Megara Hyblaea

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Megara Hyblaea

Megara Hyblaea ou Megara Hyblaia (peut-être identifiable à Hybla Major) est une antique colonie grecque sur la côte est de la Sicile, près de l’actuelle ville d’Augusta, au nord de Syracuse. C’est une des plus anciennes colonies grecques de Sicile.

Histoire[modifier | modifier le code]

Des colons doriens venus de Mégare seraient arrivés en Sicile à la même époque que les Chalcidiens fondent Naxos[1]. Ils s'installent près de Trôtilon (aujourd’hui Brucoli), à Leontinoi et à Thapsos.

Selon la tradition rapportée par Thucydide[2], l’œciste (chef d’expédition), Lamis, obtient le terrain sur lequel établir une colonie du roi sicule Hyblon de la cité voisine de Hybla Gereatis (localisée à Paternò ou Pantalica). Le nom de cette cité viendrait du nom de ce roi[1].

Megara Hyblaea est fondée entre 750 et 728[3],[4]. Les données archéologiques confirment une fondation vers le milieu du VIIIe siècle av. J.-C.[5] Une occupation au Néolithique a été découverte[1].

Le site d'une cinquantaine d'hectares est sur un plateau côtier irrigué par deux fleuves, protégé par un rempart à la fin du VIe siècle[1].

Megara Hyblaea n’a jamais semblé être une cité d’importance notable et n’a jamais tiré d’avantage de sa situation géographique, concurrencée par des colonies grecques voisines et rivales, Syracuse et Leontinoi, fondées à la même époque[1]. Environ un siècle après sa fondation, des habitants de Megara Hyblaea vont fonder Sélinonte, cherchant probablement de nouvelles terres pour leur expansion, laquelle devient plus prospère que sa métropole[1].

Megara Hyblaea est détruite par le tyran de Syracuse Gélon vers 483[1] (ou 481). Les habitants les plus riches sont déportés et incorporés à la population de Syracuse, les autres massacrés ou réduits en esclavage[5]. Ses murailles sont probablement rasées au sol à cette date.

Lors de l’expédition d’Athènes contre Syracuse (415/413), le stratège Lamachos propose de faire de cette cité alors déserte une base militaire opérationnelle pour l’armée athénienne; mais sa suggestion n'est pas suivie, et de leur côté, les Syracusains ne la fortifient pas non plus.

Vers 340, Timoléon, après avoir ramené l’ordre à Syracuse, entreprend une recolonisation du territoire de Syracuse et fait reconstruire Megara Hyblaea. En 309, elle est de nouveau fortifiée. Elle demeure dans la mouvance de Syracuse, et fait partie de son territoire indépendant jusqu’à la deuxième guerre punique. Après son occupation par Marcus Claudius Marcellus en 213[6], on n’entend plus parler d’elle.

Strabon (vers -57, vers 25)[réf. nécessaire] évoque une cité sicilienne disparue à son époque, fondée par des Doriens venus de Mégare. « Hybla, car ce fut là le nom primitif de l'établissement. Aujourd'hui, je le répète, cette ville n'existe plus ; et, si le nom d'Hybla a survécu, c'est grâce à la supériorité du miel dit hybléen. »[7]

Personnalité liée à Megara Hyblaea[modifier | modifier le code]

Épicharme a vécu à Megara avant de s'installer définitivement à Syracuse[8].

Vestiges archéologiques[modifier | modifier le code]

De nombreux vestiges archéologiques sont encore visibles sur le site. Après de premières découvertes en 1891, la partie nord occidentale de la cité est mise au jour à partir de 1949 par l’École française de Rome, sous la direction des archéologues français Georges Vallet et François Villard, en liaison avec les archéologues italiens Luigi Bernabò Brea, surintendant aux Antiquités de Sicile orientale, et son collaborateur Gino Vinicio Gentili.

