Gaspard de la nuit

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Gaspard de la nuit, sous-titré Fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot, est un recueil de courts poèmes en prose écrits par Aloysius Bertrand, créateur de cette nouvelle forme de poésie, et qui y consacra toute sa vie. Il fut publié à titre posthume en 1842 par l'ami du poète, David d'Angers.

Genèse[modifier | modifier le code]

C'est lors d'un premier séjour à Paris en 1829 que les compositions du jeune poète attirent l'attention des cercles littéraires, notamment ceux d'Émile Deschamps, de Hugo et de Charles Nodier. Il y rencontre Sainte-Beuve à qui il soumet son manuscrit après un premier échec auprès de l'éditeur Sautelet, dont la faillite entraîne le séquestre temporaire des cahiers[1], puis repart pour Dijon.

De retour à Paris en 1833, il contracte avec l'éditeur Eugène Renduel, qui annonce en octobre une publication prochaine[2] mais sans y donner suite. En 1836, Renduel lui verse 150 francs pour le premier tirage, mais le manuscrit reste à nouveau dans les tiroirs[3]. En , un éditeur d'Angers, Victor Pavie, imprime un prospectus pour annoncer sa sortie prochaine, mais le manuscrit est toujours entre les mains de Renduel[4]. En 1840, Bertrand, atteint de tuberculose, tente une dernière démarche auprès de Renduel pour faire éditer son manuscrit, mais l'éditeur s'est entre-temps retiré des affaires[5]. Bertrand meurt le , à l'hôpital Necker de Paris.

Le statuaire David d'Angers, avec lequel il était lié d'amitié depuis leur rencontre en , institué légataire universel du poète, parvient enfin à faire publier le manuscrit en avec l'aide de Sainte-Beuve. Une nouvelle édition de Bertrand Guégan publiée en 1925 aux éditions Payot, d'après le manuscrit, corrige les nombreuses erreurs de l'édition originale.

Analyse[modifier | modifier le code]

Cette suite de tableaux d'inspiration à la fois romantique, gothique et picturale, préfigure le symbolisme et offre une vision pittoresque du Moyen Âge, revisité à l'aune de la magie des visions intérieures du poète. Reconnaissant pour maîtres Hugo, Gautier, Byron et Nodier, Bertrand convoque tout un arsenal romantique (châteaux, clochers gothiques, monastères, sylphides, gnomes, fées, démons, alchimistes, aventuriers, brigands, vagabonds, sabbats, gibets, etc.) dont il donne une vision personnelle, à la fois fantasque et ironique. Souvent étranges ou fantastiques, ces tableaux pleins de magie et d'ésotérisme sont aussi influencés par le clair-obscur de la peinture, comme l'indique le sous-titre.

Bien que vivement apprécié par quelques connaisseurs et honoré d'une notice de Sainte-Beuve, ce texte demeura méconnu jusqu'à ce qu'il soit salué par Charles Baudelaire dans sa préface au Spleen de Paris[6]. C'est Baudelaire qui contribua également à attribuer la paternité du poème en prose à Bertrand (que d'autres auteurs attribuent plutôt à Maurice de Guérin[7]) et décida Charles Asselineau à réimprimer, avec Poulet-Malassis, Gaspard de la Nuit en 1868[8]. D'autres poètes symbolistes et surréalistes, tels Stéphane Mallarmé, Pierre Reverdy, Max Jacob ou André Breton, reconnaitront par la suite Bertrand comme un inspirateur.

Le compositeur Maurice Ravel s'est inspiré de trois poèmes du recueil (Ondine, Le Gibet et Scarbo) pour composer en 1908 un triptyque pour piano du même titre : Gaspard de la nuit.

Le peintre René Magritte a intitulé l'une de ses toiles, inspirée du poème Le Maçon, Gaspard de la nuit (1965).

Sommaire[modifier | modifier le code]

