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Julie d'Andurain

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Julie d’Andurain
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Marga d’Andurain (grand-mère)Voir et modifier les données sur Wikidata
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Histoire contemporaine (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Maître
Directeur de thèse
Distinction

Julie d’Andurain (née en ) est une historienne française, spécialiste de la période coloniale et de l'histoire des conflits aux XIXe – XXIe siècles, plus particulièrement en Afrique et dans le monde arabe

Elle est professeur à l'université de Lorraine à Metz.

Biographie

Issue d'une ancienne famille du Pays basque, Julie d’Andurain est née en . Petite-fille de Marga d’Andurain (1893-1948), dont les aventures en Orient ont marqué les chroniques de l’entre-deux-guerres[1], elle est aussi la fille cadette de Jacques d’Andurain (1916-2016), engagé précocement dans la Résistance[2] auprès de Pierre Georges (dit le « colonel Fabien ») avant qu’il ne rejoigne le mouvement Libération-Sud [3].

Le poids de l'ascendance familiale

Marga d'Andurain, Le mari passeport (1947).jpg

Les parcours mouvementés de certains membres de sa famille ont clairement éveillé son intérêt pour l'histoire et déterminé sa vocation d'historienne[a]. Dans ses premières recherches universitaires, réalisées sous la direction du professeur Daniel Rivet à la Sorbonne, Julie d'Andurain s'est d'abord appliquée à produire une étude historique rigoureuse sur la vie de sa grand-mère, qui avait été jusque-là largement fantasmée ou romancée [4]. Marga d'Andurain a laissé des souvenirs parus en 1947, sous le titre : Le mari passeport.

Cette forme d’ego-histoire lui a révélé surtout la fragilité des mémoires familiales et la nécessité, par contrecoup, de faire de l’histoire en s’appuyant sur des archives. Le parcours de sa grand-mère à Palmyre en Syrie a ouvert son intérêt pour l’étude des femmes occidentales en Orient[1], le monde arabe et plus généralement les questions liées au moment colonial.

Carrière

École militaire.

Agrégée et docteur en histoire de l'université Paris-Sorbonne, elle a d'abord été enseignante dans le secondaire, puis chargée de cours à la Sorbonne en histoire du monde arabe contemporain (2007 à 2017), et détachée comme enseignant-chercheur à l’École militaire à Paris (2010-2017).

Elle est aujourd'hui professeur des universités, rattachée scientifiquement au Centre de recherche universitaire lorrain d'histoire (CRULH)[5] et au centre Roland Mousnier (laboratoire de Paris-Sorbonne)[6].

Activités de recherche

Julie d'Andurain est membre du bureau de la Société française d’histoire d’outre-mer[7], qui publie chaque année deux numéros d’Outre-Mers. Revue d’histoire ; membre du bureau de Guerres mondiales et conflits contemporains et de celui de la Revue historique des armées[8].

Elle a publié trois ouvrages, co-dirigé deux études collectives sur la Première Guerre mondiale, et rédigé de très nombreux articles scientifiques[5] traitant à la fois des questions de guerre et/ou d'histoire impériale. Dans le milieu militaire comme à l'Université, Julie d'Andurain plaide aujourd'hui pour une meilleure synergie entre les milieux militaire et universitaire dans la recherche sur les conflits. Elle milite pour la création de formations qui puissent réunir ces deux mondes, à l'instar des War Studies britanniques[8],[9].

Apport à l'histoire : le moment colonial

Le général Gouraud aux Dardanelles, 1915.

En 1999, au centre des archives diplomatiques du Quai d’Orsay, Julie d'Andurain apprend que les archives privées du général Gouraud viennent d'être déposées[10]. Ce fonds représente près de 200 cartons d’archives, dont 14 000 photographies. Il est à l'origine de son diplôme d'étude approfondies (DEA)[11], puis des recherches pour sa thèse[12].

