Guerre des mahdistes

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Guerre des mahdistes
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Bataille d'Omdurman

Informations générales
Date 1881-1899
Lieu Soudan
Issue victoire anglo-égyptienne

La guerre des mahdistes ou la guerre du Soudan est un conflit colonial, religieux et politique qui s'est déroulé au Soudan de 1881 à 1899. Il a opposé principalement les mahdistes soudanais, aussi appelés derviches, désireux d'établir dans la région un émirat fort et indépendant, aux autorités coloniales égyptiennes puis anglo-égyptiennes représentées pendant quelque temps et jusqu'à la chute de Khartoum survenue en 1885, par le personnage emblématique de Gordon Pacha. Il a également impliqué l'Éthiopie, l'Italie, l'État indépendant du Congo et la France. Les combats qui se sont surtout déroulés au Soudan ont également touché le Sud de l'Égypte, les zones frontalières de l'Érythrée et de l'Éthiopie. Le conflit s'est terminé par la défaite des madhistes, vaincus par les forces anglo-égyptiennes commandées par Horatio Herbert Kitchener

Pour les britanniques, cette guerre est appelée campagne du Soudan, et a été notamment racontée par Winston Churchill, qui participa à la guerre, et l'appela "the river war", c'est-à-dire la "guerre du fleuve" (le Nil).

Le Soudan anglo-égyptien fut créé à l'issue de cette guerre.

Origines du conflit et contexte[modifier | modifier le code]

À partir de l'invasion égyptienne de 1819 par Muhammad Ali, le Soudan était sous administration égyptienne. Le système d'imposition élevé, ainsi que la cruauté de la domination turco-égyptienne rendaient cette domination impopulaire par les Soudanais. Du fait de cette imposition élevée, certains fermiers quittent le cours du Nil et s'installent au Kordofan ou au Darfour.

Au milieu du XIXe siècle, Khedive Ismael est le représentant de l'Empire Ottoman en Égypte. Ses dépenses élevées, notamment pour le canal de Suez, endettent l'Égypte. Devant l'intérêt stratégique du canal de Suez pour les britanniques, une commission franco-anglaise prend le contrôle des finances égyptiennes, et force à la démission de Khedive Ismael en faveur de son fils Tawfiq en 1877, ce qui provoque des troubles politiques.

En 1873, Ismael avait désigné le général Charles Gordon, appelé aussi Gordon Pacha, ou Gordon le Chinois, du fait de son rôle lors de la révolte des Taiping, comme gouverneur du sud du Soudan. Il eut à se battre contre un chef local du Darfour, Al-Zubayr Rahma Mansur.

En 1877, à l'abdication d'Ismael, Charles Gordon reçoit beaucoup moins de soutien en provenance du nord

Soulèvement mahdiste[modifier | modifier le code]

Muhammad Ahmad, le "Mahdi".

Plusieurs raisons sont avancées pour expliquer le soulèvement, notamment un conflit ethnique des Soudanais contre les Turcs, un islam différent, et des Britanniques chrétiens comme chefs[1].

Dans les années 1870, un religieux appelé Muhammad Ahmad promet le renouveau de l'islam et la libération du Soudan, et commence à trouver un écho. Il se proclame le Mahdi, c'est-à-dire le rédempteur de l'islam, et se rebelle ouvertement face aux autorités. En août 1881, Raouf Pasha envoie deux compagnies d'infanterie avec chacune une mitrailleuse pour l'arrêter. Des tirs entre alliés conduisent le Mahdi à la victoire, lors de la bataille d'Aba[2].

Il se retire ensuite vers le Kordofan, hors de portée du gouvernement de Khartoum. Sa victoire lui permet de soulever beaucoup de tribus arabes pour le suivre dans le Jihad. Une deuxième expédition montée contre lui est battue dans une embuscade la nuit du [3].

Les autorités égyptiennes, se rendant compte de l'ampleur du soulèvement, rassemblent 4 000 hommes sous le commandement de Yusef Pasha. Celui-ci ne prit pas la précaution de poster des sentinelles la nuit dans son camp. Il fut alors attaqué par les mahdistes à l'aube du . Les rebelles, jusqu'alors mal équipés, s'emparent alors d'armes et de munitions, en plus d'autres fournitures militaires[4].

