Partis politiques philippins

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

De nombreux partis politiques existent aux Philippines, le régime politique du pays étant marqué par un fort multipartisme. Il existe trois grands types de partis : les partis nationaux, les partis locaux, et les partis de représentation sectorielle (c’est-à-dire qui défendent des secteurs sous-représentés dans la population).

Histoire[modifier | modifier le code]

Évolution des partis politiques aux Philippines depuis 1900 (cliquez pour agrandir).

Période de colonisation américaine (1901-1946)[modifier | modifier le code]

Les premières organisations partisanes apparaissent à la fin du XIXe siècle dans un contexte pré-révolutionnaire, avec notamment la Ligue philippine et le Katipunan, qui ne sont cependant pas des partis politiques à proprement parler.

Après la colonisation américaine, plusieurs partis politiques apparaissent au début des années 1900, mais sont tout d’abord fortement contrôlés ou réprimés par les autorités militaires américaines. Les partis fédéralistes tels que le Partido Federalista, qui préconisait l’annexion des Philippines aux États-Unis, sont eux autorisés[1].

En 1907 est créé le Parti nationaliste qui appelle prudemment à l’autonomie sous protectorat américain ; il devient le principal parti sous l’aire américaine[1]. Même si d’autres partis existent (par exemple le Parti progressiste), les nationalistes occupent une position hégémonique dans le paysage politique, remportant toutes les élections nationales jusqu’en 1946, si bien que les débats politiques se règlent le plus souvent au sein du parti[2]. Plusieurs divisions existent au cours de son histoire, notamment entre les partisans des deux principaux meneurs du parti, Manuel L. Quezon et Sergio Osmeña, qui aboutit à une scission temporaire de 1930 à 1934.

Durant l’occupation japonaise au cours de la Seconde Guerre mondiale, un seul parti collaborateur est autorisé, le KALIBAPI[3].

De l'indépendance à la loi martiale (1946-1972)[modifier | modifier le code]

Après l’indépendance en 1946, l’aile libérale du Parti nationaliste fait sécession pour créer le Parti libéral, qui devient le concurrent le plus sérieux des nationalistes[2]. Un système d’alternance bipartisan s'installe alors, les nationalistes et les libéraux gouvernant tour à tour jusqu’en 1972[4]. En particulier, les nationalistes remportent les élections présidentielles de 1953, 1957, 1965 et 1969, tandis que les libéraux gagnent celles de 1946, 1949 et 1961.

En 1972, Ferdinand Marcos, président de la République issu du Parti nationaliste, déclare la loi martiale et instaure un régime autoritaire, créant son propre parti, le KBL. Durant les quatorze ans du régime de Marcos (1972-1986), plusieurs partis d’opposition émergent, comme le PDP ou le Laban, mais perdent toutes les élections face au KBL (qui n’hésite pas à recourir à la fraude si besoin)[2]. Pour les élections présidentielles de 1986, la plupart des partis d’opposition au KBL se réunissent sous une coalition pro-démocratie nommée UNIDO, qui parvient finalement à prendre le pouvoir après le renversement populaire de Marcos[2].

Après le renversement de Marcos (1986-présent)[modifier | modifier le code]

Après l’instauration de la nouvelle Constitution de 1987, le nombre de partis politiques augmente fortement, si bien que les nationalistes et les libéraux ne sont plus les deux partis dominants. Il en résulte un système multipartisan qui favorise la création de coalitions électorales souvent éphémères. La Constitution de 1987 instaure aussi un système de représentation sectorielle (party-list en anglais) qui réserve 20 % des sièges à la Chambre des représentants à des secteurs sous-représentés dans la population, tels que les syndicats, le monde agricole, les jeunes[5].

Les principaux partis dans les années 1990 sont le Lakas-CMD, le PDP-Laban, le LDP et le NPC. Le PMP gouverne temporairement après l’élection de Joseph Estrada comme président en 1998, mais ne s’impose pas durablement comme un parti de gouvernement[6]. Sous le second mandat de Gloria Macapagal-Arroyo (2004-2010), les deux principaux partis, le Lakas-CMD et le KAMPI, fusionnent pour former le plus grand parti d’alors ; toutefois, cette alliance ne dure que peu de temps, minée par les ennuis judiciaires de Macapagal-Arroyo et les discensions internes[7]. Les deux partis historiques (Parti nationaliste et Parti libéral) ne sont plus dominants depuis 1972, mais demeurent toujours des forces politiques effectives[6], et les libéraux gouvernent le pays de 2010 à 2016.

Idéologie[modifier | modifier le code]

Les partis politiques philippins ont en général une idéologie peu marquée, servant plutôt les ambitions de personnalités politiques qui n’hésitent souvent pas à changer de partis (ou en créer un nouveau) selon la situation politique[4],[8],[6]. Il en résulte des coalitions éphémères qui se défont aussi rapidement qu’elle se forment[9], ainsi qu’un clientélisme électoral qui entraîne un certain centrisme ou conservatisme et des programmes électoraux peu cohérents[8].

L’absence d’idéologie et de programmes électoraux clairs, ainsi que les changements d’alliance permanents et le carriérisme du personnel politique, sont souvent dénoncés par les politologues et journalistes politiques[10],[11],[12],[13],[14].

