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Madeleine Castaing

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Madeleine Castaing
Marcellin et Madeleine Castaing dans les années 1920.
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Nom de naissance
Marie Madeleine Marcelle MagistryVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Conjoint
Marcellin Castaing (d) (à partir de )Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfant
Autres informations
Personne liée

Madeleine Castaing, de son nom de naissance Marie Madeleine Marcelle Magistry, est une antiquaire et décoratrice française qui a révolutionné le monde de la décoration avec sa créativité et son imagination débordante[1]. Elle est née le à Chartres[2] au 15 rue Jehan-de-Beauce et est décédée le à Paris. Madeleine provient d'une famille aisée. Son père, Auguste Magistry, était ingénieur des chemins de fer et responsable de la modernisation de la gare. Elle passa son enfance entre Paris et la campagne de Saint-Prest, où sa famille possédait une propriété, la Villa des Roses. Cette demeure forgea son goût pour la décoration et les intérieurs, notamment par ses meubles sombres et son jardin descendant vers l’Eure[3].

Née sous la Troisième République, elle grandit dans un contexte marqué par les enjeux politiques et sociaux de la fin du XIXe siècle. Une figure importante de son enfance fut son grand-père maternel, Rodolphe Burgues, franc-maçon cultivé et homme de presse, cofondateur du journal La Presse (1836) et de l’agence Havas, haut lieu d’échanges intellectuels[3].

Elle était attirée par la décoration d'intérieur après avoir restauré sa maison à Lèves. Cette maison devient rapidement un refuge pour ses amis artistes tels que Chaïm Soutine, Marc Chagall et Pablo Picasso[4]. Plus tard dans sa carrière, elle ouvre une galerie d'antiquités à Paris et devient une figure importante du monde de l'art[5].

Le style de Madeleine Castaing, appelé «style Castaing», combine des éléments issus de différents mouvements de design, dont des éléments néoclassiques et contemporains. Il intègre différents motifs et couleurs audacieuses comme le « Castaing bleu ».

Les débuts

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La villa des Roses à Saint-Prest, demeure d'enfance de Madeleine Castaing.
La villa des Roses à Saint-Prest, demeure d'enfance de Madeleine Castaing.

Madeleine Magistry est la fille d'un ingénieur à l'origine de la construction de la gare de Chartres. En 1915, alors âgée de 21 ans, elle épousa à Saint-Prest[2], un héritier toulousain et critique d'art, Marcellin Castaing.

De vingt ans, son aîné, Marcellin Castaing, était réputé pour son impressionnante culture littéraire et artistique. Pendant la cinquantaine d'années que dura leur mariage, il fut la grande passion de son épouse, selon tous les amis du couple. L'écrivain et photographe François-Marie Banier, qui imposa pendant plus de vingt ans sa présence auprès de la riche veuve[6], se souvient du « légendaire amour » de Madeleine pour son mari[7].

Dans les années 1920, Madeleine Castaing fait ses débuts en tant qu'actrice dans le cinéma muet, où on la surnomme la « Mary Pickford française »[8]. Toutefois, elle renonce rapidement à sa carrière d'actrice pour se consacrer à sa nouvelle passion de décoration[9].

À la même époque, son mari venait de lui offrir une gentilhommière néoclassique dont elle rêvait depuis longtemps, dans la commune de Lèves, près de Chartres. Son souhait était qu'elle puisse « se défouler »[10]. Elle y reçoit de nombreux artistes[4].

C’est dans sa première demeure à Lèves que ses premiers aménagements ont vu le jour. Madeleine n’avait pas de formation particulière, en effet cette dernière suivit sa passion, elle utilisait son instinct et ses créations reflétaient ses goûts personnels ce qui lui a permis de créer son propre style[11].