Le général Gouraud et le «parti colonial»

L'exploitation minutieuse de ces papiers privés, où les documents officiels côtoient une littérature privée très riche, permettent d'appréhender la vie de cet officier. Par le croisement des sources officielles et des sources privées (additionnelles et complémentaires), les faits marquants de sa carrière se mettent à jour par comparaison à celle de ses camarades de promotion ; la dimension prosopographique de l'étude révèle tout le poids du «parti colonial» dans son avancement et sa carrière :

« Le général Gouraud est indissociable du "parti colonial". Dans le cadre de ma thèse, j’ai découvert en quoi Gouraud devait sa carrière à ce lobby à l’origine de la politique coloniale de la France. En retour, je commence désormais à mieux comprendre le fonctionnement de cet organisme qui reste encore quelque peu mystérieux, suscitant çà et là pas mal de fantasmes[13]. »

Sous la direction du professeur Jacques Frémeaux à l'université de Paris-Sorbonne[14], Julie d'Andurain se spécialise dans l'étude du personnage et, au-delà de lui, de son réseau ce qui nécessite de le replacer dans le contexte plus large de l’émergence des troupes coloniales chargées de la conquête des territoires en Afrique et dans le monde arabe (Maghreb et Machrek).

Capture de Samory, heurt des impérialismes

La capture de Samory, octobre 1898.
Troupes de marine.

Julie d'Andurain soutient sa thèse en 2009 : Le général Gouraud, un colonial dans la Grande Guerre[15].

En 2012, elle publie un ouvrage sur le premier temps de la carrière d'Henri Gouraud, alors capitaine, quand il opérait en Afrique : La capture de Samory (1898). L'achèvement de la conquête de l'Afrique de l'Ouest :

« Aujourd’hui oubliée, la soumission du « plus vieil ennemi de la France » dans le bassin du haut Niger, ou du « Napoléon des savanes », comme on disait également, marque la fin d’une époque : l’ère de la « course au clocher »[b] et à l’élargissement des empires s’achève alors, tandis que s’ouvrent les perspectives de développement portées par l’unification des bassins des fleuves Sénégal et Niger en un vaste marché, avec en arrière-plan le rêve récurrent du transsaharien.

C’est tout l’intérêt de l’ouvrage que nous livre Julie d’Andurain (...) que d’approcher, derrière l’événement haut en couleur, les réflexions au cœur de l’historiographie récente : la colonisation au prisme des relations entre acteurs politico-militaires, ou le point de vue de la résistance africaine à la colonisation, y compris dans son contexte propre, telle la révolution Dyula (les commerçants itinérants par qui l’Islam se diffuse en Afrique occidentale) et l’examen à distance de sa légende noire ou dorée (voir le mythe de l’ascendance de Sékou Touré en Guinée) ; le tout en refusant une vision téléologique de l’histoire coloniale[16]. »

Ce travail fait le point sur l'apport archivistique du fonds Gouraud[17] - au regard de l'immense travail de recherche d'Yves Person[18] - et sur le contexte historique ayant entraîné l’affrontement des empires : les empires africains des Toucouleurs et de Samory d’une part, et les empires coloniaux français et britanniques d’autre part.

Définition du «parti colonial»

Le «lobby colonial», ou «parti colonial» était surtout connu par les travaux précurseurs d'Henri Brunschwig et de Charles-Robert Ageron qui l'avaient étudié dans sa dimension parlementaire. Pour Julie d'Andurain, le réseau qui a contribué à la mise en place d'une «France coloniale» se compose de plusieurs sous-réseaux ou plus exactement de «réseaux emboités et interdépendants les uns des autres»[19]. Elle en distingue quatre :

Bulletin du Comité de l'Afrique française, 1903.
  • le premier réseau est «le groupe parlementaire qui représente tout à la fois la partie visible du lobby, la centralité et le pouvoir»[19].
  • le deuxième réseau «par ordre d’importance est celui des financiers. Bailleurs de fonds initiaux du lobby, ils se structurent selon une logique parallèle à celle des parlementaires, tout en agissant de façon discrète, sinon secrète»[19].
  • le troisième est «le réseau militaire qui se qualifie lui-même de «phalange coloniale» (et) est fonctionnellement chargé de la collecte, de la transmission de l’information (venue des colonies ou des territoires convoités) puis de l’action»[19].
  • «le quatrième réseau qui sert de relais transmetteur avec le pouvoir parisien (est constitué par) le groupe des publicistes, lesquels se qualifient de "bulletinistes"»[19].

