Gustaw Herling-Grudziński

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Gustaw Herling
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Gustaw Herling-Grudziński en 1940
Nom de naissance Gustaw Herling-Grudziński
Naissance
Kielce, Pologne
Décès
Naples, Italie
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture Polonais
Genres

Gustaw Herling-Grudziński (né le à Kielce, mort à Naples le ) est un essayiste, journaliste, critique littéraire polonais, considéré comme l'un des plus grands écrivains polonais de la seconde moitié du XXe siècle. Il est le plus connu pour ses mémoires de l'internement dans un Goulag, Un monde à part. Publié à Londres en 1951, avec une préface de Bertrand Russell, ce récit fut le premier témoignage jamais paru sur l'univers concentrationnaire soviétique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né en 1919, Herling-Grudziński passe son enfance et sa jeunesse dans la propriété de ses parents à Suchedniów, puis à Kielce, où il passe le bac au Lycée Mikołaj Rey. En 1937, il entame des études de lettres polonaises à l'université de Varsovie, interrompues par la Seconde Guerre mondiale.

Combat et déportation[modifier | modifier le code]

En octobre 1939 après la défaite de l'armée polonaise, Herling-Grudziński participe à la fondation d'un groupe de résistance Polska Ludowa Akcja Niepodległościowa (PLAN), l'un des premiers de Varsovie occupée par les Allemands. En novembre de la même année, il est envoyé par la résistance en Occident. Pour la rejoindre, il doit passer par les territoires occupés par les Soviétiques, et il est arrêté par le NKVD, la police politique soviétique, en mars 1940. Accusé d'espionnage, il est condamné à cinq ans de camp. Il décrira sa vie dans le camp de Yertsevo près d'Arkhangelsk, dans l'un des plus importants témoignages de la littérature des camps du Goulag, Inny świat (Un monde à part) publié en 1951.

Après la signature des accords Sikorski-Maïski en 1941, il est libéré du camp et peut rejoindre l'Armée Polonaise en formation sur le territoire soviétique. Avec cette armée nommée Deuxième Corps Polonais, il passe en 1942 en Iran, puis en Palestine. En 1943, il y rencontre Jerzy Giedroyc et Józef Czapski et devient leur ami. Comme soldat du Deuxième Corps Polonais du général Anders, Herling-Grudziński fait la campagne d'Italie, participe à la Bataille de Monte Cassino. Il est décoré de l'ordre Virtuti Militari - la plus haute distinction militaire polonaise.

Écrivain à l'exil[modifier | modifier le code]

Après la guerre, ne pouvant plus retourner en Pologne, Herling-Grudziński reste à Rome où il dirige les pages littéraires de l'hebdomadaire Orzeł Biały (Aigle blanc). Il écrit également pour Kurier Polski (Courrier Polonais), W drodze (En chemin) ou encore Dziennik Polski APW (Journal Polonais de l’Armée polonaise).

En 1945, il publie un recueil de ses textes intitulé Żywi i umarli (Les Vivants et les morts), préfacé par Józef Czapski.

Entre 1948 et 1952, il vit à Londres avec sa femme la peintre Krystyna Domańska. Après la mort de cette dernière, il part à Munich pour y travailler à Radio Free Europe où il dirige le service culturel. En 1955, il quitte Munich et revient en Italie. Il s’installe à Naples et se marie avec Lidia Croce, la fille du célèbre philosophe italien Benedetto Croce. Il publie alors dans l’hebdomadaire polonais de Londres Wiadomości (Les Nouvelles), et dans les journaux et revues italiens, entre autres dans Tempo Presente, Il Corriere della Sera, Il Giornale, l’Espresso. Il est aussi le correspondant en Italie pour la revue Kultura dont il est co-fondateur et co-rédacteur du premier numéro publié à Rome en juin 1947. Il y publie des essais, des nouvelles, des articles sur la littérature occidentale et la littérature du bloc de l’est, des commentaires politiques, des critiques littéraires, et des traductions.

Il reçoit le titre de docteur honoris causa de l'Université Jagellonne de Cracovie en 2000[1].

Il meurt à Naples le 4 juillet 2000.

Grand témoin de son époque[modifier | modifier le code]

L'œuvre de Herling-Grudziński est indissociable non seulement de sa biographie, mais aussi de l’histoire du XXe siècle. Bien que ses livres soient interdits en Pologne communiste jusqu’en 1988, ils sont publiés par des éditions clandestines et traduits en anglais, français, allemand, italien, russe et dans bien d’autres langues.

