Empire Monomotapa

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Empire Monomotapa
Mwene a Mutapa

c. 1450-1629

Blason
Description de cette image, également commentée ci-après
« L'Empire du Monomotapa et la Coste des Caffres »
(carte de 1688)

L'Empire Monomotapa, aussi appelé Empire du Grand Zimbabwe, Mwene Mutapa, Munhumutapa ou Mutapa, était un royaume médiéval (c. 1450-1629) situé en Afrique australe et recouvrant les territoires des actuels Zimbabwe et Mozambique méridional, au sud du Zambèze. Sa capitale était le Grand Zimbabwe.

Périodes[modifier | modifier le code]

La période pré-Monomotapa s'étend du IVe au XVe siècle. Dans les premières années de l'ère chrétienne, avant le IVe siècle, les agriculteurs mineurs, nommés Batonga, arrivèrent du Sud du Zimbabwe[1] et s'installèrent dans les régions minières, à l'Ouest du Zimbabwe.[réf. nécessaire]

Vers le xie siècle, arrivèrent les bâtisseurs appelés Shonas. Ceux-ci construisirent des agglomérations de pierre dont la plus curieuse et la plus vaste est celle du Grand Zimbabwe, construit en 1100 et 1450[2]. Ce terme signifie d'ailleurs « maison de pierre ».

Au début du XVe siècle arriva enfin un nouveau groupe d'agriculteurs-pasteurs, les Vakaranga, venus du Shana actuel. Ils étaient dirigés par le clan militaire des Rozwi.[réf. nécessaire]

Vers 1440, un certain Nyatsimba Mutota (connu aussi sous son nom de guerre Mutapa), du clan des Rozwi, entreprit la conquête du plateau rhodésien. Son fils et successeur Matope (1450-1480) fut un grand conquérant. Il occupa un territoire qui s'étend sur la quasi totalité de l'actuel Zimbabwe et une partie du Mozambique limitrophe. Il est d'ailleurs considéré comme le vrai fondateur du royaume de Monomotapa. Mutota et son fils Matope reçurent le surnom de Mwene-Mutapa (signifiant « seigneur des terres dévastées ») que les Portugais transcriront en monomotapa et qu'ils traduiront en « seigneur des mines ».[réf. nécessaire]

Histoire de l'empire[modifier | modifier le code]

L'enceinte de Grand Zimbabwe, la capitale

Le Monomotapa atteint son apogée autour des années 1440 grâce au commerce de l'or. Celui-ci était exporté depuis le territoire de l'empire vers le port de Sofala au sud du delta du Zambèze, où les commerçants Indiens l'achetaient : les textiles du Gujerat étaient échangés contre l'or le long des côtes. Mais, rapidement, la pression des commerçants Portugais et Arabes commença à changer l'équilibre des forces dans la région.

Les Portugais entamèrent leurs tentatives de dominer l'Empire Monomotapa dès 1505 mais restèrent confinés sur la côte pendant de longues années, d'après Fernand Braudel jusqu'en 1513.

L'empire Monomotapa déclina pour des causes internes : luttes entre factions rivales et épuisement de l'or des rivières qu'il contrôlait. Le commerce de l'or fut ensuite remplacé par le commerce des esclaves. À cette époque, les États arabes de Zanzibar et Kilwa devinrent dominants dans la région grâce à la traite des Noirs vers l'Arabie, la Perse et l'Inde[3].

L'empire fut finalement conquis en 1629 par les Portugais et ne retrouva jamais son indépendance. Les derniers représentants des familles royales établirent un autre royaume Mutapa au Mozambique, parfois appelé « Karanga ». Les rois Karanga s'appelaient mambos (pluriel) et régnèrent sur la région jusqu'en 1902.

