Louis-Marie Guichard

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Louis-Marie Guichard
Naissance
Décès
Nationalité
Activité

Louis-Marie Guichard, né vers 1770[1] à Paris, mort dans la même ville le 31 mai 1832, est un sculpteur français qui travailla dix ans en Russie et devint le « sculpteur attitré de la famille impériale russe »[2].

On ne doit pas le confondre avec Joseph-Nicolas Guichard, ornemaniste de la seconde moitié du XVIIIe siècle[3].

Biographie[modifier | modifier le code]

Elève d'Augustin Pajou et de François-André Vincent, Louis-Marie Guichard excellait dans les bustes taillés dans le marbre en grandeur naturelle, et d'après nature, dont le rendu était réputé pour sa ressemblance avec le modèle. Plusieurs de ses œuvres furent ensuite éditées en plâtres.

Courant 1803-1804, il se rend en Russie, à Saint-Pétersbourg[4]. L'empereur Alexandre le choisit pour tailler son portrait, ainsi que les grands personnages de Russie. Il est reçu membre de l'Académie des Arts de Saint-Pétersbourg. Il revient en France en 1814.

En 1813, il fut reçu associé honoraire du Comité d'agriculture de la Société des Arts de Genève[5].

Louis-Marie Guichard expose ses œuvres aux Salons de 1802, 1814 (obtention d'une médaille), 1817, 1819, 1822, 1830 et 1831.

Selon certaines sources[6], il résida à Nantes autour de l'année 1825, ce qui explique son absence aux Salons parisiens de 1824 et 1827.

Il exerça à Paris à différentes adresses : au no 196 place du Museum en 1802-1804[7], au no 8 du cul-de-sac-Ferou (près de Saint-Sulpice) de 1814 à 1820, au no 25 rue des Francs-Bourgeois en 1822, au no 20 rue Monsieur le Prince en 1830 jusqu'à sa mort en 1832.

Il meurt à Paris le 31 mai 1832. Son inventaire après-décès eut lieu le 13 juin suivant, sur la requête de sa veuve Jeanne-Isoline Joly[8].

Carrière[modifier | modifier le code]

Louis-Marie Guichard fut très apprécié de ses contemporains, tant français que russes. Comme l'indique Irina Krasnikova, directrice du département des sculptures de la Galerie Tretiakov, à Moscou :

« Les rarissimes exemples de portraits sculptés russes de l'époque du romantisme appartiennent au ciseau du maître français M. Guichard [qui] apporta de France l'esprit de la vie romantique, les idéaux et les formes d'un art nouveau […]. Pour concentrer l'attention du spectateur sur la personnalité du modèle, l'artiste tend à la sobriété, […] le monde des objets, dans le portrait romantique, est insignifiant. Les détails sont chargés de fixer l'essentiel, soit le reflet des goûts du commanditaire, soit la position sociale du modèle.

Les portraits de l'empereur Alexandre Ier et de son frère Constantin font preuve d'un dépouillement raffiné. […]

Le portrait du tsarévitch Constantin, réalisé en 1804, est une sorte de « percée » du sculpteur dans le monde de l'art de cour, des commandes et du succès. Le grand-duc de 25 ans a […] une expression d'ardeur juvénile et [l]' intensité émotionnelle se reflète sur son visage […]. L'étoile de Saint-André-le-Premier-Appelé est à demi cachée par le revers de la veste et est couverte par les glands et l'insigne de l'ordre de Saint-Georges. […] On a ici un véritable héros romantique, perçu à travers le prisme de l'idéal […].

Le portrait d'Alexandre Ier, réalisé trois ans plus tard […] est très différent du portrait de son frère. Guichard ne cherche pas à faire du tsar un homme à l'émotion exacerbée. […] Le sculpteur n'a nul besoin, ici, de recréer l'illusion de la jeunesse. L'empereur n'avait que deux ans de plus que son frère, et [nous] voyons ici un homme mûr, volontaire, énergique, sûr de ses forces. »

Une fois revenu en France, le talent de Guichard est suffisamment célèbre pour qu'il soit l'un des deux sculpteurs admis à approcher le Roi Louis XVIII pour en tailler le portrait dans le marbre (1814)[9]

Œuvres[modifier | modifier le code]

L'œuvre de Louis-Marie Guichard est clairement établie pour la période russe (1804-1813). En revanche, l'œuvre de la période française (1813-1832) reste à découvrir en grande partie : par exemple, on n'identifie que onze bustes en marbre de Guichard durant la période française, alors que trente-trois bustes en plâtre (probablement moulés sur les marbres durant cette période) furent dénombrés lors de l'inventaire après décès.