Le «parti colonial» : «s’est formé au tournant des années 1890 autour de quelques publicistes passionnés par la découverte du continent africain. Regroupant des hommes politiques, des financiers, des militaires au sein de comités coloniaux, ils ont rapidement gagné en puissance et en efficacité. Ainsi, ces auxiliaires de la colonisation ont-ils permis la formation d’un vaste lobby capable d’agir au plus haut niveau de l’État, jusque dans les années 1920»[19].

Par ses travaux prosopographiques[20] Julie d'Andurain étudie les modalités de la construction d'un corps militaire tel que celui des Troupes de Marine[21] et s'attache à mieux saisir les ressorts politique et militaire de la seconde colonisation française[22]. Dans un article de la revue Outre-Mers. Revue d'histoire, elle dessine l'armature de la «phalange coloniale», composante du «parti colonial»[23].

Contours et action du «parti colonial»

Les richesses artistiques de la France coloniale, 1922.
Exposition coloniale, 1906.
Eugène Étienne (1844-1921).

Avec son livre intitulé Colonialisme ou impérialisme ? (2017), Julie d'Andurain propose une étape préalable au projet de montrer que l'expansionnisme français a été plus colonial qu'impérial[24]. Elle présente une série d'analyses bio-bibliographiques[c] du monde colonial français dans sa diversité : colonistes ou colonialistes (militants du fait colonial), coloniaux (fonctionnaires), colonisateurs ou colons (Français installés aux colonies)[25], sur le modèle du livre précurseur de Charles-André Julien : Les techniciens de la colonisation (1946).

Elle range tous ces personnages en trois catégories : les doctrinaires, les politiques, les militaires ; et elle cherche à «déterminer les interactions et les influences réciproques des principaux hommes du lobby colonial. À une analyse thématique qui a les faveurs de l'Université du fait de sa capacité à être problématisée, nous avons privilégié ici une présentation bio-bibliographique de façon à montrer davantage les proximités ou les interdépendances entre chacun des personnages»[26].

« Il s'agit surtout de poser la question fondamentale de savoir comment un petit groupe d'individus déterminés a pu mettre en place une politique coloniale d'une telle ampleur alors même que les Français - on le sait aujourd'hui grâce aux travaux de Charles-Robert Ageron s'intéressaient très peu aux colonies. La réflexion sur le «parti colonial» pose donc la question des usages du jeu démocratique sous la IIIe République, et vise plus fondamentalement à questionner la façon dont émerge et se met en place une politique de lobbying au plus haut niveau de l'État, entre 1890 et 1920[26]. »

Devant la question qu'il posait en termes simples : France coloniale ou parti colonial ?, Charles-Robert Ageron était catégorique : «La réponse va de soi. Dans ses profondeurs, la France n'était pas coloniale au XIXe et au XXe siècle, quand elle a conquis un Empire dont le souvenir fascine encore les peuples étrangers. La France a été entraînée par le parti colonial qui seul, savait à peu près ce qu'il ambitionnait pour la République. C'est le parti colonial qui a voulu et qui a enfanté la France coloniale»[27]. Mais il s'était montré très prudent sur les modalités stratégiques de cette ambition :

« Que les coloniaux isolément ou regroupés dans le parti colonial soit à l'origine de nos principales prises de possession outre-mer dans la seconde moitié du XIXe siècle paraîtra peut-être une évidence. Encore conviendrait-il d'en administrer la preuve. Or, l'étude du processus de décision chère aux historiens américains, n'a pas encore retenu les historiens de la colonisation française. On ne sait pas grand-chose quant à la préparation psychologique des "décideurs", moins encore sur la mise en condition de l'opinion. Le rôle des groupes de pressions est inconnu, "l'étude des relations entre le parti colonial et les ministères reste à faire", comme le constatait, en 1973, un éminent spécialiste, Jean-Louis Miège[28]. »

