François Gigot de Lapeyronie

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François Gigot de la Peyronie
Lapeyronie.jpg
François Gigot de Lapeyronie.
Atelier de Hyacinthe Rigaud (1743)
Fonction
Président
Académie royale de Chirurgie
-
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François Gigot de La Peyronie[1], né le à Montpellier et mort le à Versailles, est un chirurgien français. Il fut notamment le premier chirurgien et confident du roi Louis XV.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d’Élisabeth Subreville et de Raimond La Peyronie, originaire de Guyenne, qui avait été reçu barbier à Montpellier, le jeune François a fait ses études au collège des jésuites de sa ville. Ses parents voulaient qu’il soit médecin, mais rien, même les sollicitations du Professeur Chirac de la Faculté de médecine de Montpellier, n’a pu le détourner de la chirurgie. Étudiant à la Faculté de Montpellier, il a suivi en même temps les démonstrations d’anatomie publiques et particulières de Jean Nissole (1602-1689) et accompagné les chirurgiens Germain et Berancy dans leurs visites[2].

Le , il obtient, à l'âge de 17 ans, avec une dispense d’âge[2], son diplôme de maistre-chirurgien et barbier de Montpellier[3],[4]. Son père l’ayant envoyé se perfectionner à Paris, il loge chez le chirurgien-major de la Charité, Georges Mareschal[5]. De retour à Montpellier, en , il a fait profiter ses étudiants de ce qu’il avait appris dans la capitale, en faisant d’abord chez lui des leçons particulières d’anatomie et de chirurgie très suivies, qui lui ont rapidement attiré un nombre considérable d’étudiants. La réussite de plusieurs opérations très délicates ont fait sa réputation[2].

En , il a été reçu dans la Confrérie des Pénitents blancs de Montpellier[6]. Une place de chirurgien en chef de l’Hôtel-Dieu Saint-Éloi de Montpellier étant venue à vaquer, en , il en a été pourvu, à l’âge de vingt-quatre ans[7]. Quelque temps après, sélectionné comme démonstrateur public d’anatomie des écoles de médecine de Montpellier, poste qu’il occupera plusieurs années avec succès, il enseigne et dissèque devant les étudiants[2].

En , il a été requis par le maréchal de Villars pour remplir les fonctions de chirurgien en chef de l’armée des Cévennes lors de la campagne contre les camisards[7]. En , de retour dans sa ville natale, la Société royale des sciences de Montpellier, alors placée au même rang que l’Académie des sciences de Paris, ayant été établie, il en a été nommé associé anatomiste par les lettres patentes et il lui a communiqué ses premiers travaux. Ayant enlevé avec succès la moitié de la voûte du crâne au marquis de Vizzani, le pape Clément IX, auprès duquel le patient exerçait une charge considérable, lui a envoyé, à cette occasion, l’ordre de l'Éperon d'or et une médaille d’or[8].

Sa réputation est telle que Pierre Chirac devenu premier médecin du Régent, le fait appeler à Paris, pour y opérer le duc de Chaulnes de la fistule[9], traitée jusqu’alors sans succès par les médecins de la capitale, son patient s’est mis en tête du faire Lapeyronie exercer à Paris. Non seulement il a usé de son crédit auprès du roi pour l’attirer dans la capitale mais, de plus, il a acheté, pour son compte et à son insu, la charge de chirurgien de la prévôté. Établi à Paris, en , il a été nommé presque immédiatement aux postes de professeur d’anatomie au collège des chirurgiens de Saint-Côme, démonstrateur au Jardin du Roi[9] et chirurgien en chef de la Charité[8].

Ayant acquis, en 1719, la survivance de la charge de premier chirurgien du roi, il a assisté Mareschal jusqu’à sa mort, en , date à laquelle il deviendra premier chirurgien et chef de la chirurgie du royaume. Admis dans l’intimité du roi[5], il a obtenu, en 1720, un appartement au palais des Tuileries, ce qui le rapprochait en quelque sorte de la personne du roi, dont la principale résidence était alors à Paris[10]. L’année suivante, ce dernier étant tombé malade, quoiqu’il ne soit pas encore premier chirurgien titulaire, La Peyronie l’a saigné. Peu après sa guérison, Louis XV lui a expédié des lettres de noblesse[2].