Au début du XXᵉ siècle, le domaine de la décoration intérieure évolue fortement. En effet, les décorateurs d'intérieurs cherchent à créer un style plus axé sur la modernité et la simplicité, qui s'oppose avec celui du XIXᵉ siècle qui, pour certains, était jugé trop chargé. c'est l’urbanisation et les nouvelles habitudes sociales qui ont influencés la nouvelle conception des maisons, désormais pensées pour être plus fonctionnelles et mieux adaptées à la vie quotidienne, où l'habitation n'est plus seulement un lieu pour se reposer, mais devient un cocon familial, un espace où l'on retrouve confort et intimité tout en exprimant son goût artistique, selon sa classe sociale. C’est aussi à cette époque que le métier de décorateur d’intérieur se structure véritablement, avec l’apparition d’expositions, d’ateliers et de revues spécialisées[12].

Le mécénat

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Portrait de Madeleine Castaing par Chaïm Soutine, v. 1929, Metropolitan Museum of Art

Peu après la mort de leur ami Amedeo Modigliani, les Castaing firent la connaissance de Chaïm Soutine, rencontré au café de la Rotonde, dans le quartier du Montparnasse à Paris. La première entrevue fut difficile, Soutine refusant le billet de 100 francs que lui tendait Marcellin Castaing pour lui acheter un tableau sans l'avoir regardé[13].

Quelques années plus tard, en 1925, les Castaing purent acquérir leur première toile de ce peintre chez Léopold Zborowski, le principal marchand de Soutine et de Modigliani, et se lièrent d'amitié avec lui. De 1930 à 1935, ils l'accueillirent chez eux durant l'été dans leur domaine de Lèves, devenant ses mécènes et ses principaux acheteurs. C'est grâce à eux que Soutine put organiser sa première exposition, à Chicago en 1935.

Modigliani, Portrait de Chaïm Soutine (1916), Washington, National Gallery of Art.
Juan Gris, Portrait de Pablo Picasso (1912), Art Institute of Chicago.
Amedeo Modigliani, Portrait de Jean Cocteau (1916), Collection Pearlman[14].

En tout, les Castaing possédèrent plus de quarante toiles de ce peintre, c'est-à-dire la plus importante collection de tableaux de Soutine appartenant à des particuliers. Madeleine Castaing voyait en lui le plus grand peintre du XXe siècle « Par-dessus les autres, il donne la main au Greco et à Rembrandt », disait-elle [15].

Le portrait de Madeleine Castaing par Soutine, intitulé La Petite Madeleine des décorateurs, se trouve aujourd'hui au Metropolitan Museum of Art de New York dans la Galerie 900[16]. L'expression « petite Madeleine » renvoie à la « petite madeleine » de Proust, auteur avec lequel l'intéressée entretenait un lien particulier : de son propre aveu, Madeleine Castaing a consacré plusieurs dizaines d'années à lire et à relire À la recherche du temps perdu, constamment et intégralement. Elle avait découvert cette œuvre en 1913.

D'une manière générale, les Castaing furent les mécènes de peintres de l'École de Paris et d'artistes de l'académie de la Grande-Chaumière.

Madeleine Castaing fut l'amie d'Erik Satie, de Maurice Sachs, de Blaise Cendrars, d'André Derain, d'Elise et Marcel Jouhandeau, de Jean Cocteau (dont elle aménagea la maison à Milly-la-Forêt), de Chagall, d'Iché, de Pablo Picasso, de Henry Miller, de Louise de Vilmorin (à qui elle inspira le personnage de Julietta dans le roman du même nom) et de Francine Weisweiller (dont elle décora la villa Santo-Sospir à Saint-Jean-Cap-Ferrat[17]). Elle entretint aussi une relation soutenue à la fin de sa vie avec l'écrivain Daniel Depland.

Pour Jeanne Loviton, elle décora une maison à Sennevile (Yvelines), puis conçut "en tanière romantique" et meubla l'hôtel du 11 rue de l'Assomption à Passy (Paris XVIème) , ancienne dépendance du château de La Thuilerie sous Louis XVI - acquise en 1936 - dont le mobilier fut vendu aux enchères publiques en par sa fille adoptive, Mireille Fellous-Loviton (cf. bibliographie).