Selon Julie d'Andurain : «Si on entend par stratégie la réunion et l'appropriation des moyens pour aboutir à une fin donnée, on doit considérer, au regard des parcours de ces hommes politiques, de ces publicistes et de ces militaires, qu'il a existé véritablement en France une stratégie impériale. Elle tient essentiellement dans le discours dit de la Perpendiculaire d'Eugène Étienne () qui trace non seulement les contours d'un Empire, essentiellement africain, mais aussi le programme. Le futur chef du lobby colonial réussit rapidement à mettre en œuvre des moyens importants lui permettant de voir son programme se réaliser pour partie»[29].

  • Il ne faut pas confondre la stratégie impériale du lobby colonial et l'éventuelle stratégie de la colonisation. C'est ce que rappelle Hubert Bonin : «Julie d'Andurain insiste sur le fait qu'il n'existe pas de plan préconçu de colonisation, pas plus qu'une méthode coloniale déterminée, ce qui explique les hésitations coloniales, les erreurs, les avancées par à-coups»[30].
  • La même observation est retenue par Élodie Salmon dans Parlement(s), revue d'histoire politique : «S’il n’existe pas de plan préconçu pour la conquête du domaine ultramarin, ces différents parcours permettent de dessiner les contours d’une stratégie impériale française. C’est une politique de prestige, revancharde et nationaliste avant d’être économique» [31].
Albert Sarraut.

Eugène Étienne meurt en 1921. Avec sa disparition : «le parti colonial se retrouve pratiquement orphelin. Il n'est d'ailleurs, à cette date, plus que l'ombre de lui-même d'une part parce que la génération des fondateurs a soit disparu, soit s'est enfermée dans une posture académique peu visible, au sein de l'Académie des sciences coloniales. En outre, le lobby s'est considérablement affaibli au cours des années 1906-1908 au moment des grands débats sur les choix entre assimilation et association. Un vrai projet global d'association compatible avec la République n'ayant pu naître, le projet d'armée coloniale n'ayant pas réellement fonctionné, le pouvoir d'Eugène Étienne a décliné inexorablement, particulièrement en Algérie où les accusations de népotisme, de dictature politique se sont multipliées. Après la guerre, Albert Sarraut tente de récupérer l'héritage étienniste, mais d'emblée son réseau personnel est trop asiatique et trop peu africain pour pouvoir s'imposer, son discours indigénophile[d] trop peu partagé pour pouvoir s'enraciner auprès des élites coloniales et des colons»[32].

Continuité historique et spatiale du fait colonial

À travers la figure du général Gouraud et des photographies qu'il a transmises, Julie d'Andurain restitue ce qu'elle appelle la «linéarité» coloniale sur l'ensemble des théâtres géographiques affectés par la colonisation quelles qu'en soient les formes.

Musée de l'Armée, salle d'Aumale - Sahara, Sénégal et Afrique occidentale.
Le général Archinard et le colonel Gouraud, 1911.
Gouraud, «Pour le Droit et la Civilisation», 1914-1918.

Retrouver la continuité historique du moment colonial

« Il y a un lien - une linéarité incarnée par Henri Gouraud lui-même - entre la colonisation en Afrique noire, la colonisation de l’Afrique du nord et celle de la Syrie et du Liban pour ce qui concerne les Français. Les photographies montrent très bien que l’on se situe dans une continuité historique que l’on a parfois du mal à saisir dans le champ des études universitaires tant les analyses sont faites par aires géographiques constituées, séparées les unes des autres. Elles permettent donc de souligner combien il faut, sur un plan épistémologique, étudier dans un même ensemble les colonies, les protectorats et les mandats. Passé par l’Afrique noire, le Maghreb et le Machrek, il ne manquerait à Gouraud a priori que l’Asie dans son parcours militaire, mais l’album montre bien comment il incarne une nouvelle forme de grandeur de la France avec sa fonction de gouverneur militaire qui l’amène à voyager à la fois en Amérique et aux Indes. Là, la figure de l’officier cède le pas à celle du diplomate et pose, à travers leur reconversion, la question de l’effacement progressif des militaires après la Première Guerre mondiale[13]. »