Un monde à part publié à Londres en 1951, salué dans sa préface anglaise par Bertrand Russell, fut le premier témoignage jamais paru sur l'univers concentrationnaire soviétique. En France, il fallut attendre trente-quatre ans pour le découvrir. Le livre fut refusé chez Plon, malgré le soutien de Gabriel Marcel, puis chez Gallimard, malgré les tentatives d'Albert Camus. En 1985, Jorge Semprun le fait publier chez Denoël. Nota bene - ce livre a été traduit en français par William Desmond à partir de la traduction anglaise d’Andrzej Ciołkosz et non pas de l'original polonais.

Ce livre révélateur au plein sens du terme, Herling l’a pourvu d’un sous-titre Notes soviétiques, en référence aux Notes de la maison morte (autrement Souvenirs de la maison des morts) de Dostoïevski, en y faisant référence dans son propos, à plusieurs reprises afin de montrer le caractère figé et répétitif du cauchemar russe[2].

Traductions françaises[modifier | modifier le code]

  • Journal écrit la nuit (trad. Thérèse Douchy, préf. Krzysztof Pomian), Gallimard, (ISBN 2070780090)
  • L'Île et autres récits (trad. Thérèse Douchy), Gallimard, , 210 p. (ISBN 2070728560)
  • Un monde à part (trad. William Desmond), Gallimard, , 464 p. (ISBN 207039381X), réédition poche (ISBN 978-2-070-393-81-7)
  • Le Portrait vénitien et autres récits, Gallimard, , 270 p. (ISBN 2070741524)
  • Les Perles de Vermeer : Journal écrit la nuit 1986-1992, Seuil, coll. « Solo », , 240 p. (ISBN 9782020357623)
  • Variations sur les ténèbres. Suivi d'un entretien sur le mal avec Édith de la Héronnière (trad. Thérèse Douchy), Seuil, coll. « Solo », , 176 p. (ISBN 9782020348799)
  • Nuits blanches d'amour (trad. Thérèse Douchy), Seuil, coll. « Solo », , 144 p. (ISBN 9782020430494)

Prix et distinctions[modifier | modifier le code]

  • 1958 Prix littéraire de Kultura
  • 1964 Prix de la Fondation Jurzykowski à New York
  • 1965 Prix Helena Nagler, attribué par l’Union des écrivains polonais en exil à Londres.
  • 1966 Prix de la Fondation Kościelski à Genève
  • 1980 Prix de l’hebdomadaire littéraire Wiadomości (Les Nouvelles) à Londres.
  • 1985 Prix du PEN club français.
  • 1990 Prix du PEN club polonais Jan Parandowski
  • 1994 Premio Vareggio Internationale, en Italie
  • 1996 Premio Vittorini
  • 1998 Ordre de l’Aigle Blanc, la plus haute distinction polonaise.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (pl) Doktorzy honoris causa, sur le site de l'université jagellonne de Cracovie
  2. Tomasz Burek, « Tout cet horrible monde », Literary Studies in Poland 26,‎ , pp 7-19 (lire en ligne)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Krzysztof Pomian, Un manichéisme à l’usage de notre temps, préface à Gustaw Herling, Journal écrit la nuit, L’arpenteur, Paris, Gallimard, 1989.
  • Luba Jurgenson, L’expérience concentrationnaire est-elle indicible ?, Paris, Éditions du Rocher, 2003.
  • Marek Hłasko (trad. du polonais par Charles Zaremba, préf. Charles Zaremba), Converti à Jaffa [« Nawrócony w Jaffie »], Bordeaux, Mirobole, coll. « Horizons blancs », (1re éd. 1966), 176 p. (ISBN 978-2-37561-097-8). 
  • Piotr Bilos, Exil et modernité, vers une littérature à l'échelle du monde (Cz. Milosz, G. Herling-Grudzinski, W. Gombrowicz), Paris, Classiques Garnier, 2012. (ISBN 978-2812406249).
  • Gustaw Herling-Grudziński, témoin de son époque et au-delà Edition Petra, 2019, (ISBN 978-2-84743-243-5)
  • Michel Peterson, Le réalisme moral de Gustaw Herling-Grudzinski , Nuit blanche, Numéro 61, automne 1995.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]