Mohamed Abduh

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Mohamed Abduh
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Mohamed Abduh
Fonctions
Grand mufti d'Égypte (d)
-
Juge
Biographie
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محمد عبدهVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalités
Ottoman (-)
Khédivat d'Égypte ( - )Voir et modifier les données sur Wikidata
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Tafsir al-Manar (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Mohamed Abduh (ou Muhammad 'Abduh) (arabe : محمد عبده) (Mahallab al-Nasr, - Alexandrie, ) est un journaliste et théologien égyptien, fondateur avec Jamal al-Din al-Afghani du mouvement moderniste islamique. Nommé grand mufti d'Égypte en 1899, il est considéré comme le père du mouvement réformiste égyptien[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Début de vie[modifier | modifier le code]

Mohamed Abduh est né à Mahallab al-Nasr en 1849[2]. Originaire d'une famille de fellahs de Basse-Égypte, il a dès son plus jeune âge reçu une éducation musulmane . Il continue ses études à la mosquée Ahmadite à Tanta puis entre en 1866 à l'université al-Azhar ou il étudie la logique, la philosophie et le mysticisme. Cette éducation religieuse stricte ne l'empêche pas de se rapprocher du soufisme. Dans son livre, Risâlat al-wâridât (Épître des inspirations mystiques) il réserve à Dieu l'existence réelle et adopte une position proche de celle du monisme d'Ibn Arabi.

Franc-maçonnerie[modifier | modifier le code]

En 1868 son nom figure parmi les membres de la Loge du Caire "La Concordia", à l'Obédience de la Grande Loge unie d'Angleterre[3].

Il rejoint la "Loge Nationale" (Mahfhal al Wattani) affiliée au Grand Orient de France que son Maître Al Afghani avait créée. Quand on demande à Abuh pourquoi il est devenu comme son professeur Al Afghani franc-maçon, il répond que c''est dans un "but politique et social"[4] et que la loge de son Maître est connue pour des vues réformistes sur l'islam.[5]

Théologie et philosophe[modifier | modifier le code]

Dans un traité de théologie écrit en 1876 sous forme de gloses qui accompagne la profession de foi d'un théologien acharite du XIVe siècle du nom d'Al-Iji, il prêche la tolérance envers les différentes sectes islamiques. Il y affirme le rôle de la raison comme guide de la vraie foi.

Par ailleurs, des idées philosophiques font leur apparition dans cet ouvrage. Influencé par le savant perse Jamal Al-Dîn Al-Afghani, qu'il a rencontré au Caire en 1872, il suivait régulièrement ses conférences. Afghani était un philosophe et un réformateur musulman qui a préconisé dans ses écrits l'union des pays musulmans pour résister au colonialisme européen. Sous l'influence d'Afghani, Abduh a combiné le journalisme, la politique et sa propre fascination pour la spiritualité mystique.

Journalisme[modifier | modifier le code]

Après s'être lancé dans le journalisme et dans la politique, il écrit plusieurs articles pour le journal cairote Al-Ahram, où il critique la politique mené par le khédive Ismaël. Il défendait dans ses papiers la renaissance de la civilisation arabo-islamique, le combat contre la domination étrangère, les gouvernements musulmans, la corruption et contre la division au sein de la communauté musulmane. Il défend enfin les sciences modernes et l'idée d'une réforme de la langue arabe.

De 1877 à 1882 il exerce la charge de professeur à l'université islamique "Dâr al-'ulûm". Il y donnait des cours novateurs, pour que les qadis appliquent le droit musulman d'une manière moderne. Il est révoqué de son poste par le khédive Tawfiq qui le nomme rédacteur dans le journal gouvernemental Al-Waqâ'i al-misriya.

Dans ce journal, il écrit plusieurs articles sur l'importance de l'instruction et de la condamnation de la corruption et de la polygamie. Il y affirme également que le régime parlementaire n'est pas incompatible avec l'islam.