Expédition de Hicks[modifier | modifier le code]

Après la guerre anglo-égyptienne de 1882, les Britanniques prennent en grande partie le contrôle de l'Égypte. L'Europe commence à prendre conscience du danger de cette rébellion. L'Égypte, appuyée par les Britanniques, lance une nouvelle expédition de 7 000 fantassins, 1 000 cavaliers, 20 mitrailleuses et de l'artillerie, dirigés par William Hicks, ainsi que 12 officiers européens. Selon Winston Churchill, cette armée était "peut-être la pire armée à jamais partir à la guerre" [5]. Les soldats étaient en effet mal payés et indisciplinés.

Le temps que l'expédition arrive, les mahdistes avaient rassemblé 40 000 hommes, entraînés et fanatisés, et équipés d'armes capturées lors des batailles précédentes. Les 3 et 4 novembre 1883, les mahdistes écrasent les forcent de Hicks, et seulement 500 Égyptiens survécurent à la bataille d'El Obeid[6].

Evacuation[modifier | modifier le code]

À cette époque, la dette égyptienne envers l'Europe était très élevée[7]. Pour être sûrs du paiement, lutter contre la bureaucratie et la corruption, des Britanniques étaient chargés de l'administration fiscale de l'Égypte. Sir Auckland Colvin, puis Sir Edgar Vincent[8], Financial Advisor de toute l'Égypte, reçurent l'instruction de diminuer autant que possible les dépenses. Maintenir une garnison au Soudan coûtant environ 100 000 livres égyptiennes par an [9] ils décidèrent de mettre fin à cette présence militaire.

Charles Gordon, gouverneur du Soudan.

Le gouvernement égyptien demanda que la retraite soit encadrée par des troupes britanniques. Le général Charles Gordon fut choisi ; c'était un officier doué qui s'était déjà distingué lors de la seconde guerre de l'opium et la révolte des Taiping, doté d'une haute estime de lui-même[10] . Sir Evelyn Baring, le consul britannique en Égypte, s'était opposé à la nomination de Gordon ; il obtint la nomination du colonel John Stewart pour contrebalancer le poids du général

Gordon arrive à Khartoum le 18 février[11] et prend immédiatement conscience de la difficulté de la tâche. Les garnisons égyptiennes sont éparpillées dans tout le pays , et celles de Sennar, Tokar (en), et Sinkat sont assiégées[12]. La majorité du pays est sous le contrôle du Mahdi, et ses troupes nombreuses. Seule la ville de Khartoum dispose d'une garnison importante de 7000 soldats égyptiens[13] pour une ville de 27 000 civils[14]. C'est également là que sont situées les ambassades des pays étrangers. Gordon pense à abandonner toutes les villes du Soudan pour se concentrer sur Khartoum, mais ne veut pas abandonner les soldats égyptiens au Mahdi, et pense qu'abandonner le Soudan mettrait en danger l'Égypte. Il reste dans la capitale plus longtemps qu'il ne le devrait et les mahdistes assiègent la ville.

De plus, en mars 1884, les tribus du nord du Soudan, jusque là neutres ou fidèles aux Britanniques, se soulèvent avec le Mahdi. La ligne télégraphique avec Le Caire est coupée le 15 mars[15], isolant Khartoum du reste du monde.

Siège de Khartoum[modifier | modifier le code]

voir l'article détailé : siège de Khartoum.

Le général Gordon et ses troupes sont massacrées, ce qui provoque la chute du gouvernement à Londres.

Expédition du Nil[modifier | modifier le code]

Un expédition britannique est envoyée, mais arrive deux jours après le massacre. Elle ne parvient pas à vaincre les mahdistes.

Le Soudan mahdiste[modifier | modifier le code]

Muhammad Ahmad meurt de maladie peu après sa victoire en 1885. Son successeur est Khalifa Abdallahi ibn Muhammad, combattant et dirigeant fiable des mahdistes. Jusqu'en 1896, le Soudan reste sous la domination mahdiste.

Reconquête britannique[modifier | modifier le code]

Peinture décrivant la bataille de Redjaf, 1897

Pendant ce temps, l'Égypte ne renonce pas à ses droits sur le Soudan. Elle a reconstruit son économie et modernisé son armée. L'Égypte se voit en 1895 capable politiquement et militairement de reconquérir le Soudan[16].

