Lettre de Fieschi

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La Lettre de Fieschi a été écrite au roi Édouard III d'Angleterre vers 1337 par le prêtre génois en Avignon, Manuele Fieschi. Fieschi est un notaire papal et membre de l'influente famille Fieschi, qui devint évêque de Verceil en 1343. La lettre est célèbre car Fieschi y affirme que le roi Édouard II d'Angleterre n'aurait pas été assassiné en 1327 mais se serait échappé et aurait passé le restant de ses jours en exil en Europe. Cette lettre a été source de controverse depuis la découverte d'une copie à Montpellier en 1878.

Provenance[modifier | modifier le code]

La lettre a été découverte par un activiste français dans un registre officiel daté d'avant 1368, dont le propriétaire était Gaucelm de Deaux, évêque de Maguelone. Elle a été préservée aux Archives Départementales d'Hérault à Montpellier. Elle y est toujours conservée. La lettre a été soigneusement examinée et n'est pas l’œuvre d'une falsification postérieure. En effet, Fieschi était une figure historique importante. Il possédait plusieurs bénéfices ecclésiastiques en Angleterre et semblait connaître le pays, bien que la lettre présente une confusion entre les rangs de chevalier et de lord.

Contenu de la lettre[modifier | modifier le code]

Texte original en latin Traduction française

In nomine Domini amen. Ea que audivi ex confessione patris vestri manu mea propria scripsci et propterea ad vestri dominacionem intimari curavi. Primo dicit quod sentiens Angliam in subversione contra ipsum, propterea monitu matris vestre, recessit a familia sua in castro Comitis Marescali supra mare, quod vocatur Gesosta. Postea, timore ductus, ascendit barcham unam con dominis Ugone Dispenssario et comiti Arundele et aliquibus aliis, et aplicuit in Glomorgam supra mare, et ibi fuit captus, una con domino dicto Ugone et magistro Roberto de Baldoli; et fuerunt capti per dominum Henricum de Longo Castello, et duxerunt ipsum in castro Chilon- gurda, et alii fuerunt alibi ad loca diversa; et ibi perdidit coronam ad requisicionem multorum. Postea subsequenter fuistis coronatus in proximiori festo Sancte Marie de la Candelor. Ultimum miserunt eum ad castrum de Berchele. Postea famulus qui custodiebat ipsum, post aliqua tempora, dixit patri vestro: Domine, dominus Thomas de Gornay et dominus Symon Desberfort, milites, venerunt causa interficiendi vos. Si placet, dabo vobis raubas meas, ut melius evadere possitis. Tunc con dictis raubis, hora quasi notis, exivit carcerem; et dum pervenisset usque ad ultimum ostium sine resistencia, quia non cognoscebatur, invenit ostiarium dormientem, quem subito interfecit; et receptis clavibus ostii, aperuit ostium et exivit, et custos suus qui eum custodiebat. Videntes dicti milites qui venerant ad interficiendum ipsum quod sic recesserat, dubitantes indignacionem regine, ymo periculum personarum, deliberarunt istum predictum porterium, extracto sibi corde, ponere in una cusia, et cor et corpus predicti proterii ut corpus patris vestri malicicse regine presentarunt, et ut corpus regis dictus porterius in Glocesta’ fuit sepultus. Et postquam exivit carceres castri antedicti, fuit receptatus in castro de Corf con socio suo qui custodiebat ipsum in carceribus per dominum Thomam, castellanum dicti castri, ignorante domino, domino Johanne Maltraverse, domino dicti Thome, in quo castro secrete fuit per annum cum dimidio. Postea, audito quod comes Cancii, quia dixerat eum vivere, fuerat decapitatus, ascendit unam navem cum dicto custode suo, et de voluntate et consilio dicti Thome qui ipsum receptaverat, et transivit in Yrlandam, ubi fuit per viiii menses. Postea dubitans ne ibi cognosceretur, recepto habitu unius heremite, redivit in Angliam, et aplicuit ad portum de Sandvic, et in eodem habitu transivit mare apud Sclusam. Postea diresit gressus suos in Normandia[m], et de Normandia, ut in pluribus, transeundo per Linguam Octanam, venit Avinionem, ubi, dato uno floreno uni servienti pape, misit per dictum servientem unam cedulam pape Johanni, qui papa eum ad se vocari fecit, et ipsum secrete tenuit honorifice ultra xv dies. Finaliter, post tractatus diversos, consideratis omnibus, recepta licencia, ivit Parisius, et de Parisius in Braybantia[m], de Braybantia in Coloniam, ut videret iii reges causa devocionis, et recedendo de Colonia per Alemaniam transivit sive peresit Mediolanum in Lombardiam, et de Mediolano intravit quoddam heremitorium castri Milasci, in quo heremitorio stetit per duos annos cum dimidio; et quia dicto castro guerra supervenit, mutavit se in castro Cecime, in alio heremitorio diocesis Papiensis in Lombardiam, et fuit in isto ultimo heremitorio per duos annos vel circa, semper inclusus, agendo penitenciam, et Deum pro vobis et aliis peccatoribus orando.

