John Dos Passos

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Dos Passos)
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
John Dos Passos
John dos Passos.jpg
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 74 ans)
BaltimoreVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
John Roderigo Dos PassosVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activités
Autres informations
Parti politique
Membre de
Conflit
Mouvement
Genre artistique
Site web
Distinctions
Œuvres principales

John Roderigo Dos Passos (né le à Chicago, mort le à Baltimore) est un écrivain et un peintre américain. Dos Passos est connu pour son œuvre littéraire dans laquelle il commente les événements turbulents du XXe siècle, lui donnant la réputation d'un critique acharné de la politique et du mode de vie américain.

Proche des libertaires[1] pendant l'affaire Sacco et Vanzetti[2],[3], il développe des sympathies communistes dans les années vingt et trente, mais change de cap après qu'un de ses meilleurs amis, José Robles[4], est exécuté par les staliniens pendant les journées de mai 1937 à Barcelone lors de la guerre civile espagnole.

Familier des techniques du réalisme et du courant de conscience, John Dos Passos les utilise pour asseoir une analyse sociale pessimiste. Il y décrit la vie de quelques personnages représentant différentes classes sociales, leurs espoirs et leurs désillusions. En cela il se rapproche d'un certain réalisme socialiste qu'il ne renie pas, puisqu'il avoue une admiration sans faille pour Eisenstein. De là vint d'ailleurs ce terme de « littérature cinématographique » utilisé par de nombreux critiques à propos de ses livres.

Au cours d'une longue carrière faite de succès, Dos Passos écrit quarante-deux romans, des poèmes, des essais, des pièces de théâtre et crée plus de quatre cents œuvres d'art. On retiendra surtout de lui Manhattan Transfer et sa trilogie U.S.A., écrits dans les années 1920 et 1930, période où il est à l'acmé de sa gloire littéraire.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

John Dos Passos est né à Chicago. Son père, d'origine portugaise (il venait de Madère), était un avocat relativement aisé et qui avait donc les moyens de lui offrir la meilleure éducation. En 1907, il est envoyé faire ses études à l'université Choate Rosemary Hall de Willingford (Connecticut). À la suite de quoi, accompagné d'un tuteur privé, il partit six mois faire un tour d'Europe (France, Angleterre, Italie, Grèce et Europe centrale) afin d'y étudier les grands maîtres de la peinture, de l'architecture et de la littérature.

À partir de 1913, il suit des cours à l'Université Harvard. Après l'obtention de son diplôme en 1916, il part en Espagne pour étudier la peinture et l'architecture. La Première Guerre mondiale faisant rage en Europe et les États-Unis ne s'étant pas encore engagés dans la guerre, Dos Passos s'engage en juillet 1917 dans le corps des ambulanciers aux côtés de ses amis E. E. Cummings et Robert Hillyer. Il travaille ensuite comme chauffeur à Paris, puis dans le centre de l'Italie.

À la fin de l'été 1918, il achève les ébauches de son premier roman, One Man's Initiation : 1917. Dans le même temps, il est réquisitionné dans le Corps Médical de l'Armée Américaine, à Camp Crane en Pennsylvanie. Au terme de la Première guerre mondiale, il se trouve en poste à Paris où le Département de l'éducation outremer américain lui permet de rester pour étudier l'anthropologie à la Sorbonne. Un des personnages de la trilogie U.S.A. connaît globalement la même carrière militaire et reste à Paris après l'armistice.

Carrière littéraire[modifier | modifier le code]

Poésie de John Dos Passos.
John Dos Passos en 1932, avec Katy, à bord de l'Anita, le bateau de Joe Russell ("Sloppy Joe").

Le premier roman de John Dos Passos, One Man's Initiation : 1917 est publié en 1920. Après cela, ce grand écrivain de la Génération perdue publie un roman antibelliciste intitulé Three Soldiers qui lui apporte une considérable reconnaissance. En 1925, Manhattan Transfer qui décrit la vie à New York dans les premières décennies du XXe siècle est un véritable succès commercial et marque l'entrée de la technique expérimentale du courant de conscience (stream-of-consciousness) dans le style de John Dos Passos.