L'historien et homme politique Michel Castaing (1918-2004), second fils des époux Castaing, fut un libraire célèbre, expert en paléographie. Le petit-fils de Madeleine Castaing, Frédéric Castaing, est un libraire spécialisé en autographes mais aussi un romancier.

À la mort de Michel Castaing, en 2004, fut vendue aux enchères la propriété de Lèves ainsi que les collections familiales de tableaux et d'objets d'art, dont sept œuvres de Soutine par Sotheby's[18].

Antiquaire et décoratrice

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La Diva de la décoration

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À partir des années 1930, les choix artistiques de Madeleine Castaing jouèrent un rôle considérable dans le monde de l'art, aussi bien à travers sa profession d'antiquaire que dans son métier de décoratrice. Encore aujourd'hui, le « style Castaing » fait l'objet de nombreuses rééditions.

Castaing, dont la personnalité était remarquée par les antiquaires qu'elle visitait, avait développer une réputation dans le milieu. Décrite comme étant sûre d'elle et déterminé, elle défendait fermement ses idées et ses choix [19]. Elle était reconnue comme bonne négociatrice, tant au niveau acheteuse que vendeuse (lorsqu'elle aura sa boutique).

Il lui arrivait parfois de visiter plusieurs fois, sur une période de plusieurs mois, la même boutique, afin de négocier le prix d'un article qu'elle souhaitait acquérir, jusqu'à ce que le vendeur lui laisse enfin au prix qu'elle souhaitait, épuiser de la voir revenir chaque fois. Elle était furieuse si, pour finir un de ses articles convoité, avait finalement été vendu à un autre. D'autres, attendait même impatiemment sa visite connaissant son impact et son expertise. Parfois même lorsqu'elle visitait des boutiques, les marchands, ne connaissant pas son identité, lui demandait de quitter la boutique, puisqu'apparemment « Madeleine Castaing était dans les parages»[20].

La galerie d'antiquaire s'ouvrit à Paris en pleine guerre, à l'angle de la rue Jacob (no 32) et de la rue Bonaparte[21], pour une raison simple : la propriété de Lèves venait d'être réquisitionnée par les troupes d'Occupation, et Madeleine Castaing souhaitait continuer à chiner dans les brocantes et à accumuler ses trouvailles, qu'il s'agît d'objets d'art ou de bibelots de moindre valeur[22]. Dans cette boutique, célèbre durant un demi-siècle pour sa devanture noire et ses larges vitrines, celle que l'on surnommait la « Diva de la décoration[10] » était d'ailleurs réputée pour ne vendre qu'en fonction de ses sympathies, c'est-à-dire uniquement aux personnes qui lui plaisaient et avec qui elle pouvait bavarder des heures durant[23].

Le style de Lèves et de la galerie de la rue Jacob a influencé le goût de plusieurs générations de collectionneurs, en Europe comme aux États-Unis. Il existe même une couleur, le « bleu Castaing », créée par la décoratrice pour l'aménagement de Lèves : un bleu à la fois clair et intense, qu'elle utilisait volontiers en contraste avec du blanc cassé ou du noir, notamment dans les gammes de tissus et de papiers imprimés qu'elle produisait.

Tout au long de sa double carrière d'antiquaire et de décoratrice, Madeleine Castaing s'est expliquée sur ses choix en répétant qu'il « fallait que ça change », se référant par là à l'ostracisme dont souffrait l'esthétique du XIXe siècle, en particulier le style Napoléon III. À contre-courant de la mode, elle insistait sur le sentiment de « saturation » que lui inspiraient « le faux Louis XVI, les sinistres bergères et les tentures de velours frappé »[10]. Elle détestait utiliser le mot décoratrice pour décrire son métier, elle préférait l'idée d'apporter de la vie et de la singularité aux décors qu'elle créait[24].

