Nine to the Universe

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Nine To The Universe
Album de Jimi Hendrix
Sortie 1980
Durée 38:57
Genre Rock
Producteur Alan Douglas
Label Reprise

Albums de Jimi Hendrix

Si durant les cinq années qui suivirent la mort de Jimi Hendrix, un nombre considérable d'albums présentant du matériel inédit se bousculèrent dans les bacs des disquaires, les cinq années suivantes furent une véritable traversée du désert. Ce vide discographique s'explique par divers facteurs : lassitude du public, qualité des albums de moins en moins satisfaisante, scandale et questions suscitées par Crash Landing en 1975...

Contre toute attente qu'Alan Douglas publie en 1980 un album instrumental tout à fait digne d'intérêt : Nine To The Universe est un recueil de jams plus ou moins structurées, remontées pour former un tout plutôt cohérent. C'est un disque rare : jamais réédité officiellement en CD, de nombreux amateurs n'en possèdent qu'une simple copie.

Les titres[modifier | modifier le code]

Face 1

  1. Nine To The Universe
  2. Jimi/Jimmy Jam

Face 2

  1. Young/Hendrix
  2. Easy Blues
  3. Drone Blues

Hendrix jazz-rock ?[modifier | modifier le code]

Après avoir fait miroiter aux amateurs de Jimi Hendrix la publication de la (supposée) jam du siècle avec John McLaughlin[1], Alan Douglas présenta un disque au concept original : ce sont cinq instrumentaux enregistrés en 1969, supposés montrer l'orientation musicale que Hendrix allait prendre dans les années à venir. Douglas défend notamment l'hypothèse selon laquelle Jimi Hendrix se serait tourné vers le jazz-rock de Miles Davis ou John McLaughlin. À défaut de répondre à la question, le disque a le mérite de présenter un matériel entièrement inédit, respectueux du talent de guitariste et d'improvisateur de Jimi Hendrix.

Les titres sont ici tous sévèrement édités (coupés/remontés) : on y reviendra dans le détail.

Enfin, sans faire l'unanimité, l'album fut tout de même accueilli très favorablement par les amateurs ne se limitant pas à l'aspect rock de Jimi Hendrix.

La musique[modifier | modifier le code]

Nine To The Universe[modifier | modifier le code]

L'album s'ouvre sur Nine To The Universe, enregistré le 22 mai 1969 au Record Plant. De même que la veille, c'est Billy Cox et Buddy Miles (avec un joueur de congas inconnu, effacé s'il joue ici) qui officient aux côtés de Hendrix alors que l'Experience n'était pas encore séparée, et le Band Of Gypsys encore dans les limbes. La comparaison de la durée de la jam disponible sur les pirates[2] avec celle de l'album officiel est édifiante : de 18:49, Douglas a réduit le titre à 8:46 ! Mais les cuts sont ici bienvenus car les passages édités sont pour la plupart inintéressants (guitare désaccordée, chant de Devon Wilson…). C'est le seul morceau de l'album où Hendrix chante brièvement. Musicalement, Nine To The Universe est très structuré : on reconnaît les rythmiques de Earth Blues puis de Message To Love. La première partie est très rythmique, laissant entendre des variations autour des deux principales figures rythmiques de la première composition avant quelques explorations en son clair. C'est après une long break de Buddy Miles en solo[3] que Jimi lance le riff des couplets de Message To Love avant de partir dans un solo très saturé, avec des traits fantastiques. Une réserve toutefois : Billy Cox et Buddy Miles sont sans doute trop monocordes pour véritablement propulser Hendrix lorsqu'il improvise. Mais est-il étonnant de constater à ce moment ce qui se vérifiera plus tard avec le Band Of Gypsys ?

Jimi/Jimmy Jam[modifier | modifier le code]

Le second titre de la face a été enregistré quelques semaines plus tôt au Record Plant : Jimi/Jimmy Jam date du 25 mars 1969. Désormais disponible sur Hear My Music (dans une version de 16:59), la version de Douglas ne dure que 7:58. Elle est plus accessible que celle de Dagger Records. Comme son titre l'indique, Hendrix joue en duo avec Jim McCarty, du Buddy Miles Express. Dave Holland est crédité sur le pirate, ainsi que sur les notes de Hear My Music. Par contre, sur le site officiel ainsi que sur l'album original, c'est Roland Robinson qui est crédité[4]. Quel qu'il soit, ce bassiste propose une réplique jamais entendue par aucun autre. Hendrix pousse ici l'Octavia dans ses derniers retranchements. Le solo vire même carrément free jazz par moments mais il est supprimé de la version éditée de Nine To The Universe et l'on passe en fait très rapidement au solo de Jim McCarty, qui est excellent. Ce que propose Hendrix en rythmique est formidable, assez jazz en termes de conception et placement d'accords mais avec un son unique. La performance de Mitch Mitchell est plus mitigée : peut-être que la liberté du bassiste lui pose des problèmes de placement ? Hendrix entame enfin un riff bluesy que le bassiste puis les deux autres suivent. Occasion d'un duo de guitares presque Allmanien avant que Hendrix ne reprenne l'Octavia pour conclure. Une jam de premier plan donc, même si ce n'est pas l'avis de tout le monde, y compris un des principaux intéressés :

« C'était du Alan Douglas. Il y a eu tellement de merde qui à mon avis n'aurait jamais dû être publiée. Ce matériel n'a jamais été destiné à être publié sur un album officiel. Mais, après la mort de Jimi, vous aviez tous ces gens qui se battaient pour faire du fric sur son nom. En sortant toute cette merde qui n'aurait jamais dû être publiée. Ce titre de Nine To The Universe en fait partie. Les trois premiers albums, voilà son héritage. Il y avait beaucoup de grands guitaristes alors. Clapton, Beck, Page, Michael Bloomfield... J'ai connu tous ces mecs. Mais Hendrix était au-dessus du lot. Et tout le monde le savait. Il était (et reste) le meilleur. »

