Mannéens

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Les Mannéens (nom biblique Minni[1] ou encore Mannaï) étaient un peuple établi dans l'ouest de l'actuel Azerbaïdjan iranien, au sud-est de la dépression lacustre d'Orumieh, près de l’actuelle ville de Mahabad et vers le sud-est de mer Caspienne.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'épopée des mannéens s'étend du Xe siècle av. J.-C. au VIIIe siècle av. J.-C.. En effet, ils sont évoqués la première fois en 843 dans les annales de du roi Salmanasar III et pour la dernière fois, dans celles de Ursâ II, roi d'Uartu et d'Assarhaddon roi d'Assyrie. Dans la deuxième moitié du IXe siècle av. J.-C.. émerge le royaume des Mannéens. Jusqu'au VIIIe siècle av. J.-C., il se renforce et à son apogée vers 800 av. J.C., le royaume s'étend jusqu'aux rives du fleuve Koura.

Mais voisins des empires Assyrien et d'Urartu, ainsi que d'autres petits états, comme Musasir et Zikirta au Nord, les confrontations affaiblissent les mannéens.

Après l'arrivée au pouvoir de Tiglath-Phalasar III (744-727 av. J.-C.) en Assyrie, Iranzu, roi de Mannea, devient son vassal in 744 av. J.-C.. La présence assyrienne permanente sur les flancs du Zagros, avec les provinces de Parsua et de Bit-Hamban et au sud, la province de Mazama. consolident l'importance des Mannéens dans la région, même si ces derniers doivent payer un lourd tribut en chevaux, boeufs et moutons. À leur apogée, leurs frontières des Mannéens s'étendent jusqu'à la Koura.

Mais de l'autre coté grandit l'empire Uartu. Cela provoque des dissentions, une partie des gouverneurs mannéens, menés par Mitatti, gouverneur de Zikirtu, veut s'allier à cette nouvelle puissance et fait cessession en choisissant Parda comme siège.

C'est alors que Sargon II, devient roi de Babylone. L'Assyrie doit enclencher les hostilités avec l'Uartu pour ne pas disparaitre. C'est le moment que Mitatti choisi pour se rebeller contre Iranzu mais Sargon pacifie le royaume des mannéens une première fois en 719 av. J.-C.: il se porte au secours de son allié, le roi mannéen Iranzu, menacé par Ursâ, roi d'Urartu. Iranzu meurt au cours de ces troubles. Pourtant Sargon laisse Mitatti à la tête de sa Province contre l'achat de chevaux dont il a cruellement besoin.

Peu de temps après, Bagdatti d'Uisdis et Metatti de Zikirtu, « grands gouverneurs du pays des Mannéens » se soulèvent cette fois contre Azâ, fils et successeur d'Iranzu et mettent son armée en déroute. Azâ est tué et son cadavre laissé sans sépulture. Sargon intervient une seconde fois: il fait écorcher vif Bagdatti et l'expose à l'endroit où le corps d'Azâ avait été abandonné. Ullusunu, frère et successeur d'Azâ noue alors des intrigues avec Ursâ et se révolte. Sargon exerce des représailles en pays mannéen et Ullusunu se soumet en 716 av. J.-C.[2]. Dans une inscription découverte dans le palais de Dur-Sarrukin à Khorsabad, datée de la sixième année de son règne, parlant du rebelle mannéen Ulusunu, il déclare : « Izirtu, sa cité royale, Zibiè[3] et Armaid, ses puissantes forteresses, je les ai prises et je les ai incendiées ». En 715 av. J.-C., nouvelle intervention : Sargon reprend 22 forteresses enlevées par Ursâ aux Mannéens. [4] Après cette pacification, le royaume mannéen fut vaincu par Rusa II, roi d'Urartu. Lors de la construction d'un nouveau temple dans sa capitale, ce dernier évoque y avoir employé « d’habiles artistes mannéens ». Le peuple mannéen survit donc à ces troubles.

Il s'en suivit une période faste durant le VIIe siècle av. J.-C. aux dépens des Assyriens et des Uartu auquels ils tiennent tête.

À Ullusunu succède Ahşeri, et entre en conflit avec Esarhaddon. Assourbanipal (668 - vers. 638 av. J.-C.) déclare la guerre aux Mannéens en 663 av. J.-C.. Une révolte éclate et Ahşeri est mis à mort par ses sujets. Ualli, son fils, se soumet à Assourbanipal. Selon les Chroniques Babyloniennes, il vient soutenir les Assyriens contre Nabopolassar en 616 av. J.-C. mais sans grand succès, puisque NInive est prise.

Les Mannéens furent définitivement absorbés par les Scythes et surtout les Mèdes, lors de l'établissement du premier gouvernement sur le plateau azerbaidjannais par la dynastie Mède ves 590 av. J.-C.)[5].

Chronologie des Souverains mannaéens[modifier | modifier le code]

vers 829- ??? avant J.C. Ualki (Udaki)

vers 740-719 avant J.C.  İranzu

vers 718-716 avant J.C.  Azâ

vers 716-680 avant J.C. Ullusunu

vers 675-650 avant J.C.  Ahşeri

vers 650-630 avant J.C. Ualli

Langage[modifier | modifier le code]

Les origines ethniques et les affinités linguistiques des Mannéens sont incertaines. Ils sont parfois considérés comme n'étant pas d'origine Indo-européenne ; cependant, certains historiens voient des similarités entre les Mannéens et certains groupes indo-iraniens comme les Scythes. Les mannéens pourraient être une branche des Hourrites (Khurrites): selon l'examen des noms de localités ou des noms des personnes relevées dans le écrits Assyriens et Urartiens, les mannéens, du moins leurs dirigeants, auraient parlé un langage Hourrite, langage non-Semitique mais aussi non-Indo-Européen, parent de l'Urartien, et sans ausun lien avec les langages postérieurs[6].