  • Les Fantaisies de Gaspard de la Nuit
    • Premier Livre : École flamande
      • Harlem
      • Le Maçon
      • Le Capitaine Lazare
      • La Barbe pointue
      • Le Marchand de tulipes
      • Les Cinq Doigts de la main
      • La Viole de Gamba
      • L'Alchimiste
      • Départ pour le sabbat
    • Second Livre : Le Vieux Paris
      • Les Deux Juifs
      • Les Gueux de nuit
      • Le Falot
      • La Tour de Nesle
      • Le Raffiné
      • L'Office du soir
      • La Sérénade
      • Messire Jean
      • La Messe de minuit
      • Le Bibliophile
    • Troisième Livre : La Nuit et ses prestiges
      • La Chambre gothique
      • Scarbo
      • Le Fou
      • Le Nain
      • Le Clair de lune
      • La Ronde sous la cloche
      • Un rêve
      • Mon bisaïeul
      • Ondine
      • La Salamandre
      • L'Heure du sabbat
    • Quatrième Livre : Les Chroniques
      • Maître Ogier (1407)
      • La Poterne du Louvre
      • Les Flamands
      • La Chasse (1412)
      • Les Reîtres
      • Les Grandes Compagnies (1364)
      • Les Lépreux
      • À un bibliophile
    • Cinquième Livre : Espagne et Italie
      • La Cellule
      • Les Muletiers
      • Le Marquis d'Aroca
      • Henriquez
      • L'Alerte
      • Padre Pugnaccio
      • La Chanson du masque
    • Sixième Livre : Silves
      • Ma chaumière
      • Jean de Tilles
      • Octobre
      • Sur les rochers de Chèvremorte
      • Encore un printemps
      • Le Deuxième Homme
  • Pièces détachées
    • Le Bel Alcade
    • L'Ange et la Fée
    • La Pluie
    • Les Deux Anges
    • Le Soir sur l'eau
    • Madame de Montbazon
    • L'Air magique de Jehan de Vitteaux
    • La Nuit d'après une bataille
    • La Citadelle de Wolgast
    • Le Cheval mort
    • Le Gibet
    • Scarbo
    • À M. David, statuaire

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gaspard de la nuit : Fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot, avec une notice de Sainte-Beuve (1842, posthume).
  • Gaspard de la nuit : Fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot (nouvelle édition augmentée de pièces en prose et en vers et précédée d'une introduction par Charles Asselineau), Paris: R. Pincebourde ; Bruxelles: C. Muquardt, 1868, XXVIII + 276 pages.
  • Gaspard de la nuit : Fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot, Paris, Mercure de France, 1895, 250 pages + tables. Réédité par la même maison plusieurs fois, notamment en 1902 et 1920.
  • Gaspard de la nuit : Fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot (édité par Bertrand Guégan avec une recension de Sainte-Beuve), Payot, 1925
  • Gaspard de la nuit : Fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot (introduction et présentation par Jean Richer), Paris, Flammarion, 1972, 254 pages (complétée par les « Scènes et chroniques et Variétés historiques », textes signés Louis Bertrand ou Ludovic Bertrand et extraits pour la plupart du Provincial, 1828-1833).
  • Gaspard de la nuit : Fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot (édition présentée, établie et annotée par Max Milner), Paris, Gallimard, coll. « Poésie », 1980.
  • Gaspard de la nuit : Fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot, (édition établie sur le manuscrit original, publiée selon les vœux de l'auteur, présentée et annotée par Jacques Bony), Paris, Flammarion, 2005.

Claude Hardenne, "Le pittoresque dans "Gaspard de la Nuit" d'Aloysius Bertrand", éditions Chloé des Lys, 2012

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Bonnerot, Bibliographie de l'œuvre de Sainte-Beuve, L. Giraud-Badin, 1952, p. 303.
  2. Dans une lettre à sa mère en avril 1833, Bertrand annonce avoir vendu son Gaspard à Renduel. En réponse à cette lettre, Mme Bertrand lui écrit le 14 avril pour le féliciter, considérant que ce n'était que justice. Voir Fernand Rude, Aloysius Bertrand, Seghers, 1971, p. 31.
  3. Gaspard de la nuit, présentation de Bertrand Guégan, Payot, 1925, p. 227.
  4. Felizitas Ringham, « Bertrand, Aloysius (Louis) » in Christopher John Murray (dir.), Encyclopedia of the Romantic Era, 1760-1850, pp. 83-85.
  5. Chronologie de Gaspard de la nuit, présentation de Max Milner, Gallimard, coll. « Poésie »,1980, pp. 303-308.
  6. « J'ai une petite confession à vous faire. C'est en feuilletant, pour la vingtième fois au moins, le fameux Gaspard de la Nuit d'Aloysius Bertrand (un livre connu de vous, de moi et de quelques-uns de nos amis, n'a-t-il pas tous les droits à être appelé fameux?) que l'idée m'est venue de tenter quelque chose d'analogue, et d'appliquer à la description de la vie moderne, ou plutôt d'une vie moderne et plus abstraite, le procédé qu'il avait appliqué à la peinture de la vie ancienne, si étrangement pittoresque. » Charles Baudelaire, « Lettre à Arsène Houssaye, Noël 1861 », Correspondance, tome II, éd Cl. Pichois, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1973, p. 208.
  7. Henri Lemaître, Thérèse van der Elst, Roger Pagosse, La Littérature française : Les Évolutions du XIXe siècle, Bordas, 1970, vol. 3, p. 539.
  8. Charles Baudelaire, Petits poèmes en prose, avec une présentation de Robert Kopp, Librairie J. Corti, 1969, 432 pages, p. 178.