Il s'agissait donc, en premier lieu, de s'écarter des conventions pour « faire de la poésie avec du mobilier », selon sa devise[10]. « Je fais des maisons comme d'autres des poèmes », disait-elle, et son disciple Jacques Grange évoque à son propos « des émotions que l'on ne connaissait pas jusqu'alors dans le monde de la décoration »[25], émotions qui influencent les architectes d'intérieur encore aujourd'hui[26] tel que notamment Bruno de Caumont[27].

Elle était fidèle à ses fournisseurs avec qui elle gardait de bons contacts. Elle était également loyale à ses idées. Lorsqu'elle découvrait un nouveau coup de coeur, elle l'utilisait autant qu'elle pouvait[19].

Style et influence de Madeleine Castaing

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Le style Castaing

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Exemple de silhouette en profil.

Madeleine Castaing s'inspire de l'esthétique néoclassique non sans l'interpréter à sa manière. Contemporaine de l'Italien Mario Praz qui s'éloigne des canons habituels de la décoration intérieure et se tourne vers le début du XIXe siècle, rivale d'Emilio Terry qui invente le « style Louis XVII », elle s'inscrit dans un même mouvement de renouveau par rapport à l'omniprésence du Louis XV-Louis XVI, tout en se distinguant par son mélange des genres.

Dans sa galerie comme dans sa gentilhommière ou son appartement de la rue Bonaparte, voisinent les banquettes en demi-lune du Second Empire, les motifs de losanges, d'oves et de palmettes empruntés au Directoire, les chintz anglais – qu'elle remet à la mode –, les « massacres » (trophées de chasse) et le dépouillement monochrome du style « gustavien », les rayures « bayadère » qu'elle adapte au goût du jour, les couleurs franches (surtout le bleu et le vert) du XVIIIe siècle et les demi-teintes du Wedgwood[Note 1], les courbes du Biedermeier, les sièges de bambou et les frontons triangulaires à la manière de Pavlovsk, les ottomanes et les moquettes en faux léopard inspirées de l'Empire, les opalines lactescentes de la période Louis-Philippe… La Russie, la Suède, la Grande-Bretagne des années 1790 côtoient les tôles laquées et les causeuses Napoléon III, les écrans lithophanes et les silhouettes noires à découpe sur fond blanc.

Le "bleu Castaing", qui était un mélange de turquoise et de vert-de-gris, venait d'un papier qu'elle a pu voir lors d'une visite à la maison Bouchardeau[28]. Selon elle, ses 3 couleurs de prédilection était le rouge, le "bleu ciel", ainsi que le "vert des jardins". En réalité, il est tout à fait possible d'y rajouter le noir qui accentuait la majorité de ses décors, dans la peinture des meubles par exemple. Le noir venait créé une balance avec le féminin dans ses ambiances[29].

Josiah Wedgwood & Sons Ltd, Vase Portland (vers 1790), Londres, British Museum.

Castaing a collaboré avec Hamot, une maison de textile française, pour développer une gamme de motifs qui sont devenus sa marque de fabrique dans ses espaces intérieurs où nous retrouvions une ambiance chaleureuse et accueillante notamment par ses textiles mais aussi par les diverses techniques mises en œuvre dans le but de leur donner un aspect plus ancien. En effet, parmi ces méthodes, elle pouvait utiliser un aspirateur à l’envers sur une peinture fraîche pour créer un effet de patine ou encore, descendre les rideaux d’un ou deux crochets pour qu’ils apparaissent plus bas. Cette préférence pour l’effet vieilli et les petites imperfections apportait à ses espaces une certaine authenticité, comme s’ils avaient un vécu[30]. Afin de rendre ses textiles facilement reconnaissables, Castaing s'est limitée à une palette de couleurs simples composée de trois couleurs principales, le rouge, le bleu et le vert, tout en créant des motifs extravagants pour agrémenter ses espaces. En raison des nouvelles tendances de décoration intérieure bohème, Brunshwig et fils, une société de fabrication américaine, a commencé à réintroduire les motifs de Castaings dans les salles d'exposition dans le but de toucher un nouveau public[31]. Aujourd'hui, les tissus et papiers peints dessinés par Madeleine Castaing pour la maison Hamot sont édités par la maison Edmond Petit[32] qui a retravaillé et élargi la gamme sous l’égide de son directeur artistique Bruno de Caumont[33].

