Gerda Lerner

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Gerda Lerner, née Gerda Hedwig Kronstein, à Vienne, le et morte à Madison, le , est une historienne américaine d'origine autrichienne et professeur d'histoire à l'université du Wisconsin à Madison. Elle est l'une des fondatrices du domaine de l'histoire des femmes aux États-Unis et l'une des premières à apporter une perspective historique féministe.

Biographie[modifier | modifier le code]

Gerda Lerner est la fille de Robert Kronstein, pharmacien, et d'Ilona Neumann Kronstein, une artiste, elle a une sœur cadette, Nora[1]. Elle fait ses études au lycée de Vienne, elle est engagée politiquement dès 1934, sympathisante communiste. Sa mère et elle sont emprisonnées par les nazis qui espèrent ainsi faire pression sur son père, réfugié au moment de l'Anschluss au Liechtenstein, où il espérait les faire venir ensuite[2]. Gerda et sa mère sont libérées lorsque son père accepte de vendre son entreprise à un Autrichien aryen, pour une somme dérisoire. Elle réussit à passer son abitur avant de quitter l'Autriche[1], et se réfugie en 1939 aux États-Unis[3], où elle obtient un visa américain grâce à l'affidavit fourni par son ancien petit ami, qu'elle épouse la même année[4]. Ils divorcent l'année suivante, une fois qu'elle a les papiers pour rester aux États-Unis. Elle rencontre dans le cercle des exilés anti-nazis allemands, le metteur en scène Carl Lerner (de) qu'elle épouse, et ils ont deux enfants[4]. La famille s'installe à Los Angeles où Carl Lerner travaille dans l’industrie cinématographique, Gerda Lerner collabore avec lui en 1964 sur le scénario du film Black Like Me (en) qu'il dirige[2].

Gerda Lerner milite dans le mouvement communiste Congress of American Women (en), rattaché à la Fédération démocratique internationale des femmes. Membres tous les deux durant quelque temps du parti communiste américain, Carl et Gerda Lerner sont victimes de la chasse aux sorcières maccarthyste, Carl est interdit d'exercice professionnel et la famille se réinstalle à New York[2]. Carl et Gerda quittent le parti communiste dès le début des années 1950[1] et Gerda restera muette à l'égard de son militantisme communiste durant de nombreuses années[4]. Elle s'inscrit à la New School for Social Research[3] où elle obtient son diplôme de licence en 1963[1]. Elle s'inscrit ensuite à l'université Columbia, où elle obtient son master en 1965, et soutient en 1966 une thèse de doctorat sur les sœurs Grimké, qu'elle publie sous l'intitulé The Grimké sisters from South Carolina: rebels against slavery. Sarah Moore Grimké (1792–1873)[5] et Angelina Emily Grimké[6], connues sous le nom de « sœurs Grimké », sont deux Américaines quakers qui se sont résolument engagées en faveur de l'abolition de l'esclavage et des droits des femmes, au XIXe siècle[7].

Activités universitaires et éditoriales[modifier | modifier le code]

Elle a une charge de cours sur l'histoire des femmes, à la New School, dès 1963 alors qu'elle est encore étudiante de licence[4], puis elle enseigne à plein temps à l'université de Long Island (1965-1968), et au Sarah Lawrence College (1968-1980), où elle crée un master d'histoire des femmes. En 1980, elle est nommée professeure à l'université du Wisconsin à Madison, titulaire de la chaire d'histoire Robinson-Edwards, avec la mission de créer un parcours doctoral d'histoire des femmes[8]. Elle y finit sa carrière académique en 1990[1].

Son activité de recherche et éditoriale vise à montrer que les femmes ont une histoire, et qu'en écrivant l'histoire, il convient de penser aux femmes[4]. Elle édite, dans une perspective novatrice, deux recueils de textes pour prouver que les sources pour une histoire des femmes existent[1] : Black Women in White America : A Documentary History (1972), sur l'histoire des femmes afro-américaines[9], et The Female Experience : An American Documentary (1977)[10]. Elle sera suivie par une génération de jeunes chercheurs[1]. Elle a permis que l'histoire des femmes soit inscrite au programme de nombreuses universités, et le caractère pionnier de ses activités est reconnu par dix-sept doctorats honoris causa, notamment de Harvard, de son alma mater Columbia, ainsi que de l'université de sa ville natale[4].

Elle est cofondatrice, en décembre 1969, du Coordinating Committee on Women in the Historical Profession, destiné aux historiennes[11]. Elle est la première femme à présider l’Organization of American Historians, en 1981-1982.