Le «visage républicain» de la colonisation

Parmi les officiers coloniaux et leurs différents modes d'agir, Julie d'Andurain distingue les «Soudanais», aux méthodes détestables d'une part, et les «Marocains» qui préfèrent la négociation, comme Lyautey ou Gouraud, d'autre part. Il en découle une référence au républicanisme colonial qui n'épouse pas les accusations généralisantes de certains auteurs qui pourfendent la «République coloniale»[e].

« Si l’on met à part l’engagement dans la Première Guerre mondiale, la carrière du général Gouraud s’articule autour de trois grands espaces géographiques qui se subdivisent eux-mêmes en trois grandes périodes. La première période, la plus importante en durée (1894-1905) correspond à la conquête soudanaise, c’est-à-dire à l’espace correspondant à l’ensemble de la boucle du Niger. C’est véritablement le grand moment de la conquête coloniale qui n’a pas laissé que des bons souvenirs, loin s’en faut. C’est même le plus dur de la conquête coloniale donnant lieu à des débordements de violence allant au-delà des ordres donnés par Paris (affaire Voulet-Chanoine). Elle a laissé une image détestable des coloniaux, particulièrement des "Soudanais", et ce, jusqu’à aujourd’hui. Simplement, tous les officiers coloniaux ne se ressemblent pas[13]. »

Apport à l'histoire : la photographie en terrain colonial

À la suite d'une commande des archives diplomatiques du ministère français des Affaires étrangères, Julie d'Andurain publie Henri Gouraud, photographies d’Afrique et d’Orient (2016). C'est un choix de 200 photographies sur un fonds qui en compte de 10 000 à 14 000. L'importance quantitative des vues, le champ géographique de ces clichés (du Mali, au Liban, du Maroc à la Syrie) ainsi que la durée (une trentaine d'années) permettent d'apporter une réponse détaillée à la question : la photographie en contexte colonial est-elle un «hors-champ» militaire (humanisme) ou seulement un outil de propagande (utilitarisme) ?

Général Gouraud, haut-commissaire en Syrie, 1920.
Général Gouraud, Alep, 1920.

Les usages de la photographie «coloniale»

« L’objectif était de retracer la carrière du général Gouraud, non pas pour en faire un travail hagiographique, mais bien pour travailler la question d’un point de vue historique, voire même historiographique. J’ai délibérément axé mon analyse sur la question de l’usage photographique en terrain colonial. Je voulais mettre en exergue plusieurs types d’interrogations : ces photographies s’inscrivaient-elles dans une démarche humaniste, celle d’un homme qui découvre le monde, ou ont-elles eu un but utilitariste et plus particulièrement militaire ? Les deux fonctions se rejoignaient-elles ? Si oui, à quel moment [13]? »

Différentes valeurs des clichés

Lyautey à Oujda, avril 1907.
Lyautey en pays Zaïan (Maroc), juillet 1914.

Julie d'Andurain propose une analyse de la production photographique en situation coloniale, à partir du fonds d'archives Gouraud mais également de manière plus générale. Elle souligne notamment la propagande politique intelligente de Lyautey et l'influence qu'il exerça sur Gouraud. Il s'en dégage une typologie évolutive allant dans le sens d'une psychologie de plus en plus utiltariste mais toujours subtile.

«Le travail de Julie d'Andurain vient s'ajouter au Répertoire des photographes français d'Outre-Mer de François Boisjoly et Jean-Christophe Badot (2013) et aux photographies inédites[33] envoyées par le médecin-major Blanc, en poste à Ou-Berkan au Maroc en 1908. Toutes ces représentations, dans la diversité de leurs thèmes et de leurs usages, favorisent une approche équilibrée de l'imagerie coloniale, loin de l'assortiment partiel retenu par certains. L'iconographie du moment colonial y gagne en compréhension intelligente»[34].

