Maurice Leenhardt

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Jean Henri Maurice Leenhardt, né à Montauban le et mort à Paris le , est un pasteur et ethnologue français, spécialiste du peuple kanak de Nouvelle-Calédonie.

Années de formation[modifier | modifier le code]

Son père Franz Leenhardt, pasteur protestant et géologue[1], avait mis en place et assuré un cours de sciences physiques et naturelles à la Faculté de théologie protestante de Montauban[2]. À son tour, Maurice Leenhardt s'inscrit dans cette même faculté et y soutient en 1902 une thèse de baccalauréat sur Le mouvement éthiopien au sud de l'Afrique de 1896 à 1899[3]. Il s'y efforce de comprendre l'éthiopisme « du dedans ». Selon lui, il s'agit d'un mouvement de revendication sociale issu des réactions légitimes des Africains contre les discriminations raciales[2].

Mission en Nouvelle-Calédonie[modifier | modifier le code]

Au début du XXe siècle, les autorités protestantes se préoccupent de l'évangélisation des Kanaks et Maurice Leenhardt est envoyé comme missionnaire par la Société des missions évangéliques de Paris en 1902 en Nouvelle-Calédonie, où il fonde la mission de « Dö nèvâ », vallée de Houaïlou. Comme peu de missionnaires, et surtout comme des missionnaires anglicans plus anciens, il s'attache à comprendre la mentalité de ce peuple que l'on pensait être en voie d'extinction.

Quand il arrive en Nouvelle-Calédonie, Maurice Leenhardt est accueilli par ces mots du maire de Nouméa : « Que venez-vous faire ici ? Dans dix ans il n'y aura plus de Kanaks ». S'attachant à lutter contre ce génocide lent, il combat l'alcoolisme qui ravage le peuple kanak. Il traduit le Nouveau Testament en langue houaïlou avec l'aide de ses premiers étudiants. Surtout, du point de vue scientifique, il obtient que ses élèves canaques écrivent, en langue de la vallée de Houaïlou, ou même en langue paci plus au nord, soit des mythes soit une description des institutions traditionnelles, textes qu'il publie sous leurs noms. Le principal et le plus prolixe de ces auteurs sera le pasteur Bwesou Eurijisi, qui laissera des dizaines de cahiers bien informés.

Il rentre en métropole en 1927 où il fonde la Société des océanistes au Musée de l'Homme en 1945, ayant repris en 1940 la chaire de Marcel Mauss, à la Ve section de l'École pratique des hautes études (section des sciences religieuses).

À la suite d'un troisième séjour de deux années en Nouvelle-Calédonie, dans le cadre d'une mission du tout nouveau CNRS, il met en place à partir de 1944 des enseignements de langues océaniennes à l'École des langues orientales.

Les apports à l’ethnologie[modifier | modifier le code]

Sans les avoir théorisés, les apports de Maurice Leenhardt à l'ethnologie sont considérables.

Avant Bronislaw Malinowski, il pratique l'ethnologie de terrain préconisée par Marcel Mauss du fond de leur bureau parisien. Pendant vingt-cinq ans il pratique l'observation proche et la recherche active dont les vertus ne sont redécouvertes qu'à partir des années 1960.

Maurice Leenhardt n'était pas un dogmatique et de tous ces apports, il n'a pas cherché à faire école. Il est pourtant l'un des premiers à envisager le phénomène social dans sa globalité et étudiant aussi bien la linguistique, l'art, les mythes ou les activités traditionnelles du peuple kanak. Il est le premier auteur français à théoriser l'existence de la "pensée mythique". Claude Lévi-Strauss a repris ce terme.