In quorum testimonium, sigillum, contemplacione vestre dominacionis, duxi apponendum. Vester Manuel de Flisco, domini pape notarius, devotus servitor vester.

Au nom du Seigneur, Amen. Ce que j'ai entendu de la confession de votre père, je l'ai écrit de ma propre main et ai pris soin après de le faire connaître à Votre Altesse. D'abord il dit que sentant l'Angleterre en subversion contre lui, après l'admonition de votre mère, il se retira de sa famille dans le château du comte maréchal près de la mer, qui s'appelle Chepstow. Puis, poussé par la peur, il prit une barque avec les seigneurs Hugues le Despenser, le comte d'Arundel et plusieurs autres, et se dirigea vers le Glamorgan par la mer. Là, il fut capturé avec le seigneur Hugues et le maître Robert Baldock ; et ils ont été capturés par Lord Henri de Lancastre, et ils l'ont mené au château de Kenilworth, et d'autres ont été maintenus ailleurs à divers endroits; et là il a perdu la couronne par l'insistance de beaucoup. Ensuite, vous avez été couronné par la suite à la fête de la Chandeleur. Finalement, ils l'ont envoyé au château de Berkeley. Ensuite, le serviteur qui le gardait, après un peu de temps, dit à votre père : « Seigneur, Lord Thomas Gurney et Lord Simon Bereford, chevaliers, sont venus dans le but de vous tuer. S'il vous plaît, je vous donnerai mes vêtements, afin que vous puissiez mieux vous échapper ». Puis, avec ces vêtements, comme la nuit était proche, il sortit de la prison ; et lorsqu'il atteignit la dernière porte sans résistance, parce qu'il n'avait pas été reconnu, il trouva le portier endormi, qu'il a rapidement tué ; et ayant pris les clefs de la porte, il ouvrit la porte et sortit avec son gardien qui l'accompagnait. Les chevaliers qui étaient venus le tuer, voyant qu'il s'était enfui, craignant l'indignation de la reine, le danger même pour leurs personnes, songèrent à mettre le portier susdit, le cœur en l'air, dans une boîte, et avec malveillance, présentèrent à la reine le corps et le cœur du dit portier comme le corps de votre père, et comme le corps du dit roi, le dit portier fut enterré à Gloucester. Et après qu'il fût sorti des prisons du château susdit, il fut reçu au château de Corfe avec son compagnon qui le retenait dans les prisons par Lord Thomas, châtelain du dit château, le seigneur étant ignorant, Lord John Maltravers, seigneur du dit Thomas, château dans lequel il a été secrètement pendant un an et demi. Après avoir appris que le comte de Kent avait été décapité parce qu'il avait dit qu'il était vivant, il prit un bateau avec son dit gardien et, avec le consentement et le conseil du dit Thomas, qui l'avait reçu, il passa en Irlande, où il fut pendant neuf mois. Puis, craignant d'y être reconnu, ayant pris l'habit d'ermite, il revint en Angleterre et débarqua au port de Sandwich, et, par la même habitude, traversa la mer jusqu'à L'Écluse. Il fit ensuite ses pas en Normandie et, de Normandie, traversant le Languedoc, il arriva en Avignon où, ayant donné un florin au serviteur du pape, il envoya un document au pape Jean, lequel pape l'appela et le tint secrètement et honorablement quinze jours de plus. Enfin, après diverses discussions, toutes choses étant examinées, la permission ayant été reçue, il se rendit à Paris, et de Paris en Brabant, de Brabant à Cologne, afin que, par dévouement, il pût voir les Trois Rois et, quittant Cologne, il transita par l'Allemagne, c'est-à-dire qu'il se dirigea vers Milan en Lombardie, et de Milan il entra dans un certain ermitage du château de Milascio, où il resta deux ans et demi ; et parce que la guerre a envahi le dit château, il s'est changé au château de Cecima dans un autre ermitage du diocèse de Pavie en Lombardie, et il était dans ce dernier ermitage pendant deux ans environ, toujours le reclus, faisant pénitence et priant Dieu pour vous et les autres pécheurs.