Exil[modifier | modifier le code]

Après sa participation à la révolte de Urabi, il est forcé de s'exiler, d'abord au Liban, puis en France. Pendant plus de six ans il n'a plus eu le droit de retourner en Égypte. Abduh a passé plusieurs années de sa vie au Liban où il a travaillé à l'instauration d'un système d'éducation islamique. Il a traduit l'ouvrage d'Afghani Réfutation des matérialistes et dispensé des conférences.

En 1884, il part pour la France où il rejoint Al-Afghani. Eux deux, éditent un journal se voulant porte parole des idées réformistes, Al ‘Urwa al Wuthqa, qui avait des penchants antibritanniques, et qui était surtout lu par des orientalistes français.

Retour et action en Égypte[modifier | modifier le code]

À son retour en Égypte en 1888, Abduh commence sa carrière dans la justice et il est d'abord nommé juge dans un tribunal national de première instance, avant d'être nommé juge dans une cour d'appel en 1891. Dans cette fonction, il lutte principalement contre la corruption. Il continue à travailler pour une reforme radicale des institutions de l'Islam en Égypte et édite en 1897, son propre traité philosophique (Risālat at-Tawhīd, ou Théologie de l'Unicité).

En 1889, il devient mufti, un titre qu'il conservera jusqu'à sa mort. Dans cette fonction, il a promulgué de nombreuses fatwas, l'une d'elles permettait aux musulmans de déposer leur argent dans des caisses d'épargne légalisant ainsi le prêt à intérêt, tandis qu'une autre autorise les musulmans du Transvaal, en Afrique du Sud, à manger de la viande non Halal.

En 1892, il adhère à la Société de bienfaisance musulmane dont il deviendra président en 1900. Il fonde la même année, la société pour le renouveau des sciences arabes.

Ses idées réformistes[modifier | modifier le code]

En 1892, il propose au Khédive Abbas II Hilmi, une réforme de l'enseignement donné à Al-Azhar, et réussit à introduire dans le cursus de l'université les enseignements de sciences modernes avant de se heurter à une forte opposition, qui le pousse à la démission en 1905.

Son traité est principalement adressé aux intellectuels occidentaux, vivant dans un pays musulman ou non. Il a rejeté l'effort de certains de mettre fin à l'ijtihad et la pratique du Taqlid.

Il proclame en effet l'existence du libre arbitre et condamne la doctrine de la prédestination. Abduh a enseigné que les lois doivent être adaptées au monde moderne, dans l'intérêt du bien commun. Il s'est par ailleurs principalement concentré sur l'éducation, il disait que « l’âme égyptienne est complètement absorbée par la religion, d’une telle manière qu’on ne peut plus les séparer. Si quelqu'un essayait d’éduquer la nation égyptienne sans la religion, c’est comme si un fermier essayait de planter une graine dans un sol non fertile … ses efforts seraient vains ». Abduh affirmait que la foi des ancêtres était raisonnable et pratique.

Pour lui l'islam est réformable, bien que sa réforme soit entravée par des structures religieuses rigides, imposées par des personnalités religieuses contemporaines. L'un des plus fidèles disciples d'Abduh fut Mohammed Rachid Rida avec qui il participait au journal Al-Manar. Il s'exprima sur l'abolition du califat par Atatürk en 1924, et sur la réforme qu'il pensait nécessaire de l'islam.

Ses idées ont eu une grande influence dans les pays musulmans, surtout en Indonésie et en Algérie où elles ont influencé l'association des Oulémas algériens.

Son esprit de fraternité religieuse[modifier | modifier le code]

Sunnite comme son ami intime : Jamal Al-Dîn Al-Afghani, avec qui, Abduh déployait de grands efforts pour prôner l'harmonie entre ces deux courants majeurs de l'islam, que sont le sunnisme et le chiisme et leurs subdivisions internes. D'une manière générale, il prêchait la fraternité entre tous les courants musulmans, même si dans ses analyses, il critiquait telles ou telles erreurs de certains groupes, comme les superstitions venant du soufisme populaire[6].

Abduh ne négligeait pas de prêcher pour l'amitié interreligieuse.