Guichard est davantage connu en Russie qu'en France. L'exposition « Russie romantique » (Paris, musée de la vie romantique, 2010-2011) fut l'occasion d'exposer en France deux des bustes impériaux conservés à Moscou.

Exposition de 1802[modifier | modifier le code]

  • Buste en plâtre du citoyen Blondin[10], professeur des langues française, anglaise, etc., au Palais National des Sciences et Arts, no 417 de l'Exposition.
  • Plusieurs bustes d'après nature : no 418 de l'Exposition.

Période russe (vers 1804-1814)[modifier | modifier le code]

Bustes de la famille impériale[modifier | modifier le code]

Autres bustes[modifier | modifier le code]

Retour en France (1814 - 1832)[modifier | modifier le code]

Salon de 1814[modifier | modifier le code]

Exposition au Louvre, le 5 novembre 1814.

  • Buste de Louis XVIII, roi de France (1814), marbre, no 1072 du catalogue, non localisé. Des plâtres furent proposés à la vente. Ce buste fut traduit en gravure par Jean Massard (1740-1822)[16].
  • Buste du duc de Berry (1814), marbre, no 1073 du catalogue, non localisé. Des plâtres furent proposés à la vente.
  • Buste d'Alexandre 1er, empereur de Russie (1814), marbre, no 1074 du catalogue, non localisé. Des plâtres furent proposés à la vente.
  • Buste du comte de Saint Priest, marbre, no 1075 du catalogue, non localisé[17].
  • Un jeune berger jouant de la flûte est surpris par un serpent (1814), marbre, no 1071 du catalogue, non localisé[18].

1814[modifier | modifier le code]

1816[modifier | modifier le code]

Salon de 1817[modifier | modifier le code]

Exposition au Musée royal des arts, le 24 avril 1817.

  • Hippomène, vainqueur d'Atalante, no 848 du catalogue. Commande de l'Etat. Le plâtre original, de grandeur naturelle (hauteur 1,72 m), est aujourd'hui au musée de Nantes[19].
  • La Monnaie et les Médailles, no 849 du catalogue[20].
  • Buste de M. Bossu, curé de Saint-Eustache[21], no 850 du catalogue.
  • Buste de Madame F…, no 851 du catalogue.

Salon de 1819[modifier | modifier le code]

  • Buste de Turgot, marbre, œuvre commandée par le ministre de l'Intérieur[22], musée de l'Évêché de Limoges[23].
  • Statue de Saint Jean [Baptiste], œuvre commandée par le préfet de la Seine
    • Un plâtre de cette statue, « haute de cinq pieds » (soit plus d'un mètre soixante), a été donné en 1822 par la ville de Paris à l'église Saint-Louis-en-l'Île. Elle y était encore conservée sous la tribune de l'orgue en 1841[24].
    • un exemplaire, probablement en plâtre, se trouvait dès 1824[25] dans la chapelle des fonts baptismaux[26] de l'église Saint-Ambroise à Paris (détruite sitôt après la construction de la nouvelle église Saint-Ambroise)[27] ; cette statue « en très mauvais état, ne fut pas conservée »[28]
    • un autre exemplaire se trouvait en 1838 dans l'église Saint-Merry à Paris[29]

Salon de 1822[modifier | modifier le code]

Exposition au Musée royal des arts, le 24 avril 1822.

  • Ulysse blessé à la chasse par un sanglier, no 1433 du catalogue.
  • Plusieurs bustes, no 1434 du catalogue.

1829[modifier | modifier le code]

Salon de 1830[modifier | modifier le code]

Exposition au palais du Luxembourg.

1830[modifier | modifier le code]

  • Buste d'homme, marbre (50 cm), vente Sotheby's New York, 11 janvier 1995, n° 162.

Salon de 1831[modifier | modifier le code]

Au Musée royal, le 1er mai 1831.

  • Buste de M. Peyre, architecte, marbre, non localisé[31].
  • Buste en marbre de M. Mignon ; fait après son décès[32]; non localisé.
  • Autres bustes en marbre, non localisés.

Œuvre faussement attribuée[modifier | modifier le code]

Dans son ouvrage sur Paris[33], Lasmarrigues attribue à Guichard un bénitier en marbre blanc, composé par Madame de Lamartine, et placé dans l'église Saint-Germain-L'Auxerrois à Paris. En réalité, ce bénitier est de François Jouffroy, et date de 1844. L'erreur de Lasmarrigues vient d'une mauvaise lecture de l'ouvrage de Félix Lazare[34].

