Léophanès

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Léophanès
Biographie
Nom dans la langue maternelle
ΛεωφάνηςVoir et modifier les données sur Wikidata
Époque
Activité

Léophanès[1] (en grec ancien : Λεωφάνης / Leôphánês[2],[3]) est un savant et naturaliste grec de l'Antiquité qui aurait vécu approximativement entre 470 et 430 av. J-C[4] et au plus tard au IVe siècle av. J.-C.[3]

Sources antiques[modifier | modifier le code]

Léophanès est cité par Aristote dans la Génération des animaux et par son disciple Théophraste dans les Causes des plantes[3],[5].

Les autres mentions dans la littérature antique font écho aux indications déjà transmises par ces deux auteurs. Le Résumé des opinions des philosophes mâles et femelles du Pseudo-Plutarque se réfère ainsi explicitement à Aristote[5]. Le nom de Léophanès figure dans deux commentaires des Petits traités d'histoire naturelle d'Aristote : l'un de Thémistios, l'autre de Michel d'Éphèse[6]. Photios le cite parmi les auteurs de livres philosophiques[6].

Certaines sources se réfèrent aux théories associées à Léophanès sans le citer : c'est notamment les traités de Columelle ou l'encyclopédie byzantine, les Geoponica.

Léophanès est identifié par William Smith au Cléophanès cité par Plutarque et le Pseudo-Galien[3]. Le Pseudo-Galien lui attribue en effet la théorie des testicules couramment associée à Léophanès. Pour Paul T. Keyser, il s'agit « probablement d'une erreur de retranscription manuscrite pour Léophanès »[7].

Doctrines[modifier | modifier le code]

La vie de Léophanès est inconnue. Les sources doxographiques permettent seulement de la situer chronologiquement. Dans le Pseudo-Plutarque, « son nom apparaît entre ceux d'Anaxagore et Parménide d'une part, de Leucippe et Démocrite d'autre part »[8]. Aétius le nomme « entre Anaxagore et Leucippe, ce qui permet d'indiquer une date approximative »[4]. Maria Marsilio retient ainsi une date de naissance vers 470 et une date de mort vers 430[4]. Richard Goulet le place de manière plus générique pendant le Ve siècle av. J.-C.[8].

Aristote relate que Léophanès conseillait aux éleveurs qui souhaitaient obtenir de jeunes animaux mâles de ligaturer le testicule gauche du reproducteur mâle et de procéder à l'opération inverse — c'est-à-dire à la ligature du testicule droit du reproducteur mâle — s'ils souhaitaient obtenir de jeunes animaux femelles[9]. Anthony Preus souligne que cette théorie pré-scientifique repose sur un présupposé exact : « Léophane a correctement estimé que les testicules sont la source du matériel génétique masculin et que le mâle apporte le déterminant du sexe de l'enfant »[10]. Néanmoins Léophanès en tire une hypothèse préformationniste non vérifiée : que le sexe de l'enfant soit déterminé par la position des semences dans les testicules, « de telle sorte que le testicule droit produise des semences masculines et le testicule gauche des semences féminines »[10].

Théophraste relève une autre théorie de Léophanès dans les Causes des plantes : l'emploi de la terre noire est recommandé pour cultiver les plantes, dans la mesure où elle absorbe la pluie et protège de la sécheresse. Cette théorie est également mentionnée (sans être attribuée à Léophanès) dans une encyclopédie byzantine sur l'agriculture, la Geoponica[11].

Postérité[modifier | modifier le code]

Tout en reconnaissant que l'on dispose de très peu d'informations sur Léophanès (« Léophanès est un auteur inconnu, voire banni des ouvrages de référence que j'ai pu consulter »), Lorenzo Perilli (en) le tient pour l'un des précurseurs de l'histoire naturelle : « ses travaux […] démontrent les ramifications d'un savoir zoologique voire biologique », qui aurait influé sur le Corpus hippocratique[12], où figure l'affirmation qu'« à la puberté, selon le testicule qui se développe le premier, l'individu engendrera des garçons si c'est le droit, des filles si c'est le gauche »[13].

La théorie de la détermination du sexe par la position des semences dans les testicules rencontre ainsi un certain succès : pour Maria Marsilio, elle « a engendré un certain nombre de superstitions populaires »[4]. G. E. R. Lloyd (en) la rapproche des thèses d'Anaxagore et de Parménide selon lesquels les mâles sont formés dans la partie droite de l'utérus et les femelles dans la partie gauche[14],[15]. Selon Chad Hartscock, le fait qu'Aristote s'attarde à la réfuter témoigne de sa popularité[16]. La technique a été mise en œuvre et étendue aux être humains : au milieu du IVe siècle av. J.-C., Hippocrate conseille aux familles de l'appliquer et, au Ier siècle, Columelle la mentionne dans ses traités de pratiques agricoles[9]. Un texte semblable à la citation de Léophanès se trouvant dans le traité hippocratique sur la superfétation, Émile Littré en a conclu soit que Léophanès était peut-être l'auteur de ce traité, soit que son auteur y a inséré une citation de Léophanès[2]. Bien qu'aucune source antique ne l'atteste explicitement, Léophanès aurait également pu influencer un disciple de Démocrite, Bolos de Mendès[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Littré 1839, p. 269 et 379-382.
  2. a et b Daremberg 1869, p. 160.
  3. a, b, c et d Smith 1873.
  4. a, b, c et d Marsilio 2008.
  5. a et b Goulet 2005.
  6. a et b Perilli 2007, p. 150, n. 6.
  7. Keyser 2008.
  8. a et b Goulet 2005, p. 94.
  9. a et b De Wit 1993, p. 279.
  10. a et b Preus 1977, p. 68.
  11. a et b Goulet 2005, p. 95.
  12. Perilli 2007, p. 150.
  13. Hippocrate, Œuvres complètes, t. 5, Baillière, (lire en ligne), p. 313.
  14. (en) G. E. R. Lloyd, « Right and Left in Greek Philosophy », The Journal of Hellenic Studies, vol. 82,‎ , p. 60 (DOI 10.2307/628543).
  15. (en) G. E. R. Lloyd, Methods and Problems in Greek Science: Selected Papers, Cambridge University Press, (lire en ligne), p. 39.
  16. (en) Chad Hartsock, Sight and Blindness in Luke-Acts : The Use of Physical Features in Characterization, Brill, , p. 88.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources antiques[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

XXe – XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Références pour la bibliographie antique[modifier | modifier le code]

  1. Lefebvre & Pellegrin 2015, p. 1682.
  2. a, b, c, d et e Perilli 2007, p. 150, n. 6.