Diffusion internationale et influence

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En 1998,la maison parisienne Edmond Petit a racheté la partie textile de la société Hamot, prenant en charge les dessins originaux de Madeleine Castaing. Ces créations ces créations résulte d’une longue collaboration entre la décoratrice et la maison française Hamot[34].Aujourd’hui la maison Edmond Petit comme distributeur exclusif des créations textuelles de Castaing, actualise et adapte ses collections dans un style plus contemporain tout en gardant l’esprit original et personnel de l’artiste[35].

À la faveur des rééditions et la distribution internationale de la société Edmond, le style de la décoratrice est devenu accessible au niveau mondial[36].

Avec cette renaissance de la collection de Castaing, Edmond Petit veut rendre hommage à une artiste singulière en assurant la survie de son style à travers le temps[36].

En 2004, à Paris une vente aux enchères nommée “ l’univers de Madeleine Castaing a présenté environ sept cents objets de sa boutique et ses maisons. Après quatre ans, la demande croissante de son style au niveau international a été confirmée dans l’exposition de la galerie de passage à Paris. Aussi des magazines internationaux comme Architectural Digest ont coopéré pour faire connaître son style au niveau international[37].

Réalisations notables

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Projets Date/lieu Type Style et caractéristiques Importances Remarques
Maison de Lèves[38] 1928-1933, Lèves près de Chartres Résidence Décoration néo-classique. Ambiance romantique. Lieu de résidence principal de Madeleine et Marcellin de 1928 à 1933. C'est le plus grand manifeste du "Style Castaing". Lieu expérimental pour Castaing.
Rue Bonaparte[39] 1946-1980, Paris Boutique Ossature architecturale, niches et colonnades néo-classique qui rappelait sa maison à Lèves. Elle y développe l'art du Merchandising. Elle y présente les pièces de sa boutique comme si elles étaient habitées. Elle attire l'oeil des gens dans ses vitrines leur donnant l'impression d'observer chez quelqu'un. Sa toute première boutique était sur la rue Cherche-Midi. Elle n'avait jamais travaillé avant décidant se partir en affaire à l'âge de 50 ans.
Maison de Jeanne Loviton[40] 1930, Paris Décorations pour un client Style Regency anglais, Napoléon III, Charles X. Meubles en acajou ou érable moucheté. Ambiance romantique, arborant les motifs "Castaing" dont le tapis "cashemire Castaing". Réalisation marquant l'image du "style Castaing" et sa ligne de produits signature.
Villa Santo Sospir[41] 1950, Saint-Jean-Cap-Ferrat Accompagnement et conseils Ambiance exotique et style colonial français. Tapisseries aux couleurs vives, meubles en rotins, chintz noir imprimé, motifs de feuillus verts (bananiers, palmiers) et tigrés. Villa remplit d'oeuvre de Jean Cocteau. Les Weisweiller sont les premiers clients importants de Castaing grâce à Jean Cocteau. C'était la maison la plus reposante du couple. Castaing n'avait pas un rôle précis de décoratrice pour ce projet, mais plutôt de conseillère pour Francine Weisweiller. Elle lui a fourni des tapis ainsi que des meubles, de sa boutique.

Trois maisons de design rendent hommage à Castaing avec une salle d'exposition publique. Edmond Petit, un éditeur de tissus, a lancé une collection de tissus et de papiers peints inspirée des motifs et de la palette de couleurs des projets précédents de Castaing. Codimat Collection, spécialiste des tapis, a créé des tissus reprenant des motifs souvent présents dans les projects de Castaing, notamment des feuilles de lierre et le motif emblématique de la panthère. L'Atelier Mériguet-Carrère, connu pour son artisanat décoratif de luxe, a dévoilé une gamme de couleurs de peinture inspirées par Castaing. Il s'agit notamment de « Rue Jacob », un noir profond qui fait référence à la rue où se trouvait sa galerie ; « Bleu Madeleine », qui rappelle le « bleu Castaing » ; « Lierre imaginaire », qui rend hommage à l'une de ses plantes préférées ; et « Salon de Lèves », une teinte verte qui fait référence à sa propriété de Lèves[5].

