Djemâl ad-Dîn al-Afghâni

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Jamal Al Dîn Al Afghani)
Aller à : navigation, rechercher
Djemâl ad-Dîn al-Afghâni
Sayyid Dschamāl ad-Dīn al-Afghānī.jpg
Biographie
Naissance
Décès
Nationalité
Activité
Autres informations
Religion
Élève

Sayyid Jamāl Al-Dīn Al Afghani (en persan/dari: سید جمال الدین اسد آبادی, en forme longue Khatarat Jamal al-Din al-Afghani al-Husayni souvent dénommé en français Al Afghani, prononcé [al afʀani], l'Afghan), né en Perse à Hamadan[1] en 1838 et mort en 1897), est un intellectuel musulman d'origine persane et actif en Inde et dans l'Empire ottoman. Il est considéré comme un des principaux penseurs du panislamisme et comme un réformateur qui s'est efforcé de concilier les principes coraniques avec le monde moderne[2],[3]. Les analystes sont partagés sur les convictions profondes d'al-Afghani[4].

Biographie[modifier | modifier le code]

L'origine d'Al Afghani a fait l'objet de débats[1],[5],[6]. Longtemps considéré comme afghan[7] donc a priori sunnite, Al Afghani, en dépit du surnom qu'il s'est choisi, est né en Perse[5], et est donc chiite dans un premier temps. Il est par ailleurs parfaitement iranophone[5] et a fait ses études dans la ville sainte chiite de Kerbala[5].

Il est reporté qu'il a bien été au service de l'emir Dost Mohammad Khan en Afghanistan entre 1865 et 1869[6]. Sa présence en Afghanistan avant cette période ne repose que sur les propres écrits tenus par Al Afghani et aucune preuve extérieure n'atteste sa présence en Afghanistan entre 1858 et 1865[6].

Il s'installe en Égypte de 1871 (il a 33 ans) à 1879[5],[7]. Il en sera expulsé pour raison politique[8].

Al Afghani a peu écrit[9].

Discours et influences[modifier | modifier le code]

L'islam prêché par Al Afghani en Égypte est considéré comme fortement influencé par les traditions et la philosophie chiite et par la mystique soufie[5].

Al-Afghani aura une influence déterminante sur Mohamed Abduh[7]. Tous deux « ont essayé de libérer les textes religieux de leur carcan ancien et rigide. Tous les deux étaient rationalistes. Ils disaient : "En cas de conflit entre la raison et la tradition, la primauté devrait revenir à la raison". Ils plaçaient la liberté et la responsabilité de l'homme au-dessus de tout »[10].

Al-Afghani fonde en Égypte une loge maçonnique qui sera associée au Grand Orient de France[7]. "On le présente comme un fervent musulman, mais il est aussi rationaliste et franc-maçon[4]".

Il est fondamentalement anti-impérialiste, à une époque où les puissances européennes œuvrent à démembrer l'Empire ottoman, et où l'Angleterre envahit l'Égypte (en 1882) etc.. " Ce qui est intolérable pour Afghânî, c'est la perte de puissance politique des États musulmans face aux pressions de l'Angleterre, de la France et de la Russie. Cette révolte contre la domination étrangère se fait au nom de l'islam contre la décadence des pays musulmans. Il dénonce l'autocratie des despotes locaux, il réclame les libertés constitutionnelles et un régime parlementaire, mais en affirmant que seule la religion peut assurer la stabilité des sociétés et la puissance des peuples. Il faut libérer l'Orient du despotisme intérieur et de l'impérialisme étranger par le retour aux sources de l'islam[4]".

La controverse avec Renan[modifier | modifier le code]

Dans une conférence donnée à la Sorbonne le 29 mars 1883, "Ernest Renan affirmait que l'islam était la cause première de la régression des peuples musulmans, parce que l'esprit scientifique et l'islam étaient incompatibles. Or, Afghânî était à Paris à ce moment-là, et il a répondu à Renan dans le Journal des Débats du 18 mai 1883.

Afghânî va affirmer qu'il n'y a aucune incompatibilité entre la révélation et la raison, puisque le Coran lui-même engage constamment le croyant à comprendre le monde et à réfléchir ; c'est donc l'islam qui a permis la naissance de l'esprit philosophique chez les Arabes. Par conséquent, il n'y a aucune impossibilité au développement de la faculté rationnelle dans des systèmes scientifiques. La sclérose des esprits est le fait de la tradition, non de l'islam lui-même[4]".