De concert avec Mareschal, il a obtenu du roi, en 1724, la création de cinq nouveaux démonstrateurs dans les écoles presque détruites de chirurgie. En 1731, ils ont obtenu la fondation de l’Académie royale de chirurgie[11]. L’année de sa nomination à la survivance de la charge de premier chirurgien, il a été consulté deux fois par le tsar Pierre le Grand, qui se trouvait alors à Paris[2]. En , une opération très douloureuse sur un abcès à la joue du dauphin, âgé de 9 ans, lui vaut une nouvelle pension de Louis XV, qui a pourtant mal supporté de voir le visage de son fils, très courageux, déformé par les instruments chirurgicaux[12].

Ambitionnant de mettre les chirurgiens à égalité avec les médecins, il a obtenu, en 1739, le grade de docteur en médecine à l’université de Reims[3]:199, lui permettant de briguer la charge, laissée vacante par Jean-Baptiste Silva[5], de médecin consultant de Louis XV, dont il a reçu l'année suivante une pension de dix mille livres[13]. Très engagé dans l’antagonisme qui opposait alors les médecins et les chirurgiens de Paris, il a remporté un succès décisif en faveur de la chirurgie, en obtenant de Louis XV l’ordonnance royale du , en vertu de laquelle il fallait désormais être lettré et pourvu du grade de maitre ès-arts pour aspirer au titre de chirurgien de Paris, scellant ainsi définitivement la séparation entre chirurgiens et barbiers[11].

Le , La Peyronie a accompagné Louis XV à la tête de l’armée de Flandre, et il a été constamment près de lui dans les trois campagnes. Comme chef de la chirurgie du royaume, il a fait l’inspection des hôpitaux de l’armée, où il a pratiqué, comme sur les champs de bataille, les opérations majeures de même que les moins importantes, faisant jusqu’à de simples pansements. Il ne verra pourtant pas la conclusion de la paix, étant mort après deux mois d’une fièvre accompagnée de douleurs aiguës, à Versailles[13].

La Peyronie a lutté, pendant une partie de sa vie, pour promouvoir la chirurgie. Sa philanthropie est surtout évidente dans sa terre de Marigny, dont il avait converti le château en une sorte d’hospice ouvert aux indigents. Il a légué sa fortune presque entière aux établissements qu’il avait conservés, augmentés ou créés, et tous consacrés à l’enseignement, à l’exercice ou au perfectionnement de la chirurgie[13]. Frais d’enseignement, institution de prix annuels, fondation d’une bibliothèque, rentes considérables destinées à encourager la chirurgie de toutes les manières et à en hâter les progrès, construction d’un amphithéâtre, legs aux hôpitaux pour assurer des cadavres aux démonstrateurs d’anatomie, etc., tels sont les articles principaux des dispositions de son testament[11]. Les fonds qu’il a légués ont notamment permis l’édification à Montpellier de l’hôtel Saint-Côme, doté d’un amphithéâtre d’anatomie comparable à celui du collège Saint-Côme de Paris.

Nommé associé libre de l’Académie royale des sciences en , il a été président de l’Académie royale de chirurgie de à . Il appartenait également à diverses Académies étrangères[11]. N’ayant publié aucun ouvrage étendu, les écrits qui restent de lui se bornent à des mémoires et à des Observations consignés dans les recueils des académies auxquelles il appartenait[13]. Lui succédant à la tête de l’Académie de chirurgie et en tant que premier chirurgien du roi, Germain Pichault de La Martinière poursuivra son œuvre en achevant de l’organiser[14].

Éponymie : la maladie de La Peyronie[modifier | modifier le code]

La Peyronie a décrit la maladie de La Peyronie, ou induration plastique des corps caverneux, en . Peu fréquente, elle se caractérise par l'apparition d'une ou plusieurs plaques fibreuses au niveau de l'enveloppe des corps caverneux de la verge : l'albuginée. Souvent responsable de douleurs et d'une courbure de la verge en érection, cette maladie retentit sur la fonction sexuelle avec un impact psychologique non négligeable[15].