La compagnie de mobilier française, Tectona, a conçu une collection nommée «1800 » inspirée par l’esthétique néoclassique de Madeleine Castaing[42]. L'une des pièces de cette collection comprend un banc nommé 1800, fortement inspiré d'un banc en fer appartenant à la décoratrice elle-même[43].

Madeleine Castaing, ayant fait de la décoration, sa vocation présente un style qui se détache des modes et des conventions de l'époque. Cela se reflète notamment dans son usage de couleurs autrefois interdites et désormais acceptées, ainsi que dans son désir constant de représenter l’inattendu. Alors que son style est animé par un esprit de liberté, son goût reste indépendant et fidèle à son propre regard. La nostalgie et l'idéalisation du 19e siècle l'ont conduite à adopter une expression personnelle et moderne. Le décorateur d’intérieur new-yorkais Miles Redd reconnaît d’ailleurs les réalisations de Castaing et décrit son style comme étant « frais et sans prétention ». Dû à son approche novatrice, cette décoratrice a profondément défié les codes esthétiques et les usages d'un foyer bourgeois au 20ᵉ siècle[44]. En France aujourd’hui, Madeleine Castaing est moins connue, mais son style de décoration demeure majeur. En revanche, les magazines et revues spécialisées aux États-Unis la reconnaissent comme un modèle; ses méthodes et son style sont admirés et discutés comme des références incontournables. Elle a rendu le confort plus vivant, en créant les intérieurs des maisons à la fois élégants, surprenants et accueillants[45].

À travers le temps, les femmes et le domaine du design d'intérieur a été une relation complexe. Ce domaine a offert aux femmes des opportunités et une recognition professionnelle, mais pendant longtemps, elles ont été perçues comme minoritaires, souvent cachées derrière l'ombre de leurs homologues masculins[46]. Les préjugés et les stéréotypes forçaient les femmes à être associées au domaine domestique, puisque, traditionnellement, la décoration était considérée comme une activité ménagère qui leur était réservée[47]. Cette lutte pour la reconnaissance professionnelle fut progressive, mais l'émergence croissante des femmes dans ce domaine leur a permis d'apporter leur contribution et style particulier dans ce domaine.

Dans cette perspective, Madeleine Castaing fut une figure féminine importante dans l’histoire du design et dans la redéfinition des codes de l’aménagement intérieur. Aux côtés d'Elsie de Wolfe, Andrée Putman, et de nombreuses autres, elle a su persévérer et franchir les barrières pour s’imposer comme véritable pionnière dans son domaine malgré la prédominance longtemps masculine dans son domaine. Ces femmes ont ouvert une nouvelle perspective et ont inspiré une génération de designers à développer leur talent dans cet univers de design encore restreint. Parmi elles, aujourd’hui, on retrouve Patricia Urquiola, India Mahdavi et Laura González[48].

Madeleine Castaing inspira plusieurs amis artistes à la suivre dans sa passion pour les costumes et les textiles, surtout si ceux-ci sont démodés dans les années 1920[49]. C'est à cette décoratrice à qui on doit le «style Castaing» surtout marqué par le « bleu Castaing », une couleur turquoise d'une grande intensité, mais lumineuse. Celle-ci est surtout mélangé au noir et au blanc cassé lorsqu'elle effectue des créations. Dans la même lignée, elle travailla également avec François Hamot dans la création de papiers peints, qui seront plus tard en vente dans sa boutique de la rue Jacob, dans la ville de Paris[50]. Afin de trouver des idées à ramener à Hamot, elle avait l'habitude de garder avec elle une paire de ciseaux, afin de découper des échantillons de tout ce qui l'inspirait[51].