La guerre comme champ d'étude

En 2010, Julie d'Andurain rejoint le ministère de la Défense au titre d’un détachement. Elle est d’abord affectée au Centre de doctrine d’emploi des forces (CDEF) qui devient à l’été 2016 le Centre de doctrine et d'enseignement du commandement (CDEC). Elle travaille successivement avec des historiens militaires tels que le lieutenant-colonel Rémy Porte, le colonel Michel Goya, le lieutenant-colonel Georges Housset.

En tant que directrice des études, elle est chargée de recruter puis d'assurer l’encadrement d’étudiants venus réaliser, dans le cadre de stages, des recherches sur les opérations militaires, anciennes ou récentes. Celles-ci donnent lieu à des publications scientifiques institutionnelles, Les Cahiers du Retex[35]. Elle dirige également un projet de référencement numérique et scientifique qui a pour vocation de mieux faire connaître la richesse de la littérature périodique militaire (base de données MILINDEX)[36] tout en lui permettant d'aborder, avec les étudiants, la question de l'usage des bases de données.

Dans le cadre de ces fonctions qui lui imposent de travailler autant sur l’histoire des XIXe et XXe siècles que sur les opérations les plus récentes, elle s’intéresse alors aux problématiques d'expériences combattantes (programme EXPECOM avec François Cochet et la MSH Lorraine[37]), à celles de l'écriture au sein du monde militaire, à la récolte de l’information et, sur fond de développement des outils numériques, aux nécessités de devoir s’orienter dans une masse toujours croissante de documents. Ainsi s’est consolidé petit à petit son intérêt pour les outils numériques utiles à l’histoire. Dans le cadre de ses fonctions de membre du bureau de l’AHCESR (Association des Historiens Contemporanéistes de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche), elle assure une veille sur les outils numériques pour les historiens[38].

En avril 2019, elle rejoint la Commission de recherche sur les archives françaises relatives au Rwanda et au génocide des Tutsi (1990-1994). Cette commission qui rassemble huit chercheurs et historiens a pour mission de consulter et d'analyser des fonds d’archives institutionnels français relatifs au génocide des Tutsi afin d'aider à constituer une base historique nécessaire à l’enseignement de ce génocide en France. Cette commission remettra son rapport dans un délai de deux ans, une note intermédiaire a été remise en avril 2020 au président de la République[39]. En novembre 2020, une polémique a lieu dans le milieu des historiens français sur une supposée partialité de Julie d'Andurain sur cette thématique, après que des medias aient exhumé des écrits favorables au rôle de l’armée française dans le cadre de l'opération Turquoise et décrivant le génocide comme des « massacres » croisés. Peu après, Vincent Duclert, le président de la commission, déclare que Julie d'Andurain s'est « mise en retrait » de la commission le 25 août 2020, soit avant la polémique[40].

Publications

Ouvrages

  • La capture de Samory, 1898 : l'achèvement de la conquête de l'Afrique de l'Ouest, Soteca, Saint-Cloud, 2012.
  • Henri Gouraud, photographies d'Afrique et d'Orient, trésors des archives du Quai d'Orsay, Éditions Pierre de Taillac, Paris, 2016.
  • Colonialisme ou impérialisme ? Le parti colonial en pensée et en action, Hémisphères éditions Zellige, Paris, 2017.

Articles (sélection)

Direction de revues

Décorations et distinctions

Le 17 mai 2019, elle est élue membre titulaire de la seconde section de l'Académie des Sciences d'Outre-Mer[43].

