Opérateur d'importance vitale

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Un opérateur d'importance vitale (OIV) est, en France, une organisation identifiée par l'État comme ayant des activités indispensables à la survie de la nation[1] ou dangereuses pour la population. Il y en a environ 250 dans 12 secteurs d'activité[2]. Pour des raisons de sécurité nationale, la liste des OIV n'est pas publique et il est demandé aux entreprises désignées de ne pas communiquer sur leur implication au dispositif.

Le dispositif est décrit par décret en 2006[3] avant d'être codifié au Code de la Défense[4] en 2007.

Définition[modifier | modifier le code]

Un secteur d'activités d'importance vitale (SAIV), tel que défini par l'article R. 1332-2 du Code de la Défense, est constitué d'activités[5] :

  • concourant à un même objectif, la production et distribution de biens ou de services indispensables :
    • à la satisfaction des besoins essentiels pour la vie des populations,
    • à l'exercice de l'autorité de l'État,
    • au fonctionnement de l'économie,
    • au maintien du potentiel de défense,
    • ou à la sécurité de la Nation ;
  • ou présentant un danger grave pour la population.

Un opérateur d'importance vitale, tel que défini par l'article R. 1332-1 du Code de la Défense, est une organisation qui[6] :

  • « exerce des activités comprises dans un secteur d'activités d'importance vitale » ;
  • « gère ou utilise au titre de cette activité un ou des établissements ou ouvrages, une ou des installations dont le dommage ou l'indisponibilité ou la destruction par suite d'un acte de malveillance, de sabotage ou de terrorisme risquerait, directement ou indirectement :
    • d'obérer gravement le potentiel de guerre ou économique, la sécurité ou la capacité de survie de la Nation ;
    • ou de mettre gravement en cause la santé ou la vie de la population ».

Désignation[modifier | modifier le code]

Douze secteurs d’activités d’importance vitale (SAIV) ont été définis dans un arrêté du [7], modifié par un arrêté du [8],[2] :

Dominante Secteur d'activités d'importance vitale Ministère coordonnateur
Régalienne Activités civiles de l’État Ministère de l'Intérieur
Activités militaires de l’État Ministère de la Défense
Activités judiciaires Ministère de la Justice
Humaine Santé Ministère chargé de la Santé
Gestion de l’eau Ministère chargé de l'Écologie
Alimentation Ministère chargé de l'Agriculture
Économique Énergie Ministère chargé de l'Énergie
Finances Ministère chargé de l'Économie et des Finance
Transports Ministère chargé des Transports
Technologique Communications électroniques, audiovisuel et information Ministère chargé des Communications électroniques
Industrie Ministère chargé de l'Industrie
Espace et recherche Ministère chargé de la Recherche

Les opérateurs d'importance vitale sont désignés pour chaque secteur d'activités d'importance vitale par arrêté du ministre coordonnateur[9]. Cet arrêté est pris en concertation avec le ou les ministres intéressés, après avis de la commission interministérielle de défense et de sécurité des secteurs d'activités d'importance vitale[9]. Cette commission est présidée par le secrétaire général de la Défense et de la Sécurité nationale (article R. 1332-10 du Code de la Défense)[9],[10].

Chaque ministre coordonnateur d'un secteur d'activité d'importance vitale notifie aux opérateurs d'importance vitale la directive nationale de sécurité (DNS) correspondante[11]. La DNS identifie les risques et les menaces et définit les grands objectifs de sécurité de chaque secteur ou sous-secteur d'activité.

Obligations[modifier | modifier le code]

Les opérateurs d’importance vitale ont pour obligation de[2] :

  • « former leurs responsables et leurs directeurs de la sécurité tant au niveau central qu’au niveau local » ;
  • « après une analyse de risques, établir un plan de sécurité opérateur prenant en compte les attendus de la directive nationale de sécurité au titre de laquelle ils ont été désignés opérateurs d’importance vitale » ;
  • « identifier leurs points d’importance vitale qui feront l’objet d’un plan particulier de protection (PPP) à leur charge et d’un plan de protection externe (PPE) à la charge du préfet de département ».

Loi de programmation militaire pour 2014-2019[modifier | modifier le code]

Le projet de loi de programmation militaire pour 2014-2019 précise qu’il est de la responsabilité de l’État d’assurer une sécurité suffisante des systèmes critiques des opérateurs d'importance vitale. À travers quatre mesures principales, il vise à établir un socle minimum de sécurité pour les organisations[12].

Fin 2013, sur la base du projet de loi, l'État serait en mesure de[13],[12] :

  • fixer des obligations comme par exemple l’interdiction de connecter certains systèmes critiques à Internet ;
  • mettre en place des systèmes de détections par des prestataires labellisés par l’État ;
  • vérifier le niveau de sécurité des systèmes d'information critiques à travers un système d’audit ;
  • et en cas de crise majeure, de pouvoir imposer les mesures nécessaires aux opérateurs d'importance vitales.