Castaing qui a été influencé par le style Regency, a su rendre tendance en France ce style anglais grâce à sa boutique sur Bonaparte. En effet, la décoratrice intégra des éléments du design anglais dans sa vitrine, y créant même ce qui fut appelé un « minimaoir du Sussex ». La vitrine, ayant créé beaucoup de réactions, a emmené un engouement chez les Français. Le style Regency qui se distingue par l'agencement de meubles plus petits et léger, contrairement aux énormes meubles lourds de l'époque dont Madeleine avait horreur, de bois rares cherchant à créer des décors plus exotiques voire même orientaux, a éventuellement fait la mention d'un article dans le magazine Connaissance des arts sur l'histoire du design français, en 1959[52].

Aujourd'hui, les motifs utilisée par Madeleine Castaing refont surface, gardant une association particulière avec la décoratrice. Ses imprimés, que l'on qualifie presque de « signatures », incluent, entre autres le léopard, un imprimé animalier. Dans le même courant de pensée, d'autres motifs imprimés animal font sensation, comme le motif à zèbre[53].

Iconographie

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  • François-Marie Banier, Portrait de Madeleine Castaing assise sur un rond de feuilles, le regard triste dans le jardin des Tuileries, épreuve argentique [54]

Bibliographie

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  • (en) Emily Evans Eerdmans, The World of Madeleine Castaing (préfaces de Jacques Grange et Frédéric Castaing), Rizzoli,
  • (en) Emily Evans Eerdmans, Madeleine Castaing, Éditions du Regard,
  • Pierre Levallois et al., La Décoration, vol. 5e, , page 60
  • Jean-Noël Liaut, Madeleine Castaing, Mécène à Montparnasse, décoratrice à Saint-Germain-des-Prés, Payot,
  • (en) Lisa Lovett-Smith, Paris Interiors, Taschen, sans date
  • Patrick Mauriès et Christian Lacroix, Styles d'aujourd'hui, Gallimard/Le Promeneur,
  • Barbara et René Stoeltie, Chez Elles : le décor au féminin, Flammarion, , pages 13—19
  • Suzanne Trocmé (traduction de Influential Interiors, paru chez Michtell Beazley en 1999), Décorateurs d'intérieurs : Ceux qui ont marqué le siècle, Octopus/Hachette-Livre, , pages 132—135

Revues et catalogues

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  • Hervé Joubeaux et Pierre Falicon, Le Temps retrouvé chez Madeleine Castaing, photographies de Claire Flanders, musée des Beaux-Arts, Chartres, 1997 ;
  • Hervé Leroux, « L'appartement de Madeleine Castaing », Maison française no 509, 2000 ;
  • (es) Anne de Royère, « Madeleine Castaing, Lla Mujer de los azules », Casas e Gente,  ;
  • (en) Barbara Stoeltie, « Au revoir, Lèves », photographies de René Stoeltie, The World of Interiors, 2004 ;
  • Catalogue de l'exposition Soutine de 1963 à la Tate Gallery de Londres ;
  • Catalogue de l'exposition François-Marie Banier, « Madeleine Castaing », Maison européenne de la photographie, Paris, 2003 ;
  • Catalogue Sotheby's, L'Univers de Madeleine Castaing, Galerie Charpentier, Paris, septembre- ;
  • Catalogue de la vente de Bijoux, Tableaux et Dessins (...) du (comprenant le mobilier de la maison parisienne de Jeanne Loviton, conçue et meublée par Madeleine Castaing. Y est reproduit le portait photographique de Madeleine Castaing, où sa jupe et un tissu recouvrant un lit de repos sont du même motif rayé. Un texte de présentation lui est consacré), pages 175 à 345 ;
  • (en) Martin Filler, They're back, House Beautiful (Vol. 143 issue 2), Février 2001.

Filmographie

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Notes et références

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  1. Il s'agit des vases, médaillons, bustes et autres objets en biscuit, c'est-à-dire en porcelaine cuite à demi-grand feu, que produit la firme fondée par Josiah Wedgwood au XVIIIe siècle. Ces objets, de style néoclassique, comportent souvent deux couleurs : les reliefs sont en blanc, et les fonds en teintes rompues – les différents « bleu Wedgwood », « vert Wedgwood », « noir Wedgwood ».