Discours contradictoires d'al-Afghani[modifier | modifier le code]

Cependant, avant de venir à Paris en 1883, al-Afghani avait écrit un pamphlet politique intitulé Réfutation des matérialistes "dirigé principalement contre un savant musulman indien, Sayyid Ahmad Khân (1817-1898), lui aussi réformateur. Sayyid Ahmad Khân prônait une certaine autonomie de la raison dans un effort de compréhension nouvelle à l'égard du Coran, afin d'aboutir à une certaine harmonie entre pensée musulmane et pensée moderne. Mais Sayyid Ahmad Khân trouvait bénéfique la présence des Britanniques en Inde, car elle permettait le progrès des musulmans face à la majorité hindouiste ; il venait de fonder en 1875 le célèbre collège anglo-musulman d'Aligarh. Afghânî lui reproche de miner l'attachement des musulmans aux valeurs de l'islam, en leur enseignant que l'étude des sciences compte plus pour l'essor d'une civilisation que l'attachement aux valeurs religieuses. Ce double discours fait partie de ce que les analystes ont appelé les contradictions d'Afghânî, défendant la science contre Renan et l'attachement à la tradition des ancêtres contre Sayyid Ahmad Khân, modulant de façon très politique son discours en fonction de son interlocuteur, occidental ou musulman[4]".

Jugements portés sur al-Afghani[modifier | modifier le code]

Selon Henri Lammens, il est un penseur de l'islamisme politique, et du salafisme en particulier[9].

Il est qualifié par l'archevêque Henri Teissier d'« initiateur du réveil politique de l'islam »[11], par Henri Lammens d'« agitateur panislamiste »[9] et par Olivier Carré d'« agitateur politico-religieux dans tous les pays où il passa »[12].

En défendant l'idée du tyrannicide, Al Afghani est considéré comme l'inspirateur de l’assassinat par Mirza Reza Kermani du Chah d'Iran Nasseredin Shah en 1896[12].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Niki Keddie, Sayyid Jamal ad-Din al-Afghani : A Political Biography, University of California Press, Berkeley, 1972.
  • (en) N. R. Keddie, « Afghāni, Jamāl al-dīn », dans Encyclopædia Iranica en ligne
  • Amélie Marie Goichon, Réfutations des matérialistes, traduction sur la 3e édition arabe avec introduction et notes, 1948, Librairie orientaliste Paul Geuthner, Paris
  • Louis Massignon, Revue des études islamiques, 1927 (p. 297-301), Librairie orientaliste Paul Geuthner, Paris
  • AL-AFGHANI Jamâl al-dîh, Hâkim al-sharq' (Le chef de l'Orient), Le Caire, mai 1979

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Salim Ayduz, İbrahim Kalın, Caner Dağlı et Nikki R. Keddie, The Oxford Encyclopedia of Philosophy, Science, and Technology in Islam, Oxford University Press, coll. « Oxford Encyclopedias of Islamic Studies », , 1152 p. (ISBN 9780199812578, lire en ligne), p. 9 et suiv.
  2. Selon Mohamed Haddad, Jama el-Din al Afghani et son disciple Mohamed Abduh ont voulu trouver "des positions médianes entre la modernité et l'islam". Jamal al- Din al-Afghani a tenu des propos novateurs. selon lesquels il fallait réformer la pensée musulmane en élaborant notamment des concepts modernes, comme le caractère civil de l’État, http://www.lemondedesreligions.fr/une/pourquoi-reformer-l-islam-est-faisable-22-02-2017-6125_115.php.
  3. Pierre Vermeren, La France en terre d’Islam: Empire colonial et religion, XIX-Xxe siècle, disponible en ligne [1]
  4. a, b, c, d et e Viviane Comerro, http://eduscol.education.fr/cid46661/islam-et-modernite-quelques-jalons-d-un-parcours-historique.html
  5. a, b, c, d, e et f (en) Gabor Agoston et Bruce Masters, Encyclopedia of the Ottoman Empire, , 650 p. (ISBN 978-0-8160-6259-1, lire en ligne), p.18 et suivantes
  6. a, b et c (en) Anwar Moazzam, Jamal al-Din al-Afghani : A Muslim Intellectual, New Delhi, Concept Publishing Company, , 161 p. (ISBN 9788170221500), p. 134
  7. a, b, c et d Jacques Jomier, « Les Frères musulmans et leur influence », Études, t. 300,‎ , p. 428 (ISSN 0014-1941, lire en ligne)
  8. C. Snouk Hurgonje, « Einige Arabische Strijdschriften besproken », Revue de l'histoire des religions, t. 36, no 1,‎ (lire en ligne)
  9. a, b et c Henri Lammens, L'Islam : Croyances et institutions, Beyrouth, Impressions catholiques de Beyrouth, , 334 p. (lire en ligne), p. 270
  10. Tahar Ben Jelloun, Le Terrorisme expliqué à nos enfants, [2]
  11. Henri Teissier, « L'épreuve du dialogue islamo-chrétien », Études,‎ , p. 288 (ISSN 0014-1941, lire en ligne)
  12. a et b Olivier Carré, « Problèmes géopolitiques de l'Égypte », Hérodote, vol. 55, no 36,‎ , p. 160 (ISSN 0338-487X, lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notices d'autoritéVoir et modifier les données sur Wikidata : Fichier d’autorité international virtuel • International Standard Name Identifier • Bibliothèque nationale de France (données) • Système universitaire de documentation • Bibliothèque du Congrès • Gemeinsame Normdatei • Bibliothèque royale des Pays-Bas • Bibliothèque nationale de Suède • WorldCat