Arrêtés sectoriels d'application[modifier | modifier le code]

Pour chaque secteur ou sous-secteur identifié, le Premier ministre a pris un arrêté d'application écrit par les services de l'ANSSI définissant les obligations des opérateurs en matière de sécurité informatique.

Les arrêtés ont été pris :

Secteur ou sous-secteur Arrêté Entrée en vigueur
Sous-secteur « Produits de santé » [14]
Secteur « Eau » [15]
Secteur « Alimentation » [16]
Sous-secteur « Transports terrestres » [17]
Sous-secteur « Transports maritime et fluvial » [18]
Sous-secteur « Transport aérien » [19]
Sous-secteur « Approvisionnement en énergie électrique » [20]
Sous-secteur « Approvisionnement en gaz naturel » [21]
Sous-secteur « Approvisionnement en hydrocarbures pétroliers » [22]
Secteur « Finances » [23]
Secteur « Industrie » [24]
Sous-secteur « Audiovisuel et information » [25]
Sous-secteur « Communications électroniques et Internet » [26]
Sous-secteur « Nucléaire » [27]
Sous-secteur « Espace » [28]
Sous-secteur « Activités industrielles de l'armement » [29]
Secteur « Activités civiles de l'État » [30]
Sous-secteur « Recherche publique » [31]

À part pour les activités civiles, les arrêtés relatifs à la dominante régalienne sont encore en attente.

Ces arrêtés prévoient un délai variant de 3 mois à 2 ans pour la mise en place des mesures listées en Annexe 1, au nombre de 20, dont notamment :

  • la mise en place d'une politique de sécurité des systèmes d'information ;
  • la conduite d'une homologation de sécurité ;
  • la communication d'éléments sur le système d'information importance vitale (SIIV) mis en place par l'opérateur à l'ANSSI ;
  • l'observation des alertes de sécurité et la réaction à celles-ci ;
  • la limitation des accès ;
  • le cloisonnement des réseaux.

Les annexes II (délais), III (type de système d'information) et IV (type d'incidents) ne sont pas publiques, et sont communiquées par l'ANSSI aux personnes « ayant besoin d'en connaître ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Protection des OIV en France », ANSSI (consulté le 1er juillet 2020).
  2. a b et c Organisation des secteurs d’activités d’importance vitale, Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN).
  3. Décret no 2006-212 du 23 février 2006 relatif à la sécurité des activités d'importance vitale, JORF no 47 du 24 février 2006, p. 2889, texte no 1, NOR PRMX0500312D, sur Légifrance.
  4. Coursaget 2010.
  5. Article R. 1332-2 du Code de la Défense, sur Légifrance.
  6. Article R. 1332-1 du Code de la Défense, sur Légifrance.
  7. Arrêté du 2 juin 2006 fixant la liste des secteurs d'activités d'importance vitale et désignant les ministres coordonnateurs desdits secteurs, JORF no 129 du 4 juin 2006, p. 8502, texte no 1, NOR PRMX0609332A, sur Légifrance.
  8. Arrêté du 3 juillet 2008 portant modification de l'arrêté du 2 juin 2006 fixant la liste des secteurs d'activités d'importance vitale et désignant les ministres coordonnateurs desdits secteurs, JORF no 156 du 5 juillet 2008, p. 10823, texte no 6, NOR PRMD0813724A, sur Légifrance.
  9. a b et c Article R. 1332-3 du Code de la Défense, sur Légifrance.
  10. Article R. 1332-10 du Code de la Défense, sur Légifrance.
  11. Réponse du Premier ministre à une question d'un parlementaire, 28 mai 2013, Assemblée nationale.
  12. a et b La loi de programmation militaire et la protection des opérateurs d'importance vitale (OIV), Cyberstratégie.org.
  13. Marc Watin-Augouard, « La loi de programmation militaire et la cybermenace », Les Échos,‎ (lire en ligne).
  14. Arrêté du (produits de santé).
  15. Arrêté du (eau).
  16. Arrêté du (alimentation).
  17. Arrêté du (transports terrestres).
  18. Arrêté du (transports maritime et fluvial).
  19. Arrêté du (transport aérien).
  20. Arrêté du (approvisionnement en énergie électrique).
  21. Arrêté du (approvisionnement en gaz naturel).
  22. Arrêté du (approvisionnement en hydrocarbures pétroliers).
  23. Arrêté du (finances).
  24. Arrêté du (industrie).
  25. Arrêté du (audiovisuel et information).
  26. Arrêté du (communications électroniques et Internet).
  27. Arrêté du (nuclaire).
  28. Arrêté du (espace).
  29. Arrêté du (activités industrielles de l'armement).
  30. Arrêté du (activités civiles de l'État).
  31. Arrêté du (recherche publique).

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alain Coursaget, « La sécurité des activités d’importance vitale : Premier bilan du SGDSN », Sécurité et Stratégie, no 4,‎ , p. 5–17 (DOI 10.3917/sestr.004.0005).

Articles connexes[modifier | modifier le code]