Notes et références

Notes

  1. Le titre de son HDR (Habilitation à diriger des recherches) est : «Les troupes coloniales, un outil militaire et politique, 1870-1962. Ego-histoire : D’une mémoire encombrante à l’Histoire» (mémoire inédit), 2016.
  2. La course au clocher désigne la compétition à laquelle se livrent les puissances européennes pour conquérir le plus de territoires possible, particulièrement en Afrique, à la fin du XIXe siècle.
  3. Dans le groupe des doctrinaires, elle a retenu : Paul Dislère, Jules Harmand, Paul Leroy-Beaulieu, Jean-Marie de Lanessan, Joseph Chailley, les frères Paul et Jules Cambon, Arthur Girault, Auguste Terrier, Robert de Caix. Dans le groupe des politiques : Gambetta, Jules Ferry et Alfred Rambaud, Gabriel Hanotaux, Félix Faure, Paul Deschanel, Théophile Delcassé, Charles-Marie Le Myre de Vilers, Eugène Étienne, Albert Sarraut. Dans le groupe des militaires : Bugeaud, Faidherbe, Auguste Pavie, Brazza, Gallieni, Lyautey.
  4. Indigénophilie : se dit de ceux qui défendent les intérêts politiques, culturels, économiques des indigènes contre ceux des colons et qui entendent promouvoir une colonisation émancipatrice pour les colonisés. L'indigénophilie va souvent de pair avec la défense de la politique d'association : l'indigénophile entend respecter la différence intrinsèque du colonisé et refuse toute velléité d'assimilation qui, à ses yeux, le déracinerait et l'acculturerait de façon irrémédiable. Cf. Les mots de la colonisation, Sophie Dulucq, Jean-François Klein, Benjamin Stora, Presses universitaires du Mirail, 2008, p. 56.
  5. Cf. La République coloniale. Essai sur une utopie, Nicolas Bancel, Pascal Blanchard, Françoise Vergès, 2003 : «La République ne fut pas "bafouée", trahie, trompée aux colonies, elle y imposa, bien au contraire, son utopie régénératrice, l'utopie d'une République coloniale», p. 13.

