 1789 le vicomte de Belloy de Morangle[13]. Il vit très mal cet exil qui lui coûte sa fortune et affecte passablement son moral et sa santé. Très affecté par l'arrestation de Louis XVI, il demande en vain à la Convention le droit de défendre le roi. Il est rejoint par d'autres planteurs en exil et négocie le le traité de Whitehall avec Sir Henry Dundas, par lequel il livre Saint-Domingue aux Anglais pour lui éviter de passer sous la coupe de la République et de la Convention[14].

Le coup d’État du 18 brumaire () lui permet de revenir en France et de renouer avec le ministère de la Marine. Après la paix d'Amiens, il est nommé le commissaire général de la Marine puis devient préfet maritime à Anvers, avec pour mission de développer ce port destiné à faire pression sur la marine britannique croisant dans la Manche[15]. Son union avec Mme de Belloy est célébrée le , en présence d'un parterre de dignitaires et de proche de l'Empereur, dont Napoléon lui-même[16]. En , Malouët est fait baron puis maître des requêtes, ce qui lui permet d'intégrer le Conseil d'État en février. En 1812, il est mis à la retraite par l'empereur. En réalité, il tombe en disgrâce à la suite des réserves qu'il émet lors d'une séance du Conseil d'État à propos du bien fondé de la campagne de Russie[17]. Malouët est à nouveau contraint à l'exil ; il se retire en Touraine. Le retour des Bourbons lui permet de devenir ministre de la Marine de Louis XVIII le , point d'orgue d'une carrière et d'une ascension sociale toutes deux patiemment et méthodiquement construites. Il meurt le de la même année, ruiné. Ses funérailles sont prises en charge par le roi[15].

Pierre-Victor Malouët laissera une Collection de mémoires sur les colonies qu'il publie en 1801, ainsi que ses mémoires, écrites en 1808 mais qui, par sa volonté testamentaire, ne devaient être publiées que vingt ans après sa mort. Elles l'ont été pour la première fois en 1868 : Mémoires de Malouët, Paris, E. Plon, 1868.

Son fils, Louis Antoine Victor Malouët (1780-1842) deviendra préfet sous le Premier Empire et poursuivra sa carrière préfectorale sous la Restauration.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Collection des mémoires et correspondances officielles sur l'administration des colonies, et notamment sur la Guiane française et hollandaise, Paris, Baudouin, Imprimeur de l’Institut national des Sciences et des Arts, rue de Grenelle, F. S. Germain , no 1131, 1801, 5 volumes - Tome I Livre en ligne - Tome II Livre en ligne - Tome III Livre en ligne - Tome IV Livre en ligne - Tome V Livre en ligne
  • Motion de M. Malouët, contre les libellistes, proposée dans la séance du . - [S.l.] : [s.n.], [s.d. (ca 1790)]
  • Mémoires de Malouët, Paris, E. Plon, 1868, 2 volumes - Tome I Livre en ligne - Tome II Livre en ligne.
  • Opinion de M. Malouët, sur la dénonciation des adresses des citoyens de Nîmes et d'Uzès. - [S.l.] : [s.n.], [s.d. (ca 1790)]
  • Rapport fait à l'Assemblée nationale dans la séance du , au nom des Comités des finances, et de la marine, sur les dépenses extraordinaires qu'occasionne l'armement ordonné par le Roi. Par M. Malouët, commissaire des deux comités. Imprimé par ordre de l'Assemblée nationale. - A Paris : [s.n.], [s.d. (1790)]
  • Mémoire sur l'esclavage des nègres : dans lequel on discute les motifs proposés pour leur affranchissement, ceux qui s'y opposent, & les moyens praticables pour améliorer leur sort, Neufchatel : [s.n.]. 1788.Livre en ligne

Sources[modifier | modifier le code]