Empereurs et rois[modifier | modifier le code]

Le grand Roy du Mono-Motapa.jpg
Baptême du roi Siti de Mutapa en 1652 par atelier de Tomasz Muszyński, 1683, Monastère dominicain à Lublin.
  • Mwenes ou Monomatapas du premier Empire Mutapa (Monomotapa)
    • Nyatsimba Mutota (c. 1430–c. 1450)
    • Matope Nyanhehwe Nebedza (c. 1450–c. 1480)
    • Mavura Maobwe (1480)
    • Mukombero Nyahuma (1480–c. 1490)
    • Changamire (1490–1494)
    • Kakuyo Komunyaka (1494–c. 1530)
    • Neshangwe Munembire (c. 1530–c. 1550)
    • Chivere Nyasoro (c. 1550–1560)
    • Chisamharu Negomo Mupuzangutu (1560–1589)
    • Gatsi Rusere (1589–1623)
    • Nyambo Kapararidze (1623–1629)
  • Mwenes ou Monomatapas du deuxième royaume Mutapa (Karanga) :
    • Cangara II (1803 - 1804)
    • Mutiwapangome (1804 - 1806)
    • Mutiwaora (1806)
    • Cipfumba (1806 - 1807)
    • Nyasoro (1807 - 1828)
    • Cimininyambo ou Kandeya II (1828 - 1830)
    • Dzeka (1830 - 1849)
    • Kataruza (1849 - 1868)
    • Kandeya III (1868-1870)
    • Dzuda (1870-1887)
    • Cioko Dambamupute (1887-1902)

Le rôle du commerce de l'or[modifier | modifier le code]

L'empire a eu un autre effet indirect sur l'histoire de l'Afrique Australe. L'or de l'empire inspira aux Européens la croyance que le Monomotapa détenait les légendaires mines du Roi Salomon mentionnées dans la Bible. Cette croyance fut l'un des facteurs qui conduisit la compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC) à fonder la colonie du Cap, qui débouchera sur la création de l'État d'Afrique du Sud.

Ces légendes ne sont pas la raison première de la fondation de la ville (Le Cap fut d'abord une escale à mi-parcours des routes maritimes entre l'Europe et l'Inde), mais elles furent abondamment utilisées par la VOC pour convaincre des colons crédules de venir s'y établir, rêvant de trouver la mythique cité de l'Or « Ophir » ou « Zand », tout comme les premiers colons en Amérique du Sud recherchaient l'Eldorado. Les noms d'Ophir (de l'hébreu אוֹפִיר, port ou pays biblique connu pour sa richesse en or) et de Zand (du persan زنگبار Zanj, Zanji-bar signifiant depuis l'Antiquité la « Côte des Noirs » d'où le nom de Zanzibar) ont agi comme des aimants sur les colons néerlandais et autres.

Ce n'est pas l'Empire Monomotapa, mais l'Afrique du Sud qui avait les plus grandes réserves d'or connues à ce jour, dans ce qui devint plus tard Johannesburg, mais cela prit environ deux siècles avant qu'on ne les découvrît. Johannesburg est encore souvent citée comme la « cité de l'or » et en fait son nom reflète exactement cela dans la plupart des langues indigènes (« Gauteng » en Sotho ou « Egoli » en Zoulou).

Galerie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Batonga », Natural History Museum of Zimbabwe (consulté le 4 janvier 2017)
  2. « Monument national du Grand Zimbabwe », sur convention du patrimoine mondial, UNESCO
  3. Braudel 1979, p. 430.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Fernand Braudel, Civilisation matérielle et capitalisme, XVe-XVIIIe siècle, vol. III : Le temps du monde, Armand Colin, Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Innocent Pikirayi, The archaeological identity of the Mutapa state : towards an historical archaeology of northern Zimbabwe (thèse remaniée), Uppsala, Societas archaeologica Upsaliensis, , 200 p. (ISBN 91-506-1007-4)
  • Hermenegildo Carlos de Brito Capello et Roberto Ivens, Quelques notes sur l'établissement et les travaux des Portugais au Monomotapa, , 70 p.
  • William Graham Lister Randles, L'Empire du Monomotapa du XVe au XIXe siècle, Paris, La Haye, École des hautes études en sciences sociales, Mouton, , 167 p. (ISBN 2-7193-0415-8)
  • (pt) António Luís Ferronha (dir.) (introd., modernisation du texte et notes par António Luís Ferronha), O Monomotapa, Lisbonne, Grupo de trabalho do Ministério da Educação para as comemorações dos Descobrimentos portugueses, , 109 p. (ISBN 972-8186-00-2)
  • (pt) Antonio Pereira de Paiva e Pona, Dos primeiros trabalhos dos Portuguezes no Monomotapa : o padre D. Gonçalo de Silveira, 1560 : memoria apresentada á 10.a sessão do Congresso internacional dos orientalistas, Imprensa nacional, , 101 p.
  • « Une civilisation africaine, le Monomotapa » [PDF], Université de Montpellier