Références

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  1. (en-GB) House & Garden, « From the archive: an interview with Madeleine Castaing (1966) », sur House & Garden, (consulté le )
  2. a et b Archives départementales d'Eure-et-Loir, commune de Chartres, acte de naissance no 452, année 1894 (sans mention marginale de décès).
  3. a et b Liaut, Jean-Noël, Madeleine Castaing : Mécène à Montparnasse, décoratrice à Saint-Germain-des-Prés, Paris, Petite Bibliothèque Payot / Essais,
  4. a et b Bénédicte Burguet, « La maison bleue de Madeleine Castaing », Vanity Fair n°16, octobre 2014, pages 108-109.
  5. a et b Pierre Groppo, « L'incroyable destin de Madeleine Castaing, la magicienne de la décoration préférée de Jean Cocteau et YSL », sur Vanity Fair, (consulté le )
  6. « La "fausse camaraderie" du dandy-photographe », dans le Figaro du 11 février 2009.
  7. Texte de François-Marie Banier.
  8. Barbara Stoeltie, in The World of Interiors.
  9. « Madeleine Castaing - Sa bio et toute son actualité - Elle », sur elle.fr (consulté le )
  10. a b c et d Barbara Stoeltie, ibid.
  11. « Madeleine Castaing : une vie incroyable ! », sur Parisienne à l'ouest (consulté le )
  12. (en) Massey, Anne, Interior Design Since 1900 (Fourth) (World of Art) Volume 0 de World of Art, Thames & Hudson,, , 272 p. (ISBN 0500775168, lire en ligne)
  13. Préface de L'Univers de Madeleine Castaing.
  14. Site du musée Granet.
  15. Cité par Jacques Grange, L'Univers de Madeleine Castaing, op. cit.
  16. (en) « Chaim Soutine | Portrait of Madeleine Castaing », sur The Metropolitan Museum of Art (consulté le )
  17. Madeleine Castaing et les Weisweiller.
  18. « Les objets d'une grande décoratrice », sur Les Echos, (consulté le )
  19. a et b Emily Evans Eerdmans, Madeleine Castaing, Éditions du Regard, , 271 p., p. 215
  20. Emily Evans Eerdmans, Madeleine Castaing, Éditions du Regard, , 271 p., p. 101
  21. Photographie de la galerie en 1960.
  22. Témoignage de Frédéric Castaing dans l'article de Mitchell Owens, New York Times, 2004.
  23. Mitchell Owens, ibid.
  24. « Madeleine Castaing entre le peintre et Proust », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le )
  25. L'Univers de Madeleine Castaing, op. cit.
  26. Article de Roxane Azimi, Le Journal des arts, septembre 2004.
  27. (en-US) Mitchell Owens, « A Roomsmith Mixing Warmth and Wit », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le )
  28. Emily Evans Eerdmans, Madeleine Castaing, Édition du Regard, , 271 p.
  29. Emily Evans Eerdmans, Madeleine Castaing, Édition du Regard, , 271 p., p. 97
  30. (en) AnOther, « Madeleine Castaing’s Singular Brand of Rebellion », sur AnOther, (consulté le )
  31. (en-US) Emily Evans Eerdmans, « Beloved Decorator Madeleine Castaing's Designs Take the Spotlight Once Again », sur Architectural Digest, (consulté le )
  32. « Histoire de la maison Edmond-Petit », sur www.edmond-petit.fr (consulté le )
  33. (en) « CAUMONT INTERIORS – Eyes on Talents », sur eyesontalents.com (consulté le )
  34. Emmanuelle Lopez, « Le retour du papier peint Castaing », sur deco.journaldesfemmes.fr, (consulté le )
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  55. Culture-infos.
  56. commentaires sur le documentaire

Articles connexes

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Liens externes

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