Dos Passos, en cela révolutionnaire, a été amené à considérer la société américaine comme double : d'un côté les riches, de l'autre les pauvres, entre eux une véritable muraille infranchissable. On lui connaît de très belles pages sur la vie des syndicats américains tels que Industrial Workers of the World, sur l'injustice de la condamnation de Sacco et Vanzetti (dont il récuse la légalité). Très vite, il rejoint le camp des intellectuels américains et européens qui militent pour l'abolition de la peine de mort. En 1928, Dos Passos passe plusieurs mois en URSS pour étudier le système socialiste. En 1932, il signe un manifeste destiné à soutenir le candidat communiste à l'élection présidentielle américaine William Z. Foster[5]. Il retourne en Espagne avec Hemingway au moment de la Guerre civile espagnole, mais son opinion à propos du communisme avait déjà changé : il se brouille avec Ernest Hemingway et Herbert Matthews à propos de leur attitude au regard de la guerre et de leur compromission avec la propagande stalinienne.

Son œuvre principale reste la trilogie U.S.A., qui comprend Le 42e Parallèle (1930), 1919 (1932) et La Grosse Galette (1936). Son style mélange trois techniques littéraires : pour l'aspect social, des bouts d'articles de journaux succèdent à des chants populaires. L'émotion, elle, est transcrite au moyen de collages de mots et de phrases qui ne font que traduire les pensées du narrateur. C'est la fameuse « chambre noire », qui peut se rapprocher du style de Céline dans la ponctuation, et qui annonce les cut-up de William Burroughs. Enfin, Dos Passos introduit dans l'œuvre quelques biographies de personnages importants durant la période couverte par la trilogie U.S.A. Autant de procédés qui lui permettent de dépeindre le vaste paysage de la culture américaine des premières décennies du XXe siècle. Bien que chacun des romans fonctionne de manière autonome, la trilogie est conçue pour être lue comme un tout. La pensée politique et sociale que John Dos Passos développe dans ses romans est très pessimiste quant à la gestion politique et économique des États-Unis.

À mesure que Dos Passos vieillit, sa vision politique s'oriente plutôt à droite. Au milieu des années 1930, il écrit une série d'articles incendiaires concernant la théorie politique communiste. Au temps où le socialisme commence à gagner en popularité en Europe, en réponse au fascisme, les romans de Dos Passos ont donc commencé à connaître un succès international déclinant[pas clair]. Toutefois, la reconnaissance de sa contribution au champ littéraire international vint en 1967 lorsqu'il fut invité à Rome pour recevoir le prestigieux Feltrinelli Prize. Bien que les partisans de Dos Passos aient toujours argué que ses œuvres tardives ont été ignorées à cause de son changement d'opinion politique, il y a un relatif consensus entre les critiques pour dire que la qualité de ses romans a commencé à décliner après le triomphe de U.S.A..

Entre 1942 et 1945, Dos Passos travaille comme journaliste, il se spécialise dans la couverture des évènements de la Seconde Guerre mondiale. En 1947, il est élu à l'Académie américaine des Arts et des Lettres, mais un tragique accident de voiture tue la femme qui partageait sa vie depuis 18 ans, Katharine Smith, et lui coûte la perte d'un œil. Il se remariera avec Elizabeth Holdridge (1909-1998) et continuera l'écriture jusqu'à sa mort à Baltimore en 1970. Sa tombe se trouve au Yeomico Churchyard Cemetery de Cople Parish, dans le comté de Westmoreland, en Virginie, pas très loin de sa dernière demeure.

Le prix Dos Passos[modifier | modifier le code]

Le prix John Dos Passos est une récompense littéraire délivrée chaque année par le Département de Langue anglaise et de Langues modernes à l'université de Longwood. Le prix cherche à mettre en lumière "des écrivains américains créatifs qui ont produit un corps substantiel de publications dans lesquelles on retrouve certaines des caractéristiques de l'écriture de John Dos Passos : une exploration intense et originale de thématiques spécifiquement américaines, une approche expérimentale de la forme, et un intérêt pour une large échelle d'expériences humaines."

Œuvres littéraires[modifier | modifier le code]