Le fonds d'atelier en 1832[modifier | modifier le code]

À sa mort en 1832, Louis-Marie Guichard laissait dans son atelier :

« Dans l'atelier au rez-de-chaussée, éclairé sur la cour par une grande porte vitrée. Trente trois bustes en plâtre, deux bas-reliefs aussi en plâtre, un buste en marbre et un lot de modèles en plâtre, outils en bois et en fer, un modèle en terre glaise non terminé représentant un gladiateur, prisé pour le tout quarante francs. (Inventaire après décès, retrouvé et transcrit par T.C.[Qui ?] le 15 avril 2014[réf. nécessaire]). »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Non pas vers 1740 comme on le lit parfois.
  2. Constantin de Grunwald, Alexandre 1er : le tsar mystique (Paris, 1955, page 84), et André Ratchinski, Napoléon et Alexandre 1er : la guerre des idées (Paris, 2002).
  3. Qui sculptait des bouquets de fleurs et qui exposa en 1776 au Colisée et en 1779 au Salon de la Correspondance. Voir : Emile Bellier de la Chavignerie, « Les artistes français du XVIIIe siècle oubliés ou dédaignés », dans la Revue universelle des arts, volume 20 (1865), p. 324. C'est ce Guichard qui en 1791 fit hommage à l'Assemblée Constituante d'un bouquet de fleurs taillé dans un bloc d'albâtre : « Voici un mémoire de M. Guichard, sculpteur, dont les talents avantageusement connus lui ont fait obtenir un brevet de sculpteur de Monsieur. il fait hommage à l'Assemblée nationale d'un bouquet de fleurs taillé dans un bloc d'albâtre… » (Archives parlementaires de 1787 à 1860, tome I, p. 659), et sollicite un emploi. L'Assemblée lui accorde un subside de 400 livres.
  4. Où il fut connu sous le nom de « Луи-Мари Гишар ».
  5. « Guichard, sculpteur, à Paris » cité comme associé honoraire reçu en 1813 dans le Bulletin de la classe d'agriculture de la Société des Arts de Genève, IIe volume (Genève 1865), pages 45, 148 et 288 ; et dans l'Annuaire du département du Léman pour l'année 1814 (Genève, Paschoud, et Paris, 1814), page 179
  6. Catalogue des objets composant le musée municipal de Nantes, Huitième édition, Nantes, Mellinet, 1876, n° 36, page 238.
  7. Almanach du Commerce publié le 1er vendémiaire an XIII (22 septembre 1804).
  8. Paris, Archives Nationales, Minutes d'Antoine Cousin, MC/RE/XXVII/15.
  9. Le Journal des Débats politiques et littéraires (29 juillet 1814) écrit : « M. Guichard, l’un des scupteurs auxquels le Roi a bien voulu donner séance, vient de terminer le buste de S. M. Cet artiste avait également eu l’honneur d’exécuter, d’après nature, le portrait de l’Empereur Alexandre. Les plâtres de ces deux bustes, de grandeur naturelle, et fort satisfaisants sous le rapport de l’exécution et de la ressemblance, se vendent 120 fr. chacun, chez l’auteur, cul-de-sac Ferou, n° 8, près Saint-Sulpice. M. Guichard est aussi auteur d’un buste de Mgr le duc de Berry, dont les plâtres seront incessamment en vente. »
  10. Jean Noël Blondin (1753-1832), ancien feuillant, et auteur de grammaires
  11. Dès 1807, on voyait dans une salle de l'Académie « sur un piédestal le buste aussi fidèle que beau de Sa Majesté l'Empereur par Mr. Guichard ». « De Guichard nous avons le buste aussi fidèle que beau de Sa Majesté l'Empereur, de même que ceux de la majeure partie de la famille impériale. Le buste très ressemblant de M. de Krusenstiern, que l'on voit à l'hermitage, est encore de lui. » (Henri de Reimers, L'académie impériale à Saint Pétersbourg, depuis son origine jusqu'au règne d'Alexandre 1er en 1807, pages 130 et 147).
  12. Dans une lettre à Savary, en mission à Saint-Pétersbourg, Napoléon écrit : « Remerciez l'empereur de ses belles pelisses et de son buste » (16 septembre 1807).[1]
  13. Journal de l'Empire, 15 septembre 1807. Un exemplaire de ce biscuit est passé en vente chez Christie's New York le 20 octobre 2006 (n° 728) ; un second à Enghien les Bains le 29 novembre 2009
  14. Souvorow et ses portraits.