Hommages[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

  • Mémoire pour le sieur François de de Sa Majesté, et chef de la chirurgie Lapeyronie, premier chirurgien du du royaume, et les prévots et collége roi, médecin consultant et de quartier des maitres en chirurgie de Paris, contre le doyen et docteurs-régens de la Faculté de médecine de Paris, et contre l’Université de Paris, Paris, , 266 p., in-4°
    Cet ouvrage est, avec les Recherches critiques de Quesnay, ce qui est sorti de plus important de toutes ces disputes. Lapeyronie passe pour auteur de divers autres écrits polémiques auxquels il n’a pas mis son nom.
  • Mémoire contenant plusieurs observations sur les maladies du cerveau, par lesquelles on tâche de découvrir le véritable lieu du cerveau dans lequel l’ame exerce ses fonctions » : lu dans une assemblée publique de la Société royale des sciences de Montpellier en 1708, Lyon, , in-4°
    Ce mémoire a d’abord paru par extrait dans le Journal de Trévoux, en 1709. Lapeyronie l’a ensuite augmenté de plusieurs observations, et présenté à l’Académie royale des sciences de Paris, qui l’a publié dans ses Mémoires pour l’année 1741. On le retrouve dans le tome premier des Mémoires de la Société royale des sciences de Montpellier.
  • « Observation sur une excroissance de la matrice », Mémoires de l’Académie des sciences de Montpellier, t. I.
  • « Observation sur la dernière phalange du pouce, arrachée avec tout le tendon de son muscle fléchisseur, et une partie de ce muscle », Mémoires de l’Académie des sciences de Montpellier, t. I.
  • « Observation sur une grande opération de chirurgie », Mémoires de l’Académie des sciences de Montpellier, t. I.
  • « Sur les petits œufs de poule sans jaune, que l’on appelle vulgairement œufs de coq », Mémoires de l’Académie des sciences de Montpellier, t. I.
  • « Description anatomique d’un animal connu sous le nom de musc », Mémoires de l’Académie des sciences de Paris pour 1731.
  • « Observations avec des réflexions sur la cure des hernies avec gangrène », Mémoires de l’Académie royale de chirurgie, t. I.
  • « Mémoire sur quelques obstacles qui s’opposent à l’éjaculation naturelle de la semence », Mémoires de l’Académie royale de chirurgie, t. I.
  • « Observation sur un étranglement de l’intestin, causé intérieurement par l’adhérence de l’épiploon au-dessus de l’anneau », Mémoires de l’Académie royale de chirurgie, t. I,‎ 1743 ?
    Le même volume des mémoires de l’Académie royale de chirurgie renferme en outre une quinzaine d’observations de Lapeyronie, publiées isolément ou rapportées dans des mémoires d’autres membres de l’Académie.

Références[modifier | modifier le code]