  • The Scene of Battle, 1919.
  • L'Initiation d'un homme, 1917 [« One Man's Initiation: 1917 »] (trad. Marc Freeman), F. Rieder,
    Réédité chez Gallimard dans la coll. « Folio » (no 2911) avec une préface de Georges-Albert Astre
  • Trois soldats [« Three Soldiers (1921) »] (trad. René-Noël Raimbault), Éditions de Flore,
    Réédité par Le Castor astral en 2018
  • Une charrette sur le bord du trottoir [« A Pushcart at the Curb (1922) »] (trad. Michèle Plaa, préf. Jean-Baptiste Malet), Éditions de la Nerthe,
    recueil de poèmes
  • Rossinante reprend la route [« Rosinante to the Road Again (1922) »] (trad. Marie-France Girod), Grasset,
  • Les Rues de la nuit [« Streets of Night (1923) »] (trad. Jean-Paul Mourlon), Écriture,
  • Manhattan Transfer [« (1925) »] (trad. Maurice-Edgar Coindreau), Gallimard, coll. « Blanche »,
    réédité dans la coll. « Folio » (no 825)
  • Devant la chaise électrique [« Facing the Chair (1927) »] (trad. Alice Béja), Gallimard, coll. « Arcades » (no 94),
  • Orient-Express [« (1927) »] (trad. Marie-Claude Peugeot), Éditions du Rocher, coll. « Alphée »,
  • U.S.A. (1938), trilogie qui comprend :
    • 42e Parallèle [« The 42nd Parallel (1930) »] (trad. Norbert Guterman), Grasset,
      réédité chez Gallimard dans la coll. « Folio » (no 1694)
    • L'An premier du siècle, 1919 [« Nineteen Nineteen (1932) »] (trad. Maurice Rémon), Éditions sociales internationales, coll. « Ciment »,
      réédité chez Gallimard (trad. Yves Malartic) dans la coll. « Folio » (no 1208)
    • La Grosse Galette [« The Big Money (1936) »] (trad. Charles de Richter), Gallimard, coll. « Ciment »,
      réédité dans la coll. « Folio » (no 1693)
  • District of Columbia (1952), trilogie qui comprend :
    • Adventures of a Young Man, 1939. Publié en français sous le titre Aventures d'un jeune homme.
    • Number One, 1943. Publié en français sous le titre Numéro Un.
    • The Grand Design, 1949. Publié en français en 1959, sous le titre Le grand dessein, traduction de Jean Rosenthal, par Gallimard.
  • State of the Nation, 1944. Publié en français sous le titre Bilan d'une nation.
  • Service commandé [« Tour of Duty (1946) »] (trad. Yves Malartic), La Jeune parque, coll. « Fenêtres sur le monde » (no 12),
    réédité en 1993 par les Éditions du Rocher
  • The Ground we Stand On, 1949.
  • Terre élue [« Chosen Country (1951) »] (trad. Yves Malartic), Club français du livre, coll. « Romans » (no 213),
  • Most Likely to Succeed, 1954. Publié en français sous le titre Les trois femmes de Jed Morris.
  • The Head and Heart of Thomas Jefferson, 1954.
  • The Men Who Made the Nation, 1957.
  • The Great Days, 1958. Publié en français sous le titre La Grande Époque.
  • Prospects of a Golden Age, 1959.
  • Midcentury, 1961. Publié en français sous le titre Milieu de siècle.
  • Mr. Wilson's War, 1962.
  • Brazil on the Move, 1963.
  • La Belle Vie [« The Best Times: An Informal Memoir (1966) »] (trad. Maurice-Edgar Coindreau et Claude Richard), Mercure de France,
    réédité chez Gallimard avec une préface de François Weyergans dans la coll. « L'imaginaire » (no 456)
  • The Shackles of Power, 1966.
  • The Portugal Story, 1969.
  • Century's Ebb: The Thirteenth Chronicle, 1970.
  • Easter Island: Island of Enigmas, 1970
  • Lettres à Germaine Lucas-Championnière (édition de Mathieu Gousse), Gallimard, coll. « Arcades » (no 89), (ISBN 978-2-07-078414-1)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Patricia Bleu-Schwenninger, John Dos Passos, l'écriture miroir, Éditions littéraires et linguistiques de l'université de Grenoble, 1993, extraits en ligne.
  2. John Dos Passos, Devant la chaise électrique. Sacco et Vanzetti : histoire de l'américanisation de deux travailleurs étrangers, traduction et préface par Alice Béja, Paris, Gallimard/NRF, collection « Arcades », 2009, 193 pages, Revue électronique Dissidences, n°4, automne 2012, lire en ligne.
  3. Michel Ragon, Dictionnaire de l'Anarchie, Albin Michel, 2008, page 386.
  4. Ignacio Martínez de Pisón, L'encre et le sang : histoire d'une trahison, Èditions Markus Haller, 2009, "Dos+Pasos" extraits en ligne.
  5. André Kaspi, Franklin Roosevelt, Paris, Fayard, 1988, (ISBN 2213022038), p.225