Civilisation[modifier | modifier le code]

Historiens et archéologues s'accordent à reconnaitre en eux les héritiers des peuples des pays d'Aratta, Gutti (Kuti), Lullu (Lullubi), Turukki et Su (Subar) autour du Lac d'Urmieh. De ces strucutres tribales ont émergé des cités-états correspondants, ayant aboutit à la formation de l’État de Manna[7].

Les Mannéens ont constitué une des plus anciennes structures étatiques pluraliste dans cette région avec une culture politique relativement libérale. Le souverain de l’État Mannéen est le ianzi ou yanzi, un mot signifiant « personne dirigeante » en langue hourrite. Son pouvoir est effectivement contrebalancé par un "conseil d'anciens". Dans les échanges épistolaires diplomatiques avec les puissants de la région, il ne s'adresse pas personnellement, mais avec ses « patriciens, anciens et conseillers de son pays »[8]

Des fouilles commencées en 1956 ont permis de mettre à jour la ville fortifiée de Hasanlu d'abord tenu pour leur capitale, mais celle ci se nommait Izirtu (Zirta), peut-être est-ce le site de Qalaichi près de Bukân. Il pourrait s'agir aussi du village de Kaplantu, adossé à une montagne, comme le sont Persépolis et Hamadhan, avec devant elle une large vallée fertile, surveillée par Zibiè, l'épais massif rocheux traversé par une route facilement défendable par la seconde « puissante forteresse », Armaid, peut-être au col, vers Ashab[9] et celle d'Usqaia, localisée à Osku à l'est du lac d'Ourmia, en Iran.

Cette civilisation a révélé maitriser l'élevage notamment de chevaux, le travail du Lapis-Lzuli et l'hydrologie, comme le prouvent de très nombreux ouvrages hydrauliques de surface avec des parties souterraines. En revanche, il n’y a jusqu'ici pas de preuve de l’existence de qanåts. Bons cavaliers, ils sont d'excellents éleveurs de chevaux. Les annales de l'assyrien Sargon II font allusions à d'excellents chevaux en provenance du mont Zagros en pays des mannéens « un messager du roi Mannéen m'a apporté un cheval en cadeau, et salué de la part du roi des Mannéens. Je l'ai vétu de pourpre et j'ai mis un bracelet d'argent à son poignet »[10]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Référence dans Jeremie 51:27 sous le nom de Minni.
  2. pour en savoir plus, voir "La 8e campagne de Sargon" (714  av.  J.-C.) Texte Assyrien inédit, publié et traduit par François THUREAU-DANGIN avec une carte et trente planches, Paris, Librairie Paul Geuthner, 1912, Musée du Louvre, Département des Antiquités Orientales
  3. Zibiè ou Izibiè fut identifiée comme étant Zîwiyè, cité antique située à une quarantaine de kilomètres à l'Est de Sakkiz, au Sud du lac d'Urmiyè au Kurdistan, grâce à la découverte fortuite à la fin de la Seconde Guerre mondiale du "Trésor de Zîwiyè", une sépulture ayant révélé des objets en or, en argent et en ivoire: un grand pectoral orné de deux lignes d'animaux et d'êtres fabuleux se dirigeant vers un arbre de vie central, une gaine de poignard, une sorte de torque orné de têtes d'animaux en relief, coffres ou coffrets, de grosses têtes de lions et d'oiseaux en ronde-bosse, un vase en or, une épaisse cordelière à pompon et de petits objets, boucles d'oreilles, ornements de vêtements, un fragment de mors de cheval et un cachet de pierre, tous deux ornés des têtes d’aigle si caractéristiques de l’art postérieur des scythe.... pour en savoir plus, voir "Le Trésor de Ziwiyè", par André Godard, in Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Année 1949, Nr. 93-2, pp. 168-172
  4. Hugo Winckler, Die Keilschrifttexte Sargons, Vol. 1, 1883
  5. (en) "Mannai" « Copie archivée » (version du 13 janvier 2008 sur l'Internet Archive) Encyclopedia Britannica (consulté le 19 juin 2006).
  6. Iranian Identity in Ancient Times Richard N. Frye Iranian Studies, Vol. 26, No. 1/2 (Winter - Spring, 1993), pp. 143-146
  7. Igor Mikhaĭlovich Diakonoff, Historien et linguiste d'origine russe, choriphée de l'histoire de la Médie et des autres états Zagros, in "Media", p. 158 , pour en savoir plus sur Igor Mikhaĭlovich Diakonoffhttps://en.wikipedia.org/wiki/Igor_M._Diakonoff
  8. Igor Mikhaĭlovich Diakonoff, in "Media", p. 73
  9. "Izirtu, la capitale du pays des Mannéens, Zibiè et Armaid" par André Godard, in "Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres", Année 1949, Nr 93-4, pp. 312-313
  10. SAAo/SAA01 : Correspondence between the King of Assyria and his Magnates in the 8th Century BC” (AH/F016581/1; University College London). http://oracc.museum.upenn.edu/saao/saa01/P334143

Liens externes[modifier | modifier le code]