Distinctions et postérité[modifier | modifier le code]

Maurice Leenhardt est fait officier de la Légion d'honneur le 5 janvier 1954[4]. Le lycée protestant de Nouméa est nommé lycée Do Kamo, en souvenir de l'ouvrage de Maurice Leenhardt[5].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • 1902 : Le Mouvement éthiopien au sud de l'Afrique. (rééd. 1976, Académie des sciences d'outre-mer)
  • 1909 : La Grande Terre. (Brochure, Société des missions évangéliques, Éd. augmentée en 1922)
  • 1922 : Traduction du Nouveau Testament en langue houaïlou. ()
  • 1930 : Notes d'ethnologie néo-calédonienne. (Institut d'ethnologie)
  • 1932 : Documents néo-calédoniens. (Institut d'ethnologie)
  • 1935 : Vocabulaire et grammaire de la langue houaïlou. (Institut d'ethnologie)
  • 1937 : Gens de la Grande Terre. (Gallimard)
  • 1938 : Alfred Boegner. (Société des missions évangéliques)
  • 1946 : Langues et dialectes de l'Austro-Mélanésie. (Institut d'ethnologie)
  • 1947 : L'art océanien. (Éd. du Chêne)
  • 1947 : Do Kamo. La personne et le mythe dans le monde mélanésien. (Gallimard, 1947, 1971, 1985)
  • Plusieurs articles dans le journal de la société des océanistes.
  • 1958 Notes de sociologie religieuse sur la région de Canala (Nouvelle-Calédonie), Cahiers Internationaux de Sociologie (FRA), 1958, Vol. 24. (préfacé et annoté par Jean Guiart). L'article est téléchargeable sur le serveur de l'IRD (Institut de recherche pour le développement, ex. ORSTOM) [2]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Bonte et Michel Izard (dir.), « Maurice Leenhardt », in Dictionnaire de l'ethnologie et de l'anthropologie, PUF, Paris, 2008 (1re éd. 1991), p. 412-413 (ISBN 978-2-13-055999-3)
  • James Clifford, Maurice Leenhardt. Personne et mythe en Nouvelle Calédonie (trad. Geneviève et Raymond Leenhardt), Éditions Jean-Michel Place, Paris, 1987, 269 p. (ISBN 2-85893-080-5).
  • Jean Guiart, « Maurice Leenhardt, missionnaire et sociologue », in Le Monde non chrétien, 1955, 13 p. L'article est téléchargeable sur le serveur de l'IRD (ex. ORSTOM)[3]
  • Jean Guiart, Destin d'une église et d'un peuple : Nouvelle-Calédonie 1900-1959 : étude monographique d'une œuvre missionnaire protestante , Mouvement du Christianisme Social, Paris, 1959, 88 p. L'ouvrage est téléchargeable sur le serveur de l'IRD (ex. ORSTOM)[4]
  • Jean Guiart, Maurice Leenhardt, Le lien d'un homme avec un peuple qui ne voulait pas mourir, Le Rocher-à-la-Voile, Nouméa, 1997, 155 p.
  • Jean Guiart, « Do Kamo, de Maurice Leenhardt, relu en 1986 », dans Journal de la Société des océanistes, no 80, tome 41, 1985, p. 57-85 [lire en ligne].
  • Jean Guiart, Bwesou Eurijisi, Le premier écrivain canaque, Le Rocher-à-la-Voile, Nouméa, 2003.
  • Historique de la section langues océaniennes de l'INALCO, avec une longue notice biographique sur Maurice Leenhardt par J. de Lafontinelle. Article extrait de l'ouvrage : Langues'O 1795-1995 : deux siècles d'histoire de l'École des Langues Orientales, textes réunis par Pierre Labrousse, Paris, Éditions Hervas, 1995. [5]
  • Jacqueline Roumeguère-Eberhardt, « Actualité de l’œuvre de Maurice Leenhardt pour les études africanistes », in Le Monde non chrétien, no 71-72, juillet-décembre, 1964.
  • Jean-François Zorn, « Évangéliser et servir : Mission et diaconie réconciliées dans la pensée du missionnaire protestant français Maurice Leenhardt », in Martin Rose, Histoire et herméneutique : mélanges pour Gottfried Hammann, Labor et Fides, Genève, 2002, p. 419-430 (ISBN 2-8309-1068-0)
  • Jean-François Zorn, « Participation et individuation : Maurice Leenhardt (1878-1954) à la croisée des chemins de l'ethnologie et de la missiologie », in Études théologiques et religieuses, 85e année, 2010/3, p. 347-358

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]