  15. Un moulage en bronze réalisé en 2002-2004 [2].
  16. Louis XVIII, Roi de France et de Navarre, gravé au burin, en manière de Camée, d’après le buste de Guichard, à Paris, chez Massard père, rue Grenetat, no 6.
  17. Ce buste, « de grandeur naturelle » est reproduit par Frémy dans ses Croquis de portraits des personnages remarquables… dessinés et gravés par J. M. N. Frémy d'après les tableaux exposés aux différens salons (Paris, l'Auteur, 1815).
  18. Dans un compte-rendu du Salon paru dans le Journal des arts, des sciences et de littérature (Paris, Porthmann, 1814, p. 298), on lit au sujet de ce groupe : « Bonne composition, assez de vérité dans les figures, mais pourquoi le serpent, personnage au moins essentiel du tableau, est-il caché avec tant de soin ? L'auteur aurait aussi bien fait de s'épargner le travail et de laisser au livret le soin d'apprendre quel est le sujet de la frayeur du berger. »
  19. Catalogué sous le nom « Hippomène et Atalante", il fut donné en 1833 au musée par M. Dérivas aîné, de Nantes (Moÿse de Rostaing de Rivas). Listé dans le Catalogue des tableaux et statues du musée de la ville de Nantes, Troisième et nouvelle édition, Nantes, Mellinet, 1837, no 733. Référencé dans le Catalogue des objets composant le musée municipal de Nantes, Huitième édition, Nantes, Mellinet, 1876, n° 36, page 238.
  20. « Ce bas-relief, ordonné pour la fontaine de la Bastille, doit être exécuté en marbre de double proportion » (Catalogue du Salon).
  21. Pierre-Louis Bossu, chanoine de Paris, curé de Saint-Eustache, mort en 1830
  22. Cette commande est référencée dans les archives de la Maison du Roi : «1818. Remise à Guichard d'un bloc pour le buste de Turgot » (publié dans la Revue de l'art français ancien et moderne, deuxième année, 1885, page 26).
  23. À la suite de l'Exposition de 1819, ce buste fut attribué à la ville de Limoges par décision du ministre de l'Intérieur. En 1900, il fut donné par la municipalité de Limoges au musée national de la porcelaine Adrien Dubouché, puis déposé au musée de l'Évêché de Limoges. Sur le site du catalogue interministériel des dépôts d'œuvres d'art de l'État, ce buste est daté par erreur du XVIIIe siècle, et son auteur n'est indiqué que par son patronyme « Guichard ».
  24. Abbé Pascal, Notice sur l'Île Saint-Louis (Paris, 1841), pages 27 et 59. Ce plâtre avait coûté 400 francs
  25. C. Harmand, Manuel de l'amateur des arts dans Paris, pour 1824, page 182
  26. Journal d'un bourgeois de Popincourt, page 92
  27. « Saint-Ambroise. Première succursale, rue Saint-Ambroise, n° 1. Cette petite église a été construite en 1659, pour les Annonciades. On y remarque une statue de Saint-Jean Baptiste, par Guichard ... » In : Le mentor de l'étranger à Paris (Paris, Marescq, 1832), page 58
  28. Journal d'un bourgeois de Popincourt, page 92.
  29. « Deux statues colossales représentant saint Jean-Baptiste, par Guichard, et saint Paul, par Bra, sont placées sous les arcades » (Marchant, Le nouveau conducteur de l'étranger à Paris en 1838, page 115, et ibidem en 1850, page 126)
  30. Ce buste fut légué par Paul Dalloz fils du modèle.
  31. « M. Guichard avait à l'exposition plusieurs bustes en marbre fort remarquables ; celui de M. Peyre, l'un de nos plus habiles architectes, est surtout d'une ressemblance et d'une exécution parfaites » (Ambroise Tardieu, Annales du musée et de l'école moderne des beaux-arts… Salon de 1831. Paris, Pillet aîné, 1831).
  32. no 2237 du catalogue : Explication des ouvrages de peinture, sculpture ..., Paris, Vinchon, 1831, page 174. Il s'agit peut-être de Mignon, juge de paix du premier arrondissement d'Orléans, décédé en 1830.
  33. A. Lasmarrigues, Paris monumental, Guide pratique de l'étranger dans Paris… (Paris, Librairie française, 1863), page 56.
  34. Félix et Louis Lazare, Dictionnaire des rues et monuments de Paris, Paris, Revue municipale, 1855, page 383.