En 1891, le prêtre catholique Joseph Ohrwalder s'échappe du Soudan où il était retenu prisonnier. En 1895, Rudolf von Slatin, ancien gouverneur du Darfour, s'évade à son tour de la prison de Khalifa. Ces deux hommes détaillent les dispositifs des Mahdistes et l'état du Soudan. En collaboration avec Reginald Wingate, ils écrivent une proposition de reconquête du Soudan, en insistant sur la barbarie et la cruauté des insurgés[17]. L'opinion publique britannique devient par conséquent largement favorable à une intervention au Soudan[18].

En 1896, l'Italie subit une lourde défaite à la bataille d'Adwa, et les Mahdistes menacent la ville de Kassala, possession italienne depuis 1894. Le gouvernement britannique décide d'intervenir aux côtés des Italiens, pendant que les Français augmentent leur présence au sud du Soudan (lire l'article Crise de Fachoda). Le gouvernement britannique, appuyé par le parti conservateur, décide de lancer une véritable invasion[19].

Bataille d'Omdurman

Horatio Herbert Kitchener, le nouveau Sirdar (commandant) de l'armée anglo-égyptienne, reçoit son ordre de marche le 12 mars et pénètre au Soudan le 18. Ses 11 000 hommes du début de l'expédition sont armés de mitrailleuse Maxims, d'artillerie moderne, et appuyés par une flottille de frégates navigant sur le Nil. Ils avancent lentement et méthodiquement, en bâtissant des forts et deux lignes de chemin de fer. Le 7 juin 1896 ont lieu les premiers engagements avec les Mahdites : les 9 000 hommes de Kitchener triomphent à la bataille de Ferkeh[20].

Après avoir battu une partie des forces mahdistes en avril 1898 à Atbara, les troupes britanniques arrivent à Omdurman, "capitale" des rebelles en septembre. Leur puissance de feu, fournie notamment par les mitrailleuses, décime les forces rebelles. Les survivants s'enfuient vers le sud du Soudan, dirigés par Khalifa Abdullah. Lors de la poursuite, Kitchener rencontre le commandant français Jean-Baptiste Marchand à Fachoda et provoque la crise de Fachoda. Lors de la bataille d'Umm Diwaykarat, Abdullah est tué, ce qui marque la fin de l'insurrection mahdiste.

Les pertes de la campagne de Kitchener s'élèvent à environ 700 hommes côté anglo-égyptien, contre 30 000 Soudanais morts, blessés ou capturés.

Postérité dans la culture[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Mortimer, Edward, Faith and Power, Vintage, 1982, p. 77.
  2. (en) Winston Churchill, The River War, Kessinger, , p. 28
  3. Churchill p. 29
  4. Churchill p. 30
  5. (en) Winston Churchill, The River War, Kessinger, , p. 31
  6. Churchill p. 33
  7. (en) Alfred Milner, England in Egypt, Macmillan, , p. 60
  8. Milner p. 86
  9. (en) Earl of Cromer, Modern Egypt, Macmillan, , p. 354
  10. (en) Earl of Cromer, Modern Egypt, Macmillan, , p. 564
  11. (en) Earl of Cromer, Modern Egypt, Macmillan, , p. 475
  12. (en) Winston Churchill, The River War, Kessinger, , p. 37
  13. (en) Winston Churchill, The River War, Kessinger, , p. 29
  14. (en) Charles Gordon, Journals at Khartoum, , p. 8—c'est-à-dire un total de 34,000 en comptant civils et soldats
  15. Churchill p. 50
  16. Churchill, p. 89-106
  17. Noah Salomon, « Undoing the Mahdiyya: British Colonialism as Religious Reform in the Anglo-Egyptian Sudan, 1898-1914 », University of Chicago Martin Marty Center,‎ (consulté le 7 novembre 2007)
  18. Churchill, p. 99
  19. Churchill, p. 101
  20. Churchill, p. 137

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bataille d'Umm Diwaykarat

Listes des batailles[modifier | modifier le code]

Aba · El Obeid · Première bataille d'El Teb · Deuxième bataille d'El Teb · Tamai · Trinkitat · El Eilafun · Abu Klea · Abu Kru · Khartoum · Kirbekan · Hashin · Tofrek · Ginnis · Metemma · Toski · Agordat · Barca · Tokar · Serobeti · Agordat · Kassala · Gulusit · 1er Sebderat · 2e Sebderat · Mokram · Tucruf · Firkat · Hafir · Bedden · Redjaf · Abu Hamed · Atbara · Omdurman · Fachoda · Gedaref · Roseires · Um Dibaykarat

Sources[modifier | modifier le code]

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