Gaëtan Dugas

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Dugas.
Gaëtan Dugas
une illustration sous licence libre serait bienvenue
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 31 ans)
QuébecVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activité

Gaëtan Dugas, né le à Québec et mort dans la même ville le , est un agent de bord québécois longtemps suspecté d'être l'un des premiers cas de contamination (ou «patient zéro») du VIH aux États-Unis et d'avoir transmis le virus à au moins 40 personnes avant que l'épidémie ne soit identifiée. On sait aujourd'hui que ce n'est pas le cas.

Hypothèse du « patient zéro »[modifier | modifier le code]

Homosexuel sexuellement actif, voyageant beaucoup de par sa profession, commissaire de bord pour Air Canada, il a longtemps été considéré comme le « patient zéro » du sida aux États-Unis, c'est-à-dire la première personne infectée, qui serait la source supposée de l'infection parmi une population particulière du nord-est des États-Unis (axée autour de New York) dans une étude épidémiologique de 1984 menée par les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies.

Il existait cependant des cas de sida bien antérieurs au cas de ce steward et l'étude fut contestée depuis la meilleure connaissance de la période incubatoire du VIH[1]. On a depuis lors démontré par une analyse génomique d'échantillons de sang que l'épidémie nord-américaine aurait très vraisemblablement commencé à New York dans les années 1970 [2], et que Gaëtan Dugas n'est donc qu'un des premiers cas de contamination aux États-Unis, sans notion de « patient zéro »[3],[4].

Mode de vie[modifier | modifier le code]

Gaëtan Dugas aurait contaminé, directement ou par personnes interposées, au moins 40 des 248 malades américains diagnostiqués avant avril 1982. On l'a retrouvé partenaire sexuel chez 9 des 19 premiers cas de Los Angeles, chez 22 des malades New-Yorkais et chez neuf autres malades disséminés dans huit autres villes : Miami, Chicagoetc. Grand voyageur, beau garçon et peu avare de ses charmes, on estime qu'il avait près de 250 partenaires par an.

Atteint en juin 1980 d'un sarcome de Kaposi[5], identifié en novembre 1982 comme porteur et prévenu du risque qu'il faisait courir à ses partenaires, Dugas ne voulut pas changer de façon de vivre. Jusqu'à sa mort le à l'âge de 31 ans, il eut des rapports sexuels non protégés. Il avisait ses partenaires après le passage à l'acte. Selon le journaliste Randy Shilts, son biographe, il aurait alors pris l'habitude de leur dire : « J'ai le cancer homo ; je vais en mourir, toi peut-être aussi… » Lors d'un entretien médical, il déclare [6] : « Je l'ai eu ; ils peuvent l'avoir aussi. »

Une épidémie qui remonte aux années 1970[modifier | modifier le code]

Le VIH, virus à ARN, mute à chaque fois qu'il se reproduit.En partant là, il est possible de dresser un arbre phylogénétique et d'estimer le temps qui sépare plusieurs isolats viraux en fonction d'une sorte d'horloge moléculaire. En d'autres termes, il est possible de situer le génome viral de Gaëtan Dugas dans le temps. Or l'épidémie américaine du Sida remonte aux années 1970 pour New York et 1975 pour San Fransisco. Michael Worobey explique, lui, que le génome viral hébergé par Dugas est proche de celui de souches virales qui circulaient à Haïti, «où il s'était rendu en 1977», soit bien après le début de l'épidémie new-yorkaise.

Atteint en juin 1980 d'un virus qui ne porte pas encore son nom, et identifié en en novembre 1982, les dates ne coïncident donc pas avec le début de l'épidémie. Gaëtan Dugas est simplement un homme infecté du VIH, comme des milliers d'autres à cette époque. Gilles Pialoux, auteur du Sida 2.0 et chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital Tenon, à Paris, avait déjà fait état de cette thèse. Pour lui, pas de doute, le «patient index», ou «patient zéro» est africain, et il ne sera jamais possible de le retrouver. En effet, l'histoire a déjà prouvé que l'épidémie n'était pas née aux États-Unis mais en Afrique centrale, entre le Cameroun, le Gabon et la République démocratique du Congo. Le virus aurait ensuite voyagé entre l'Afrique et Haïti en 1966, puis de Haïti en Amérique du Nord en 1972 et, enfin, de l'Amérique du Nord à l'Europe entre la fin des années 70 et le début des années 1980.

Postérité[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Laure Beaulieu, « Celui par qui le VIH arriva… », Le Monde,‎ (consulté le 26 juillet 2012).
  2. Jon Cohen, "‘Patient Zero’ no more", Science, 04 Mar 2016: Vol. 351, Issue 6277, pp. 1013; DOI: 10.1126/science.351.6277.1013
  3. SIDA. Le patient zéro n'est pas celui que l'on pensait, Sciences et avenir, 7 mars 2016
  4. Le patient zéro du sida n'est pas celui qu'on croit, Libération, 9 mars 2016
  5. « Sur les traces du patient zéro », sur liberation.fr,‎ (consulté le 30 juillet 2012).
  6. Mirko Dražen Grmek, Histoire du sida : début et origine d'une pandémie actuelle, Payot et Rivages, , 491 p. (OCLC 708336637), p. 47-49.

Articles connexes[modifier | modifier le code]