  • Les papiers personnels de Pierre-Victor, baron de Malouët sont conservés aux Archives nationales sous la cote 372AP.
  • Pierre Victor Malouët, Collection des mémoires et correspondances officielles sur l'administration des colonies, et notamment sur la Guiane française et hollandaise, Paris, Baudouin, Imprimeur de l’Institut national des Sciences et des Arts, rue de Grenelle, F. S. Germain , no 1131, 1801, 5 volumes
  • Pierre Victor Malouët, Mémoires de Malouët, Paris, E. Plon, 1868, 2 volumes.
  • Archives nationales, base Léonore, LH/1711/40, dossier de Légion d'honneur de Pierre Victor Malouët (sans extrait de baptême, mais avec une reconstitution de sa carrière). En ligne.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Ehrard et Michel Morineau (dir.), Malouët (1740-1814), Actes du Colloque des et , Clermont-Ferrand, 1990, présentation en ligne.
  • Robert Howell Griffiths, Le centre perdu : Malouët et les « monarchiens » dans la Révolution française [« Pierre-Victor Malouët and the « monarchiens » in the French Revolution and Counter-Revolution »], Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, , 277 p. (ISBN 2-7061-0308-6, présentation en ligne).
  • Benoît Jung, Malouet, administrateur en Guyane (1776-1778)Mise en place d'un projet administratif et technique, Université Paris Ouest Nanterre La Défense, Mémoire de Master 2 « Sciences Humaines et Sociales », , 325 p. (lire en ligne)
  • Gaston Raphanaud, Le baron Malouet: ses idées, son œuvre, 1740-1814, Paris, A. Michalon, 1907.
  • « MALOUET Louis Antoine Victor, baron », Dictionnaire historique, généalogique et biographique (1807-1947) [de la chambre des Comptes], en ligne

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le Courrier du Puy-de-Dôme, 22 juin 1935
  2. Gaston Raphanaud, Le baron Malouet: ses idées, son œuvre, 1740-1814, Paris, A. Michalon, 1907, p. 27.
  3. René Bouscayrol, « Origines et prime jeunesse », in Jean Ehrard et Michel Morineau (dirs.), Malouët (1740-1814), Riom, Société des amis des universités de Clermont,
  4. Abel Poitrineau, « L’état et l’avenir des colonies françaises de plantation à la fin de l’ancien régime, selon Pierre Victor Malouët », in Jean Ehrard et Michel Morineau (dirs.), Malouët (1740-1814), Riom, Société des amis des universités de Clermont,
  5. Pierre-Victor Malouët, Mémoires de Malouët, Deuxième édition, volume 1, Paris, E. Plon,
  6. Archives Nationales d'Outre-Mer, (ANOM) série E, dossier 274
  7. ANOM E 38
  8. Gabriel Debien, Plantations et esclaves à Saint-Domingue : sucrerie Foäche, Dakar, coll. « Note d’histoire coloniale », Modèle:N˚,
  9. Archives nationales, base Léonore, LH/463/80, dossier de Légion d'honneur de Bernardin Dominique de Cabanon, avec extrait de baptême du 28 février 1775: sa fille Marie Catherine Victoire Malouet, qui représente la marraine de l'enfant, indique qu'il est "commissaire de la marine et secrétaire du cabinet de Madame Adélaïde de France". LH/1711/38, dossier de Légion d'honneur de son fils Louis Antoine Victor Malouet (avec extrait de baptême). Documents en ligne.
  10. Voir la liste des administrateurs coloniaux en Guyane. En 1780, lors du baptême de son fils, il se présente comme "commissaire général des colonies, secrétaire du cabinet de Madame Adélaïde de France, ordonnateur de l'isle de Cayenne et province de Guiane" (LH/1711/38, dossier de Légion d'honneur de Louis Antoine Victor Malouet). Il n'est pas "gouverneur de Guyane" comme l'indique la fiche qui reconstitue sa carrière dans son dossier de légion d'honneur et une autre source encore plus tardive: Aristide Briand, Rapport fait le 4 mars 1905 au nom de la commission relative à la séparation des Églises et de l’État et de la dénonciation du Concordat chargée d’examiner le projet de loi et les diverses propositions de loi, p. 43 ("L’ancien gouverneur de la Guyane, Malouet, apporta au milieu de cette passionnante discussion une note personnelle")
  11. Pierre Victor Malouët, Mémoires de Malouët, vol. 1, op. cit.
  12. Céline Ronsseray, Administrer Cayenne, sociabilités, fidélités et pouvoirs des fonctionnaires coloniaux en Guyane au XVIIIe siècle, Thèse de doctorat en histoire moderne, sous la direction de Guy Martinière, Université de la Rochelle, La Rochelle,
  13. « MALOUET Louis Antoine Victor, baron », Dictionnaire historique, généalogique et biographique (1807-1947) [de la chambre des Comptes]. En ligne.
  14. Charles Frostin, « L’intervention britannique à Saint-Domingue en 1793 », Revue française d’histoire d’outre-mer, no vol. 49, no 176-177,‎
  15. a et b Jean Tulard, Dictionnaire Napoléon, op. cit
  16. Céline Ronsseray, Administrer Cayenne au XVIIIe siècle, op. cit.
  17. Pierre Victor Malouët, Mémoires de Malouët, vol. 1, op. cit

Liens externes[modifier | modifier le code]