Louise de Coligny-Châtillon

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Louise de Coligny-Châtillon
Lou Louise de Coligny Chatillon.jpg
Biographie
Naissance
Décès
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GenèveVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nationalité
Activité

Louise de Coligny-Châtillon de son vrai nom Geneviève Marguerite Marie-Louise de Pillot de Coligny, née le à Vesoul et décédée le à Genève, en Suisse, fut l'une des premières aviatrices françaises.

Elle fut de fin septembre 1914 à mi février 1915[1] l'objet de l'amour fou de Guillaume Apollinaire, que Marie Laurencin avait rejeté deux ans plus tôt, et lui a inspiré Poèmes à Lou. Les lettres qu'elle reçut de lui depuis le front témoignent intimement du mélange propre au poète d'une sensualité sadique, d'un émerveillement enfantin et d'un sens tragique du destin[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Née à Vesoul le 30 juillet 1881, elle était l'unique enfant de Gonzague de Pillot de Coligny et de son épouse, Marguerite Damedor de Mollans. Elle fut soumise à l'éducation sévère d'une mère très stricte. Élève de l'Institut Saint-Enfant-Jésus de Vesoul[3], après l'installation de sa famille à Dijon, elle fréquenta l'établissement des dominicaines de cette ville. Elle s'y maria le avec le baron de Coudenhove[4]. Ce mariage ne dura pas, se terminant par un divorce prononcé le 11 mars 1912.

Il est fait mention de la comtesse Louise de Pillot de Coligny dans les registres de l'École d'Aviation Deperdussin basée à Étampes aux côtés de Jane Herveu, Mlle Faïna et Mlle Vandersy. Ces quatre aviatrices après s'être entraînées à Pau arrivent à Étampes en 1912[5], année au cours de laquelle Louise de Coligny aurait divorcé.

Le décès de son père en 1913 fut à l'origine d'un litige avec sa mère au sujet de l'héritage paternel, litige la laissant pratiquement sans ressources[6]. Durant cette période difficile, elle pouvait cependant compter sur le soutien de son ami et amant Gustave Toutaint[7].

Si je mourrais là-bas, sur le front de l'armée
Tu pleurerais un jour ô Lou ma bien-aimée
(...)
Souvenir oublié vivant dans toute chose
Je rougirais le bout de tes jolis seins roses
(...)
Apollinaire, Poèmes à Lou, Nîmes, 30 janvier 1915[8].

Un jour de septembre 1914, alors qu'elle logeait chez sa cousine Edmée, dans la luxueuse villa Baratier de Saint-Jean-Cap-Ferrat, elle rencontra le poète Guillaume Apollinaire. L'écrivain tombe amoureux d'elle et ils entretiennent une courte liaison puis une correspondance enflammée en 1914, avant qu'il ne parte à la guerre[9]. Ils rompent en 1915 mais entretinrent ensuite une correspondance quasiment quotidienne, Apollinaire étant parti au front en Champagne.

Jusqu'à l'été suivant, il espéra la reconquérir. Devenu le fiancé de Madeleine Pagès, ses lettres se firent plus rares et plus impersonnelles. La dernière, assez froide, est datée du 18 janvier 1916[10].

Leur correspondance amoureuse, telle que rédigée par Apollinaire, représente 220 lettres et 76 poèmes, souvent inclus dans les lettres. Seules six lettres de Lou nous sont parvenues, mais elles nous donnent un éclairage sur ce que fut leur relation.

Selon le témoignage de Lou recueilli par André Rouveyre, après la rupture, ils se revirent une seule fois Place de l'Opéra à Paris : « Entrevue navrante pour tous deux. Une sorte de fuite intime de part et d'autre. Lui était d'ailleurs déjà très atteint, très émotif. Puis, se retrouver ainsi soudain auprès d'une femme qu'il avait si profondément aimée et qui l'avait déçu... Reproches, entretien assez pénible. Entretien écourté où ils se sont regardés avec tristesse, et avec l'impression qu'ils ne se reverraient plus. Ce qui devait être, en effet »[11].

Le décès de la mère de Lou, en 1919, mit un terme au litige concernant son héritage. Elle fut la compagne du notaire Charles Cousin, de deux ans son cadet, qui mourut en 1926.

En 1947, elle fit publier chez l'éditeur suisse Pierre Cailler les 76 poèmes et bouts rimés extraits de la correspondance d'Apollinaire. Cet ouvrage, présenté sous le titre Ombre de mon Amour, titre imaginé par Apollinaire pour un futur recueil, fut vivement contesté par sa veuve Jacqueline et fut réédité plus tard sous le titre Poèmes à Lou.

L'édition en 1955 de la correspondance intégrale, toujours chez Pierre Cailler, entraîna la mise au pilon de la totalité du tirage, à l'exception de rares exemplaires hors commerce. En 1969, après les décès de toutes les personnes liées à cette histoire, Gaston Gallimard, qui avait déjà édité l'intégrale poétique d'Apollinaire dans la prestigieuse collection de la Pléiade en 1956 au prix de treize années d'efforts acharnés, publia enfin l'intégralité des Lettres à Lou[11].

Lou est morte à Genève le 7 octobre 1963 et repose auprès de Charles Cousin au cimetière de Passy.

André Rouveyre, ami d'Apollinaire qui la connaissait bien et lui était apparenté, la décrivait « spirituelle, dégagée, frivole, impétueuse, puérile, sensible, insaisissable, énervée, un peu éperdue en somme ». Et aussi : « Gracieuse et novice aventureuse, frivole et déchainée, prodigue à la fois et avare de soi, imprudente et osée, et plutôt d'ailleurs pour la frime que pour l'enjeu». Pour Apollinaire, follement amoureux, elle était élégante et intrigante, « mutine et langoureuse à la fois » avec ses « grands et beaux yeux de biche ».

Une pièce de théâtre en 1999 retrace, à travers les poèmes d'Apollinaire à Louise de Coligny, leur aventure[12].

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Revue de presse[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  1. « Louise de Coligny-Châtillon », sur https://books.google.fr/books? (consulté le 23 août 2012)
  2. M. Decaudin, « Préface », in G. Appolinaire, Lettres à Lou, p. X & XI, Gallimard, Paris, 1990 (ISBN 2-07-071854-9).
  3. Jean-Louis Clade, « École et instituteurs en Haute-Saône: au temps de Jules Ferry », p. 176 sur Google Livres
  4. Albert Bernard, « Une vieille famille ardennaise. La descendance des Roujoux. », Revue d'Ardenne et d'Argonne,‎ , p. 42 (lire en ligne)
  5. [PDF]« What is doing abroad. - Wake up England! », Flight,‎ (lire en ligne)
  6. Michel Décaudin citant Rouveyre
  7. Laurence Campas
  8. G. Apollinaire, Poèmes, p. 100, Le Livre de poche, Paris, 1956.
  9. André Billy, « Préface », dans Guillaume Apollinaire, Œuvres poétiques, Éditions Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », , p. XXXIII-XXXIV
  10. cfr Lettres à Lou
  11. a et b Michel Décaudin, « Préface », dans Guillaume Apollinaire, Lettres à Lou, Éditions Gallimard, coll. « L'Imaginaire », (lire en ligne)
  12. « Sur le front de l'amour », L'Express,‎ (lire en ligne)