Jean Voilier

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Jean Voilier, de son vrai nom Jeanne Loviton, née le et morte le (à 93 ans), est une éditrice, romancière et avocate française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Épouse de Pierre Frondaie, Jeanne Loviton est aussi connue comme une grande séductrice du milieu littéraire français, ayant compté parmi ses amants Jean Giraudoux, Saint-John Perse, Curzio Malaparte, Paul Valéry — qui la surnommait Héra — Émile Henriot, Robert Denoël, Pierre Roland-Lévy, etc.[1], mais aussi la féministe Yvonne Dornès.

« Elle a été le dernier personnage romanesque de ce temps. (François Mauriac) »

L'assassinat de Robert Denoël[modifier | modifier le code]

Le 2 décembre 1945, sur l'esplanade des Invalides à Paris, l'éditeur Robert Denoël — qui devait comparaître en justice pour faits de collaboration la semaine suivante — est mystérieusement assassiné d'une balle dans le dos. Alors qu'il se rend au théâtre dans sa Peugeot 3202 noire en compagnie de sa maîtresse, Jeanne Loviton, un des pneus de la voiture crève. Le meurtre est commis pendant qu'il change la roue et que sa compagne s'est éloignée afin d'appeler un taxi. L'assassin ne fut jamais retrouvé et l'affaire non élucidée fut classée.

Interrogée comme témoin principal, ce qui excluait l'assistance d'un avocat, Jeanne Loviton fut suspectée du meurtre car son témoignage comportait des confusions. Cécile Denoël, la femme de l'éditeur, l'accusa ouvertement, de même que Céline, de son exil danois, qui en fit « la figure la plus insultée de toute la comédie célinienne[2] ».

Denoël avait des projets de remariage avec celle qu'il avait placée comme actionnaire principale de sa maison d'édition ; et, de fait, Jeanne Loviton lui succéda à la direction des éditions Denoël. Elle cédera moins d'un an plus tard 90 % des parts à Gaston Gallimard, le rival de Robert Denoël, mais la vente ne fut officialisée qu'en 1951[3].

Les « archives Valéry »[modifier | modifier le code]

Jeanne Loviton a conservé de sa relation avec Paul Valéry ce que l'on a appelé les « archives Valéry ». C'est pourquoi, lorsqu'elle confia la décoration intérieure de sa maison normande de Senneville à Madeleine Castaing, étant ensuite en litige avec elle, elle évita d'aller demander une estimation de ses « archives » à son petit-fils, l'expert Michel Castaing.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Beauté raison majeure, 1936
  • Jours de lumière, 1938
  • Ville ouverte, 1942
  • Les Manèges, 1989

Iconographie[modifier | modifier le code]

Une photographie de Jeanne Loviton publiée sur le site Robert Denoel, éditeur[4] a été reproduite dans le bulletin n° 31 (janvier 2016) de l'association Mémoire de l'abbé Lemire, à la suite de la publication d'un article relatif à celle-ci.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul Valéry secret. Correspondance inédite adressée de 1937 à 1945 à Madame Jean Voilier
    Catalogue de la vente à Monte-Carlo le 2 octobre 1982.
  • A. Louise Staman, Assassinat d’un éditeur à la Libération. Robert Denoël (1902-1945), Paris, Éditions e-dite, 2005
  • Célia Bertin, Portrait d'une femme romanesque, Éditions de Fallois, 2008
  • Jean Clausel, Cherche mère désespérément, Rocher, 2008
    Un chapitre sur « Madame V. ».
  • Paul Valéry, Corona & Coronilla, poèmes à Jean Voilier, en postface : « L’histoire de Corona » par Bernard de Fallois, Éditions de Fallois, 2008
  • Carlton Lake, Confessions of a litterary archeologist, 1990, traduit en français sous le titre Chers papiers - Mémoires d'un archéologue littéraire, Seghers, 1991, pp. 230 à 273
    L'auteur mentionne la vente publique d'un partie des « archives Valéry » de Loviton, dont le carnet des premiers brouillons de Charmes (datés de 1917 et 1920), à l'Hôtel Drouot en février 1979, en trois lots qui furent acquis par un admirateur suisse de l'écrivain. Finalement, 113 lots d'ouvrages et d'essais en éditions originales provenant de la bibliothèque Loviton furent vendus aux enchères à Paris le 16 décembre 2015.
  • Dominique Bona, Je suis fou de toi. Le grand amour de Paul Valéry, Grasset, 2014

Filmographie[modifier | modifier le code]

Note[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Assouline, « Une don juan », Le Nouvel Observateur du 31 juillet 2008, page 69.
  2. Jérôme Dupuis, « Croqueuses d'écrivains », L'Express du 26 février 2008.
  3. Arch. Imec, en ligne.
  4. Voir sur thyssens.com.

Liens externes[modifier | modifier le code]