Les fouilles permettent d’étudier le plan et l’organisation de la cité vers le milieu du VIIe siècle av. J.-C., période particulièrement intéressante car correspondant à celle de la civilisation grecque archaïque, assez mal connue. La cité était bordée au nord par son port et avait une nécropole d’environ un millier de tombes. Les archéologues constatent que le tracé des rues suivait un plan régulier en damier (plan hippodamien), ce qui constituait une révélation pour la période archaïque.

Sont encore visibles sur le site :

  • l'agora trapézoïdale (74 m sur 63 m) avec sur les côtés nord et est les vestiges de deux portiques[1] ;
  • au sud de l’agora, les fondations de deux temples doriques (époque archaïque, VIe siècle av. J.-C.), sans périptère, avec pronaos et naos. Celui de l’ouest possède une colonnade intérieure axiale[1]. Les nombreux objets votifs qui y furent découverts sont au musée de Syracuse.
  • les bains grecs
  • l'hérôon
  • des vestiges du mur d’enceinte de l’époque archaïque, en blocs carrés, avec des tours semi-circulaires et une porte
  • les vestiges d’un temple d’époque hellénistique

Le musée régional Paolo Orsi à Syracuse présente de nombreux objets trouvés les campagnes de fouilles. Parmi les plus remarquables, citons :

  • une statue archaïque (VIe siècle av. J.-C.) en calcaire, de fabrication locale, représentant la Déesse-Mère, assise sur une trône allaitant deux jumeaux (kourotrophos), trouvée dans une nécropole par Gino Vinicio Gentili[1] ;
  • un kouros funéraire, torse d’homme en marbre de Paros, du milieu du VIe siècle, de style dorique, portant sur la cuisse le nom du défunt : « Sombrotidas le médecin, fils de Mandroclès »[1] ;
  • un fragment de masque de théâtre (du VIe siècle av. J.-C.).

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i j et k Pierre Lévêque, « Mégara Hyblaia », La Sicile, Presses Universitaires de France, « Nous partons pour », 1989, p. 243-248. [lire en ligne]
  2. La Guerre du Péloponnèse [détail des éditions] [lire en ligne] (VI, 3).
  3. Roland Martin, « Histoire de Sélinonte d'après les fouilles récentes. », Comptes-rendus des séances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, 121e année, N. 1, 1977. p. 50.
  4. 728 est la date de fondation indiquée par Thucydide[réf. nécessaire], mais les recherches archéologiques penchent pour une date antérieure, autour de 750.
  5. a et b Claude Mossé, Précis d’histoire grecque.
  6. Tite-Live, Histoire romaine (XXIV, 35).
  7. Strabon, Géographie [détail des éditions] [lire en ligne] (VI, 2, 2).
  8. Pierre Lévêque, « Syracuse : le destin d’une cité », La Sicile, Presses Universitaires de France, « Nous partons pour », 1989, p. 195-218. [lire en ligne].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paolo Orsi, Monumenti dei Lincei (1891), i. 689-950; et Atti del congresso delle scienze storiche, v. 1 81 (Roma, 1904).
  • Italie du sud, Sicile, Sardaigne, Guides bleus, 1986, (ISBN 2-01-011937-1)
  • Claude Mossé, Précis d’histoire grecque, Armand Collin, 1990, (ISBN 2-200-31292-X)
  • Georges Vallet, François Villard et Paul Auberson, Mégara Hyblaea (1) : Le Quartier de l'agora archaïque. Texte, Rome, École française de Rome, coll. « Mélanges d'archéologie et d'histoire », , 440 p. (ISBN 2-7283-0395-9, lire en ligne)
  • Georges Vallet, François Villard et Paul Auberson, Mégara Hyblaea (3) : Guide des fouilles. Introduction à l'histoire d'une cité coloniale d'Occident, Rome, École française de Rome, coll. « Mélanges d'archéologie et d'histoire », , 185 p. (ISBN 2-7283-0053-4, lire en ligne)