Références

  1. a et b Julie d'Andurain, «Marga d'Andurain (1893-1948), une occidentale d'avant-garde en Orient», Les clés du Moyen-Orient (en ligne), 18 janvier 2012.
  2. Cf. Marc Fineltin, fiche Jacques d'Andurain, Mémoire et espoirs de la Résistance, Les Amis de la Fondation de la Résistance.
  3. "Jacques d'Andurain" [1] - voir les travaux de Laurent Douzou sur le mouvement Libération-Sud. La désobéissance, histoire du Mouvement Libération-sud, Éditions Odile Jacob, Paris, 1995.
  4. Julie d'Andurain, sous la dir. de Daniel Rivet, Marga d’Andurain une occidentale d’avant garde en Orient, mémoire de maîtrise, Paris-I, 1996.
  5. a et b CRULH, notice Julie d'Andurain.
  6. « Le CRM », sur les membres du CRM et leurs publications, (consulté le 11 mai 2017).
  7. SFHOM, Société française d'histoire d'outre-mer [2]
  8. a et b Notice Julie d'Andurain, CRULH, Centre de recherche universitaire lorrain d'histoire.
  9. Séminaire : Sorbonne War Studies.
  10. Répertoire numérique détaillé des archives d'Henri Gouraud (1867-1946).
  11. Julie d'Andurain, sous la dir. de Daniel Rivet, Les Archives privées du général Gouraud, DEA, 2002.
  12. Julie d'Andurain, sous la dir. de Jacques Frémeaux, Le Général Gouraud dans la Grande Guerre, doctorat d'histoire, Paris-Sorbonne, 2009.
  13. a b c et d Entretien avec Julie d'Andurain, «La photographie en terrain colonial», Les clés du Moyen-Orient, 1er mars 2017.
  14. « Paris-Sorbonne »
  15. Thèses.fr.
  16. Dominique Guillemin, «Julie d’Andurain, La capture de Samory (1898). L’achèvement de la conquête de l’Afrique de l’Ouest», Revue historique des armées, n° 271, 2013, p. 134.
  17. Julie d'Andurain, La capture de Samory et l'achèvement de la conquête de l'Afrique de l'Ouest, Saint-Cloud, SOTECA, 2012, 208 p.
  18. Yves Person, Samori, une révolution dyula, Dakar, IFAN, 1968 ; Voir aussi Charles Becker et alii, Yves Person, un historien de l’Afrique engagé dans son temps, Paris, IMAF-Karthala, 2015.
  19. a b c d e et f Julie d'Andurain, «Le "parti colonial" à travers ses revues. Une culture de propagande ?» Clio Themis, revue électronique d'histoire du droit, no 12, 2017, p. 1-11.
  20. Sur la prosopographie : Lawrence Stone, Prosopography, Daedalus, 1971, vol 100, no 1, p. 46-79 ; Giovanni Levi, Les usages de la biographie, Annales ESC, novembre-décembre 1989, no 6, p. 1325-1336 ; Claire Lemercier, Quelle approche prosopographique ? Halsh.archivesouvertes.fr, 2011. Plus généralement Christophe Charle, Prosopographie des élites françaises (XVIe – XXe siècles), guide de recherche, Paris, CNRS, 1980.
  21. Julie d'Andurain, « Formation et sélection des artilleurs de marine à Polytechnique. Approche prosopographique du corps des bigors, 1870-1910 », Revue Historique des Armées, 2013, no 271, p. 20-32. [3]
  22. Hugues Tertrais dir., Cent ans d’histoire des outre-mers. SFHOM, 1912-2012, Paris, Outre-Mers, revue d’histoire, 2012.
  23. Julie d'Andurain, « Le réseau dans le réseau. La phalange coloniale ou la collecte de l’information du ‘parti colonial’ », Outre-mers, revue d’histoire, 1er semestre 2015, no 386-387, p. 227-240.
  24. Julie d'Andurain, Colonialisme ou impérialisme ? Le parti colonial en pensée et en action, éd. Zellige, 2017.
  25. Julie d'Andurain, Colonialisme ou impérialisme ?, 2017, p. 5.
  26. a et b Julie d'Andurain, Colonialisme ou impérialisme ?, 2017, p. 6.
  27. Charles-Robert Ageron, France coloniale ou parti coloniale ?, éd. Puf, 1978, p. 297-298.
  28. Charles-Robert Ageron, France coloniale ou parti coloniale ?, éd. Puf, 1978, p. 99.
  29. Julie d'Andurain, Colonialisme ou impérialisme ?, 2017, p. 411.
  30. Hubert Bonin, L'empire colonial français : de l'histoire aux héritages, XXe – XXIe siècles, éd. Armand Colon, 2018.
  31. Élodie Salmon, Parlement(s), revue d'histoire politique, no 28, 2018/2.
  32. Julie d'Andurain, Colonialisme ou impérialisme ?, 2017, p. 327-328.
  33. «Maroc 1908, photos et cartes postales écrites par un médecin-major du camp de Ou-Berkan», blog Études Coloniales, 30 mai 2018.
  34. «Gouraud, photographies d'Afrique et d'Orient, un magnifique ouvrage de Julie d'Andurain (2016)», blog Études Coloniales, 18 avril 2019.
  35. Les Cahiers du Retex, Centre de doctrine d'emploi des forces.
  36. Base de données MILINDEX[4]
  37. http://www.msh-lorraine.fr/index.php?id=401
  38. AHCESR, Association des historiens contemporanéistes de l’enseignement supérieur et de la recherche [5]
  39. Pierre Firtion, « La France et le génocide des Tutsis: la commission d'historiens à pied d’œuvre », sur rfi.fr, (consulté le 1er décembre 2020)
  40. « Génocide au Rwanda : une historienne controversée se retire de la commission sur le rôle de la France », sur jeuneafrique.com, (consulté le 1er décembre 2020)
  41. Julie d'Andurain, « Turquoise (Rwanda) [Notice publiée dans le "Dictionnaire des opérations extérieures de l'armée française - De 1963 à nos jours"] », sur francegenocidetutsi.org, (consulté le 5 novembre 2020)
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Liens externes