Il existe des partis ou coalitions électorales ayant un positionnement politique marqué, comme la coalition Makabayan, émane en parti du Parti Communiste des Philippines dont l'idéologie est le marxisme-léninisme-maoïsme. Autre exemple, Akbayan est un parti fondé en 1998 qui se réclamant de la sociale-démocratie et du progressisme, soit du centre-gauche.

Liste des partis politiques[modifier | modifier le code]

Principaux partis[modifier | modifier le code]

Liste des partis ayant été représentés dans leur histoire au Congrès.

Nom du parti Abréviation et couleur Date de création Positionnement politique Fédération mondiale Sièges à l’actuelle chambre basse Sièges à l’actuelle chambre haute
Akbayan
(Parti de l’action citoyenne)
Akbayan 1998 Centre-gauche à Gauche Alliance progressiste
2 / 297
1 / 24
Makabayang Koalisyon ng Mamamayan (Makabayan)
(Coalition patriotique du peuple)
Makabayan 2009 Extrême-gauche International League of People's Struggle
7 / 358
0 / 24
Centrist Democratic Party of the Philippines
(Parti démocratique centriste des Philippines)
CDP 2012 Centre-droit
1 / 297
0 / 24
Kilusang Bagong Lipunan
(Mouvement Nouvelle Société)
KBL 1978 Droite à extrême-droite
0 / 297
0 / 24
Laban ng Demokratikong Pilipino
(Lutte démocratique philippine)
LDP 1988 Centre-droit Internationale démocrate centriste
2 / 297
1 / 24
Lakas-Christian Muslim Democrats
(Lakas - Démocrates chrétiens musulmans)
Lakas 1991 Centre-droit Internationale démocrate centriste
5 / 297
0 / 24
Nationalist People’s Coalition
(Coalition nationaliste du peuple)
NPC 1991 Centre-droit à droite
33 / 297
3 / 24
National Unity Party
(Parti de l’unité nationale)
NUP 2011 Centre-droit à droite
21 / 297
0 / 24
Parti libéral LP 1946 Centre-gauche Internationale libérale, Conseil des libéraux et démocrates asiatiques
27 / 297
5 / 24
Parti nationaliste NP 1907 Centre-droit à droite
19 / 297
1 / 24
Partido Demokratiko Pilipino-Lakas ng Bayan
(Parti démocratique philippin - Pouvoir populaire)
PDP-Laban 1982 Centre-gauche à gauche
121 / 297
4 / 24
Pwersa ng Masang Pilipino
(Lutte des masses philippines)
PMP 1991 Centre-gauche
1 / 297
0 / 24
United Nationalist Alliance
(Alliance nationaliste unie)
UNA 2012 Centre-droit
3 / 297
2 / 24

Partis locaux et secondaires[modifier | modifier le code]

Liste des principaux partis représentés au niveau local.

Partis du système de représentation sectorielle[modifier | modifier le code]

Liste des partis actuellement représentés au Congrès via le système de représentation sectorielle.

Partis disparus[modifier | modifier le code]

Seuls les principaux partis de leur temps et aujourd’hui disparus sont listés :

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Patricio N. Abinales et Donna J. Amoroso, State and Society in the Philippines, Rowman & Littlefield, , 2e éd. (ISBN 9781538103951, lire en ligne), p. 127.
  2. a b c et d (en) Roland Rich, Parties and Parliaments in Southeast Asia: Non-Partisan Chambers in Indonesia, the Philippines and Thailand, Routledge, (ISBN 9781317605515, lire en ligne), p. 46-54.
  3. (en) Setsuho Ikehata et Lydia N. Yu-Jose, Philippines-Japan Relations, Ateneo de Manila University Press, (ISBN 9715504361), p. 196.
  4. a et b Yuko Kasuya, Presidents, Assemblies and Policy-making in Asia, Springer, (ISBN 9781137315083, lire en ligne), p. 57-58.
  5. Rich 2014, p. 46-54.
  6. a b et c (en) Leandro Milan, « NP VS LP: Then and Now », Planet Philippines,‎ (lire en ligne).
  7. (en) Carmela Fonbuena, « Lakas-CMD: Relevant for how long? », Rappler, .
  8. a et b (en) Ronald E. Dolan, « Political Parties », dans Philippines: A Country Study, GPO for the Library of Congress, (lire en ligne).
  9. (en) James Cotton, Crossing Borders in the Asia-Pacific: Essays on the Domestic-foreign Policy Divide, Nova Publishers, (ISBN 9781590334508, lire en ligne), p. 109.
  10. (en) Joy Aceron, It’s the (Non-) System, Stupid!: Explaining ‘Mal-development’ of Parties in the Philippines, Friedrich Ebert Stiftung (lire en ligne), p. 5-19.
  11. (en) Randy David, « Money and the presidency », Philippine Daily Inquirer,‎ (lire en ligne).
  12. (en) Nathan Gilbert Quimpo, « The Philippines: Political Parties and Corruption », Southeast Asian Affairs,‎ , p. 277-294 (lire en ligne).
  13. (en) Ariel Nepomuceno, « Whither the Philippines in the 21st Century? », Business Mirror,‎ (lire en ligne).
  14. (en) Rodolfo C. Severino et Lorraine Carlos Salazar, Crossing Borders in the Asia-Pacific: Essays on the Domestic-foreign Policy Divide, Institute of Southeast Asian Studies, (ISBN 9789812304995, lire en ligne), p. 5-7.

Voir aussi[modifier | modifier le code]