Étant donné que la communauté chrétienne des coptes constitue la deuxième communauté religieuse d'Égypte, il déployait des efforts particuliers pour l'amitié islamo-chrétienne. Il avait lui-même de nombreux amis chrétiens et défendait les coptes contre leur stigmatisation[7], ces derniers ayant été particulièrement ciblés par la colère des foules musulmanes lors de la révolte d'Orabi (en) (1881-1882).

Œuvres textuelles[modifier | modifier le code]

  • Muḥammad ʿAbduh (trad. de l'arabe), Taḥqīq wa taqdīm al-duktūr Muḥammad ʿAmāraẗ [« تحقيق و تقديم الدكتور محمد عمارة »] [« Enquête et une présentation du Dr Mohamed Emara »], Al-Qāhiraẗ : Dār al-šurūq,,‎ (ISBN 978-977-420-832-1 (édité erroné), notice BnF no FRBNF42416058, lire en ligne)
  • Muḥammad ʿAbduh (trad. de l'arabe), Al-islām dīn al-ʿilm wa-al-madaniyyaẗ [« الإسلام دين العلم والمدنية »] [« L'islam est une religion de savoir et de civilisation »], Al-Qāhiraẗ : Dār Miṣr al-maḥrūsaẗ,‎ , 195 p. (notice BnF no FRBNF42416058)
  • Muḥammad ʿAbduh (trad. de l'arabe), Al-islām wa-al-naṣrāniyyaẗ maʿa al-ʿilm wa-al-madaniyyaẗ [« الإسلام والنصرانيّة مع العلم والمدنيّة »] [« Islam et christianisme avec science et civilisation »], Al-Qāhiraẗ : Dār Miṣr al-maḥrūsaẗ,‎ , 165 p. (notice BnF no FRBNF40168023)
  • Muḥammad ʿAbduh (trad. de l'arabe), Risālaẗ al-tawḥīd [« رسالة التوحيد »] [« Message d'unité »], Al-Qāhiraẗ : Dār al-Hilāl,,‎ , 182 p. (notice BnF no FRBNF40167995)
  • (ar) Muḥammad ʿAbduh, The Theology of unity, Londres, G. Allen and Unwin, , 164 p. (notice BnF no FRBNF32896940)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Abduh, Muḥammad (1849-1905) », sur IDref
  2. (en) Frank R. Abate, The Oxford Desk Dictionary of People and Places, New York, Oxford University Press, , 879 p. (ISBN 978-0-19-513872-6, lire en ligne), p. 3
  3. Dorothe Sommer, Freemasonry in the Ottoman Empire, I. B. Tauris, Londres-New York, 2015, p.81.
  4. Thierry Zarcone (p.204), « Soufisme et franc-maçonnerie à l’époque jeune-turque : le Şeyẖülíslâm Mûsà Kâżim Efendî (1850-1920) », Anatolia moderna. Yeni anadolu, vol. 2, no 1,‎ , p. 201–208 (DOI 10.3406/anatm.1991.889, lire en ligne, consulté le )
  5. Jean Marc Aractingi, Dictionnaire des Francs maçons arabes et musulmans, Amazon editions, (ISBN 978-1-9852-3509-0), p. 20
  6. Les Nouveaux Penseurs de l'islam, p. 43-44.
  7. Les Nouveaux Penseurs de l'islam, p. 44.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Benzine, Rachid (2004, 2008). Les Nouveaux Penseurs de l'islam. Éditions Albin Michel. (ISBN 978-2-226-17858-9)
  • Black, Antony (2001). The History of Islamic Political Thought. New York: Routledge. (ISBN 0-415-93243-2).
  • Watt, W. Montgomery (1985). Islamic Philosophy and Theology. Edinburgh: Edinburgh University Press. (ISBN 0-7486-0749-8).
  • Dictionnaire historique de l'islam, Janine Sourdel, Dominique Sourdel, édition Quadrige.
  • Khaldi, Souad. L'ijtihad dans la pensée de Mohammad Abduh, Paris, Bayane éditions, 2012.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • « Courants d'idées en Islam : du sixième au vingtième siècle », volume 57 de Notre Temps, Albert Nader, Médiaspaul, 2003, (ISBN 2894205694).

Liens externes[modifier | modifier le code]