Elle écrit une comédie musicale avec Eve Merriam (en), The Singing of Women (1951), puis publie un roman sur Vienne avant la Seconde Guerre, No Farewell (1955). Son mari meurt d'un cancer en 1973, et elle publie en 1978 un livre de souvenirs de cette période, A Death of One’s Own en 1978[2]. Enfin, elle fait paraître un récit autobiographique, Fireweed en 2002.

Elle meurt en 2013.

Publications[modifier | modifier le code]

Écrits scientifiques[modifier | modifier le code]

  • The Grimké sisters from South Carolina: rebels against slavery, 1967
  • « The Lady and the Mill Girl: Changes in the Status of Women in the Age of Jackson », American Studies, vol. 10, no 1, printemps 1969, p. 5-15 [lire en ligne] [PDF]
  • Black Women in White America : A Documentary History, New York, Random House, 1973
  • The Female Experience : An American Documentary, 1977
  • The Majority Finds Its Past : Placing Women in History, 1979
  • The Creation of Patriarchy, 1986
  • The Creation of Feminist Consciousness: From the Middle Ages to Eighteen-Seventy, 1993
  • Why History matters: Life and Thought, Oxford University Press, 1998, 272 p. (ISBN 978-0195122893)
  • Living with History/Making Social Change, 2009

Autres écrits[modifier | modifier le code]

  • No Farewell, 1955
  • A Death of One’s Own, 1978
  • Fireweed : A Political Autobiography, Philadelphia : Temple University Press, 2002

Distinctions[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f et g Kessler-Harris 2018.
  2. a b c et d (en) Linda Gordon, « Biography », sur www.gerdalerner.com, Gerda Lerner Historian (consulté le 24 août 2018).
  3. a et b Offen 2013.
  4. a b c d e et f Gordon, Kerber & Kessler-Harris 2013.
  5. Sandra F. VanBurkleo and Mary Jo Miles, « Grimké, Sarah Moore (26 November 1792–23 December 1873) », dans American National Biography, (lire en ligne).
  6. Dennis Wepman, « Grimké, Angelina Emily (20 February 1805–26 October 1879) », dans American National Biography, (lire en ligne).
  7. [recension critique] Claudine Vassas, « Colette Collomb-Boureau (éd.), Les sœurs Grimké : de l’antiesclavagisme aux droits de la femme », Clio. Femmes, genre, histoire, no 46,‎ (lire en ligne, consulté le 24 août 2018).
  8. Papers of Gerda Lerner, 1950-1995, Schlesinger Library, Radcliffe Institute, [lire en ligne]
  9. [recension critique] Al-Tony Gilmore, « Black Women in White America: A Documentary History by Gerda Lerner », Journal of Social History, vol. 8, no 1 (Autumn, 1974), p. 137-139.
  10. [recension critique|] Diana Kealey, « Gerda Lerner, The Female Experience: An American Documentary (Indianapolis and New York: The Bobbs-Merrill Company, 1977 », Journal of American Studies, vol. 12, no 1, April 1978, p. 127-128.
  11. Nupur Chaudhuri and Barbara Ramusack, « The Coordinating Committee on Women Historians: Accomplishments and New Goals », Perspectives on History (AHA), Septembre 2000, [lire en ligne]
  12. University of Pennsylvania, 1999, [lire en ligne] sur almanac.upenn.edu.
  13. «Honorary degrees awarded at Commencement», 5 juin 2008, Harvard University, sur news.harvard.edu [lire en ligne]/
  14. « Honorary Degrees Awarded to Leaders and Innovators in Several Fields », 12 mai 2006, sur columbia.edu, [lire en ligne].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Linda Gordon, Linda K. Kerber et Alice Kessler-Harris, « Gerda Lerner (1920–2013). Pioneering Historian and Feminist », Clio. Women, Gender, History, no 38,‎ (lire en ligne, consulté le 24 août 2018).
  • Alice Kessler-Harris, « Lerner, Gerda (30 Apr. 1920–2 Jan. 2013) », dans American National Biography, Oxford University Press, (lire en ligne).
  • Karen Offen, « Gerda Lerner [Vienne 1920 — Madison-Wisconsin 2013] », dans Béatrice Didier, Antoinette Fouque, Mireille Calle-Gruber (éd.), Le Dictionnaire universel des créatrices, Paris, Éditions des femmes, .

Liens externes[modifier | modifier le code]