En témoignage de quoi j'ai fait apposer mon sceau pour la considération de Votre Altesse. Votre Manuele de Fieschi, notaire du seigneur pontifical, votre dévoué serviteur.

Théories en soutien[modifier | modifier le code]

Personne ne doute de l'authenticité de la lettre de Fieschi. Seule la véracité des dires de Fieschi posent problème car la lettre contient des détails que seuls quelques personnes connaissaient à l'époque. Par ailleurs, la lettre fut écrite bien avant les chroniques officielles relatant la fuite, l'emprisonnement et l'assassinat d'Édouard II.

L'historien Ian Mortimer affirme qu'il est "presque certain" que Édouard II n'est pas mort en 1327[1]. Il est possible que Édouard II ait su qu'il n'avait plus de soutiens en Angleterre et n'ait jamais tenté de reprendre son trône, particulièrement après que son fils Édouard III ait évincé en 1330 du pouvoir Roger Mortimer, le régent du royaume qui avait déposé son père. Dans la ville italienne de Cecima, près de Milan, la tradition veut qu'un roi d'Angleterre y ait été enterré et qu'il y a désormais une tombe médiévale vide, suite au rapatriement du corps de ce roi par son successeur.

Les funérailles organisées à Gloucester le 20 décembre 1327 supposées être celles d'Édouard II pourraient avoir été en réalité celles du portier assassiné. De nombreux dignitaires locaux ont été invités pour observer le corps d'une certaine distance, mais il était embaumé et donc non reconnaissable. Par ailleurs, ces funérailles royales sont les premières au cours desquelles le corps du roi mort a été transporté dans un gisant en bois sculpté plutôt que sur une bière.

Des documents diplomatiques montrent également qu'en 1338, Édouard III s'est rendu à Coblence pour y recevoir le titre de vicaire du Saint-Empire romain germanique. Il y aurait rencontré un homme nommé Guillaume le Galeys (William the Welshman en anglais), qui lui aurait affirmé qu'il était son père. Le nom porté par le prétendant est une référence directe au titre de prince de Galles, qu'Édouard II a porté dans sa jeunesse et où il a toujours été le plus populaire. Prétendre être le père du roi d'Angleterre aurait été dangereux et l'on ignore ce qu'il advint de Guillaume par la suite. Certains historiens considèrent qu'il s'agissait en réalité de William Ogle (ou Ockley), l'un des geôliers d'Édouard II après sa déposition en 1327.

Arguments en défaveur[modifier | modifier le code]

Ceux qui contestent la véracité de la lettre affirment qu'elle devrait être plutôt considérée comme une tentative de chantage de la part de l'évêque de Maguelone, envoyé en 1338 en Allemagne pour briser l'alliance anglo-germanique, afin de discréditer Édouard III auprès de ses alliés allemands. On peut également supposer qu'il s'agit d'une tentative de la part de Fieschi de gagner le patronage d'Édouard III, car il détenait en Angleterre plusieurs possessions ecclésiastiques depuis 1319.

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

L'intrigue principale du roman de Ken Follett, Un monde sans fin, est construite autour d'une lettre similaire.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Ian Mortimer, 'The Death of Edward II in Berkeley castle', The English Historical Review, n⁰ 120, (2005), pp. 1175-1224

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ian Mortimer, The Greatest Traitor: the Life of Sir Roger Mortimer, Earl of March, Ruler of England 1327-1330 (2003)
  • Ian Mortimer, The Perfect King: the Life of Edward III, Father of the English Nation (2006), consulter appendix three
  • Alison Weir, Isabella, She Wolf of France; Queen of England (2005), 0712641947