  1. On écrira plus tard : Lapeyronie. Voir Hubert Bonnet, La Faculté de Médecine de Montpellier : huit siècles d’histoire et d’éclat, Montpellier, Sauramps Médical, D.L., , 375 p., 31 cm (ISBN 978-2-84023-017-5, OCLC 463530821, lire en ligne), p. 277.
  2. a b c d e et f Étienne-Hyacinthe de Ratte, Éloge de M. de La Peyronnie : lu à l’assemblée publique de la Société royale des sciences de la ville de Montpellier par M. de Ratte, secrétaire perpétuel de cette société, Paris, , 23 p. (lire en ligne).
  3. a et b Louis Dulieu (dir.) (préf. Jacques Mirouze, Claude Solassol), La Médecine à Montpellier du Xile au XXe siècle, Paris, Hervas, , iv, 525 p., 30 cm (ISBN 978-2-903118-54-9, OCLC 954588311, lire en ligne), p. 292.
  4. L’intendant de Languedoc a tout de même été obligé de rendre une ordonnance, le , pour sa réception, en raison du refus des médecins d’assister à sa maitrise. Voir Dulieu, op. cit., p. 158.
  5. a b et c Alexandre Lunel, La Maison médicale du roi : XVIe – XVIIIe siècles, le pouvoir royal et les professions de santé, médecins, chirurgiens, apothicaires, Paris, Champ Vallon, , 442 p. (ISBN 978-2-87673-481-4, lire en ligne), p. 308.
  6. Archives de la Confrérie des Pénitents blancs de Montpellier.
  7. a et b Université de Montpellier, Montpellier médical, t. 13, Montpellier, Faculté de médecine, (lire en ligne), p. 574.
  8. a et b Jules Guérin (dir.), Gazette médicale de Paris, t. 19, Paris, E. Thunot, (lire en ligne), p. 728.
  9. a et b Charles de Belleval, Notice sur Montpellier, Paris, Renaud, , 58 p. (lire en ligne), p. 43.
  10. Pour récréer sa favorite, Mlle de Charolais, Louis XV la menait souvent à Rambouillet, chez son fils, le comte de Toulouse. Une dame titrée éprouvant les douleurs de l’enfantement, comme il ne se trouvait pas d’accoucheur à portée, Lapeyronie offrit de se charger de l’opération. Sans doute effrayée par la vieillesse de l’opérateur, Mlle de Charolais se récria : « Cet exercice demande de la pratique ; peut-être, monsieur, n’êtes-vous plus au fait. — N’ayez aucune inquiétude, répondit Lapeyronie, on n’oublie pas plus l’art de les ôter que celui de les mettre… Voir Georges Touchard-Lafosse, Chroniques de l’Œil-de-Bœuf : des petits appartements de la cour et des salons de Paris sous Louis XIV, la régence, Louis XV et Louis XVI, t. 2, Paris, Barba, , 328 p. (lire en ligne), p. 100.
  11. a b c et d Jean-Eugène Dezeimeris, Dictionnaire historique de la médecine ancienne et moderne : ou précis de l’histoire générale, technologique et littéraire de la médecine suivi de la bibliographie médicale du dix-neuvième siècle, et d’un répertoire bibliographique, t. 6, Paris, Béchet, (lire en ligne), p. 399-400.
  12. Simone Poignant, Les Filles de Louis XV : l’aile des princes, Paris, Arthaud, , 291 p. (lire en ligne), p. 127.
  13. a b c et d Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne, t. 32, Paris, Michaud, (lire en ligne), p. 647.
  14. Marie Joseph Louis Alard, Dictionaire des sciences médicales, t. 31, Paris, Panckoucke, , 591 p. (lire en ligne), p. 327.
  15. (en) « Peyronie’s disease », sur Whonamedit? - A dictionary of medical eponyms (consulté le 5 août 2019).
  16. François Granel et Jean Turchini, Pages médico-historiques montpelliéraines, Montpellier, Causse et Castelnau, , 200 p., 25 cm (ISBN 978-2-40227-409-8, OCLC 489989269, lire en ligne), p. 124.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Paul Grandjean de Fouchy, « Éloge de M. de La Peyronnie », Histoire de l'Académie royale des sciences,‎ , p. 130-44 (lire en ligne, consulté le 5 août 2019).
  • Mémoire pour le sieur François La Peyronie premier chirurgien du roy,... et les prevosts & collége des maîtres en chirurgie de Paris ; contre les doyen & docteurs-régens de la Faculté de médecine de Paris, et contre l’Université de Paris, Paris, Charles Osmont, , 268 p. (lire en ligne).
  • Pierre-François Briot, Éloge de La Peyronie : couronné par la Société de médecine pratique de Montpellier dans la séance du 1er juin 1819, d'après la question conçue en ces termes : "Quelle a été l'influence de La Peyronie sur le lustre et les progrès de la chirurgie française ?, Montpellier, impr. de J.-G. Tournel, , 87 p., in-8° (lire en ligne).
  • Pierre-François Briot, De l'influence de La Peyronie sur le lustre et les progrès de la chirurgie française : ouvrage couronné par la Société de médecine pratique de Montpellier, dans sa séance du 1er juin 1819, Besançon, impr. de Gauthier frères et Cie, , xi-104 p., in-8° (lire en ligne).
  • Louis-Paul Fischer, Jean-Jacques Ferrandis et Jean-Éric Blatteau, « François de Lapeyronie, de Montpellier (1678-1747), restaurateur de la chirurgie et esprit universel : l’âme, le musc, les œufs de coq », Histoire des sciences médicales, Paris, vol. 43, no 3,‎ , p. 241-8 (lire en ligne).
  • Étienne-Hyacinthe de Ratte, Éloge de M. de La Peyronnie, lu à l’assemblée publique de la Société royale des sciences de la ville de Montpellier, Paris, , 23 p. (lire en ligne).

Liens externes[modifier | modifier le code]