— Jim McCarty, http://www.rocknrolluniverse.com/

Young/Hendrix[modifier | modifier le code]

La face 2 s'ouvre sur une nouvelle jam enregistrée au Record Plant, le 14 avril 1969 cette fois-ci. De 14:26, Douglas a réduit Young/Hendrix à 10:22, recentrant le titre autour des soli de Jimi Hendrix. C’est une des jams importantes de la carrière de Jimi. Contrairement à celle avec John McLaughlin, la musicalité parle d’elle-même et le son est excellent. Larry Young est un des meilleurs musiciens avec qui Hendrix ait jammé. Il a sa place dans l’histoire de l’orgue Hammond (le post-Jimmy Smith, ni plus ni moins), et dans l’histoire du jazz (participation en 1969 au Bitches Brew de Miles Davis, mais aussi membre fondateur du Tony Williams Lifetime, avec John McLaughlin, puis plus tard sideman du même McLaughlin ou de Carlos Santana, il jouera même avec Pharoah Sanders). Cette jam est passionnante car elle montre un Hendrix qui aurait eu sa place sur les enregistrements de Miles des années 1970, avec un jeu très rythmique, et des conceptions déjà bien avancées pour début 1969. Les échanges entre Hendrix et Young fonctionnent très bien, et les cuts de la jam s’avèrent inutiles, voire condamnables. Contrairement à ce qui est indiqué, c'est Buddy Miles qui est à la batterie, et non Mitch Mitchell. Billy Rich tient ici la basse. La performance du groupe dans sa globalité est excellente : parfait dans sa maîtrise du tempo, c'est Larry Young qui se charge de ponctuer le discours de Hendrix, et inversement lors des échanges de soli.

Easy Blues[modifier | modifier le code]

Easy Blues date du 28 août 1969, lors des séances du Gypsy Sun & Rainbows au Hit Factory. De 9:59, Douglas a réduit le titre à 4:17, en recentrant le morceau autour de Hendrix : seuls ses soli ressortent dans la version officielle. Pourquoi pas ? Larry Lee accompagne Hendrix à la guitare, avec Billy Cox et Mitch Mitchell. Contrairement aux plages 1 et 3, Easy Blues a tout de même été recasé sur la dernière version DVD du concert de Woodstock, mais dans une version encore plus sévèrement éditée (on l'entend lorsqu'on consulte le menu). Comme son titre l'indique, c'est un blues, sans doute le morceau le plus abordable de l'album, avec de solides lignes de basse, et quelques plans rythmiques très efficaces. Mais rien de révolutionnaire non plus...

Drone Blues[modifier | modifier le code]

La dernière plage, Drone Blues provient de la session du 24 avril 1969 au Record Plant. C'est encore une fois Billy Cox à la basse, mais contrairement à ce qui est indiqué sur la pochette, c'est Rocky Isaac qui est à la batterie, et Al Marks aux percussions (effacé)[4]. On retrouve désormais ce titre sur Hear My Music, dans une version plus complète. Édité de 8:34 à 6:16 par Douglas, Drone Blues est plus original que le titre précédent, et n'a de blues que le thème de Drivin' South que Jimi Hendrix introduit dès qu'il passe en solo. Hendrix joue ici très saturé. Et taquine l'harmonie, jouant plus risqué qu'en concert. Le point faible de ce titre est sans conteste la partie de batterie. Rocky Isaac est en effet loin de faire l’affaire : son jeu manque de précision, et sa prestation n'est pas à la hauteur d’un musicien de la trempe d’Hendrix. Pour autant, le titre ne manque pas d'intérêt, et le publier n'était pas une mauvaise idée.

Analyse de Young/Hendrix[modifier | modifier le code]

Quels sont les traits marquants de l'improvisation de Hendrix ? Dans un premier temps, il ne s'éloigne jamais trop du blues, ses racines. Il utilise ainsi la pentatonique de mi mineure, mais il est loin de s'y limiter. Il alterne le plus souvent entre mi myxolydien (majeur) et mi dorien (mineur), comme les grands bluesmen, mais dans un contexte qui n'est pas blues. En cela, il se rapproche de ce que Miles Davis allait faire dans sa première période électrique. Les passages majeur-mineur se font toujours naturellement, dans le cadre d'un véritable discours musical.

Outre les notes de passages "classiques" des guitaristes de blues et de rock (le mi bémol et le si bémol en l'espèce), Jimi n'hésite pas à jouer la seconde (fa#) ou la sixte majeure (do#). Techniquement, Hendrix passe aussi naturellement d’un style à l’autre qu'avec l'harmonie : il alterne tirés, jeu en octaves, jeu en accords, au levier de vibrato à l'occasion, dans le cadre d'un discours : c'est ce qui fait toute la différence entre le musicien et le seul guitariste. Il en va de même pour les effets où Hendrix utilise la fuzz et sa wah wah pour moduler l’intensité, ou ponctuer son improvisation.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Black Gold - The lost archives of Jimi Hendrix de Steven Roby
  2. Message from Nine To The Universe Vol.1 (ATM 055)
  3. Hendrix: Setting The Record Straight de John McDermott avec Eddie Kramer revient sur le montage
  4. a et b DAGGER RECORDS : Official Jimi Hendrix Bootleg Recordings (www.daggerrecords.com)